II. — TEMPS MODERNES
De Louis XIV à la Révolution, la culture du pommier progressa très-modérément, malgré les améliorations dont le curé le Gendre l'avait dotée en 1652. Nonseulement la Quintinye, comme je l'ai dit plus haut (pp. 26-29), favorisa peu les pommiers, mais encore fallut-il un temps infmi pour amener la majeure partie des horticulteurs à se servir des procédés nouveaux, quoique l'inanité des anciens fut parfaitement démontrée.
Cette répulsion si surprenante , puisqu'elle portait une sérieuse atteinte aux intérêts de ceux qui s'obstinaient à la partager, peut-être me soupçonnera-t-on d'en exagérer les fâcheux résultats. Eh bien , voici comment s'en plaignit un célèbre arboriculteur du xvui" siècle , Jean Mayer, directeur des jardins du grandduc de Franconie (Allemagne). Parlant d'un genre de greffe alors préconisé — celle dite en pied-de-biche — il écrivait en 1776 :
« Jusqu'icy je dois avouer que je n'ai pratiqué cette greffe, que par curiosité; je ne me trouve pas la dextérité nécessaire dans la manipulation : elle emploie des onguents, des mastics qui me répugnent; puis, probablement que, sans m'en apercevoir, je tiens encore trop aux anciennes méthodes pour pouvoir aisément prendre sur moi d'en adopter une nouvelle. J'ai dans mon bon vieux père un exemple frappant de cette adhésion in /incible aux premiers principes reçus, aux usages pratiqués. Il est dans sa 94° année et travaille pourtant au jardin du matin au soir. Je n'ose lui parler d'aucune nouveauté, en fait de jardinage, sans risquer de le mettre en colère. S'il découvre quelques-uns de mes essais, il est certain qu'il leur nuira ou les détruira en cachette, pour me convaincre de l'impossibilité de leur réussite. Il y a quelque temps, il me surprit transportant, à l'aide d'un pinceau, des poussières séminales d'une fleur sur une autre; lui ayant alors expliqué ce que je faisois, il se mit à rire, et dit à mes ouvriers : « Si le bon Died n'y met la main, ces chien.s de philosophes inventeront encore une « NODVELLE MANIÈRE DE PROPAGER l'espèce HUMAINE ! » {Pomona fraiiconica, t. III, pp. 17-18.)
M'accordera-t-on, actuellement, de n'avoir pas trop déploré cet amour de la routine, qui chez nous tint si longtemps à l'écart les inventions, les découvertes de certains arboriculteurs? — Oui. Aussi dois-je être cru, quand j'affirme que le xvni'= siècle vit à peine quelques innovations heureuses s'introduire dans la façon de cultiver les pommiers. Mentionnons brièvement les principales :
Sous la Quintinye l'usage de l'espalier devint assez commun. Cet habile praticien fut même, me semble-t-il, le premier qui tenta d'imposer cette forme au pommier. Seulement il dut trouver peu d'imitateurs, car dans ses Instructions, je lis ceci :
« La commodité que nous avons d'avoir des pommes, soit en petits buissons sur les pommiers de Paradis, soit en gros buissons, et en arbres de tige sur les sauvageons, fait que
je ne leur donne guères jamais d'entrée aux espaliers. » (T. I, p. 389.)
Angran de Rueneuve, conseiller du roi en l'élection d'Orléans et qui publia en 1712 un recueil d'Observations sur l'agriculture et le jardinage, dont plusieurs témoignent de connaissances réelles, fit entr 'autres les suivantes, relatives au pommier :
« Quand on achètera des pommiers, il faut choisir ceux qui ont une tige haute, parce qu'ils donnent plus promptement des pommes , que les nains. Le pommier greffé sur paradis est