Poire ROUSSELET D'HIVER
Description de l'arbre. — Bois : assez fort. — Rameaux : nombreux et généralement étalés, de longueur et de grosseur moyennes, légèrement flexueux et cotonneux, rouge-brun très-foncé, finement et abondamment ponctués, aux coussinets modérément développés. — Yeux : peu écartés du bois, petits, coniques, pointus, à écailles mal soudées. — Feuilles : grandes ou moyennes, peu nombreuses, ovales, faiblement denticulées, portées sur un pétiole long et fort.
Fertilité. — Abondante.
Culture. — De vigueur ordinaire sur franc, mais très-modérée sur cognassier, il développe tardivement son écusson et fait dans sa troisième année de petites pyramides dont la forme et la ramification sont généralement convenables.
Description du fruit. — Grosseur : petite. — Forme : turbinée plus ou moins obtuse et allongée, presque toujours un peu étranglée près du sommet, qui souvent est déprimé d'un côté et mamelonné de l'autre. — Pédoncule : de longueur moyenne, mince à son milieu, renflé à ses extrémités, arqué ou non arqué, placé obliquement à la surface du fruit. — OEil : moyen, ouvert, généralement saillant et quelquefois, cependant, légèrement enfoncé. — Peau : vert jaunâtre, ponctuée de gris-roux et amplement lavée de brun-rouge sur la partie exposée au soleil. — Chair : blanche, peu fine, mi-cassante, aqueuse, assez granuleuse et marcescente. — Eau : abondante, sucrée, rarement bien aromatique et parfois acerbe.
Maturité. — Fin de février et courant de mars.
Qualité. — Deuxième.
Historique. — Le lieu d'origine de cette ancienne variété française, qui remonte au plus à 1650, est resté inconnu. Le Lectier, dont les immenses jardins d'Orléans contenaient déjà 260 espèces de poires en 1628, ne la cultivait pas à cette dernière date; et Bonnefond, en 1652, ne la citait même pas encore dans son Jardinier français , si précieux pour les longues listes d'arbres fruitiers qu'on y trouve. C'est en 1670, et chez dom Claude Saint-Étienne , que son nom m'apparaît enfin, suivi de la courte description ci-après :
« Rousselet d'Hyver, en mars, est longuet, et gros comme Rousselet, et plus blaffart ; bon au commencement de Caresme. » (Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, pp. 80 et 81.)
Parmi nos pomologues du xvme siècle Duhamel est celui qui a le mieux étudié
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cette poire , si répandue maintenant dans tous les pays. Je vais reproduire le passage où il la caractérise , afin qu'on le puisse comparer avec la description que j'en ai faite. Cela me semble nécessaire , car j'ai vu récemment, dans des Pomologies , ce petit fruit figuré sous un tel volume et sous un tel faciès , qu'il m'a semblé que Duhamel n'eût jamais reconnu là le Rousselet d'Hiver duquel il a dit, en 1768 :
« C'est un petit fruit, ayant 2 pouces de hauteur et 48 lignes de diamètre. Il est pyriforme, assez ressemblant au Rousselet de Remis, un peu moins gros et moins pointu. L'œil est à fleur de peau. La queue est courbée, longue de 7 lignes, implantée dans un enfoncement très-peu profond. Sa peau est verdâtre du côté de l'ombre, jaunit un peu au temps de la maturité. Le côté du soleil est de la même couleur qu'au Rousselet de Reims [rouge -brun], un peu plus foncée. En mûrissant elle devient plus semblable à celle du Martin-Sec. Sa chair est demi-cassante et laisse un peu de marc dans la bouche. Son eau est assez abondante et d'un goût un peu relevé. Maturité : février et mars. » {Traité des arbres fruitiers, 1768, t. II, pp. 146-147, pi. xix, iig. 2.)
Observations. — Il est positif qu'en certaines contrées de la France on appelait, au xvue siècle, Rousselet d'Hiver la poire Martin-Sec, qui pourtant, sous aucun rapport, ne saurait passer pour la même que ce Rousselet. La Quintinye le savait, et cependant il crut devoir, en 1690, parler de cette fausse dénomination :
« Le mérite du Martin-Sec — dit-il — ne consiste pas en ce qu'il est de la grosseur et de la figure du Rousselet, en sorte qu'en bien des endroits on le nomme Rousselet d'Hyver, quoiqu'il y ait une autre poire qui, n'ayant que ce nom là, trouve fort mauvais que le Martin -Sec le lui veuille envier. » {Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, t. 1, p. 255.)
A l'exemple de la Quintinye nous avons compris le nom Rousselet d'Hiver parmi les synonymes du Martin-Sec (voir ci -dessus, pp. 408-409), mais il nous a paru bon, néanmoins, d'entrer à cet égard dans les explications qu'on vient de lire.
Poire ROUSSELET JAMIN. — Synonyme de poire Héliote Dundas. Yoir ce nom.