‹ Dictionnaire de pomologie (volume 3)Chapitre 123 sur 387 · Pomme PIGEONNET BLANC D'HIVER · texte numérisé non relu

Pomme PIGEONNET BLANC D'HIVER

Synonymes. — Pommes : 1. Kammer ou Ramwer (Jean Bauhin, Historia fontis et balnei Bollensis Admirabilis , 1598, p. 74; — et , du même, Historia plantarum universalis , édit. de 1651, t. I, p. 12). — 2. Chapeau {Id. iibid.). — 3. Huttlins (Id. iibid.). — 4. Pointue (Id. iibid.). — 5. Vert-Poireau {Id. iibid.). — 6. Camiêre [?] (Olivier de Serres, le Théâtre d'agriculture et ménagedes champs, 1608, p. 626). — 7. Pigeon blanc (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, 1667, p. 151 ). — 8. Nez-de-Mouton (Jean Mayer, Pomona franconica, 1776, t. III, p. 107). — 9. Museau de Lièvre blanc (Victor Paquet, Traité de la conservation des fruits, 1844, p. 287). — 10. Dacoton NonpaREIL (Comice horticole d'Angers, 1847, Catalogue de son Jardin fruitier, n° 116). — 11. Cœur de Pigeon blanc (Congrès pomologique, Pomologie de la France, 1867, t. IV, n" 12).

Premier Type. Description de l'arbre. — Bois :

fort. — Rameaux : nombreux, généralement étalés , longs , assez gros , bien coudés, très-duveteux, d'un brun verdâtre, parfois lavé de rouge. — Lenticelles : allongées , grandes et abondantes. — Coussinets : assez ressortis. — Yeux : petits ou moyens, coniques-arrondis, très-cotonneux et fortement plaqués sur l'écorce. — Feuilles : de grandeur moyenne , vert clair en dessus, gris verdâtre en dessous, ovales très-allongées, longuement acuminées , canaliculées pour la plupart et à bords assez profondément dentés. — Pétiole : court, fort, rarement cannelé. — Stipules : des plus petites.

Fertilité. — Assez abondante.

Culture. — Étant greffé ras terre il se développe vigoureusement, son tronc pousse droit et sa tête devient très-régulière. La forme plein-vent est du reste celle qu'on lui donne le plus habituellement.

Description dn fruit. — Grosseur : au-dessous de la moyenne. — Forme : conique-allongée, irrégulière, généralement étranglée , d'un côté , près du sommet, et presque toujours plus ou moins contournée dans son ensemble. — Pédoncule: assez long, grêle, planté dans un étroit bassin de profondeur variable, où parfois le comprime une forte gibbosité. — Œil:

de grandeur moyenne , mi-clos ou fermé , à cavité peu développée et bordée de nombreux plis. — Peau :

lisse, unicolore, jaune pâle légèrement nuancé de vert, abondamment ponctuée de

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blanc et de brun clair, puis maculées de fauve squammeux autour du pédoncule. — Chair : fine, ferme, croquante, d'un blanc plus ou moins jaunâtre, surtout auprès des loges, qui sont excessivement développées et dont l'endocarpe est très-dur. — Eau : assez abondante, bien sucrée, acidulé, savoureusement parfumée.

Maturité. — Décembre-Mars.

Qualité. — Première.

Historique. — Le Pigeonnet blanc d'Hiver fut décrit cbez nous, sous ce nom, en 1667 par Merlet : « La pomme de Pigeon, dit-il, est une pomme longuette, fort « lisse, dont la cbair est fort blancbe, et l'eau très-bonne : il y en a de Blanche et «de Rouge.» [L'Abrégé des bons fruits, p. 151») Antérieurement à Merlet, le naturaliste Jean Bauhin, auteur de la première pomologie, avec figures, qui soit encore connue , avait aussi caractérisé cette excellente variété, mais en lui donnant seulement les dénominations diverses que pour lors — 1598 — elle portait en Suisse et à Montbéliard (Francbe-Comté), localité longtemps babitée par ce savant. Il la décrivit et représenta d'abord dans un ouvrage, aujourd'hui très-rare, sur les eaux, les minéraux, les animaux et les végétaux du canton de Fribourg (Suisse), puis ensuite dans son Histoire universelle des plantes. Voici, des deux articles qu'il lui consacra , les passages dont la traduction me paraît utile :

« La pomme Huttlins, ainsi nommée en Suisse, notamment à Boll et à Wall, pour sa forme turbinée, en façon de Bonnet, de Chapeau, est également appelée Lauchs, ou de Poireau, sans doute à cause de sa couleur. Ce fruit, haut d'environ cinq doigts et plus large à la base qu'au sommet, où il s'amincit beaucoup, a le pédoncule assez court et peu fort, la peau d'un blanc jaunâtre et verdàtre, mais qui parfois, près du pédoncule, se nuance de roux olivâtre. A Bàle, à Stuttgardt, à Montbéliard, ce même fruit porte en outre les dénominations Spitzapfel [Pomme Pointue] , Ranimer ou Kammerapfel [Pomme à Grandes Loges]

J'en ai mangé en février dont la chair était encore assez ferme, vineuse et acidulé. » [Eistoria foniis et balnei Bollensis Admirabilis , 1598, p. 74; — Historia plantarum universalis, 1651, t. I, p. 12.)

Ce fut donc après 1598 que le nom Pigeon ou Pigeonnet blanc commença à paraître dans notre arboriculture fruitière. Le Lectier, d'Orléans, ne [le [connaissait pas en 1628, on le voit par son Catalogue, qui n'en fait aucune mention, non plus que de ses synonymes. Merlet le signala en 1667, comme il est dit ci-dessus. Bonnefond, page 109 du Jardinier français, inscrivit bien, quelques années auparavant (1653), un Pigeonnet parmi les pommes tardives alors cultivées, mais ce devait être le Commun, le Rouge, type de l'espèce et qui par là même, anciennement surtout, a presque toujours eu Pigeonnet pour unique dénomination. Si j'ai pu montrer que le Pigeonnet blanc d'Hiver se trouvait déjà chez les Suisses et les Francs -Comtois en 1598, je ne saurais cependant conclure, de ce fait, qu'il appartienne soit à la Suisse, soit à la France. Pour moi, son origine reste un mystère. Le sachant cultivé depuis fort longtemps en Normandie, où comme la Passe-Pomme il se rencontre dans presque tous les jardins, je pensais que cette province pouvait l'avoir vu naître. Rien n'a confirmé mon sentiment, quoique j'aie compulsé avec soin les précieux ouvrages de MM. Léopold Delisle et Robiliard de Beaurepaire sur l'agriculture normande au moyen âge.

Observations. — Regarder le Museau de Lièvre comme un fruit distinct du

Pigeonnet blanc d'Hiver, est une erreur positive. Maintes fois j'ai constaté l'identité

parfaite de ces deux fruits et de leur arbre. Il en a été ainsi pour le pommier

ûacoton Nonpareil, jadis propagé par le Comice horticole de Maine-et-Loire. Mais

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un nom qu'on ne saurait , sans méprise , déclarer de nouveau synonyme de Pigeonnet blanc d'Hiver, c'est Pigeon rayé, car la variété que nous venons de décrire n'offre aucune trace de vergeture sur sa peau, constamment unicolore.

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