‹ Dictionnaire de pomologieChapitre 70 sur 742 · Poire DOYENNE GRIS · texte numérisé non relu

Poire DOYENNE GRIS

Synonymes. — Poires: 1. Doyenné d' Automne (de Launay, le Bon-Jardinier , 1808, p. 134). — 2. Doyenné roux (Louis Noisette, le Jardin fruitier, 1839, p. 127). — 3. Doyenné galeux (Thompson, Catalogue of fruits cultivated in the garden of the horticullural Society of London, 1842, p. 135). — 4. Doyenné gray (Id. ibid.). — 5. Doyenné rouge (Id. ibid.). — 6. Saint-Michel doré (Id. ibid.). — 7. Doyenné crotté (Bivort, Album de pomologie, 1847, t. I, n° 68). — 8. Philippe strié [Id. ibid.). — 9. Saint-Michel crotté (Id. ibid.). — 10. Neige grise (André Leroy, Catalogue descriptif des arbres fruitiers et d'ornement, 1852, p. 19). — 11. Saint-Michel gris (Id. ibid.). — 12. Doyenné couvert (du Breuil, Cours d'arboriculture, 1854, t. II, p. 569-m). — 13. Poire Crottée ( Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1859, t. II ). — 14. Late-Virgalieu (Id. ibid.). — 15. Passa-Tutti (Id. ibid. ). — 16. Doyenné doré (André Leroy, Catalogue descriptif et raisonné, 1860, p. 33).

Poire Doyenné gris. — Premier Type.

Description de l'arbre. — Bois : assez fort. — Rameaux : nombreux, légèrement étalés et souvent un peu arqués , de grosseur moyenne, courts, à peine géniculés, jaune grisâtre, ayant les lenticelles petites et rares, les coussinets bien accusés et les mérithalles courts. — Yeux : moyens , ovoïdes , écartés du bois. — Feuilles :

abondantes , ovales - allon gées , à bords entiers ou faiblement dentés ou crénelés, portées sur un pétiole assez court , grêle et généralement lavé de rouge clair.

Fertilité. — Extrême.

Culture. — Son développement est assez lent et sa vigueur, ordinaire ; on lui donne indistinctement le cognassier ou le franc ; ses pyramides sont plutôt 'aibles que fortes.

Description du fruit. — Grosseur : au-dessus de la moyenne ou moyenne. — Forme : variant entre la globuleuse aplatie aux extrémités et l'ovoïde plus ou moins régulière. — Pédoncule : court ou très-court, gros, rarement bien arqué, obliquement inséré dans une large dépression à bords mamelonnés , mais quelquefois aussi placé à fleur de peau. — Œil : petit, mi-clos ou fermé, peu enfoncé. — Peau : assez mince et assez rugueuse, jaune d'ocre, presque entièrement couverte de points, de marbrures, de raies et^de

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tavelures, le tout d'un gris clair plus ou moins roussâtre et sur lequel ressortent çà et là de petites macules noirâtres habituellement squammeuses. — Chair : blanche, fine ou mi-fine, fondante ou mi-fondante, juteuse, exempte de pierres. — Eau : des plus abondantes, très-sucrée, vineuse , possédant un savoureux arôme et laissant dans la bouche un léger arrière-goût musqué qui la rend délicieuse.

Maturité. — Vers la moitié d'octobre et se prolongeant jusqu'en novembre.

Qualité. — Première.

Historique. — On a souvent avancé que Duhamel avait été, en 1768, le premier descripteur du Doyenné gris, et qu'à cette époque ce fruit venait seulement de paraître dans les principales collections arboricoles de la Capitale. Le passage ci-dessous, extrait d'un ouvrage imprimé en hollandais à Amsterdam, en 1737, puis en français à Paris, en 1752, va prouver que cette double assertion manque complètement d'exactitude :

« Ce Doyenné [gris] ressemble,, quant à sa grosseur et à sa ligure, au Beurré blanc, appelé aussi Doyenné, poire de Neige, poire de Saint-Michel, la Bonne-Ente, etc. ;... il est, comme lui, d'un gris roussâtre, tiqueté d'un grand nombre de taches noirâtres, ayant la peau mince et pleine d'eau, et la chair agréable et fondante.... Plusieurs de ces Poires n'ont pas une eau si agréable les premières années de la pousse des greffes, et ressemblent fort pour le goût au Beurré blanc [ou Doyenné commun]; mais au bout de quatre ou cinq années elles gagnent à ces deux égards. » (Les Agréments de la campagne, œuvre traduite du hollandais par de Lacour, édition de 1752, tome II, p. 34.)

Ainsi dès 1737, date de l'édition néerlandaise du livre auquel sont empruntées ces lignes , le Doyenné gris était cultivé chez les Hollandais , cela devient incontestable; mais l'était-il dans notre pays, ou ne l'y connut-on qu'en 1752, alors que fut publiée à Paris la traduction française de cet ouvrage? — Si je possédais la collection à peu près complète des Catalogues de la célèbre pépinière des anciens Chartreux de Paris, Catalogues dont le premier parut en 1722 et le dernier en 1786, je pourrais éclaircir ce point intéressant. Le seul de ces très-rares opuscules qui soit encore dans ma bibliothèque, porte le millésime de 1775, et j'y lis en effet ce renseignement : « Le Doyenné Gris, plus excellent que le Blanc,... ne se trouve qu'aux « Pépinières des Chartreux. » (Page 39.) Or, il est certain qu'avant 1766 on l'y multipliait déjà, puisque Duhamel disait en 1768 : « J'ai observé le Doyenné gris « aux Chartreux et dans plusieurs autres jardins... » [Traité des arbres fruitiers, t. II, p. 209.) En connaissant l'époque précise où pour la première fois les Chartreux mirent en vente ce poirier, de la propagation duquel ils annoncent avoir eu lé monopole , on saurait donc s'ils le tirèrent de la Hollande , ou si ce furent eux , au contraire, qui l'y expédièrent. Et ils l'y eussent importé, comme ils en seraient aussi, peut-être, les obtenteurs, si par exemple on le voyait cité dans les Catalogues qu'ils imprimèrent antérieurement à l'édition hollandaise de l'œuvre ci -dessus mentionnée, c'est-à-dire avant 1737. Mais, nous le répétons, les documents voulus nous font défaut pour le constater.

Le nom sous lequel Duhamel connut cette poire et qu'il eut, avec raison, grand soin de lui conserver, celui de Doyenné gris, a été violemment critiqué par des pomologues du xixe siècle et notamment par Poiteau , qui le répudia pour adopter la dénomination de Doyenné ROUX.

Quoi qu'il en soit, Duhamel ne méritait pas un tel reproche; s'il continua, comme on le faisait à son époque, d'appeler ce fruit Doyenné gris, c'est qu'évidemment il le vit de cette nuance, puisqu'en le décrivant il disait : « Sa peau est assez unie et « grise, même au temps de la maturité. » Du reste le Congrès pomologique

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partage l'avis de Duhamel, car en 1864 [Pomologie de la France, t. 11, n° 73) il a conservé scrupuleusement à cette variété son nom séculaire de Doyenné Gris. Exemple que nous suivons, le gris nous ayant toujours semblé la couleur dominante de la peau de cette poire exquise.

Observations. — Duhamel a dit : « Le poirier de Doyenné gris doit passer « pour une variété très-décidée de celui de Doyenné ordinaire, avec lequel il n'a « presque rien de commun , que la forme du fruit. » De nos jours , cette croyance n'est pas générale ; beaucoup de pépiniéristes regardent au contraire le Doyenné gris comme une simple variation du Doyenné commun, perpétuée ensuite par la greffe. A l'appui de leur sentiment, nous pouvons affirmer que dans nos pépinières ces deux poiriers ont entr'eux de si grands rapports, qu'il devient à peu près impossible, même à nos contre-maitres les plus exercés, de les distinguer l'un de l'autre. — Les noms Besi de Montiyny, Emilie Bivort, Gansel's Bergamote et Louise de Pimsse , ne sont nullement synonymes de Doyenné gris, ainsi qu'on l'a parfois avancé; ils désignent des variétés s'éloignant entièrement de celle-ci et dont les descriptions figurent dans ce Dictionnaire.

Poire DOYENNÉ GRIS D'HIVER NOUVEAU. — Synonyme de Doyenné d'Alençon. Voir ce nom.

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