Poire ROUSSELET DE REIMS
Synonymes. — Poires : 1. Girofle (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 10 ; — et Merlet, l'Abrégé des bons fruits, édition de 1690, p. 67). — 2. Petit-Rousselet (le Lectier, ibid., et Merlet, ibid., édition de 1675, p. 79 ). — 3. Petit-Rousselet musqué (dom Claude Saint-Etienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670,
Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux ; assez nombreux , généralement bien étalés, gros et longs, peu flexueux, rouge -fauve ardoisé et cendré, aux lenticelles larges et rapprochées , aux coussinets presque nuls. — Yeux : très-petits et très- aplatis, cotonneux, complètement collés contre l'écorce et ayant les écailles mal soudées. — Feuilles ; assez grandes, d'un beau vert foncé,
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légèrement coriaces , rarement abondantes, ovales ou ovales-allongées, faiblement dentées et contournées, portées sur un pétiole un peu court, fort et accompagné de longues stipules.
t, • r, , . , „ . Fertilité. — Extrême.
Poire Rousselet de Reims.
Culture. — Doué d'une bonne vigueur,
il peut se greffer sur toute espèce de sujet ;
l'écusson n'a rien d'exceptionnel dans son
développement ; les pyramides sont fortes
et jolies dès leur deuxième année.
Description du fruit. — Grosseur:
petite. — Forme : turbinée plus ou moins raccourcie, rarement bien obtuse, ventrue dans toute sa partie inférieure. — Pédoncule : assez long, mince, arqué, souvent renflé à son point d'attache, oblique ou vertical, implanté à la surface du fruit. — Œil : grand , des plus ouverts , saillant et entouré de faibles gibbosités. — Peau : vert clair ou vert jaunâtre, parsemée de gros et de petits points gris-roux , tachée de même et largement nuancée de rougebrun sur le côté de l'insolation. — Chair ; blanche, fine ou mi-fine, presque fondante quoiqu'un peu crépitante, à peine granuleuse autour des loges. — Eau ; rarement
abondante, sucrée, acidulé, très-rafraîchissante, possédant un savoureux parfum
musqué , mais qui cependant est parfois trop affaibli.
Maturité. — Fin d'août et commencement de septembre.
Qualité. — Première, et souvent deuxième quand sa chair se trouve à la fois peu juteuse et peu parfumée.
Historique. — En décrivant ci-dessus (pp. 250 à 252) le Gros- Rousselet , qui lui aussi fut longtemps dit de Reims, j'ai parlé trop longuement de son histoire, intimement liée à celle du fruit qui maintenant m'occupe , pour rentrer à propos de ce dernier dans les mêmes détails. On voudra donc bien , si besoin est, recourir au passage indiqué. Je répéterai cependant que le nom de la ville de Reims ne fut joint à celui du Rousselet, qu'à partir de 1650, et d'abord à la plus grosse de ces deux variétés. Le Petit-Rousselet, que les Angevins,, nous dit Merle t (p. 70), appelaient encore poire Girofle en 1675, ne le porta que quelque vingt ans après, mais par contre il en devint bientôt, au détriment de son aine, l'unique possesseur. Depuis lors, il ne l'a pas quitté. Ce Rousselet de Reims a joui pendant deux siècles environ d'une célébrité égale à la renommée si prodigieuse du Bon -Chrétien d'Hiver. J'en rencontre une preuve, et des plus piquantes, dans de curieux Mémoires sur Louis XIV :
« Parmi les différentes liarangue3 que ce monarque — lit- on dans cet ouvrage — fut obligé d'entendre au cours de ses voyages, on distingua beaucoup celle d'un maire de Rbeiins, qui lui ayant présenté des bouteilles de vin et des Poires de Rousselet , lui dit ces seuls mots: «Sire, nous apportons à Votre Majesté notre Vin, nos Poires et nos Cœurs ; « c'est tout ce que nous avons de meilleur dans notre ville. » Louis XIV, lui frappant
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doucement sur l'épaule, lui répondit en souriant: « Ali! très-bien! voilà comme j'aime les « harangues! » (Galerie de l'ancienne cour , ou Mémoires anecdotiques pour servir à l'histoire des règnes de Louis XIV et de Louis XV, 1786, t. I, pp. 36-37.)
Et puisque j'ai mis Louis XIV en scène, c'est le cas de rapporter l'opinion que le créateur de son potager de Versailles, la Quintinye, avait du Rousselet :
« Je n'estime pas — écrivait-il en 1688 — qu'un jardin qui peut avoir sept ou huit
poiriers en buisson, doive être sans un Rousselet il n'y a guères de poire au monde plus
connue et plus estimée que celle-là. » (Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, t. I, p. 243, édition de 1739.)
En 1784 l'engouement pour cette petite poire, que tant d'autres surpassent aujourd'hui, n'était déjà plus aussi général; on le sent à la façon dont la Bretonnerie, le pomologue alors en vogue, la présente à ses lecteurs :
« Elle s'est — leur dit-il — parfaitement naturalisée sous le climat de Paris; cependant on lui trouve quelque finesse de parfum de moins qu'à Rheims, d'où elle a pris son nom. 11 faut l'attribuer à son exposition dans ce pays-là, où ses arbres , placés sous le pavé des
cours, ont le pied frais et la tête au soleil La réverbération des murs des bâtiments
environnants concourt aussi à lui donner couleur et parfum. Il y a peu de bourgeois, à Rheims, qui n'aient quelques poiriers de Rousselet dans leurs cours. » (L'École du jardin fruitier, 1784, t. II, pp. 424 et 439.)
Observations. — C'est à tort qu'en 1864 le Congrès pomologique a placé (t. II, n° 89) le nom Perdreau musqué parmi les synonymes du Rousselet de Reims ; il appartient, nous l'avons démontré plus haut (p. 592), à la variété Rousselet hâtif. — Il n'est pas, pour faire des conserves, de fruit plus excellent que le Rousselet de Reims ; aussi nos confiseurs le recherchent -ils de préférence à tout autre, soit pour le sécher, soit pour le confire.