Poire MARTIN-SIRE
Synonymes. — Poires : 1. Certead musqué d'Hiver (Merlet, l'Abrégé des bons fruits , édition de 1675, p. 119). — 2. Gros-Certeau d'Automne et d'Hiver (Id. ibid., p. 97). — 3. De Ronville (Id. ibid.; — et la Quintinye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690-1739, t. I pp. 278 et 314). — 4. Fin-Or musqué d'Hiver (la Quintinye, ibidem, p. 314). — 5. De la Hocrenaille (Id. ibid., p. 278). — 6. De Topinambour (Id. ibid., p. 314; — et Jean Mayer, Pomona franconica, 1776-1801, t. HÎ, p. 302). — 7. Du Lord Martin (Philippe Miller, Dictionnaire des jardiniers et des cultivateurs, 1786, t. VI, p. 170). — 8. De Ranville (Couverchel, Traité complet des fruits, 1852, p. 481). — 9. Sire Martin (le baron de Biedenfeld, Handbuch aller bekannten Obstsorten, 1854, lre partie, p. 95).
Description de l'arbre. — Bois :
assez fort. — Rameaux : nombreux , érigés au sommet, quelque peu étalés à la base , gros et de longueur moyenne, faiblement géniculés , duveteux, brunroux légèrement violacé, aux lenticelles fines mais apparentes et rapprochées, aux coussinets aplatis. — Yeux : moyens ou petits, coniques, aigus, plats, plus ou moins collés contre le bois. — Feuilles ; grandes, ovales ou ovalesallongées , généralement acuminées , planes ou relevées en gouttière, à bords presque unis ou très -finement crénelés, à pétiole peu long, assez fort, non stipulé.
Fertilité. — Remarquable.
Culture. — Franc ou cognassier , tout sujet lui convient ; sa vigueur est ordinaire ; sa croissance, hâtive; les pyramides qu'il fait sont régulières et touffues, mais leur hauteur laisse à désirer.
seur : moyenne et parfois un peu plus volumineuse. — Forme : turbinée assez allongée, obtuse, régulière, à base toujours bien arrondie et ventrue. — Pédoncule : long, grêle, plus fort à ses extrémités, régulièrement inséré dans une très-faible dépression. — Œil: très-grand, bien fait, ouvert, habituellement un peu enfoncé. — Peau : mince, lisse et luisante, jaune d'ocre , ponctuée et tachée de fauve, carminée du côté du soleil, où elle est en outre semée de points grisâtres. — Chair : blanchâtre, demi-fine, cassante, pierreuse autour des pépins. — Eau : rarement abondante, sucrée, douceâtre, douée généralement d'un arrière-goût musqué plus ou moins prononcé.
Maturité. — Commencement de décembre et se conservant jusqu'en janvier ou février.
Qualité. — Troisième , et quelquefois deuxième quand son eau possède une saveur suffisamment appréciable.
Historique. — En 1628 cette poire n'avait pas encore été citée par nos vieux auteurs, mais en 1670 dom Claude Saint-Étienne la mentionnait sous ses deux plus anciens noms, Martin-Sire et Ronville, aux pages 81 et 82 de sa Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits. Seulement on voit qu'elle lui était presque étrangère, car il regarde ces deux noms comme appartenant à des variétés distinctes; erreur que vina^t ans plus tard la Quintinye eut soin de rectifier en ces termes :
« Le Ronville, crue quelques-uns nomment la Hocrenaille et d'autres Martin-Sire, est célébré sur la rivière de Loire ; c'est une poire des mois de janvier et février ; sa grosseur et sa ligure approchent fort de celles d'un beau Rousselet. » (Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, t. I, p. 343.)
Avant la Quintinye, Merlet, lui, l'avait rattachée en 1675, par un synonyme, au groupe si nombreux des Certeau, tout en l'appelant également poire Martin-Sire (l'Abrégé des bons fruits, pp. 97 et 119). Elle est d'origine française et le docteur Venette affirmait en 1683 que, « venue de semence, elle a eu l'honneur de porterie « nom de celui qui l'a élevée. » [Art de tailler les arbres fruitiers, 2e partie, p. 48.) Son lieu de naissance devient facile à retrouver, en l'entendant nommer, dès 1670, poire de Ronville, village situé sur le territoire de la commune de Chilleurs-aux- Rois , dans l'Orléanais. Et ainsi s'explique encore le passage de la Quintinye rapporté plus haut , « que la poire de Ronville, ou Martin-Sire, était célébrée sur la « rivière de Loire. » Du reste, le pomologue allemand Jean Mayer, qui vers la fin du xvine siècle s'occupa beaucoup de l'histoire des fruits, avait à peu près, quoiqu'hypothétiquement, donné l'étymologie des principaux surnoms de ce poirier :
« Le nom de Martin-Sire, qui a généralement prévalu — disait-il — peut provenir d'un ancien sire de Ronville s' appelant Martin; et peut-être le pied-type s'élevait-il aussi baut que les créneaux de son cbâteau; d'où serait venu baut-crenaillier, puis hocrenaille [un de ses synonymes]. » [Pomona franconica, 1776-1801, t. III, p. 301.)
C'est aussi ce même auteur qui constata le premier l'identité de la poire Topinambour avec la variété Martin-Sire :
« Un arbre que j'ai reçu de France — ajoutait-il — sous le nom de Topinambour, m'a donné le fruit n° 130 b. C'est décidément un Martin-Sire » (Ibid., p. 302.)