RAM [RAMBOUR ÉTÉ
planes pour la plupart et profondément dentées. — Pétiole ; assez court, très-gros, faiblement cannelé. — Stipules ; petites.
Fertilité. — Très-abondante.
: Culture. — Ce pommier convient beaucoup pour le verger ; ses rameaux peu nombreux font que , malgré sa grande vigueur, il n'a jamais la tête trop garnie et n'exige alors aucun émondage. Greffé ras terre il croît très-vite et sa tige devient d'une belle grosseur, mais n'est pas généralement bien droite. Sous formes naines on n'en obtient de jolis arbres qu'en l'écussonnant sur paradis.
Description du fruit. — Grosseur : très-volumineuse. — Forme : coniqueraccourcie et souvent ayant un côté moins développé que l'autre. — Pédoncule : court ou très-court, bien nourri, arqué, obliquement planté dans un vaste et profond bassin. — Œil : grand ou moyen , mi-clos ou fermé , à cavité plus ou moins prononcée, mais toujours bordée de plis ou de gibbosités. — Peau : unie, jaune blanchâtre nuancé de vert du côté de l'ombre, lavée de rouge-brun clair strié de carmin sur l'autre face , tachée de fauve autour du pédoncule et ponctuée de gris blanc. — Chair : jaunâtre, demi-fine, assez tendre et quelque peu marcescente. — Eau ; abondante, peu sucrée, vineuse, sans parfum, fortement mais agréablement acidulée.
Maturité. — Fin d'août et se prolongeant parfois jusqu'en octobre.
Qualité. — Deuxième pour le couteau, première pour la cuisson.
Historique. — Nous avons constaté ci-dessus (voir pp. 596 et 597) , en recherchant l'origine du mot Rambour, que le botaniste Ruel fut en 1535 celui qui le premier décrivit une pomme de ce nom : le Rambure d'Été, ainsi appelé, dit-il, dans la ville d'Amiens. Et tout aussitôt, complétant le renseignement, j'ai montré qu'elle tirait sa dénomination de Rambure, localité située à seize kilomètres d'Abbeville (Somme). Vers 1610 un vice de prononciation modifia légèrement le nom de la pomme de Rambure : on le prononça, on l'écrivit Rambour, et l'usage — un usage tri-séculaire — a formellement consacré ce barbarisme. Le Rambour d'Été, s'il fallait en croire Mayer (1776, Pomona franconica, t. III , p. 90), serait identique avec les pommes Paterniana, ou Manns [de Père, ou d'Homme], caractérisées par Cordus, naturaliste hessois mort en 1544. Examen fait de cette description dans l'Flistoria stirpiurn de Cordus, je m'élève contre une telle identité. Quelques rapports de forme, et surtout de couleur, existent bien entre ces deux fruits, mais là s'arrête leur ressemblance, puisque les Paterniana sont dites « peu juteuses, « faiblement acidulées, à saveur aromatique très-prononcée, à maturité commena çant en octobre et se prolongeant jusqu'en hiver ; » caractères différant radicalement de ceux du Rambour d'Été. Saboureux de la Bonneterie , connu par sa traduction des agronomes romains, remontant à 1771, crut voir dans ce Rambour les Orbiculata, ou pommes Rondes, mentionnées par Varron (t. II, p. 1-43); supposition dénuée de fondement et qu'un autre écrivain français, Daléchamp, infirma d'avance, lorsqu'en 1586 il réunit les Orbiculata à la variété pour lors nommée pomme de Rose ou Rosat. Le Rambour, d'ailleurs , loin d'être arrondi, affecte généralement une forme conique-raccourcie, à base très-large, très-plate ; ce qui ne permet certes pas de le rattacher aux pommes Orbiculaires.
Observations. — En 1845 Louis du Bois, agronome distingué, traduisit et annota dans la volumineuse collection des classiques latins éditée par Panckoucke, le de Re rustica de Columelle. Aux notes du livre Y, où il es! question des pommes,
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ce traducteur relève, à propos du Calleville, une erreur échappée au père Hardouin (1685), l'un de ses devanciers, puis il ajoute, sous forme de preuve :
« La pomme Calleville, tant la rouge que la blanche, tire sa dénomination de la commune de Calleville, dans le département de l'Eure, comme la RAMBURE (et non Rambour ni Rambu) provient de Rambuhe, commune de la Seine-Inférieure. » (Tome II, p. 461, note 7. )
A son tour, Louis du Bois est ici en défaut; Rambure, placé sur les limites de la Picardie et de la Normandie, n'a jamais appartenu à cette dernière province. Les i Normands ne sauraient donc inscrire le Rambour d'Été dans leur pomone indigène. Ce village, quoique faisant partie du canton de Gamaches (Somme), est desservi par le bureau de poste de Blangy-sur-Bresle, situé dans la Seine- Inférieure ; voilà sans doute ce qui aura causé la méprise géographique de Louis du Bois. Et nous devions d'autant mieux la rectifier, qu'ayant cité plus haut, au mot Calleville, le passage qui la renferme, on eût pu, logiquement, dire qu'à notre page 167 nous déclarions le Rambour originaire de la Normandie, puis le prétendions, en ce présent article, sorti de la Picardie. — Le Rambour ne figure plus, de nos jours, sur les listes des pommes à cidre. Anciennement il n'en était pas ainsi, surtout au xvie siècle, comme nous l'apprend Charles Estienne dans la Maison rustique , édition de 1589, où il est dit : « Entre les cidres aigrets, les plus « sains sont ceux qui sont faits de pommes de Rambure. » (Page 234, verso.) La Quintinye (1690) parlant de cette variété, qu'il estimait beaucoup pour les usages culinaires , fait observer qu'elle « demande surtout des arbres de haut vent , les « petits pommiers de paradis étant trop faibles pour en porter la pesanteur. » (Tome I, p. 392.) C'est le contraire, aujourd'hui, qui sur ce point devient la vérité, car le Rambour greffé sur paradis et cultivé sous forme cordon ou espalier, donne d'énormes fruits solidement attachés, et moins sujets, même, à tomber avant maturité, que ceux, toujours plus petits, dont les plein -vent sont chargés.