Poire DOUBLE-FLEUR
Synonymes. — Poires : 1. Gros-Kairville (le Lectier, d'Orléaus, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 21). — 2. Fleur-Double (dom Claude Saint-Etienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, p. 82). — 3. Rose d'Hiver (Jtf. ibid.). — 4. Clairville (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1860, t. III).
Description de l'arbre. — Bois : des plus forts. — Rameaux :
nombreux, bien étalés à la base de la tige, érigés près du sommet , trèsgros, assez longs, à peine coudés, d'un vert jaunâtre nuancé de rouge sombre, abondaaiment ponctués de gris cendré , ayant les coussinets ressortis. — Yeux : volumineux, coniques, aplatis, collés presque entièrement sur le bois. — Feuilles : des plus grandes, ovales ou ovalesarrondies , généralement acuminées, planes ou relevées en gouttière, à bords plus ou moins crénelés ou dentés, au pétiole
de longueur et de grosseur moyennes , flasque et sans stipules. Fertilité. — Grande.
Culture. — Poirier des plus vigoureux, il se plaît infiniment sur le cognassier,
s'y développe très- vite et y fait de superbes pyramides.
Description du fruit. — Grosseur : au-dessus de la moyenne. — Forme : arrondie ou turbinée-arrondie, irrégulière, aplatie à la base, généralement plus ventrue d'un côté que de l'autre. — Pédoncule : de longueur moyenne et parfois assez long, mince, arqué, renflé à son extrémité inférieure, obliquement inséré dans une petite cavité où le comprime habituellement une forte gibbosité. — Œil : profondément enfoncé, moyen, mi-clos. — Peau : rugueuse, verdâtre, ponctuée, réticulée de brun et de roux, portant quelques taches noirâtres, presque entièrement lavée de rouge foncé sur la partie frappée par le soleil. — Chair : verdâtre, demifine et demi-fondante, rarement granuleuse au centre. — Eau : abondante, douceâtre, assez sucrée, manquant de parfum.
Maturité. — Courant de mars et pouvant atteindre aisément la fin d'avril.
Qualité. — Troisième pour le couteau, première pour la cuisson.
Historique. — Dès 1651, la première édition du Jardinier français, publié par Nicolas de Bonnefonds, citait la Double -Fleur comme l'une des poires alors connues.
chez nous. On ignore son origine, mais il est certain qu'avant 1628 on la cultivait à Orléans, dans le verger du procureur du roi leLectier, et sous un nom que depuis on lui a parfois réappliqué : sous celui de poire Clairville ou Gros- K air ville. C'est ainsi qu'elle était appelée dans le Catalogue arboricole imprimé en 1628 par ce magistrathorticulteur (page 21), et l'époque de sa maturité s'y trouvait des mieux indiquées, puisqu'on l'avait classée parmi les variétés « dont le fruict dure jusques en Mars, « Avril, Mai et Juin. » Double-Fleur est le nom qu'on lui conserva généralement. Ce fut le seul que Merlet, en 1675, lui donna lorsqu'il la décrivit, et il eut soin de prouver qu'une telle dénomination n'avait rien de hasardé :
« La Double-Fleur — disait-il — est assez grosse, plate et jaune, fouettée de rouge, qui
mérite d'estre plutost retranchée que cultivée On peut en avoir quelque Arbre, la fleur
en estant très-belle, et si double, qu'elle vaut une rose au printemps. » [L'Abrégé des bons fruits, édition de 1675, pp. 122-123.)
Dom Claude Saint-Ëtienne, moine feuillant qui avait fait paraître quelques années avant Merlet, un ouvrage assez curieux sur les fruits, s'était également attaché à justifier dans les courtes lignes ci-après , le nom si caractéristique de ce poirier séculaire :
« Fleur-Double, ou Poire-Rose, parce qu'il a la fleur double en petites roses, à fruit rond et gros comme la Grosse-Orange, et qui rouge et verdâtre n'est pas pierreux, a la queue longue et dure jusques en juin. » (Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1660,
Cette poire a toujours été considérée comme uniquement propre à faire des compotes; cependant, souvent on la servait crue sur les tables, mais alors elle n'y figurait que pour leur décoration. Sous Louis XIV, la Quintinye, directeur du potager de Versailles, ne lui accordait pas d'autre mérite, et s'exprimait ainsi, à son égard, dans le volumineux recueil horticole qu'il nous a laissé :
« J'en fais un cas très-particulier, non pour la manger crue, mais pour le service
qu'elle rend, tant elle est belle à voir, dans les grands plats de fruits puis parce qu'elle
fait une des meilleures compotes du monde, ayant une chair moelleuse sans être incommodée d'aucune pierre. » (Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, t. I.)
Observations. — Quelques personnes ont pensé que le poirier d'Arménie ne différait en rien du poirier Double-Fleur. Les caractères de ces deux variétés sont néanmoins des plus dissemblables, et l'on en sera convaincu en rapprochant le présent article de celui que nous avons consacré, pages 159 et 160 de notre tome 1er, à la poire d'Arménie.