Poire FORTUNÉE DE PRINTEMPS
Synonymes. — Poires : 1. Fortunée (Prévost, Cahiers de pomologie, 1839, 3e cahier, p. 94). — 2. Fortunée de Parmentier (André Leroy, Catalogue de cultures, 1846, p. 10). — 3. Bergamote Fortunée (Bivort, Album de pomologie, 1849, t. II, pp. 79 et 176). — 4. Fortunée de Reims (Tougard, Tableau analytique des variétés de poires, 1852, p. 75). — 5. De Parmentier { Id. ibid.). —6. Beurré de Remme (Bivort, Annales de pomologie belge et étrangère, 1860, t. VIII, p. 29). — 7. Fortunée de Remme (Id. ibid.).
Description de l'arbre. — Bois : assez fort. — Rameaux : très-nombreux, érigés au sommet, étalés à la base, bien nourris, de longueur moyenne, coudés, brun verdàtre foncé, très-finement et très-peu ponctués, à coussinets des plus saillants. — Yeux : énormes et longs, coniques, légèrement écartés du bois. —
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Feuilles : abondantes, habituellement ovales-allongées on elliptiques, faiblement relevées en gouttière et contournées, ayant les bords assez profondément dentés, le pétiole fort et peu long.
Poire Fortunée de Printemps.
Fertilité. — Extrême.
Culture. — On le greffe sur franc et sur cognassier, mais ce dernier sujet lui convient moins que l'autre ; sa vigueur est satisfaisante, quoique son développement soit tardif; dans sa troisième année il fait de superbes pyramides.
Description du fruit. — Grosseur : moyenne et parfois moins volumineuse. — Forme : sphérique ou turbinée - arrondie , généralement assez bosselée. — Pédoncule : court, arqué, faible au milieu, plus fort aux extrémités, inséré obliquement dans une cavité prononcée dont les bords sont gibbeux ou très-plissés. — Œil :
petit, mi-clos ou fermé, rarement bien enfoncé, entouré de bosselettes.
— Peau : rude au toucher, plutôt mince qu'épaisse, jaune orangé légèrement verdâtre du côté de l'ombre, presque entièrement lavée de roux clair et semée de points gris cendré peu apparents. — Chair : blanc jaunâtre , demi-fine et demi-fondante , aqueuse , assez granuleuse auprès des pépins. — Eau : abondante, sucrée, douée d'un savoureux arôme, mais souvent entachée d'âcreté.
Maturité. — Depuis février jusqu'en mai ou juin.
Qualité. — Deuxième, et parfois première quand son. eau n'a rien de trop astringent.
Historique. — C'est de la Belgique qu'est sortie cette poire, précieuse surtout par sa très-longue conservation. Je l'ai reçue de Bruxelles, vers 1830 ou 1832, étiquetée Fortunée de M. Parmentier. Ce dernier, amateur passionné d'arboriculture et longtemps membre correspondant de l'ancien Comice horticole d'Angers, habitait Enghien (Hainaut), où il mourut au cours du mois de juin 1847. Il a gagné d'excellents fruits ; toutefois la poire Fortunée ne lui appartient pas. Le successeur de Van Mons, M. Bivort, affirma bien en 1849 (Album de pomologie, t. II, p. 79) « qu'elle provenait des semis de M. Parmentier, d'Enghien, et que sa « première production pouvait dater d'une vingtaine d'années; » mais plus tard, en 1860, il dut rectifier cette assertion, qui manquait d'exactitude :
« On a prétendu depuis 1849 — écrivit-il alors — que la Fortunée appartenait aux « semis de M. de Remme. C'est possible ; mais nous n'avons aucune preuve de la véracité de « ce dire qui, au résumé, importe peu. Ce qui est certain, c'est que M. Parmentier l'a fait « connaître et l'a mise dans le commerce. » {Annales de pomologie belge et étrangère, t. VIII, p." 29.)
M. le professeur Decaisne, directeur des cultures au Jardin des plantes de Paris , voulant décrire cette variété , ne fut pas de l'avis de M. Bivort ; il crut qu'il
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importait beaucoup, au contraire, de connaître la véritable origine du poirier ainsi attribué à Parnientier , et prit en Belgique des renseignements tout particuliers dont le résultat se trouve consigné de la sorte au tome Ier de son Jardin fruitier du Muséum :
« M. Sireaux, jardinier en chef de S. A. S. le duc d'Arenberg, me communique la note suivante, au sujet de la Voire Fortunée :
« Ce fruit a été, vers 1828, découvert aux environs d'Enghien (Belgique), par M. Fortuné « Deremme, dans une haie de son jardin. Parmentier, auquel il en fit goûter en hiver, parce vint à le faire servir sur la table royale d'Angleterre. Cette circonstance mit l'arbre en « vogue et en fit vendre les jeunes individus greffés dans l'année, au prix de 25 francs. »
Voilà donc la question vidée : ce fut le hasard seul qui sema le pied-mère de cette variété, dont M. Fortuné Deremme, pharmacien à Enghien, se trouva ainsi l'unique propriétaire, et Parmentier le réel, le zélé promoteur.
Observations. — Il est fort rare, chez nous, de voir la Fortunée de Printemps acquérir toutes les qualités qui constituent les fruits de choix. Les Allemands se plaignent aussi de la trouver moins bonne qu'ils ne la supposaient primitivement, d'après sa dénomination. Mais pour eux, c'est un peu leur faute, car ignorant qu'elle portait le prénom féminisé de son possesseur, et voulant traduire ce mot Fortunée, ils ont supposé qu'il lui venait de son grand mérite, et l'ont alors appelée Glùcksbime : Poire Favorisée... Ce qui explique le désenchantement qu'ensuite ils éprouvèrent en la mangeant, et montre le danger qu'offrent souvent ces sortes de traductions. — Si l'on veut obtenir de ce poirier des produits satisfaisants, il faut le planter au midi, ne pas l'élever en haute-tige, mais plutôt en espalier, et ne cueillir ses fruits que le plus tard possible, quand la gelée commence à sévir.
Poire FORTUNÉE DE REIMS. — Synonyme de poire Fortunée de Printemps.
Poire FORTUNÉE DE REMME. — Synonyme de poire Fortunée de Printemps. Voir ce nom.
Poire FORTUNÉE SUPÉRIEURE. — Vers 1850 M. Flon aîné, horticulteur à Angers, obtint cette variété d'un semis de pépins de la Fortunée de Printemps. Il la soumit en 1854 au Comice horticole de Maine-et-Loire, qui la trouvant douée d'une « chair très-fine, très-fondante, agréablement parfumée et de plus exempte « de ce goût acerbe que possède l'ancienne poire Fortunée, déclara qu'elle l'empor- « tait sur ce dernier fruit et lui donna en conséquence le nom de Fortunée «Supérieure. » {Annales du Comice, t. IV, 2e partie, pp. 39-40.) Son obtenteur n'ayant pas voulu la mettre dans le commerce , il nous est impossible d'en présenter une étude complète. Disons cependant qu'elle mûrit à la fin de janvier, se garde jusqu'en avril, et que déjà nous lui connaissons un synonyme, quoique jamais on ne l'ait mise en pépinière. Cela vient de la courte description que lui consacra, d'après les Annales du Comice horticole de Maine-et-Loire, M. de Liron d'Airoles dans ses Notices pomologiques (1858, p. 51), description qui appela l'attention sur elle et lui valut dans deux Catalogues analytiques le surnom de Fortunée d'Angers.