ANNÉES. PRIX
1360. Bail à louage, pour cinq ans, de 10 arbres, tant pommiers que
poiriers, à Saint-Georges-d'Aubevoie (Seine-Inféiieure), pour
(R. de B., p. 67.) il. tournois.
1361. Bail à louage, pour six ans, de 22 arbres, tant pommiers que
poiriers, au choix, en un jardin au Val-de-la-Haye (Seine- Inférieure), pour ^W., p. 68.) iO écus de Jean.
Nota. — Outre ce prix, il fut donné 1 écu pour viri,
1371 . Bail à louage, pour six ans, de 2 pommiers, l'un à Pissy (Seine-
Inférieure), l'autre à Saint-Jean-du-Cardonnay (Seine-Inférieure), pour (Id. zfiid.) 60 s. tournois.
1372. Bail à louage, pour sept ans, de 13 pommiers à Boisguillaume-
lès-Rouen, pour (H, iôid.) 10 L tournois.
A ces prix que je viens d'énumérer, un complément semblait désirable : c'était de dire quelle somme, en monnaie actuelle, chacun d'eux représentait. Malgré de patients calculs j'ai dû laisser de côté tous mes chiffres, faute d'une base certaine pour déterminer la valeur intrinsèque et la valeur relative de l'or et de l'argent au moyen âge. Mais, cette difficulté, il parait que nombre d'auteurs l'ont également jugée insurmontable , puisque dans les ouvrages modernes le plus remphs d'anciens comptes , aucune conversion monétaire de ce genre n'est établie.
De tout ce qui précède , on a dû conclure que du ix' siècle au svi" la propagation des pommes cultivées fut très-lente dans les jardins français , et bornée à trèspeu de variétés. Il ressort également, de ces passages, que la Noi-mandie contribua beaucoup au développement de cette culture, tant les pommiers y devinrent nécessaires après que le cidre y eut remplacé la cervoise. Alors les Normands en plantèrent partout où faire se put, même au pied des tombes, comme le prouvent les vers suivants, extraits des Vaux-de-Vire d'Olivier Basselin (1418), et qui ne font pas précisément l'éloge de la sobriété normande au temps passé :
On plante des pommiers es bords
Des cimetières, près des morts;
C'est pour nous remettre en mémoire
Que ceux dont là gisent les corps
Comme nous ont aimé à boire.
Les premiers ouvrages où l'on s'occupa des arbres fruitiers, quand l'imprimerie fonctionna chez nous, firent à peine mention du pommier. Ruel (lo3o), mais surtout Charles Estienne (15-40), furent les auteurs qui commencèrent à décrire quelques-unes de ses variétés; puis Jean Bauhin (1398-1613), Olivier de Serres (1600) et le Lectier (1628), suivirent. Je publie la Uste des pommes signalées par eus, et marque d'une astérisque celles encore cultivées de nos jours, soit sous leur ancien nom, soit sous un autre plus moderne.
On sent toutefois qu'une immense lacune existerait dans notre travail, si des Capitulaires de Charlemagne (viu" siècle), où sont contenu sept noms d'espèces, nous passions subitement à la nomenclature particulière au sv° siècle. Pour combler cette lacune j'extrais de documents antérieurs à 1300 le plus possible de noms de pommes, et les place en tête de la liste annoncée, comme un chaînon qui reliera désormais, quant au genre pommier, les fruits du moyen âge aux fruits de la renaissance.
Noms des variétés de Pommes le plas communément cultivées, au moyen âge.'
Nota. — Les chil&es entre parenthèses indiquent l'époque à laquelle remontent les documents où ces noms ont été recueillis.
Pomme d'Anglaiz (1404).
Fomme ' Faros [Gros-] (1350).
'Bédane ou Bédangue [à cidre]
*Faros [Petit-] (1350.
Jacob [d'Automne] (1360).
*Blandurel ou Blanc-Duriau
de Lauson (1497).
deMontigny (1300).
Blanche-Ente (1404).
*de Paradis (1400).
♦Blanchet (1300) ou Dous-
♦de Pépin (1361).
Blanc.
•Passe-Bon (1462) ou Passe-
•Blandilalie (1200) ou Haute-
Pomme d'Été.
Bonté.
*Permaine (1211).
*de Bosc et de Bosquet (1200)
•de Resté (1360) ou de Râteau.
ou d'Estranguillon.
•Richard (1000).
Candelier (1404).
Rissel(1495).
*Capeiidu (1423) ou Court -
Roger (1370).
Pendu gris.
de Romeau (1423) ou Court-
• de Castegnier (1370).
Pendu gris.
de Cormeilles (1370).
de Rouen (1362).
Cornil (1360).
Rouge (1323).
Daniel (1398).
•de Rouveau et de Rouviau
♦Douche (1397) ou Doux-Blanc.
(1200) ou Cœur de Bœuf.
d'Estorneau (1498).
Vilaine (1360).
( Voir le Dictionnaire poiu' les noms précédés d'une astérisque, tous y comptent un article.)
A ces trente- deux variétés, si l'on joint les sept connues sous Charlemagne, et mentionnées plus haut (page 16), on trouve alors trente-neuf sortes de pommes, appartenant toutes à la période qui s'écoula du viii° siècle au xv". C'est peu, pour un tel laps de temps ; aussi suis-je convaincu que de nouvelles recherches permettraient de grossir ce chiffre. Cependant cette liste n'en possède pas moins une réelle importance, puisqu'elle éclaire d'un certain jour , nous le répétons , le point historique le plus obscur de la pomologie française. Un instant j'avais cru pouvoir y désigner nominativement les différents pommiers qu'en 1365 fit planter à Paris, dans l'immense jardin par lui créé sur les bords de la Seine, le roi Charles Y; mais j'ai fait inutilement fouiller les Archives Nationales et celles de la Chambre des Comptes ; aucun dossier n'existe sur ce célèbre enclos , qui contenait vingt arpents (10 hect. 21 ares 44 cent.) et reçut dès sa formation quatorze cent quatre-vingt-dix arbres fruitiers, dont cent quinze pommiers. ( Pour détails complémentaires sur cet enclos, voir t. I", p. 42.)
Examinons maintenant, à l'aide des quatre auteurs précédemment nommés, quelles furent, en fait de pommes, les conquêtes de nos jardiniers, depuis Louis XII (1498) jusqu'à Louis XIII, mort en 1643.
Charles Estienne (1S40) caractérisa onze pommes (1), dont cinq seulement ne sont
(1 ) Le recueil pomologique de Charles Estienne est intitulé : Seminarium et plantarium fruciiferarum prœserlim arborum quœ posl hortos conseri soient. Imprimé à Paris, chez Robert Estienne, il eut deux éditions ; la première parut en 1S30 ; la seconde, notablement augmentée, porte le millésime 1540 ; c'est celle dont je me suis servi.
22 VARIÉTÉS CULTIVÉES EN FRANCE, DE CHARLEMAGNE A LOUIS Xllt.
pas comprises sur notre liste des variétés cultivées au moyen âge ; voici leurs noms, qui tous n'ont cessé d'avoir cours chez les pépiniéristes :