CULTURE DU POMMIER. — TEMPS ANCIENS
.ju'elle progressa ; autrement, quand vint la renaissance, eut-on remis en lumière, sans augmentation ni modification, les principes d'arboriculture enseignés à Rome mille ans auparavant?... Évidemment non. L'ignorance devint trop générale, trop complète dans la classe, précisément, qui se livrait aux ti'avaux. aratoires, pour n'en pas conclure, au contraire, que'l'art de cultiver les arbres à fruits rétrograda, et de beaucoup, en ces siècles troublés, abâtardis. Mais les encyclopédistes du moyen âge étant muets à cet égard , il faut chercher ailleurs ce renseignement.
Nous le trouverons — sinon complet, du moins suffisamment élucidé — dans les deux remarquables volumes publiés par MM. Léopold Delisle (1831) et Robillard de Beaurepaire (1863) sur l'état, au moyen âge, de l'agriculture en Normandie, volumes qui déjà m'ont fourni de si précieuses indications (voir plus haut, pp. 17-21) Écoutons d'abord M. Delisle :
« Au moyen âge — écrit-il — verger se disait en latin virgultum ou pomariiim;. .... en
français, verger ou verdier Nous manquons à peu près complètement de renseignements
sur les soins qu'on donnait aux arbres, notamment sur la taille Les jardiniers de cette
époque ne négligèrent pas l'art de greffer; mais, en l'exerçant, ils avaient surtout pour but d'arriver à des résultats singuliers et bizarres. Ainsi, sur un tronc de chêne ils aimaient à greffer dix ou douze espèces d'arbres différents. Ils avaient même la prétention de réaliser des prodiges dont la science moderne n'admet point la possibilité. Par exemple, un horticulteur du XI v° siècle trace les règles à suivre pour enter la vigne sur le cerisier; pour greffer le cerisier et le prunier sur la vigne; pour obtenir des raisins sans pépins. » [Études sur la condition des classes agricoles en Normandie, au moyen âge, pp. 497-498.)
A ces considérations générales, j'ajoute deux faits particuliers, provenant de la même source; le premier montre que les vergers n'étaient plus à créer, en 1230, et témoigne des services alors rendus par le clergé à l'arboriculture fruitière :
« En 1254 — rapporte M. Delisle — Nicolas, fils de Jourdain le Balistaire, prit à ferme de l'abbé de Saint-Ouen [de Rouen] une portion d'île, sise à Léry [Eure], moyennant une rente de 4 livres 12 sous 6 deniers tournois. Il devait en cultiver une acre en jardin [76 ares 60 centiares], y planter des pommiers et des poiriers greffés, plus deux espèces de plantes, puis entretenir une bonne clôture autour de ce lieu. » (Ibid., p. 497.)
Le second fait constate l'extrême abondance des pommiers dans les forêts , leuï précocité vraiment exceptionnelle , puis en quelles mains passaient leurs fruits :
« Les fruits sauvages — dit ce même auteur — étaient le plus souvent abandonnés aux
usagers seulement, l'époque où ces derniers commençaient à exercer leurs droits était
déterminée par les coutumes. Il est important d'observer ces époques, car c'étaient évidemment celles de la maturité des fruits. Dans la forêt de Beaumont [Eure] la pomme se cueillait à la Sainte-Croix, en septembre; dans celle des Andelis [Eure], dès la mi-août;
dans celle d'Evreux, c'était la veille de l'Assomption D'après ces exemples, on serait
assez porté à croire que ce fruit mûrissait plus tôt dans la Normandie qu'il ne le fait aujourd'hui. » [Ibid., pp. 378-379.)
M. Robillard de Beaurepaire va maintenant nous permettre, vu la nature des documents qu'il a produits , de préciser en partie quel genre de soins recevaient les pommiers , à cette lointaine époque :
« Au xiV siècle — déclare-t-il — la culture du pommier avait pris en Normandie un assez grand développement, puisqu'on connaissait à Rouen, en fait de pommes recherchées,
dix -huit espèces pour le moins On y possédait certainement des espèces tardives.
Nous voyons, en 1360, un laboureur de Darnétal [Seine-Inférieure] vendre des pommes à livrer à la Mi-Garème. En 1488 une provision de pommes fut apportée de Déville [Seine- Inférieure] à rarckevêché, le mercredi des Cendres. On retient fréquemment, dans les