‹ Dictionnaire de pomologieChapitre 632 sur 742 · S IL · texte numérisé non relu

S IL

Historique* — Turpin et Poiteau, lorsqu'ils rééditèrent en 1807 le Traité des arbres fruitiers publié en 1768 par Duhamel, l'augmentèrent de la description des meilleures espèces découvertes ou obtenues depuis cette dernière date. La poire Silvange, que Duhamel n'avait point connue , ne fut pas oubliée , mais ils la dirent « décrite pour la premièie fois par le Berriays (1789) et pensèrent que son nom, « Silvange, lui venait de ce qu'elle avait été trouvée dans une forêt. » (Tome IV.) C'était commettre deux erreurs, qui d'après ces écrivains, copiés presque toujours sans le moindre contrôle, se propagèrent ensuite dans maintes Pomologies. Le savant professeur Bosc, du Muséum de Paris, fut également mal renseigné à l'égard de cette poire :

« Sa découverte — déclarait-il en 1824 — est due à M. Piérard, capitaine du génie. 11 l'obtint dans sa propreté de Maujouy, dépendant du village de Silvange, près Thionville.

Il en existe quatre variétés : la Jaune hâtive, la Longue, la Bergamote et la Verte C'est

M. de Vindé qui gagna, vers 1820, la Silvange jaune à sa terre de la Celle-Saint-Cloud. »

{Bulletin des sciences agricoles et économiques, t. I, p. 247, et t. II, pp. 346-347.)

Ni Piérard ni Morel de Vindé n'ont gagné le poirier Silvange ; il poussa spontanément sur la lisière d'un bois dépendant du petit hameau de ce nom, actuellement réuni à la commune de Marange- Silvange, canton de Metz (Moselle) ; nous le prouvons par le témoignage même de ces deux personnages :

« Le nom de ces poires Silvange — écrivait le 2 mars 1824, Charles-François Piérard — leur vient d'un hameau situé à trois kilomètres ouest de la route de Metz à Thionville, sur l'ancien chemin de Trêves. Le pied-type existe encore, paraît-il, dans un jardin de ce hameau. » [Transactions ofthe horticultural Society ofLondon, t. V, 1824, pp. 429-431.)

« Depuis plus de cinquante ans — affirmait à son tour, en 1835, Morel de Vindé — je

possède le poirier Silvange et ce sont des jardiniers du pays messin qui m'ont apporté

des greffes de cet arbre. » [Annales de la Société d'Horticulture de Paris, t. XVI, 1835, p. 406.)

Il est impossible de s'élever contre des déclarations aussi formelles , restées trèsévidemment inconnues de Bosc, Turpin et Poiteau. Quant au premier descripteur de cette variété, constatons que ce ne fut pas le Berriays, en 1789, mais bien, douze ans plus tôt, le baron de Tschoudi, botaniste et pomologue des plus distingués, qui habitait la terre de Colombey, commune de Coincy (Moselle). Chargé de traiter dans Y Encyclopédie la partie relative aux arbres et arbustes, voici effectivement ce qu'il dit en 1777 de la présente variété :

« Bergamote Sylvange. — Elle ne se greffe que sur Franc. C'est une Poire délicieuse trouvée dans les bois du pays messin, et trop rare ailleurs : elle a un parfum qui lui est particulier, et toutes les qualités d'une excellente Poire. » [Encyclopédie, édition in-folio, 1777, Supplément, t. IV, p. 455; et tome XXVI de l'édition in-4°, année 1778, p. 478.)

Ce texte montre qu'en 1777 la Silvange existait déjà depuis un assez long temps et était encore à peu près localisée dans son pays natal. Nous pouvons ajouter qu'elle gagna très-lentement les autres contrées de notre territoire, car Pirolle, rédacteur de Y Horticulteur français, décrivant en 1824 cette même poire, rapporta ce fait, qui concerne probablement Louis XVIII : « Un des plus heureux et des plus « difficiles gourmets de la terre a trouvé la Silvange si délicieuse, que, tant qu'il l'a « pu, il s'en est fait expédier de Metz à Paris, tous les ans, une mule chargée et « conduite avec toutes les précautions les plus soigneuses. » (Page 352.)

Poire SILVANGE D'AUTOMNE.— Synonyme de poire de Silvange. Voir ce nom,

Page 1