‹ Dictionnaire de pomologie (volume 4)Chapitre 6 sur 439 · ORIGINE DU POMMIER · texte numérisé non relu

ORIGINE DU POMMIER

un heureux emprunt à des contrées plus favorisées sous le rapport du climat? — II est de tradition que nous sommes redevables à la Biscaye, des pommiers, qui sont depuis longtemps une des principales richesses de notre agriculture. Cette opinion n'a rien d'invraisemblable... Cependant, en l'absence de preuves positives, nous sommes porté à penser que nos espèces ne sont pas d'importation étrangère, que nous ne les devons qu'à la fécondité naturelle de notre sol. Nos anciennes forêts ont sans doute été leur berceau... Ce fut avec des fruits sauvages que le cidre fut d'abord fabriqué... et nombre de textes autorisent à supposer que les espèces sauvages choisies dans les bois... ont suffi à peupler nos jardins et nos vergers, sans qu'il ait été nécessaire de recourir aux nations étrangères. » (Notes concernant l'état des campagnes de la haute Normandie dans les derniers temps du moyen âge, p-p. 60-62.)

Tenant compte de la tradition dont parle M. de Beaurepaire , puis des relations commerciales qui, surtout vers 1500, existèrent entre les Espagnols et les marins de Dieppe, Harfleur, Honfleur et Rouen, il semble possible ici de concilier les dissidents. Ne pas admettre, devant les testes produits par M. Delisle, que de toute antiquité lé pommier fut cultivé en Normandie, et dans les forêts s'y trouvait à l'état sauvage, est chose impossible; mais ne peut-on croire que de la Biscaye des matelots normands rapportèrent , au lieu du pommier , quelques variétés de pommes inconnues chez eux? — Cette solution , je l'avoue , me paraît acceptable , puisqu'envisagées ainsi les deux versions, loin de se contredire, se prêtent un mutuel appui. Du reste, parmi les espèces à cidre les plus répandues en Normandie, on rencontre encore le Barbarie , le Marin-Onfroy et la Grefîe-de-Monsieur , que Louis du Bois, en son Histoire du Pommier (1804, pp. 63 et 87-88) , affirme avoir été empruntées à la Biscaye.

La question d'origine étant épuisée en ce qui touche l'arbre , voyons maintenant quelles étymologies ont été données et de son nom et du nom de ses fruits.

Nos termes Pommier, Pomme , viennent des mots latins Pomus, Pomum, jadis noms génériques de tous les arbres fruitiers et de leurs produits, et que l'agronome romain Yarron suppose dérivés , dans son de Re rustica , de potus , boisson : « Aux « temps de sécheresse — dit-il — arrosez tous les jours vos arbres fruitiers, peut- » être appelés ;}oma , de potu, parce qu'ils ont besoin d'eau. » (Livre I, chap. 32.) Scaliger [de Causis linguœ latinœ , 1340) adopte aussi cette étymologie, mais l'exphque d'une autre façon : par la vertu qu'ont la plupart des fruits, d'étancher la soif tout en apaisant la faim.

Quant au nom latin du pommier et de la pomme, il fut tiré du grec, suivant la généralité des étymologistes, dont M. Adolphe Pictet , déjà cité dans ce chapitre , se faisait l'interprète en 1839 :

« Au latin Malum, Pomme, Malus, Pommier — écrivait-il — correspond le grec MrjXov et Mïi),Éa. Je ne connais pas de nom sanscrit de la pomme. Le mot seba, que M. de Candolle

donne pour tel, d'après Piddington, est hindoustani et emprunté au Persan séb Le

turc aima serait-il une inversion de mala, et de provenance iranienne? » (Les Origines indoeuropéennes, essai de paléontologie linguistique, 1'^ partie, pp. 238-239.)

Les érudits seuls pourront répondre à cette interrogation de M. Pictet. Pour moi, je me borne à remettre en mémoire certaine autre étymologie de Malum, l'ancien nom générique des fruits. Elle est due à Jean Goropius, médecin et historien flamand mort en 1372. Il dit, en ses Origines Antuerpianœ , le mot grec ixâXov et le mot

latin malum dérivés du cimbrique (1) mahl, repas, et pour le démontrer s'appuie sur ce fait constant, que les repas des premiers hommes se composèrent presque uniquement de fruits. J'ajoute que cette étymologie, qui n'a rien de trop déraisonnable, rencontra quelque créance en Allemagne, où Mayer, notamment, lui donnait place en 1776 dans sa Pomona franconica.

Variétés cultivées chez les Grecs.

Homère, il y a vingt-huit siècles, qualifia le pommier « d'Arbre au beau fruit, » et le cita trois fois dans Y Odyssée (livres YII , XI et XXIV). Du reste c'est un fait prouvé qu'en Grèce cet arbre fut connu très-longtemps avant l'ère du Christ. Les plus anciens écrivains de ce pays , l'attestent ; quelques-uns — Artémidore , Plutarque , Pausanias — sans nul détail horticole ou historique ; et d'autres — Théophraste, Théocrite, Dioscoride, Galien — en indiquant des noms de variétés, ou par quels caractères elles se différenciaient.

Théophraste (287 ans avant J. C, Histoire des plantes] mentionna six sortes de pommes :

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