Poire SANGUINE DE FRANGE
Synonymes. — Poires: 1. Sanguinole ( le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 7 ; — etdom Claude Saint-Étienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, p. 40). — 2. De Sanguinosy (Claude Mollet, Théâtre des jardinages, 1652 et 1678, p. 36). — 3. Caleville de Royder (Henri Hessen, Gartenlust, 1690, p. 277 ; — et Henri Manger, Systematische Pomologie, 2e partie, 1783, p. 114, n° 122 ). — 4. Caleville Sanguinole ( Iid. iibid. ). — 5. Cousinotte {Iid. iibid). — 6. Grenade (Iid. iibid.). — 7. Sanguinole africaine (Jean Mayer, Pomona franconica, 1776-1801, t. III, p. 307, n° 135). — 8. SANGUINOLE MUSQUÉE (ld. ibid.). — 9. De Sang (Thompson, Catalogue of fruits cultivated in the garden of the horticultural Society of London, 1842, p. 150, n° 383). — 10. Sang-Rouge (ld. ibid.). — 11. Sanguinole rouge (ld. ibid.). — 12. Passe-Colmar vineux d'Été (Comice horticole d'Angers, Cahier de dégustations , année 1843, f°s 109 et 151). — 13. Betterave (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1861, t. IV).
Premier Type. Description de l'arbre. — Bois :
assez fort et brun-rouge. — Rameaux :
nombreux, légèrement étalés, très-longs et de grosseur moyenne, à peine coudés, d'un joli rouge ardoisé, finement et abondamment ponctués , aux coussinets complètement aplatis. — Yeux : assez petits, ovoïdes, presque appliqués contre le bois. — Feuilles : moyennes, peu nom- . breuses, plus ou moins coriaces , arrondies, acuminées , à bords régulièrement dentés, à pétiole très-long, fort et pourvu de stipules bien développées.
Fertilité. — Grande.
Culture. — On greffe ce poirier sur franc ou sur cognassier ; il fait toujours de belles pyramides; sa vigueur est ordinaire et l'écusson croît tardivement.
Description du fruit. — Grosseur :
au-dessous de la moyenne , ou petite. — Forme : variable, elle est assez habituellement turbinée obtuse et raccourcie, ou sphérique irrégulière et bosselée ; mais parfois aussi on la trouve à peu près ovoïde ou ovoïde légèrement cylindrique. — Pédoncule : court ou de longueur moyenne, rarement très-arqué, mince ou bien nourri, souvent renflé à la base, obliquement implanté à fleur de fruit ou dans une faible cavité. — Œil : grand ou moyen, ouvert, parfois contourné, presque saillant. — Peau : assez épaisse et quelque peu rugueuse, vert d'eau, ponctuée de gris et de rouge, parsemée de stries et de taches
SAN
Poire Sanguine de France.
Deuxième Type.
roussâtres; quelquefois même faiblement carminée sur la partie qui regarde le soleil. — Chair : transparente, entièrement marbrée et nuancée de rose vif, mi-fine et mi-cassante, juteuse, contenant au centre d'assez fortes pierres. — Eau : abondante, sucrée, acidulé, plus ou moins musquée, douée généralement d'une agréable saveur.
Maturité. — Vers la moitié du mois d'août et pouvant rarement atteindre les premiers jours de septembre.
Qualité. — Variable : deuxième lorsqu'on mange ce fruit en temps convenable, mais troisième aussitôt que le point exact de sa maturation est passé, car il se décompose alors très-rapidement.
Historique. — Claude Mollet, directeur des jardins royaux sous Henri IV et Louis XIII, a parlé de ce curieux poirier dans le traité horticole, fort estimé, qu'il composa vers 1610, mais dont la première édition ne fut publiée qu'en 1652, par ses fils et longtemps après sa mort :
« Le Poirier de Sanguinosy — lisons-nous dans cet ouvrage — est un fort excellent Arbre, les greffes sont venues du pays des Grisons; son fruit est fort bon.» (Théâtre des jardinages, édition de 1678, p. 36.)
Ce texte formel fixe donc deux points importants pour l'histoire de cette variété : elle n'appartient pas à la France et y fut importée, du canton des Grisons, peu d'années avant 1610. Il ne la dit aucunement, toutefois, originaire de la Suisse; et je n'ai pu, jusqu'ici, trouver le moindre renseignement qui me permît même de l'en supposer native. Elle est très-ancienne ; dès 1500 les Allemands la connaissaient. Le botaniste Joachim Camerarius, de Nuremberg, où il écrivait en 1571, l'a mentionnée dans un de ses nombreux recueils. Ce fait est attesté par un naturaliste silésien, le docteur Jonston, qui nous prouve également qu'à son époque (1662) on était encore loin des saines notions de la physiologie végétale, puisque la poire Sanguine aurait reçu d'un mûrier, affirme-t-il, vie et couleur; d'où vient qu'il la nommait Muropirum. Voici du reste la traduction littérale du passage qu'il lui consacra :
« La Muro-Poire, due à la greffe d'un Poirier sur un Mûrier, séduit surtout par la Une couleur rouge dont sa chair est intérieurement nuancée. Son arbre est rarement recommandé. C'est la Poire Écablate [Pirum Coccineum] de Camerarius. » (Historia naturalis de arboribus et fruticibus, p. 35.)
Comme les produits de ce poirier sont généralement de qualité variable, selon les sols, les expositions, et selon aussi qu'on saisit bien leur point complet de maturité, il s'ensuit que la majeure partie de nos anciens auteurs ne l'ont guère « recommandé, » pour me servir du mot de Jonston. Mais il en est un, surtout, dom Claude Saint-Etienne, qui fut plus qu'injuste à l'égard de cette variété, quand il s'exprima de la sorte en 1670 :
« La Sanguine ou Sanguinole.... a toute la cbair dedans rouge comme sang et n'est bonne cra'à mettre dans de l'eau par quartiers, pour la faire croire estre du vin Estant coupée,
SAN
elle montre comme une Rose rouge, au milieu. » (Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, pp. 40-41.)
De nos jours, plusieurs personnes très-compétentes ont élevé la voix en faveur de ce fruit, trop déconsidéré dans l'esprit des jardiniers. Ainsi M. Gagnaire, pépiniériste à Bergerac (Dordogne), écrivit ce qui suit en 1860 :
« La Sanguinole a supporté bien des humiliations de la part de nos célèbres pomologues
du dernier siècle Cependant les qualités qu'elle possède dans nos contrées m'obligent à
revenir sur ces autorités... Je répète donc que c'est une de nos bonnes variétés d'août et qu'elle est fort recherchée non-seulement dans notre département, mais aussi dans quelques contrées du Lot-et-Garonne. » (Revue horticole, 1860, pp. 645-646.)
Enfin tout récemment (1867) M. Mas, décrivant cette poire dans le Verger, qu'il rédige avec autant de savoir que de conscience, a dit : « Elle constitue un «fruit susceptible de plaire au plus grand nombre, quoique mal apprécié par « Duhamel (1768) et par d'autres, qui ont répété ses assertions sur parole. » Pour terminer, j'ajoute que si je laisse subsister les mots de France, dans le nom de cette variété , c'est afin de la distinguer des poires Sanguine de Belgique et Sanguine d'Italie, autrement je l'eusse appelée Sanguine, seule dénomination à laquelle elle ait droit, n'étant pas originaire de notre pays.