‹ Dictionnaire de pomologie (volume 4)Chapitre 37 sur 439 · CULTURE DU POSBIIER. — TEMPS ANCIENS. M · texte numérisé non relu

CULTURE DU POSBIIER. — TEMPS ANCIENS. M

préjugés arboricoles de ses contemporains? Le savant et modeste pasteur va

nous l'apprendre :

a Les liommes — dit-il malicieusement — ne sont plus dans le Paradis terrestre, où ils puissent manger des fruits admirables sans aucun travail; il faut qu'Os labourent la terre, il faut qu'ils cultivent les arbres s'ils en veulent recueillir du fruit. La nature ne donne plus rien d'eUe-mesme, U faut la caresser et la flatter pour en obtenir quelque cbose; il faut l'aimer si l'on en veut estre aimé. C'est cette seule affection qui m'a donné la connoissance que j'ay des plants. C'est elle qui m'a fait remarquer les fautes que j'y commettois dans les commencemens ; c'est elle qui m'en a fait rechercher les causes, et qui n'a point donné

de repos à mon esprit, qu'il ne les ait parfaittement connues Aussi n'ay-je esorit ces

Mémoires que pour ceux qui aiment les plants, car avec cette affection ils n'ont besoin que d'un peu de secours pour faire des merveilles, » (Ibid., pp. 148-149, 1" édit., 16S2.)

L'ouvrage du curé d'Hénouville ne provoqua pas, malgré son rare mérite, une réforme aussi subite, aussi radicale qu'on le pourrait croire. Seuls, quelques liommes intelligents s'en inspirèrent dès l'abord, puis aidèrent ensuite, comme praticiens ou publicistes , à vulgariser les enseignements qu'il contenait. Mais la plupart de ces hommes se montrèrent ingrats envers le Gendre , soit en essayant de s'approprier, par des emprunts déguisés , les principaux chapitres de son livre , soit en prétendant que ce n'était pas lui qui l'avait composé.

Ces faits blâmables redoublent l'intérêt qu'inspire ce personnage, très-peu connu de nos pépiniéristes. J'ai donc tenu à le leur présenter sous son vrai jour , avec les nombreux titres qu'il possède à leur reconnaissance. N'a-t-il pas , le premier de tous, recommandé le cognassier comme sujet du poirier, pratiqué une taille régulière, établi les principes de la physiologie végétale, perfectionné et propagé l'espalier; puis, enfin, mis chacun à même d'expérimenter ses importantes découvertes?

J'ajoute — quoiqu'on ait dû le remarquer — que son opuscule est écrit dans un style élégant, clair et châtié, qui rend plus sensible encore la valeur du fond. C'est qu'aussi le Gendre fut à bonne école littéraire , ayant eu pour intime ami Pierre Corneille, qui fréquemment venait le visiter. Notre grand poète célébra même en 1642, dans une longue pièce de vers intitulée le Presbytère d Hénomille, la remarquable beauté de cette habitation et le mérite horticole de son possesseur. Détachons seulement, de ce morceau, les stances suivantes, où la pomologie tient une large place :

J'ai vu ce lieu fameux, dont l'art et la nature

Disputent à l'envi l'excellente structure ;

J'ai vu les raretés de ce charmant séjour.

Pour qui même les rois concevroient de l'amour.

Ici l'ordre est gardé de la mathématique : Tant d'arbres en leur plant n'ont point de ligne oblique ; Leurs pieds bien cultivés et leur bois clair et frais Prouvent les soins du maitre, et qu'il y fait des frais.

Là, la pomme et la poire, et la guigne et la prune, D'une bonté de gotit en ce lieu seul commune. Font peine à bien juger quel est de meilleure eau. Ou bien le fruit à pierre (1) ou le fruit au couteau.

t {Œuvres de P. Corneille, 1862, édit. Hachette, t. X, pp. 345 et 348.)

(1) Le fruit à noyau.

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