‹ Dictionnaire de pomologieChapitre 132 sur 742 · Poire d'ESTRANGUILLON · texte numérisé non relu

Poire d'ESTRANGUILLON

Synonymes. — Poires : 1. SîRANGULANEUM (Charles Estienne, Seminarium et plantarium fructiferarum prœsertim arborum quœ post hortos conseri soient, 1530, p. 70). — 2. Strengling (Tabernœmontanus, Kràuterbuch, 1588, cité par Jean Bauhin, Historia plantarum universalis, édition de 1650 t.ï, p. 43). — 3. Challemel (dans les environs de la Ferté-Macé, depuis la moitié du .xvie siècle, selon M. Anatole Musse, pépiniériste de cette dernière localité). — 4. D'Estranglas (dans le Perche et l'Alençonnais, depuis le xvne siècle, d'après le même pépiniériste). — 5. D'Étrangle-Chien (dans l'Orne, depuis le xvme siècle, idem). — 6. De Cochon ou a Cochon (Idem, et Michel-Christophe Hervy, Catalogue méthodique et classique de la pépinière du Luxembourg , 1809, p. 38).

Description de l'arbre. — Bois : fort.

— Rameaux : très-nombreux, étalés, gros, des plus longs, duveteux, fauve grisâtre, ayant les lenticelles fines, rapprochées , et les coussinets bien accusés. — Yeux : petits , ovoïdes , aigus, écartés du bois. — Feuilles : petites, ovales, planes ou contournées, à bords finement dentelés ou crénelés, portées sur un pétiole long et grêle.

Fertilité. — Extrême.

Culture. — Le franc est le sujet que préfère ce poirier, dont la vigueur ne laisse rien à désirer ; ses pyramides sont magnifiques; abandonné à lui-même il fait de très-beaux arbres à haute tige, pour le verger.

Description du fruit. — Grosseur : petite et parfois un peu plus volumineuse. — Forme : ovoïde, mamelonnée au sommet et assez régulière, quoiqu'ayant habituellement un côté moins ventru que l'autre. — Pédoncule : court, mince, droit, faiblement renflé à son point d'attache, inséré à fleur de peau. — Œil : petit, ouvert, presque saillant. — Peau : jaunâtre, ponctuée de gris, lavée de roux clair et quelquefois légèrement rosée sur la partie exposée au soleil. — Chair : blanchâtre, assez grossière, cassante ou mi-fondante, aqueuse, fortement pierreuse. — Eau : abondante, peu sucrée, dénuée de parfum et tellement acerbe qu'elle devient pour le palais un astringent des plus désagréables.

Qualité. — On ne saurait l'admettre au rang des fruits comestibles, mais elle est sans rivale parmi les variétés qui servent à fabriquer le poiré.

BiiNtori«ine. — Charles Estienne, dans le précieux et si rare petit traité qu'en 1530 il publiait à Paris sur les arbres fruitiers, montra que la poire d'Estranguillon était déjà, de son temps, bien connue des jardiniers français, et non moins mauvaise alors qu'aujourd'hui; car, disait-il, « à peine l'a-t-on mordue, que sa « détestable acidité, empêchant de l'avaler, la fait immédiatement rejeter de la " bouche avec dégoût; défaut qui lui a valu son nom d'Estranguillon. » [Seminarium, p. 70.) Le berceau de cette variété paraît être l'ancienne province du Perche, où de tout temps, ainsi que dans la Normandie, on l'a fort recherchée pour fabriquer le poiré, boisson capiteuse et pétillante particulière à ces contrées.

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Les renseignements suivants, que nous devons à l'obligeance de MM. Anatole Massé , pépiniériste , et Armand Droulout , instituteur , domiciliés tous les deux à la Ferté-Macé, permettent en effet de la supposer originaire des environs de cette dernière localité :

« Elle était cultivée chez nous — m'écrivaient ces messieurs le 7 janvier 1868 — bien avant 4565, époque à laquelle une famille Challeniel, sortie de notre ville, fit bâtir un château dans un hameau voisin, hameau qui depuis s'est toujours appelé la Cour-Challemel. Or, à cette date, on remarquait déjà près de ce château des poiriers d'Estranguillon; et trèsvieux, puisque leur hauteur atteignait une douzaine de mètres et que leur tronc offrait un diamètre de 80 centimètres, pour le moins. D'où vint qu'on prit ensuite, dans ces lieux, l'habitude de surnommer poire Challemel, la poire d'Estranguillon. »

Cette poire, malgré son insupportable astringence, fut néanmoins — qui le croirait! — longtemps en honneur parmi les populations du Perche. Après la moisson, lisons-nous dans les notes dont nous avons extrait l'alinéa ci-dessus, les fermiers de ce pays en offraient aux travailleurs, qui les conservaient pour les manger blettes ; et de plus, les propriétaires retenaient à titre de faisance, lorsqu'ils passaient un bail, quelques pots de poiré d'Estranglas ou d'Estranguillon , estimé par eux à l'égal du meilleur vin blanc. Dans l'Orne, surtout à Briouze, cette poire est encore actuellement très-prisée et vendue en quantité considérable comme fruit à couteau, sans doute à cause de sa précocité. C'est aussi là, et dans lés cantons d'Athis, de Carrouges et de la Ferté-Macé, qu'on en peut voir des arbres parvenus au plus énorme développement et connus principalement sous le triple nom de poiriers d'Estranguillon, d'Etrangle-Chien, ou de Cochon. Mais souvent ce fruit arrive jusque sur les marchés de Paris; témoin l'imprécation ci-après, que lui lançait en 1844 feu Yictor Paquet, écrivain horticole dont la plume fut non moins féconde que mordante :

« Il est vraiment honteux — s'écriait-il — de laisser vendre au beau milieu de Paris des

fruits que dédaigneraient assurément les animaux les plus immondes ! J'en appelle à tous les hommes éclairés : cette insipide poire connue sous le nom grotesque, mais expressif, de Poire de Cochon, est-elle faite pour le palais de l'homme?... L'âpreté de ce fruit est si ■violente, qu'à peine la dent a-t-elle séparé ses chairs, son suc arrête la respiration ! » [Traité de la conservation des fruits et des meilleures espèces d'arbres fruitiers à faire entrer dans un jardin, pp. 229-230.)

©bservatiwsas. — Plusieurs pomologues allemands du xvme siècle ont cru voir dans la Susselbirne, décrite en 1598 par Jean Bauhin, notre Estranguillon ; mais leur méprise à cet égard fut formelle, puisque la Susselbirne se rapporte positivement à la poire d'Ane, figurée et caractérisée pages 129-131 du tome Ier de ce Dictionnaire. Du reste, ce dernier fruit pourrait aussi mériter parfois le nom d'Estranguillon, s'il advenait surtout qu'on le mangeât avant qu'il n'eût attein t son entière, sa parfaite maturité.

Poire d'ÉTOUPE. — Synonyme de poire de Fusée d'Automne. Voir ce nom.

Poire d'ÉTOURNEAU. — Synonyme de poire Bonne de Malines. Voir ce nom.

Poire b'ÉTRANGLE-CHIEN. —Synonyme de poire d'Estranguillon. Voir ce nom.

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