‹ Dictionnaire de pomologieChapitre 587 sur 742 · Poire de SAINT-GERMAIN [d'Hiver · texte numérisé non relu

Poire de SAINT-GERMAIN [d'Hiver

Synonymes. — Poires : 1. De l'Artheloire (Merlet, l'Abrégé des bons fruits, 1675, p. 112). — 2. Inconnue la Fare (Id. ibid., édition de 1690, p. 98). — 3. De l'Artilloire (Hennan Knoop, Pomologie, 1771, pp. 121 et 136). — 4. Saint-Germain jaune (Id. ibid., p. 122). — 5. De l'Artisoire (Jean Mayer, Pomona franconica, 1776 1801, t. III, p. 227, n° 54). — 6. La Fare (Henri Manger, Systematische Pomologie, 2e partie, 1783, p. 146, n° 168). — 7. Saint-Germain d'Hiver (Willerinoz, Observations sur le genre poirier, 1848, pp. 20 et 21). — 8. Saint-Germain de Muraille (Id. ibid.). — 9. Saint-Germain vert (Id. ibid.). — 10. Saint-Germain doré (Alexandre Bivort, Album de pomologie, 1851, t. IV, p. 89).

Description de l'arbre. — Bois : fort. — Rameaux : nombreux , érigés au sommet, étalés à la base, gros et très-longs, peu flexueux, gris verdâtre, aux lenticelles des plus apparentes et clair-semées, aux coussinets faiblement accusés. — Yeux : assez volumineux, ovoïdes-arrondis , écartés du bois et souvent sortis en longs éperons. — Feuilles : grandes, ovales -allongées ou lancéolées, à bords plus ou moins crénelés, à pétiole fort et très -long.

Fertilité. — Satisfaisante.

Culture. — C'est un vigoureux poirier, poussant non moins bien sur cognassier que sur franc, dont l'écusson se développe très-tardivement et qui fait d'irréprochables pyramides.

Description dit fruit. — Grosseur : volumineuse. — Forme : conique allongée, irrégulière, obtuse, fortement bosselée, ayant souvent un côté moins gros que l'autre , et souvent aussi sensiblement voûtée à sa partie supérieure. — Pédoncule : long, mince, arqué, charnu à la base, obliquement implanté à fleur de peau et parfois en dehors de l'axe du fruit. — Œil : grand , mi-clos , presque saillant. — Peau : légèrement rugueuse , à fond de couleur variable , mais le plus ordinairement jaune verdâtre, ponctuée de roux, veinée de même autour de l'œil ainsi que du pédoncule, et semée de quelques taches brunes qui parfois sont assez squammeuses et crevassées. — Chair; blanchâtre, fine ou mi-fine, juteuse, ferme quoique bien fondante, un peu granuleuse au centre. — Eau : fort abondante, sucrée, rafraîchissante, acidulé, très-savoureusement parfumée.

Maturité. — Fin de janvier ou commencement de février, et se conservant jusqu'aux derniers jours de mars.

S AI [saint-germain]

Qualité. — Première, mais parfois deuxième dans les terrains humides et argileux, où généralement ce fruit se couvre de taches noires qui lui communiquent

une âcreté désagréable.

Poire de Saint-Germain [d'Hiver],

Historique. — Faute

d'avoir lu les anciens pomologues, il en est de modernes qui chez nous ont fait naître cette poire si recherchée, si répandue , l'un dans la forêt de Saint-Germain , d'où elle aurait pris son nom, l'autre à Saint-Germain près Leudes, dans la Haute -Saône.

Ces deux assertions manquent complètement d'exactitude ; et de plus , d'après le Dictionnaire des postes , aucun Leudes n'existe en France, soit parmi les communes, soit parmi les hameaux. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher le berceau de la présente variété. Mais nous n'irons pas loin pour le rencontrer.

L'Anjou revendique ce fruit pour sa pomone, comme il en a déjà revendiqué tant d'autres non moins précieux.

C'est effectivement de Saint- Germain -d'Arcé, proche la petite ville du Lude , que provient ce poirier. Il y poussa spontanément sur les bords de laFare, modeste rivière qui sort du territoire de Souzay (Indre-et-Loire), fait tourner une dizaine de moulins, puis se jette dans le Loir, au-dessus de Saint-Germaind'Arcé, après un cours de trente kilomètres. Merlet fut le premier pomologue qui parla de cette variété , que Bonnefond (1653) et dom Claude Saint-Étienne (1670) n'ont pas mentionnée, que Merlet lui-même connut seulement en 1675, et imparfaitement encore, puisqu'il ne put alors en donner l'origine :

« La Poire de S. Germain, ou de l'Artheloire — dit-il — est semblable au Bugy, est moins ronde, et est plus pointue ; elle bœurre très-bien, et son eau est bonne et sucrée. » (L'Abrégé des bons fruits, 1675, p. 112.)

On voit donc que la propagation du poirier de Saint-Germain eut lieu vers 1670. Quant à son origine, Merlet l'établit en 1690, dans la troisième édition du précieux recueil pomologique qu'il nous a laissé :

« La Poire de Saint Germain — y lit-on — ou l'Inconnue la Fare fruit extraordinaire

pour sa bonté et sa garde, se mange pendant un long-temps, et jusqu'en Mars;..., nous le

S Al [saint-germain bla — bru] 621

devons à un Sauvageon, qui s'est trouvé sur le bord de la petite Rivière de la Fare, dans la Paroisse de saint Germain, près le Lude. » (Ibidem, édition de 1690, p. 98.)

Observations. — Il en a été du Saint- Germain, comme du Beurré gris : la couleur de sa peau variant beaucoup selon les sols , l'exposition ou la vigueur de l'arbre, assez longtemps on a cru qu'il existait des Saint-Germain Doré, Jaune, Vert, mais enfin il a fallu reconnaître un jour qu'il n'en était rien, sauf pour le Saint-Germain Gris, originaire de Rouen , et dont je donne ci-après la description. — La poire de Saint-Germain atteint souvent un volume considérable ; à Chartres, en 1862, un amateur de Nogent-le-Roi , M. Courbe, en exposa qui pesaient 493 grammes ; et l'année précédente M. de Liron d'Airoles en avait présenté une, à la Société d'Horticulture de Paris, du poids de 675 grammes (voir Notices pomologiques, t. II, p. 149). — Parfois aussi l'arbre de cette variété prend un rare développement, lors surtout qu'on l'a placé en espalier, à belle exposition. M. le professeur Decaisne, en 1858, en citait un exemple peu commun :

« Un poirier de Saint-Germain — écrivait-il — anciennement palissé contre un des murs d'une cour de l'hospice de Chantilly, a un tronc de 2 mètres de hauteur sur 0m 81e de circonférence, et ses trois branches, élevées à 2 mètres de terre, forment un éventail de 20m 66e d'envergure sur 5m 66e de hauteur. » (Jardin fruitier du Muséum, t. I.)

Par une erreur prenant sa source dans une fâcheuse homonymie, plusieurs pomologues ont donné chez nous, ces derniers temps, les noms suivants pour synonymes à notre Saint-Germain : Poire d'Union, Belle de Jersey d'Hiver, Saint- Germain d'Uvedale ou d'Uoidale. Ils se rapportent formellement, au contraire, à la variété anglaise Uvedale's Saint-Germain, décrite dès 1724 par le botaniste Miller dans la première édition du Dictionnaire des jardiniers , où elle est qualifiée comme suit : « Mauvaise crue, très -bonne cuite; méritant une place dans les jardins et se « conservant depuis Noël jusqu'en avril. » (Tome II, Poires, n° 80.) A lui seul un tel passage suffit pour prouver que le fruit à compote propagé jadis en Angleterre par le docteur Uvedale, s'éloigne entièrement du Saint-Germain français. J'ajouterai cependant, afin de mieux constater le fait, queLindley et Thompson, écrivains anglais dont les ouvrages arboricoles font autorité, déclarèrent en 1831 et 1842 la poire Tonneau (de Duhamel, 1768) identique avec le Saint-Germain d'Uvedale. On verra plus loin, à l'article du poirier Tonneau, qu'ils eurent grandement raison de parler ainsi. — Pour terminer je signale encore deux faux synonymes du Saint- Germain d'Hiver : Saint-Germain blanc , l'un des surnoms de la Louise-Bonne , et Saint-Germain brun, qu'on doit réunir au Saint-Germain gris, de Rouen.

Poire SAINT-GERMAIN BLANC D'AUTOMNE. — Synonyme de poire Louise* Bonne. Yoir ce nom.

Poire SAINT-GERMAIN BLANC D'ÉTÉ. — Synonyme de poire Amadote. Voir ce nom.

Poire SAINT-GERMAIN BRANDES. — Synonyme de poire Brandest Voir ce

nom.

Poire SAINT-GERMAIN BîlUN. — Synonyme de poire Saint-Germain gris de Rouen. Voir ce nom.

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