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Poire d'EPARGNE

Synonymes. — Poires : 1. D'Espargne (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant , 1628, p. 4). — 2. Saint-Samson (dom Claude Saint-Étienne , Nouvelle instruction pour connaît?^ les bons fruits, 1670, p. 33). — 3. Grosse-Guisse-Madame d'Été (Merletj l'Abrégé des bons fruits, édition de 1690, p. 65). — 4. De Beau-Présent (Id. ibid.). — 5. Grande- Cuisse de Madame (Herman Knoop, Pomologia , édition de Nuremberg, 1760-1766, 2e partie, p. 27).

— 6. Jargonelle des Anglais (Lindley, Guide io the orchard and kitchen garden, 1831, p. 341).

— 7. Saint-Lambert (Id. ibid.). — 8. Des Tables des Princes (Id. ibid.). — 9. De Chandelle (Comice horticole d'Angers, Mémoires de la Société d'Agriculture , Sciences et Arts, 1835, t. III, p. 110). — 10. De Cueillette (Dalbret, Cours théorique et pratique de la taille des arbres fruitiers, 4836, 2e édition, pp. 240 et suivantes; et Bulletin de la Société d'Horticulture de Rouen, 1842, t. II, n° 4). — 11. Belle- Vierge (Dalbret, Cours théorique et pratique de la taille des arbres fruitiers, 1851, 8e édition, p. 327). — 12. Beau-Présent d'Été (Auguste Royer, Annales de pomologie belge et étrangère, 1853, t. I, p. 115). — 13. D'Espagne (Poiteau, Cours d'horticulture, édition de 1853, t. II, p. 142). — 14. De Seigneur d'Été (du Breuil, Cours d'arboriculture, édition de 1854, t. II, p. 569-1). — 15. Chopine (Id. ibid. ). — 16. Beurré de Paris (Id. ibid.). — 17. Roland d'Eté (Id. ibid. ). — 18. MARiON-JASSOL(Thuillier-Aloux, Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans le département de la Somme, 1855, p. 11 ). — 19. Cueillette de la Table des Princes (de Liron d'Airoles, Liste synonymique historique des variétés du poirier, 1857, p. 72). — 20. Grosse-Madeleine (Id. ibid.). — 21. A la Flûte (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1858, t. I). — 22. Franz Madam (Langethal, Deutsches Obstcabinet, 1860, 9e cahier).

Description de l'aigre. — Bois : fort. — Rameaux : bien peu nombreux, légèrement arqués et très-étalés, gros, longs, à peine géniculés, duveteux, rougefauve nuancé de gris, ayant les lenticelles larges, apparentes, assez rapprochées, et les coussinets presque nuls. — Yeux : moyens ou volumineux, ovoïdes-arrondis, très-cotonneux, noyés dans l'écorce. — Feuilles : grandes, jamais abondantes, ovales-arrondies, acuminées, profondément dentées en scie, au pétiole long, gros et accompagné de stipules des plus développées.

Fertilité. — Extrême et constante.

EPA

Culture. — Il croît parfaitement sur toute espèce de sujet, quoique sa vigueur ne soit qu'ordinaire; ses pyramides sont toujours mal faites, très-irrégulières et pèchent surtout par un manque trop prouoncé de rameaux et de feuilles.

Poire d'Épargne. — Premier Type. Description dis fruit. — Gros-

seur : parfois au-dessus de la moyenne et souvent moyenne ou petite. — Forme:

passant de l'allongée quelque peu cylindrique et fortement bosselée, à l'allongée conique, faiblement obtuse, ventrue à la base et très-amincie vers le sommet, qui habituellement est mamelonné.

— Pédoncule : long ou de longueur moyenne, très-rarement recourbé, bien nourri ou assez grêle, plus ou moins renflé à l'une ou l'autre de ses extrémités, obliquement ou perpendiculairement implanté à la surface du fruit. — Œil : presque saillant, moyen ou petit, ouvert ou mi-clos, uni sur les bords ou entouré de plis peu marqués. — Peau :

assez rugueuse, vert clair jaunâtre, marbrée et granitée de gris-roux, largement maculée de même autour du pédoncule, vermillonnée sur la partie frappée par le soleil. — Chair : blanche, à veinules verdâtres, demi-fine, fondante , juteuse , contenant quelques pierres au centre. — Eau : très-abondante, sucrée, acidulé, douée d'un arôme fort agréable, mais entachée parfois d'une légère acerbité.

Maturité. — Yers la mi-juillet.

Qualité. — Première, pour la saison.

Slistoricgue. — Cette variété peut à bon droit passer pour l'une des plus anciennes de la pomone française. Nos jardiniers la cultivent depuis quatre siècles environ. Son nom primitif dut être celui sous lequel on la connaît encore partout, aujourd'hui : Poire d'Épargne. Dès 1600, et sans doute avant, elle le portait dans l'Orléanais, ainsi qu'on le voit par le Catalogue que publiait en 1628, des arbres de son remarquable verger, le procureur du roi le Lectièr, établi à Orléans vers la fin du xvie siècle. A la page 4 de cet opuscule on trouve en effet, classée parmi les fruits mûrissant au cours de juillet ou au commencement d'août, la poire « d'Espargne. » Mais antérieurement même à 1600 , on peut constater l'existence de ce poirier sur un autre point de la France , aux portes de Dieppe. Le passage suivant , extrait d'un article inséré en 1842 dans le second volume des Bulletins de la Société d'Horticulture de Rouen, montre qu'on l'y propageait déjà en 1580 :

1 existo dans le jardin de M. Meugnot, au Pollet, hors la ville de Dieppe (Seineni poirier en espalier, le plus vieux, le plus gros et le plus étendu qui se trouve

In

ÉPA

Poire d'Épargne. — Deuxième Type.

vraisemblablement en Europe. Cet arbre est un poirier de Cueillette [ou Épargne], greffé sur I'im ne ; il est planté à mi-côte, contre un mur de 8 mètres de hauteur et dans un sol argileux. La grosseur du tronc est de 1 mètre; chaque branche latérale porte 70 centimètres de diamètre; il présente 30 mètres d'étendue sur une hauteur de plus de 6 mètres exposée au midi. Sa végétation est vigoureuse et il rapporte, année commune, de 3 à 4,000 poires. L'époque de sa plantation, inscrite sur une pierre placée dans le mur, remonte à 1580, au règne de Henri III. La propriété où il se trouve planté était autrefois un hospice. Cet arbre vénérable est entouré des soins des propriétaires, ce qui lui assure encore une longue vie. » Evidemment nous avons là le doyen de nos poiriers d'Épargne, et probablement aussi un des premiers arbres fruitiers que l'on ait mis en espalier. Toutefois il est à croire que si réellement on le plantait en 1580 le long du mur sur lequel on le voit maintenant appliqué, ce ne fut qu'un peu plus tard, vers 1600, qu'on lui donna la véritable forme de l'espalier, dont l'origine, chez nous, remonte seulement au début du xvue siècle, ainsi qu'il ressort des documents produits dans notre tome Ier, page 57 de l'histoire du Poirier. Du reste, cet arbre se trouvait précisément dans la province où l'espalier fut le plus en renom dès le principe, car l'abbé le Gendre, curé d'Hénouville, près Rouen, a été, nous l'avons établi ailleurs (t. I, pp. 57, 58), le plus ancien et le plus célèbre vulgarisateur de ce mode de culture arboricole.

Poiteau, décédé en 1854, disait dans son Cours « Après avoir cherché longtemps un sens raison- « nable au mot Épargne, dans la Poire d'Épargne, j'ai pensé que ce mot était un « corrompu de poire d'Espagne (t. II, p. 142). » Cette opinion a récemment influencé un de nos pomologues, qui, l'adoptant, a supposé que ce poirier était originaire du nord de l'Espagne. Pour nous, ces deux opinions sont inadmissibles. La poire que dès 1628 le Lectier appelait « Espar gne » — mot alors synonyme de trésor — doit être d'origine française et provenir soit de l'Orléanais, soit de la Normandie, dernière contrée où sa dénomination vulgaire est Cueillette. Et notre sentiment est aussi celui de M. Jahn, un des auteurs allemands les plus compétents en pareil sujet (voir Illustrirtes Handbuch der Obstkunde, 1860, t. II, p. 195, n° 86). Du reste, aucun poirier ne méritait mieux que celui-là des noms aussi flatteurs, noms que de nos jours il justifie pleinement encore, puisqu'en 1858 M. Decaisne écrivait dans le tome Ier de son Jardin fruitier du Muséum : « L'Épargne est très-abondante sur les « marchés de Paris , où elle se vend ordinairement — fruits de choix — 25 francs « le cent ; » et qu'en 1866 M. Mas, directeur du recueil le Verger, disait à son tour, en la décrivant : « J'ai connu un arbre de cette variété dont la récolte se vendait « souvent jusqu'à 120 francs (t. II, n° 8). »

Ajoutons, pour terminer, que parmi les autres surnoms de cette poire, il en est un — Grande-Cuisse de Madame — qu'elle tient de sa forme particulière et qui donna lieu, rapporte Her-man Knoop en 1766, à ce plaisant quiproquo ; nous citons textuellement :

« Le prince Eugène de Savoie étant à table avec plusieurs personnes de distinction.

d' horticulture, édition de 1853

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demanda à un vieil officier qui mangeait des fruits de bon appétit : — « Monsieur, avez-vous « goûté la .Grande-Cuisse de Madame?... » Celui-ci, ne sachant point qu'il y avait une poire de ce nom, répondit sèchement : — « Monseigneur, je n'aime point les cuisses de dame... » Le prince sourit, lui offrit un couple de ces poires et lui donna l'explication voulue. Alors l'officier s'écria : — « Ah! pour ces Cuisses de Madame, je les trouve excellentes et propres à « manger jusqu'au dedans. » (Pomologia, édition de Nuremberg, 2e partie, p. 27.)

Observations. — Nous avons inscrit le nom Grosse-Cuisse-Madame parmi les synonymes de l'Épargne, cette poire l'ayant porté assez longtemps, et dans divers pays; mais ici nous devons prévenir le lecteur qu'en 1600 on cultivait à Orléans, selon le Lectier (Catalogue de 1628, p. 17), un poirier originaire de Moulins et appelé Certeau-Madame ou Grosse-Cuisse-Madame. Toutefois, comme ses produits mûrissaient en décembre, dit cet auteur, il reste prouvé qu'il différait entièrement de l'Épargne; nos efforts pour le retrouver ont été inutiles. — Rappelons également que pendant nombre d'années on a multiplié, dans l'Anjou, l'Épargne pour la Cuisse-Madame, et renvoyons aux pages 606-608 de notre tome Ier, où cette dernière variété se trouve décrite, ceux qui voudraient sur ce sujet des explications plus détaillées,

Poire des ÉPARONNAIS. — Synonyme de poire Duchesse d'Angoulême. Voir ce nom.

Poire ÉPINE A COURTE-QUEUE. — Synonyme de poire Naquette. Voir ce nom.

Poire ÉPINE DUMAS. — Synonyme de poire du Mas. Voir ce nom.

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