Pomme COURT-PENDU GRIS
Synonymes. — Pommes : 1. De Capendu {Registres du Tahellionnage de Rouen, anaée 1423, t. XX, f» 71 , publiés par M. Robillard de Beaurepaire , dans ses Ilotes et documents concernant l'état des campagnes de la Haute-Normandie au moyen âge, 1865, pp. 48 et 51). — 2. De Carpendo (Id. ibid., p. 51, texte et uote 2'). — 3. De Romeau (Id. ibid.). — 4. De Qoapendu (Chartrier do Thouars, pièce originale de 1498, communiquée par M. Paul Marehegay, de l'École des Chartes). — 5. Calamania [des Vénitiens] (Charles Estienne, Seminarium et platitarium fructi ferarum prœsertim arborum quœ posi horlos conseri soient , 1540, p. 53; — et Agosliuo Gallo, le Vinli giornaie dell' agricoltura , 1575, p. 108). — 6. Calamila [à Rome et à Bologne] (Charles Estienne, ibid.) . — 7. De Coukpendu {Id. ibid.). — 8. Calamine (Olivier de Serres, le T/ie'dtre d'agriculture et ménage des champs, 1608, p. 626). — 9. Gros-Courtpendu (Jean Bauhin, avant 1S13 , Historia plantarum utiiversalis , édition posthume de 1650, t. I, p. 21; — et Henri Manger, Sgstemalische /'omo%!e, 1780, p. 26, n» lï). — 10. Petit-Courtpendu (/id. iibid.). — 11. COURPENDU ROUX (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 24). — 12. De Cas-Pendh (Gilles Ménage, Observations sur la langue française , 1675, p. 382; — et Charles Nodier, Examen critique des Dictionnaires de la langue française , 1829, p. 93). — 13. Reinette CouRTPENDU (Hcrman Knoop, Pomologie, édition allemande, 1760, pp. 23 et 57; — et Henri Manger, ibidem). — 14. Gapendd Reinette (Louis du Bois, du Pommier, du Poirier et du Cormier, 1804, t. I, p. 52). — 15. CoORT-PfiNDD DORÉ (G. A. Hennau , Annales de pomologie belge et étrangère , 1%U , t. H, p. 25, n» 3).
Premier Type. Description de l'arbre. —
Bois : fort. — Rameaux : nombreux, légèrement étalés^ gros, assez courts, à peine géniculés, très-cotonneux, d'un brun foncé quelque peu lavé de rouge. — Lenticelles : plus ou moins arrondies, petites, excessivement rapprochées. — Coussinets :
aplatis. — Yeux : moyens, arrondis, faiblement duveteux , incomplètement collés sur le bois. — Feuilles :
petites, ovales -arrondies, coriaces, acuminées , ayant les bords assez profondément dentés ou crénelés. — Pétiole : de grosseur et longueur moyennes, rigide, carminé, à cannelure presque nulle. — Stipules : étroites et longues.
FERTU.1TÉ. — Abondante.
Culture. — Il est propre, par sa vigueur et sa belle ramification , à la haute-tige ainsi qu'à toute espèce de forme naine.
Uescriiition du fruit. — Grosseur : assez variable, mais plutôt audessous de la moyenne, que moyenne.
— Forme : irrégulièrement globuleuse ou conique-arrondie , ayant presque toujours un côté moins volumineux que l'autre. — Pédoncule : court ou très- court, gros, droit ou arqué, planté dans un bassin large et
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peu profond. — OEil : grand, mi-clos ou fermé, duveteux, à cavité irrégulière, assez vaste et légèrement accidentée sur les bords. — Peau : rugueuse, jaune roussâtre, tachetée de gris- brun fortement squammeux, surtout vers l'œil et le pédoncule, puis semée de larges mais peu nombreux points gris clair, rarement bien apparents. — Chair : jaunâtre, ferme, odorante, très-fine et très -croquante. — Eau : suffisante, très-sucrée, acidulée, douée d'un délicieux parfum de cannelle faiblement anisé.
Maturité. — Novembre-Avril.
Qualité. — Première.
nistorique. — Il s'agit ici de l'antique Capendu, le plus ancien, le véritable type des divers pommiers de Court-Pendu. Sa réputation était déjà fort grande avant- 1400, et presque universelle ; aussi le trouve-t-on soigneusement décrit chez les pomologues ou botanistes du xvi° siècle. Je m'en félicite, car Duhamel ayant erronément caractérisé en 1768 (t. I, p. 313), sous le nom Capendu, une pomme « à queue assez longue, à peau rouge noirâtre et rouge pourpre, » il me faut maintenant, cette erreur s'étant généralement propagée, invoquer le témoignage' de nos premiers maîtres pour prouver que le Capendu n'avait pas la peau rouge, mais entièrement jaune roussâtre ou grisâtre; d'où vient que plus tard, afin de le distinguer de ses congénères, on le surnomma Court-Pendu row:r, puis Court- Pendu gris.
Avant tous autres , Ruel , en 1S36 , le signalait dans son ouvrage intitulé de Natura stirpium; voici, traduit littéralement, l'article qu'il lui consacra :
« Les pommes qu'en France on place au premier rang, sont celles vulgairement appelées Ca:pendu [Capendua]. Leur saveur est tellement exquise, qu'elles se vendent au poids de l'or et s'expédient jusqu'au delà des mers. Il n'en existe pas, je crois, dont le transport soit aussi fréquent, et elles le supportent sans rien perdre de leur extrême bonté. Ces fruits, de moyenne grosseur et jaunâtres à la maturité, dégagent une odeiu' suave qui, quoique peu prononcée, plait néanmoins infiniment. Ils ont la chair ferme et peuvent se conserver un an, souvent même deux, comme je l'ai constaté. » (Chapitre Pommier, n» 1.)
En 1540, quatre ans après Ruel, Charles Estienne fit paraître le Seminarium, étude sur les arbres fruitiers, et s'empressa d'y mentionner cette variété ; il est le premier qui lui ait appliqué le nom Court-Pendu :
« De toutes les pommes que nous possédons — écrivait-il — les plus méritantes sont, sans contredit, celles communément nommées Capenduta, de Courpendu, peut-être à cause de lem' pédoncule, si court qu'elles semblent adhérer à l'arbre et sortir des rameaux privées de tout appendice. Les Itahens les appellent Calamila pour leur préexceUence, particulièrement aux environs de Rome et de Bologne ; puis, à Venise, Calamania, mais fautivement. Elles possèdent une saveur très-agréable, un parfum des plus suaves et se conservent longtemps en parfaite qualité. Leur grosseur est moyenne et leur peau, jaunâtre, quand elles sont entièrement mûres. » {Seminarium et plantarium fmctiferarum prœsertim arborum quœ post hortos conseri soient, p. 53.)
Enfin Bauhin, dont VHistoria plantarum universalis est antérieure à 1613, fournit dans cet ouvrage des renseignements sur un Gros et un Petit Court- Pendu « à peau rugueuse et safranée, » qui ne sont bien, comme Henri Manger (1780) l'affirmait avant moi, qu'une seule et même pomme, le volume et la forme du Court-Pendu gris variant sensiblement. Je reproduis tout l'article de Bauhin, car il complète essentiellement, par certains détails, l'histoire de cet intéressant fruit :
« Fomme Court-Pendu {Curtipendidum']. — Cette sorte est la plus renommée de toute l'Europe ; elle tire son nom de l'exiguité du pédoncule qui l'attache à l'arbre. Plus haut il
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en existe déjà, extraite de Ruel et sous le nom Capendu, une description, mais seulement de la Petite variété. A Montbéliard nous possédons effectivement deux Court-Pendu, le Gros et le Petit.
« Le G-ros, large de trois pouces, haut de deux, sessile et moins comprimé que le Petit, a toute la peau légèrement safranée, rugueuse et abondamment tachetée. 11 sent fort bon. Sa chair jaunâtre, dont la saveur particulière le rend très-recommandable, n'a pas toutefois une aussi grande fermeté que celle du Petil-Court-Pendu, On le conserve facilement d'un automne à l'autre en le cueillant et plaçant au fruitier de bonne heure. Je sais même que, surveillé avec soin, il se garde deux ans; durée n'ayant, à Bâle, rien d'extraordinaire.
« Le Peiit-Court-Pendu est cette pomme que B. Curtius (13(50) appelait Capendu, et qui chez les Français jouit d'une si grande estime. D'aucuns veulent qu'elle soit la Matienne des Romains, comme, d'après Athénée, le rapporte Daléchamp; et d'autres, la Sestienne. Dans les jardins de Montbéliard on la cultive précieusement, surtout dans celui du prince, puis à Bàle et Montpellier, ainsi qu'en Italie. » (Tome I''-, p. 21.)
Toutes ces curieuses citations Font démontré, notre séculaire Court-Pendu
gris n'est pas le fruit rouge -pourpre décrit et figuré sous le nom Capendu, par
Duhamel. Mais Bauhin en donne une preuve encore plus formelle que celles ici
rapportées, lorsque, parlant d'une pomme jaune et rouge à courte queue, il dit à
■ la suite de l'alinéa qu'on vient de lire : « Elle n'est pas le Capendu, car cette
I « espèce, que j'ai bien étudiée, n'a jamais la peau nuancée de rouge. »
L'origine du Court-Pendu gris devient difflcile à préciser, puisqu'avant 1300 j nous voyons ce pommier déjà cultivé chez les Français, les Italiens et les Suisses. Que les Romains l'aient possédé, personne ne peut l'affirmer, leurs agronomes n'ayant fait aucune description des variétés Matienne, Petisienne et Sestienne, auxquelles on a tenté, mais rarement, de le rattacher. Quant à moi, je le crois né sur notre sol, et peut-être même en Normandie, où dès 1400, grâce aux récentes recherches de l'archiviste de la Seine -Inférieure, M. Robillard de Beaurepaire , je le rencontre pour la première fois dans plusieurs localités: en 1423, aux Andelys, à Anneville- sur-Seine, à Rouen; puis en 1428 à l'abbaye de Montivilliers, où la supérieure en achète deux corbeilles pour 7 sous 6 deniers. A ces dates si reculées, Rouen apparaît du reste comme le grand entrepôt du Capendu ; témoin ce passage, que j'emprunte également à M. RobiUard de Beaurepaire :
« Au xiv'= siècle, en 1300 — dit ce paléographe — le Capendu n'était pas connu aux
environs de Rouen; ou, s'il l'était, il n'y jouissait que d'ime faible considération. Nous n'en
avons pas, en effet, trouvé une seule mention dans les textes de cette époque. Au siècle
suivant, au contraire, il est non-seulement connu, mais renommé. On en expédie chaque
i année, de Rouen à Paris, des provisions considérables. » [Notes et documents concernant l'état
] des campagnes de la Eaute-Normandie au moyen âge, 1865, pp. 48, 51, 55, 57 et 381.)
I Et pour appuyer son texte, cet archiviste relate quelques acquisitions alors faites, 1 de ces fruits :
! « i" En 1423, à Noël et après, un quarteron de pommes de Romeau ou de Carpendu, j 4 deniers. — 2° Le H mars 1453, à Anneville, 36 mines (1) de pommes de Capendu, qui '. coustent, tant en premier achat comme en frais, 80 livres 8 sous parisis. — 3° Le 30 avril 1454, h Rouen, 9 queues (2) de Capendu achetées 56 écus d'or 6 deniers parisis. » (Ibidem, p. 51, ^ note 2^)
A ces documents si précieux pour l'histoire de la pomologie, j'en puis ajouter
(1) La mine répond au demi-setier, ou encore à six boisseaux.
(2) La queue s'entendait d'une futaille contenant un muid et demi.
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un, complètement inédit, que je dois, avec plusieurs autres déjà utilisés dans cet ouvrage, à mon érudit ami Paul Marchegay, de l'École des Chartes. Il est de 1498 et concerne le Poitou ; je le reproduis d'après l'original :
« Je Symon Girauldeau, marchent, demorent en la parroisse de Sossay [Vienne], confesse avoir recepu de Micliellet de la Van, recepveur de Monseigneur de Thuré [près Châtellerault, Vienne], la somme de cinquante et cinq solz, a cause d'une somme (1) de pommes de Quapendu et d'Estorneau, que j'é vendues audit recepveur, dont je quipte ledit recepveur et tous aultres par ses présentes, signées du seing manuel du notaire dessoubz escript, le xx'= jour de février, l'an mil CCCC nij^^xviij.
« J. Bergier, à la requesle dudit Girauldeau. » (Chartrior de Thouars. Original en papier.)
Par tout ce qui précède on a vu que la dénomination primitive de cette variété, fut bien Capendu, ou Carpendu, vieux terme dont le sens — dit Ménage dans ses Observations sur la langue française (1673, p. 382) — ne différait nullement de la signification du mot Court- Pendu, qu'on lui a substitué. Il faut donc rejeter l'étrange étymologie que certains pomologues modernes ont donnée du nom Court-Pendu : « La pomme de Court-Pendu, ou Corps-Pendant — prétendent- « ils — tire son nom de ce qu'elle pend toujours en bas. » ]\Iais le nom de IVIénage me rappelle que ce savant proposa en 1694, pour ces mêmes mots, une origine tout aussi inacceptable : « Au diocèse de Carcassonne — rapporte-t-il — existait un « château nommé Canis suspensus [du Chien pendu] dans les Chroniques du moine « de Valsernay; il pourroit être que les pommes de Capendu auroient pris de là « leur dénomination. » [Dictionnaire étymologique de la langue française.) Le désir de tout expliquer mit ici Ménage en défaut. Qui donc admettra que Cas, synonyme de Court, soit venu de Canis, chien?...
Pour en finir avec le fruit que nos pères eurent en si haute estime, il me reste à montrer, afin de mieux justifier cet engouement, qu'outre sa réelle bonté, cuit et cru, ils lui attribuaient encore de grandes vertus médicinales. Ainsi Charles Estienne et Jean Liébault écrivirent ce qui suit en 1389 :
« Et tant est recommandable l'odeur du Court-Tendu, que pour faire parfums odorans en temps de pestilence, nous ne trouvons rien meilleur que l'escorce d'icelle pomme mise sur les charbons. Cette pomme a encores en soy une propi'iété plus signalée, car estant vuidée de ses pépins, et au lieu d'iceux remplie de lin encens, puis rejointe et bien serrée, et puitte sous les cendres chaudes sans astre bruslée, apporte un dernier remède à ceux qui ont la pluresie, leur estant donnée à manger. » [L'Agriculture et Maison rustique, livre III, pp. 214 et 215.)
Puis en 1683 le docteur Yenette, de la Rochelle, la vantait en ces termes :
« Dans les maladies qui sont accompagnées d'une chaleur et d'une soit considérables, elle est d'un grand secours si l'on en mange un peu de crue, ou de cuite, ou qtie l'on en mette dans de l'eau ; et je m'étonne de ce qu'en France l'on se donne tant de peine à chercher des Oranges et des Citrons pour nos malades, quand on a de ces pommes. » [L'Art de tailler les arbres fruitiers, 2" partie, pp. 56-57.)
Observations. — Quelques pomologues du xvni° siècle, Blayer entr'autres (t. III, p. 130), ont fautivement réuni le Court-Pendu gris au Fenouillet gris, décrit plus loin, et même au Fenouillet rouge, par suite de l'erreur de Duhamel qui, nous l'avons dit, caractérisa (t. I, p. 313) sous la dénomination Capendu, le Court- Pendu rouge, au lieu du gris. Il est donc essentiel, en consultant ces auteurs, de ne
(1) La somme équivaut au fardeau que peut porter un cheval.
cou [court-pendu jau — rou] 239
pas retomber dans la double méprise que nous signalons. — En Normandie on cultive assez généralement sous les noms Courte-Queue, Cul-Noué, Capendu, Court-Pendu, un pommier qui n'a rien de commun avec notre Court-Pendu gris, car ses produits sont uniquement propres à la fabrication du cidre.
Pomme COURT-PENDU JAUNE. — Synonyme de Fenouillet jaune. Voir ce nom.
Pommes : COURT-PENDU PLAT,