CULTURE DU POMMIER. — TEMPS ANCIENS
contrats, qu'elles seront cueillies en temps de rayon (i), en cœur de saison, à la main sans escruchonna' (2) = En étudiant la chose avec attention, peut-être convient-il de reconnaître que les pommiers étaient l'objet de soins plus éclairés et mieux entendus qu'on
n'est porté à le croire généralement. Dans le baU de leur terre de Boos [Seine-Inférieure] les religieuses de Saint- Amand de Rouen assujettissent, en 1388, leur fermier « à les « pommiers des gardins cerfouLr et engresser d'an en an, à la saison; labourer, gouverner
« et leur oster le mort boys, toutes fois que mestier en seroit pour l'utilité des arbres
« desdits gardins. » — A Déville, en 1479, 1480 et 1481, « on eslecte (3), esbrancbe et « nectoye les pommiers. » — Les fermiers du manoir de Bures [Seine-Inférieure] promettent vers la même époque, aux religieuses de Bonne -Nouvelle, « de eslecter les pommiers « et armer les entes des gardins, maintenir la pépinière et sarcler icelle. » — En 1496 le couvent de Valmont [Seine-Inférieure] fait marché avec un nommé Jean le Grand, lequel s'engage « à tous les pommiers et entes de l'abbaye, dedans l'enclos et dehors plantés,
« cherfouir et ung chascun esmonder, nestoier et rater la mousse où faire se doibt; et
« à la saison les rechausser de terre, comme requis il est de faire, avesques y mettre la « gresse qui y convient. » ( État des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps du moyen âge, pp. 49, 52, 53 et 59.)
Ces dernières citations en font foi, il y eut au moyen âge, surtout dans les domaines appartenant au clergé régulier, une sollicitude assez marquée pour le pommier. On ne l'abandonna pas à lui-même, la chose est certaine; mais les hommes qui voulaient obtenir des pommes rouges en greffant un pommier sur un mûrier noir, ou bien en l'entourant de rosiers, puis des pommes douces en plaçant sur les racines d'un pommier à fruits- acides, du crottin de chèvre délaj'é dans de l'urine (4) — de tels hommes furent-ils vraiment, comme paraît le penser M. de Beaurepaire, des arboriculteurs « plus éclairés et mieux entendus qu'on ne l'a K cru généralement? » — Il me semble impossible de répoudre oui.
En 1600, quand parut le Théâtre d'agriculture du fameux Olivier de Serres , nos jardiniers en étaient toujours, pour le pommier, aux pratiques précédemment définies ; ce court extrait va le prouver ;
« Le pommier s'entera sur lui-même — disait cet agronome — et aussi fort commodément sur le poirier, pour la conformité de leurs naturelles, dont le fruit en sortira très-bon, et y sera l'arbre plus asseuré du ver que sur son propre tige , pour n'avoir le ver tant de prise sur le poirier que sur le pommier. Le coignier le reçoit aussi volontiers, mais n'y dure pas longuement, ne pouvant, la foiblesse du tronc, supporter la pesanteur des branches, dont à la longue le coignier se trouve opprimé. En l'aubespin le pommier est de bonne durée, pourvu qu'il soit enté devant que le planter, pour fourrer l'enteure dans la terre, et, dès-là, l'arbre prendre le fondement de son tige, d'autant que l'aubespin ne s'engrossit si tost, ni tant, qiie le pommier. Et en petite coronne et en escusson et canon profltablement ente-t-on le pommier; en somme, tant cest arbre est de facile maniement, on l'affranchit par toutes les manières à ce requis. » (P. 625 de la 4'= édition, 1608.)
Après être demeurée si longtemps stationnaire , qu'en 1600 — je l'ai montré — on la retrouvait aussi dénuée de saines notions physiologiques, qu'au v" siècle, la culture du pommier entra soudain, vers 1630, dans une voie fort différente. Tout l'honneur en revient à l'un des premiers propagateurs de l'espalier, au curé le Gendre, mort en 1687 paroisse d'Hénouville , près Rouen, et qui fit paraître en 1632 un livre intitulé la Manière de cultiver les arbres fruitiers. Quoique peu volumineux et de petit format (in-18 de 130 pp.), cet ouvrage n'en porta pas moins un coup mortel aux procédés routiniers, aux croyances absurdes des siècles
(J) Par un beau soleil. — (2) Sans les meurtrir. — (3) Élaguer.
(4) Voir la Maison rustique de Charles Estienne et Jean Liébault, édit. de 1589, pp. 205 et 214, verso.