‹ Dictionnaire de pomologie (volume 4)Chapitre 33 sur 439 · CULTURK DU POMMIER. — TEMPS ANCIENS · texte numérisé non relu

CULTURK DU POMMIER. — TEMPS ANCIENS

Veut-on savoir, par exemple, comment ils forçaient les pommes à ne quitter la branche qu'au moment convenable?... Voici leur moyen :

« Si le fruit d'un pommier est sujet à tomber avant sa maturité, il faut fendre la racine de l'arbre, puis dans la fente introduire une pierre ; cette seule précaution suffit pour empêcher les pommes de se détacher. » (De Re mstica, livre III, chap. xxv. )

Les vers envahissaient- ils quelque pomarium?... Vite on utilisait, pour les chasser à tout jamais , certain Uniment dont suit la formule , ou bien on pratiquait l'opération ci-après :

« La fiente de porc mêlée d'urine humaine , puis aussi le fiel de bœuf, font instantanément mourir les vers qui s'attachent aux pommiers Quand même il en existerait, autour

de l'arbre, une multitude immense, soyez assuré qu'il n'en reviendra pas de nouveaux, si les ayant ratisses avec im grattoir de cuivre, vous couvrez ensuite de fiente de bœuf les places qu'ils occupaient. » [Ibid.)

Enfin , grâce aux lézards , leurs arbres demeuraient constamment sains :

« Prenez — recommandent-ils — du fiel de lézard vert et de cette substance enduisez la cime de vos pommiers, vous les préserverez par là de toute pourriture. » [Ibid.)

Je m'arrête, ces courtes citations confirmant amplement la critique que j'avais émise. Disons-le, néanmoins, si Palladius partagea l'excessive crédulité des agronomes païens , il leur fut , par contre , très-supérieur quant à la culture des arbres fruitiers. Aujourd'hui, qui pourrait lire sans étonnement, dans son Traité, les préceptes dont voici la traduction :

« Les pommiers — enseignait-il — veulent être plantés en février ou mars; puis, si le pays est chaud et sec, en octobre ou novembre. Ils aiment un sol gras et fertile, qui soit pourvu d'eau par la nature plutôt que par la main de l'homme. Cependant lorsqu'ils sont en terrain sablonneux ou argileux, les arrosements leur deviennent nécessaires. Dans les contrées montueuses, on les place au midi. Dans les régions froides, ils ne croissent convenablement que préservés des fortes gelées; enfin les lieux âpres et humides ne leur sont

pas trop défavorables Comme le poirier, ces arbres s'accommodent de tout genre de

plantation. Ni les labours ni les binages ne leur font besoin, aussi prospèrent-ils mieux dans un pré qu'en nul autre endroit. Sans exiger d'engrais ils se trouvent bien, néanmoins, du fumier de brebis employé seul ou après adjonction de cendres. Les arroser fréquemment, ne vaut rien. On les peut tailler; seulement, que ce soit pour ne leur laisser aucune branche morte, aucune mauvaise pousse. Le pommier vieillit vite et dégénère en sa vieiUesse. » [Id. ibid.)

Tel était au v° siècle, en Italie et probablement aussi dans les Gaules, le meilleur système de culture préconisé pour le pommier. C'est, à quelques exceptions près, celui régnant dans les vergers modernes. Du reste les enseignements arboricoles de Palladius ont eu chez nous, depuis trois cents ans, une véritable influence. Ils la doivent à ce fait — attestant bien la force de l'habitude — que nos premiers livres sur les arbres fruitiers furent littéralement extraits du recueil de cet agronome. Mais la copie l'emportait encore, sur l'original, par le nombre et l'absurdité des pratiques superstitieuses qu'on y recommandait. Voilà pourquoi nous renonçons à rien transcrire ici des ouvrages de Gorgole de Corne, Davy, Nicolas du Mesnil, etc., imprimés à Paris en 1540 et 1560.

Au cours du moyen âge, alors qu'il était impossible de propager rapidement, comme aujourd'hui, les diverses conquêtes de l'esprit humain, je me demande quelle put être la culture du pommier?... Les temps de barbarie profonde qui suivirent le renversement de l'empire romain ne permettent pas de supposer

Page 1