La Syricum, ou Rouge, ou de Syrie
[Pline dit formellement que cette pomme fut ainsi nommée pour sa coulem- rouge;
plusieurs traductem-s, ne tenant aucun compte de ce renseignement, ont néanmoins rendu Malum Syncum par Pomme de Syrie. Le mot Syriens se prête, du reste, à l'une et à l'autre de ces deux versions. ]
9. La Sextianum , ou Sextienne , ou Gestienne par corruption.
[Dédiée au consul Lucius Sextius, auquel le poète Horace, son ami, consacre une de ses odes, la 4= du livre I". Voir pour détails historiques concernant ce fruit, notre article Courttendu gris, p. 237 de ce volume. ]
Pline dans son Hisioria naturalis , qui remonte à l'an 80 de l'ère chrétienne , annonce au chapitre xiv du livre XV qu'il va décrire o trente espèces de pommes ; » mais comme le mot malum s'appliquait alors, ainsi que le mot pomum, à tous les fruits arrondis et charnus, parmi ces trente espèces on trouve des coings, des pêches, des citrons même, qu'on doit naturellement en retrancher. Cette élimination faite — personne encore ne l'avait établie — reste vingt-quatre pommiers , desquels il faut aussi supprimer ceux, au nombre de sept, dont les noms sont déjà passés sous nos yeux. Somme toute, Pline n'a donc vraiment signalé le premier, que dix-sept variétés de pommes. En voici les noms, suivis des observations ou descriptions qui dans le texte latin y sont jointes :
10. La Manlium , ou Manlienne , portant le nom de son obtenteur.
[Ce personnage appartenait à l'illustre famille patricienne des Manlius, qui fournit aux Romains tant de consuls, de généraux et de tribuns. ]
H. Les Appiana, ou les Appiennes, greffées et propagées par Appius Claudius ; elles ont la peau rouge, l'odeur du coing et le même volume que les pommes de Scandius (citées plus haut, sous le n°4).
[Appius Claudius était issu de la maison des Claude, si célèbre dans l'histoire romaine; trompés par la similitude des noms Appius et Api, la plupart des pomologues ont fait d' Appius Claudius l'obtenteur de notre jolie petite pomme d'Api. Nous prouvons ci-après (aux pp. 65, 66 et 74) que leur opinion n'a pas le moindre fondement.]
12. Les Sceptiana, ou Sceptiennes, auxquelles Sceptius, fils d'affranchi, donna son nom , et qui sont remarquables par leur forme ronde.
[On ne sait rien sur ce Sceptius; Pline seul en a révélé l'existence dans le court passage ici traduit. ]
13. Les Petisia, ou Petisiennes, importées à Rome du vivant de Pline — selon que cet auteur le constate — elles étaient peu volumineuses, mais excellentes.
[Aucun Petisius ne se trouve cité par les biographes qui se sont occupés des Romains. J'ai souvent pensé, Pline affirmant que cette pomme ne venait pas des jardins de Rome, qu'il fallait lire Petilia et non Petisia. Il existait en effet une petite ville appelée Pétille , située dans la Calabre ou Grande Grèce, contrée d'où les Romains avaient déjà tiré la variété suivante. Voir aussi, pour détails relatifs aux Petisiennes , les pages 66 et 237 de ce IH^ volume, et la page S23 du IV^.]
li. Les Grœcula , ou Grecques , dont la bonté faisait honneur à leur patrie.
[Le sentiment général est qu'elles sortaient du territoire de Tarentejjadis république fort importante de la portion de l'Italie alors appelée la Grande Grèce. ]
15. Les Geme/Za, OU Jumelles, ne croissant jamais que géminées, qu'attachées deux à deux sur un seul pédoncule.
[On a vu quelquefois des pommes, et surtout des cerises, offrir cette singularité; mais personne encore, chez nous, n'a parlé d'un pommier dont tous les fruits possédassent ce caractère.]
16. Les Melapia , ou Mélapies , ainsi dites de leur ressemblance avec les poires,
[Consulter, sur ces Mélapies, notre tome IV (pp. 573-576) à l'article Fomme-Voire. ]
17. Les Melimela, ou Mélimèles, du moins les pommes auxquelles mes concitoyens donnent maintenant ce nom, possèdent la saveur du miel.
[Pline laisse entendre ici que ces Mélimèles sont différentes des Mélimèles mentionnées par les agronomes qui l'ont précédé. Cette question, qui échappe à tout examen, quelques auteurs ont cependant, iï y a plusieurs siècles, voulu la résoudre. Comme alors je n'ai pu la passer sous silence, je renvoie à mon historique de la Pomme de Paradis (t. IV, p. 523), où elle est traitée, ceux dont l'esprit s'en préoccuperait. ]
18. Les Epirotica, ou pommes d'Épire, indiquant leur origine hellénique par le nom même qu'elles tiennent des Grecs.
[Les Romains rapportèrent cette variété de la Grèce, où sa culture s'était généralisée. Dans le précédent paragraphe, consacré aux pommiers grecs, nous avons parlé de celui-ci, qui s'y trouve classé sous le n" 6.]
19. Les Orthomastia, ou Orthomasties , ayant la forme d'un sein,
[ Jacques Daléchamp (1 586) , en son Historia •plantamm generalis , a rapporté les Orthomastia aux laponnes; mais rien n'autorisait ce rapprochement; bien au contraire, puisque les laponnes, on l'a reconnu plus tard (voir ci-après, p. 173), sont les mêmes que le Calleville blanc d'Hiver, si loin, avec ses côtes nombreuses et sa forme irrégulière, de ressembler au sein d'une femme. ]
20. Les Spadonia, ou Châtrées des Belges, qui leur ont donné ce nom parce qu'elles sont dénuées de pépins,
[Voir au sujet de cette curieuse pomme et de son assimilation à l'une des variétés présentement cultivées, nos articles Pomme-Figue d'Eiver (t. III, p. 303) et Passe-Pomme d'Été (t. lY, p. 531), nous y donnons tous les renseignements désirables.]
21. Les Melofolia, ou Pommes Feuillues, auxquelles il sort une feuille, et parfois deux , du milieu des côtés.
[Ce passage de Pline doit jadis avoir subi quelqu' altération de la part des copistes; évidemment le grand naturaliste a dit qu'au centre de l'œil des Melofolia, et non pas au milieu de chacun de leurs côtés , il poussait une ou deux feuilles. Ainsi interprété le texte devient acceptable; autrement, nul horticulteur ne sam-ait l'admettre, lit les traducteurs et commentateurs de Pline l'ont si bien compris, qu'ils n'ont jamais essayé de rattacher la Melofolium à l'une quelconque des pommes modernes.]
22. Les Pannucea , ou Ridées , dont la peau se plisse et se fane très-vite.
[De nos jours on a supposé que ce fruit était identique avec la pomme de Glace d'Hiver , ou de Gelée, des Provençaux. Je dois affirmer le contraire, car cette dernière conserve sa peau très-lisse jusqu'à son point extrême de maturité (février), puis est originaire de Cobourg (Saxe) et remonte, non pas aux Romains, mais simplement au xvi" siècle, ainsi que nous l'avons constaté page 325 du présent volume. ]
23. Les Pulmonea, ou Palmonées, très-grosses et d'une chair spongieuse.
[Jacques Dalêchamp, cité plus haut (n" 19), veut que les Pulmonea soient les mêmes que certaines pommes appelées Folanes , au xvi" siècle. Je rapporte son dire sans le commenter , n'ayant jamais pu rencontrer, sur ces Folanes, le moindre renseignement.]
24. Les Sanguines, ou Pommes Couleur de Sang — coloris qu'elles doivent , suivant Pline, à leur multiplication sur le mûrier — sont une sous-variété des Pulmonées.
[Divers auteurs ont cru la retrouver dans l'espèce nommée depuis longtemps Cœur de Bœuf, et décrite ci-après , pages 226-228 , article auquel on voudra bien recourir pour connaître notre opinion quant à son origine. ]
25. Les Silvestria, ou Pommes des Bois, petites, très-odorantes, de saveur agréable , mais tellement âpres et acides , qu'à les couper le couteau s'oxide.
[Ici encore nous avons traduit mot à mot le texte de Pline, quoiqu'assurément il soit fautif, Garonne saurait, d'après lui, déclarer que les fruits du Malus Silvestris, possèdent une saveur agréable malgré leur extrême acidité, allant jusqu'à corroder l'acier. La vérité, c'est que les Pommes Sauvages sont un manger exécrable et méritent bien le surnom d'Estranguillon — d'étrangleuses — qui jadis leur fut donné. ]
26. Enfin les Farina, ou Farineuses, les moins estimées, et cependant qu'on doit se hâter de cueillir , comme les plus précoces de toutes.
[Voir tome IV, page 331, ce qu'à l'historique de la Passe-Pomme d'Été ]& dis des Pommes Farineuses, de Pline. ]
Cette hste examinée, peut-être se demandera-t-on si les Romains n'ont vraiment possédé que les vingt-six variétés qui y sont inscrites?
Nous répondons par anticipation : — Ils durent en posséder un plus grand nombre ; car chez eux , quand surtout commença la décadence de l'empire , on payait des sommes folles le moindre fruit ; on se ruinait pour la table , le luxe , les jardins. Du reste, longtemps après Pline , au v° siècle , Palladius laissait clairement entrevoir dans son recueil agricole (livre III, chap. xxv) la richesse, en pommiers, des vergers romains, mais sans l'énumérer; disant en sa simplicité : « Toutes ces espèces , je crois inutile de les mentionner. » Ce silence me semble au fond , peu regrettable , les anciens agronomes ayant toujours trop brièvement parlé des arbres fruitiers. Où donc serait l'intérêt, que Palladius nous eût transmis les noms d'une cinquantaine de pommes , sans les accompagner de descriptions suffisantes pour rechercher si ces fruits sont ou ne sont pas venus jusqu'à nous?
Variétés cultivées en Italie , au XVe siècle.
L'auteur auquel nous avons emprunté nos renseignements sur les poires que possédait l'Italie vers la fin du moyen âge, va nous en fournir également sur les pommes qu'alors on y rencontrait. C'est Agostino Gallo , qui dans le Vinti giomate delV agricoltura mit sous les yeux de tous, à cette époque de renaissance universelle, un commentaire fort remarquable des préceptes les plus pratiques de ses illustres devanciers, Caton, Columelle, Palladius, etc.
La surprise est grande, ou plutôt la déception, quand on lit le chapitre qu' Agostino Gallo consacre au pommier. Douze pommes seulement s'y ti'ouvent décrites , et de leurs noms aucun ne rappelle ceux ayant eu cours à Rome plusieurs siècles auparavant. Tous ces derniers , depuis l'envahissement des Barbares , ont disparu de la nomenclature pour n'y plus reparaître; mais cette fois, parmi les dénominations italiennes qui sont venues les remplacer , j'en vois du moins quelques-unes que nos jardiniers connaissent encore.
Suivant l'exemple des économistes romains , Gallo ne signala que les pommiers communément cultivés dans son pays. Ainsi s'explique le petit nombre de variétés qu'il enregistre. Cela est si vrai , qu'après avoir caractérisé sa douzième et dernière pomme , il dit ingénuement au lecteur : « Je pourrais t'en citer d'autres , mais je a préfère passer aux fruits d'un genre différent. »
Combien cette réserve fut préjudiciable à l'histoire du pommier 1... Les descriptions de ce savant sont en effet , contrairement à celles de Pline , presque toujours assez détaillées pour qu'il soit possible aux pomologues modernes d'en tirer parti ; ce dont chacun ici se rendra compte , car nous allons donner la traduction littérale de ces diverses descriptions :
1 et 2. La Doldano Nano , ou Petite-Pomme Douce , et la Dolciano Mezzano , ou Pomme Douce Moyenne , mûrissent fin de mai ; il n'en est pas de plus précoces.
[Sans doute notre pomme Saint-Jean, complètement douce et de grosseur variable. Voir au IV^^ volume l'article que nous lui consacrons. ]
3. La San-Pietro, ou Pomme de Saint-Pierre , la seule que nous ayons jusqu'en octobre.
/t. La Rosso Grosso, ou Grosse-Pomme Rouge, est bonne et se mange très-bien crue, quoique sa chair soit ferme; on l'utilise aussi cuite dans la casserole , avec du sucre ; on ne peut la conserver longtemps.
[Cette Grosse-Pomme Rouge, peut-être la Sanguineum ou Couleur de Sang que Pline a mentionnée, nous paraît assez semblable au Cœur de Bœuf, variété se gardant parfois jusqu'au mois de mars, mais parfois aussi ne dépassant pas celui de janvier.]
5 et 6. La Paradiso, ou Pomme de Paradis, est excellente et gagne aisément Noël. 11 en existe deux espèces, l'une à fruit aplati , l'autre à fruit allongé.
[Ces variétés italiennes n'ont rien qui permette de les réunir au Pommier de Paradis, si