Poire EPINE D'ÉTÉ
Synonymes. — Poires : 1. D'Espine (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 11). — 2. Fondante musquée (dora le Gentil, le Jardinier solitaire , 1704-1723, p. 48). — 3. Bugiarda des Italiens [par erreur] (les Chartreux de Paris, Catalogue de leurs pépinières, 1736, p. 22). — 4. Bonne-Poire de Louis XIV {Id. ibid.). — 5. Bergiarda [par erreur] (Louis Bosc, Nouveau cours d'agriculture, 1809, t. Xj'-pp. 241-242). — 6. Grande- Épine d'Été ( Loiseleur-Deslongchamps, le Nouveau Duhamel, 1815, p. 202). — 7. Épine de Tolède (Audibert, Bulletin des sciences agricoles et économiques, publié par le barou de Férussac, 1829, t. XIII, p. 331).— 8. Épine d'Été musquée (Louis Noisette, le Jardin fruitier, édition de 1839, p. 120). — 9. Satin vert (Robert Thompson, Catalogue of fruits cultivated in ihe garden of the horticultural Society of London. 1842, p. 136, n° 222). — !0. Épine verte d'Été (Langethal, Deulsches Obstcabinet, 1860, 9e cahier).
UegcriptioBi de Favlure. — Bois : un peu faible. — Rameaux : nombreux , assez étalés, longs, de force moyenne, coudés, vert herbacé lavé de roux, à lenticelles apparentes et rapprochées, à coussinets ressortis. — Yeux : petits, coniques, aigus, légèrement aplatis, collés en partie contre le bois. — Feuilles: un peu étroites, lancéolées et acuminées, planes ou arquées, finement dentées ou crénelées, portées sur un pétiole de grosseur et de longueur moyennes.
Fertilité. — Convenable.
Culture. — Greffé sur cognassier, ce poirier pousse bien et développe même hâtivement son écusson; ses pyramides, sans être très-fortes, sont néanmoins touffues et d'une jolie forme.
Poire Épine d'Été.
Bescriiitioa* du fruit. — Grosseur : au-dessous de la moyenne et quelquefois plus volumineuse. — Forme: conique, allongée, plus ou moins obtuse, légèrement ventrue, régulière. — Pédoncule : peu long, mince, courbé, inséré obliquement ou
perpendiculairement, soit à fleur de peau , soit au milieu d'une faible dépression. — OEil : moyen, ouvert, bien fait, un peu enfoncé ou complètement saillant. — Peau : des plus lisses, vert clair nuancé de jaune paille, semée de trèspetits points gris-roux, parfois faiblement lavée de rose tendre sur la face exposée au soleil, et parfois aussi tachée de fauve autour du pédoncule. — Chair : blanc jaunâtre, fine ou demifine, fondante, juteuse, granuleuse auprès des loges. — Eau : abondante, bien sucrée, peu acidulé, ayant une saveur musquée qui n'est pas sans délicatesse.
Maturité. — Commencement et courant de septembre.
Qualité. — Deuxième.
Historique. — En voyant les Chartreux de Paris , dont la réputation comme pépiniéristes fut si grande pendant plus d'un siècle, assurer page 22 de leur Catalogue de 1786 , que la poire Épine d'Été n'était autre que la poire Bugiarda des Italiens, nous avions cru d'abord (voir notre 1. 1, pp. 455 et 506 ) qu'elle avait pris naissance chez ces derniers ; mais non , les Chartreux n'ont pas connu la véritable Bugiarda. Rectifions alors une erreur synonymique qui depuis eux n'a cessé d'être partagée par presque tous les pomologues. Les mots italiens Pera Bugiarda répondent aux mots français Poire Trompeuse. Or, l'Épine d'Été ne mérite certes pas un tel nom, car elle a bon air et saveur agréable; ce qui déjà serait un suffisant indice pour témoigner de la méprise commise à son égard par les Chartreux, s'il n'en existait une preuve plus convaincante dans le grand Dictionnaire italien d'Alberti, publié en 1772. Yoici effectivement la traduction de quelques lignes qu'on y lit page 12 du tome II : — « Pero Bugiarda (Poirier Trompeur), ainsi nommé pour l'apparence « trompeuse de ses fruits, dont la peau [très-rugueuse et roux grisâtre] les fait « croire encore verts, alors même qu'ils sont complètement mûrs. On les appelle « aussi Poires Brute- Bonne et de Pape. » En présence de ce texte, il devient donc impossible de déclarer identiques l'Épine d'Été et la Bugiarda, dernière variété mûrissant en hiver et maintenant cultivée sous le nom de poire de Saint-Père. Mais comme elle est décrite plus loin, inutile de s'en occuper davantage. Disons seulement que la confusion faite par les Chartreux vint sans doute de ce que les Italiens possédaient deux poires Brute-Bonne, l'une qu'ils mangeaient au mois de juillet, et l'autre — leur Bugiarda — dans le courant de décembre.
L'Épine d'Été nous apparaît pour la première fois en 1628 à Orléans, où nous la rencontrons, sous l'unique nom de Poire d'Espine, dans les fameux jardins du magistrat le Lectier, lequel lui assignait, page 11 de son Catalogue, le mois de septembre comme époque de maturité, ce qui dénote bien qu'il ne s'agissait pas là de l'Épine d'Hiver, variété non moins ancienne, mais plus méritante. L'Épine d'Été
dut rester longtemps localisée dans l'Orléanais, car Merlet, qui s'occupa surtout des fruits répandus aux environs de Paris, ne l'avait pas encore décrite en 1690, date de la troisième édition de sa précieuse pomologie; et de plus la Quintinye, chef des vergers de Louis XIY, ne la mentionne même pas dans le recueil horticole qu'il nous a laissé, quoiqu'elle ait reçu du monarque dont il créa les jardins potagers, le surnom de Bonne-Poire , disent les Chartreux [Catalogue de 1736 3 p. 22). Il reste donc acquis qu'en 1688, époque à laquelle mourut la Quintinye, ce fruit était excessivement rare. Mais en 1704 dom le Gentil, directeur de la pépinière des Chartreux, montre qu'alors on cultivait à Paris cette variété , qu'il décrit fort brièvement et qualifie « de poire nouvelle. » (Yoir le Jardinier solitaire, chapitre vu.)
Observations. — Très-commune et très-estimée chez les Allemands, l'Épine d'Été est regardée par eux comme un fruit d'origine française. Ils la classent dans la famille des Verte-Longue et la nomment généralement Epine verte d'Eté. Ils ont également une poire Épine d'Été ponctuée, rappelant beaucoup cette dernière par sa forme et sa chair, mais en différant par le vif coloris de sa peau et surtout par le mois de sa maturité, laquelle a lieu en octobre ou novembre, et même plus tard, dans la Thuringe (Haute-Saxe). — La poire américaine f/eathcot,q\ie maints poniologues ont crue identique avec l'Épine d'Été, ne lui ressemble extérieurement en rien, et de plus elle appartient aux variétés de premier ordre. — Le nom Figue musquée, également donné pour synonyme à notre Épine d'Été, ne saurait davantage lui être maintenu, car il se rapporte, selon que Merlet le spécifiait en 1675, page 74 de son Abrégé des bons fruits, à la poire de Deux fois l'An, décrite plus haut, n° 403. — La poire Sucré vert a souvent porté le surnom de Satin vert, l'un des synonymes du fruit qui vient de nous occuper; toutefois on ne peut les confondre , puisque la première se mange en septembre et la seconde au cours de novembre.
Poire ÉPINE D'ÉTÉ DE BORDEAUX. — Synonyme de poire Monchalard. Yoir ce nom.
Poire ÉPINE D'ÉTÉ MUSQUÉE. — Synonyme de poire Épine d'Été. Yoir ce nom.