‹ Dictionnaire de pomologie (volume 3)Chapitre 190 sur 387 · Pomme REINETTE DU CANADA · texte numérisé non relu

Pomme REINETTE DU CANADA

Synonymes. — Pommes: 1. Reinette monstrueuse du Canada (Andrieux, Catalogue raisonne' des meilleures sortes d'arlires fruitiers, 1771, p. 56). — 2. Reinette de Canada blanche (Van Mons, Catalogue descriptif de partie des arbres fruitiers gui de 1798 à 1S23 ont forme' sa collection, p. 33, n° 291; — et Lindley, Guide to the orchard and kitchen garden, 1831, p. 40, n° 76). — 3. Grosse Reinette du Canada (Lindley, ibid.). — 4. Reinette de Caen (Id. ibid.). — 5. Reinette de Canada A Cotes (ld. ibid.). — 6. Du Canada (Thompson, Catalogue of fruits cultivated in the garden of the Horticultural Society of London, 1842, p. 34, n° 640). — 7. De Caen (Charles Downing, the Fruits and fruit trees of America, 1869, p. 115).

Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : assez nombreux , étalés, très -gros, de longueur moyenne, couverts d'un duvet épais et frisé, bien coudés, brun clair ou, à bonne exposition solaire, brun foncé lavé de rouge terne. — Lenticelles : arrondies ou allongées, grandes ou moyennes, blanches, saillantes, très-abondantes. — .Coussinets : ressortis et des plus larges. — Yeux : volumineux, obtus, allongés, plaqués sur l'écorce, cotonneux, aux écailles grisâtres et mal soudées. — Feuilles : très-grandes, ovales-allongées, mais quelquefois presqu'arrondies, vert brillant en dessus, gris verdâtre en dessous, épaisses, longuement acuminées, planes, à denture aiguë et profonde. — Pétiole : court, très-gros, arqué, flasque, peu cannelé, amplement nuancé de carmin. — Stipules : des plus développées.

Fertilité. — Satisfaisante.

Culture. — Le plein- vent lui convient assez, il fait même, sous cette forme, des arbres d'un grand avenir, à condition, cependant, qu'on l'aura greffé en tête, et non ras terre. Écussonné sur paradis, pour basse-tige, on en obtient de beaux cordons ou buissons dont les produits sont aussi nombreux que volumineux.

Description du fruit. — Grosseui* : considérable et parfois énorme. —

REI [reinette can]

Forme : passant de la globuleuse légèrement allongée et cylindrique, à la coniqueraccourcie; mais elle a généralement un côté plus volumineux que l'autre et presque toujours est fortement plissée au sommet. — Pédoncule : assez court, bien nourri, droit ou arqué, profondément inséré dans un vaste bassin à bords inégaux. — Œil: très-grand, régulier, ouvert ou mi-clos, à cavité très-développée et constamment bossuée sur les bords. — Peau : épaisse, un peu rude au toucher , jaune d'or, tachée et marbrée de fauve et de brun clair, abondamment semée de larges points gris très-rugueux, puis lavée, à bonne exposition solaire, de rouge

Pomme Remette du Canada. — Premier Type.

lie de vin. — Chair : jaunâtre , fine , mi-tendre et légèrement croquante. — Eau : abondante, sucrée, fortement acidulée, possédant toute la délicate saveur particulière aux Reinettes.

Maturité. — Janvier-Mars.

Qualité. — Première.

Historique. — Je l'ai dit en décrivant la Reinette d'Angleterre (p. 618), presque tous les pomologues modernes l'ont confondue avec la Reinette du Canada ici caractérisée. Ces deux pommes ont réellement entr 'elles de grands rapports, mais leurs arbres — maintenant on peut s'en assurer — sont loin de se ressembler. Et c'est un fait qu'eussent reconnu nombre d'écrivains horticoles s'ils n'avaient parlé que des fruits dont ils possédaient les arbres. Etienne Calvel, en 1805, eut le mérite, dans SGn Traité sur les pépinières (t. III, pp. 32-53) , de ne commettre à cet égard aucune méprise. Après avoir, sous le n° 39, étudié le pommier Grosse-Reinette d'Angleterre, il dépeignit, sous le n° 40, le pommier

REI [reinette can]

Pomme Reinette du Canada. — Deuxième Type.

Reinette du Canada, démontrant ainsi leur non-identité. En 1809 Louis Bosc, alors professeur de culture au Jardin des Plantes de Paris, dont il devint ensuite le directeur, confirma de toute son autorité scientifique l'opinion de Calvel. Il vit, comme ce dernier, deux variétés distinctes dans la Grosse-Reinette d'Angleterre

et dans la Reinette du Canada, et le déclara pages 320-321 du Dictionnaire universel d'agriculture (t. X) , à l'article Pommier, qu'on l'avait chargé de rédiger. Chez les Anglais, où cette erreur est aussi fort commune, une voix officielle la signalait en 1842, celle de Thompson, directeur du Jardin fruitier de la Société d'Horticulture de Londres. Dans le Catalogue descriptif des arbres de ce Jardin, il caractérisa d'abord, sous le n° 640 (p. 34), la Reinette du Canada, la qualifiant de « variété a très-fertile, malgré la grosseur de ses fruits, excellents même pour les desserts; «et probablement, ajoute-t-il , les meilleurs parmi les pommes de ce volume, « sans que bien peu de celles qui sont plus petites , l'emportent en qualité sur cette « Reinette. » Puis ensuite, sous le n° 670 (p. 36), ce même auteur s'occupa de la Grosse-Reinette d'Angleterre, « presque aussi volumineuse, fit-il observer, que la «Reinette du Canada, mais d'un moindre mérite. » Enfin plus récemment, en France, un arboriculteur fort expert, M. Duval, babitant près Meudon et qui publiait en 1852 un très-intéressant opuscule sur la culture du Pommier, eut soin, également de bien établir l'identité de la Reinette du Canada (n° 13, p. 49). Les avertissements ne nous ont donc pas manqué, depuis une soixantaine d'années, pour sortir de l'erreur qui] règne si généralement à l'égard de ces deux énormes pommes. — L'origine de la Reinette du Canada reste encore un problême. Louis Bosc, si sérieux dans ses allégations, s'inscrivit en 1809 contre la provenance que le nom de ce fruit semblait indiquer :

« Cette pomme — dit-il — nous est revenue de l'Amérique septentrionale, où le pommier a été porté par les premiers Européens qui sont allés s'y établir. » [Dictionnaire universel d'agriculture, t. X, pp. 321-322.)

La même opinion fut émise par le botaniste Poiteau vers 1828, puis en 1830 reproduite et acceptée par le pépiniériste Sageret, dans sa Pomologie physiologique , où se lit le passage suivant :

« L'excellente pomme que nous cultivons depuis longtemps sous le nom Reinette du

640 REI [reinette can]

Canada, ne vient pas du Canada; on lui en a donné le nom, dans le temps, ou par ' ignorance ou par spéculation. » (Page 236.)

Les Américains, sur ce sujet, sont eux-mêmes du sentiment de Bosc, Poiteau et Sageret ; Charles Downing , leur pomologue le plus connu , va le prouver, tout en partageant Terreur de ceux qui réunissent la Reinette d'Angleterre à la Reinette du Canada :

« 11 est aisé de voir — écrivait-il en 1869 — par le grand nombre de synonymes sous lesquels on la cultive, que la Reinette du Catiada est en Europe très-répandue et fort

estimée. Je doute beaucoup, malgré sa dénomination, qu'elle soit d'origine canadienne |j

Quelques auteurs pensent que cette variété fut importée de Normandie (France) sur notre continent, d'où plus tard on la rapporta, sous ce nouveau nom, dans son pays natal. » 1 [The Fruits and fruit trees of America, 1869,^. 115.)

De ces diverses opinions , deux faits principaux se dégagent donc , quant à la I provenance de la Reinette du Canada : elle n'appartiendrait pas à cette région de ' l'Amérique, elle y aurait été propagée par des Européens; et d'aucuns, même, disent par des Français sortis de la Normandie, contrée si privilégiée pour la culture du pommier. Tout ceci, je le reconnais, ne manque nullement de ! vraisemblance, mais ne repose sur rien de constant, d'irréfragable; c'est une « tradition, pas autre chose. Le fâcheux sera toujours d'ignorer quel était le nom j de ce remarquable fruit quand on l'importa chez les Canadiens. Je vois bien I parmi ses synonymes figurer une Reinette de Caen, seulement il me parait I difficile d'admettre que ce soit là le nom primitif de la Reinette du Canada. L'auteur I anglais Lindley, qui signalait ce synonyme en 1831 dans sa Pomologie (p. 40,1 n° 76), ne le fait remonter qu'à 1826, date à laquelle la Société d'Horticulture del Londres publia le Catalogue de son Jardin fruitier. Or, dans cet opuscule onl constatait que sous le n° 867 le Jardin social renfermait un pommier Reinette de| Caen identique avec celui qu'on y appelait Remette du Canada. Yoilà tout;! et pour tirer parti de ce surnom géographique normand , il faudrait au moins — \ ce que je n'ai pu — le trouver cité avant l'époque où la Reinette du Canada parut j dans la nomenclature. Elle y parut, je le crois, pour la première fois en 1771,1 sous le patronage d'un célèbre botaniste et fleuriste parisien, Andrieux, dont lest Vilmorin sont actuellement les successeurs. Je lis en effet ce qui suit, dans uni Catalogue spécial alors répandu par ce savant :

« Le sieur Andrieux espère offrir dans peu, aux curieux, des greffes et même des sujets greffés de la Monstrueuse Reinette de Canada, excellente à manger, et qui pèse entre uneu livre et cinq quarterons. » (Catalogue raisonné des meilleures sortes d'arbres fruitiers, 1 771 ,1 p. 56.)

Observations. — Les formes naines, nous le répétons, sont très-avantageuses) à ce pommier, dont les fruits, quand on l'y soumet, acquièrent souvent un volume prodigieux et dédommagent amplement de leurs dépenses et de leurs soins ceux qui les ont cultivés. C'est ainsi qu'en 1852 M. Duval, déjà cité dans cet article.] rapportait les faits suivants :

« Il existait — disait-il — au château de la Garenne, à Villemonble (Seine), un pommier Reinette de Canada en espalier au couchant, qui avait plus de vingt mètres dtl longueur sur une hauteur de trois mètres. C'était un arbre curieux lorsqu'il était ei

fruit » — Puis cet arboriculteur ajoute : « J'ai fourni et dressé des pommiers nains chftj

un propriétaire demeurant à Meudon, près Paris [M. DelamarreJ, qui vend actuellement ses pommes de Reinette du Canada un franc la pièce , et les personnes qui les achètent m

REI [reinette can — car]

croient pas payer trop cher des fruits qui portent quarante centimètres de tour. » (Histoire du pommier et sa culture, 1852, pp. 17-18.)

Cette Reinette demande à être récoltée avec les plus grandes précautions, le moindre coup noircissant aussitôt sa chair et en amenant la décomposition. Pour la conserver très -longtemps il faut la cueillir un peu verte, dès la fin de septembre, et de suite la porter au fruitier. — Les noms pommes de Bretagne, Janurea, de Portugal, Reinette Wakre, Saint-Helena russet, sont synonymes ou de Reinette du Canada ou de Reinette d'Angleterre, ainsi que je l'ai déclaré en décrivant ce dernier fruit. Si je ne puis préciser à laquelle de ces deux variétés ils se rapportent, c'est que, je le répète, les pomologues qui, fautivement, réunirent lesdites Reinettes , négligèrent d'indiquer pour chacun des nombreux synonymes qu'ils leur attribuaient, la source où l'on pouvait en contrôler l'authenticité.

Pommes : REINETTE DE CANADA BLANCHE,

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