‹ Dictionnaire de pomologieChapitre 75 sur 742 · Poire DOYENNE DE JUILLET · texte numérisé non relu

Poire DOYENNE DE JUILLET

Synonymes. — Poires : 1. Doyenné d'Été (Diel, Kernobstsorten , 1804, p. 39). — 2. Leroy-Jolimont (Lacèae, de Lyon, en 1817, cité par le Congrès pomologique dans la Pomologie de la France, 1864, t. II, n° 71). — 3. Jolimont précoce (Madiot, Bulletin de la Société d'Agriculture de Lyon, années 1819-1820, p. 139). — 4. Saint-Michel d'Été (Prévost, Pomologie de la Seine-Inférieure, 1845, p. 140). — 5. Poire de Juillet (Decaisne, le Jardin fruitier du Muséum, 1858, t. Ier). — 6. Roi-Jolimont (Id. ibid.).

Description de l'arbre. — Bois : assez faible. — Rameaux : nombreux, légèrement étalés ou érigés, de grosseur moyenne, longs, droits ou très-faiblement géniculés, brun clair rougeâtre, à lenticelles apparentes mais peu abondantes, à coussinets presque nuls. — =• Yeux : moyens, ovoïdes, pointus, non appliqués contre l'écorce. -— Feuilles : petites, jamais nombreuses, ovales-arrondies , profondément crénelées ou dentées, portées sur un pétiole long et grêle.

Fertilité. — Remarquable.

Culture. — Son développement et sa vigueur sont ordinaires, on lui donne indistinctement pour sujet le franc ou le cognassier ; ses pyramides , toujours régulières , seraient fort convenables si leurs rameaux se montraient plus garnis de feuilles.

Description du fruit. — Grosseur : petite. — Forme : régulièrement sphérique ou légèrement turbinée et obtuse. — Pédoncule ; assez long, bien nourri recourbé, renflé à sa partie supérieure et parfois aussi à son autre extrémité, implanté à la surface ou inséré dans une cavité large mais peu profonde. — OEil : petit , mi-clos ou fermé, à peine enfoncé , souvent entouré de gibbosités. — Peau : mince, jaune-paille faiblement verdâtre, uniformément parsemée de points gris et de points brun-roux très-fins et très-rapprochés , largement carminée du côté du soleil. — Chair : blanche, fine ou demi-fine, assez fondante aqueuse et odorante, non granuleuse. — Eau : abondante, sucrée, acidulé, possédant un arôme fort agréable.

Maturité. — Depuis la mi-juillet jusqu'au commencement d'août.

Qualité. — Première, en raison surtout de la précocité de ce fruit.

Historique. — Plusieurs versions contradictoires, accompagnées de pièces à l'appui, ont été produites jusqu'ici sur l'origine du Doyenné de Juillet, souvent aussi appelé Doyenné d'Été.

Ce fut d'abord en 1833 feu Poiteau, pour lors secrétaire de la Société d'Horticulture de Paris, qui ayant reçu de Belgique, par les mains du fameux arboriculteur Yan Monsj ce Doyenné, le signala ainsi dès l'année suivante :

tt C'est la meilleure poire de toute la saison ; elle est en France depuis plusieurs années , quoique inconnue à Paris, car je l'ai reçue aussi de Nantes sous le même nom [Doyenné d'Été]. » [Notice sur la théorie Van Morts, 1834, p. 41.)

78 DO Y [doyenné jui]

Puis en 1853 vint M. Bivort, qui dans ses Annales de pomologie belge (t. I, p. 58), confirma le dire de Poiteau.

En 1857 M. de Liron d'Airoles, allant plus loin, précisa, mais sans fournir aucune preuve, la date à laquelle le Doyenné de Juillet avait mûri pour la première fois :

« Van Mons en est l'obtenteur — écrivait-il — et le premier rapport a eu lieu en 1821, d'un semis sans date ni provenance certaines. » [Liste synonymique des variétés du poirier, Supplément, p. 10.)

Enfin en 1864 M. Willermoz, secrétaire -rédacteur du Congrès pomologique, s'inscrivant contre ces diverses allégations , parut croire que la poire ainsi reçue par Poiteau, de Van Mons en 1833, était née non en Belgique, mais à Lyon, où elle aurait d'abord été appelée Leroy -Jolirn ont :

« On lit en effet — dit M. Willermoz — dans les Bulletins de la Société d'Horticulture de

Lyon, février 1819 à mars 1820, page 139, que M. Leroy-Jolimont a fait don à la pépinière d'un poirier que par reconnaissance M. Madiot, ancien directeur de cet établissement, a nommé Jolimont précoce. M. Madiot parle du fruit qu'il a récolté, ce qui prouve que le don est antérieur à 1819. Le vénérable M. Lacène, l'ami de M. Leroy-Jolimont, connaissait le fruit en 1817; il en faisait un grand cas et ne le désignait pas autrement que par le nom de Poire Leroy-Jolimont. » (Pomologie de la France, 1864, t. II, n° 71.)

Ici, M. Willermoz est complètement d'accord avec Poiteau, qui affirme qu'en 1833 le Doyenné de Juillet, que lui adressait alors Yan Mons, n'était pas une nouveauté pour la France. Toutefois, nous ne saurions supposer que le poirier donné vers 1819 à la pépinière de Lyon, soit poussé de semis dans le département du Rhône; nous sommes, au contraire, persuadé qu'il fut obtenu chez les Belges, à la fin du xviue siècle, mais non par Yan Mons, qui n'en fut que l'un des premiers propagateurs. Notre opinion se fonde sur le passage suivant, extrait d'un recueil hollandais imprimé en 1806, et cité récemment par M. Edouard Pynaërt, savant professeur attaché à l'École d'Horticulture de Gendbruge-lez-Gand :

« Nous venons de trouver — écrit ce professeur — quelques renseignements sur les

poires belges connues tout au commencement de ce siècle, et qui avaient été gagnées de pépins dans la dernière moitié du siècle dernier. Us sont consignés dans un ouvrage pomologique publié en langue néerlandaise en 1806, c'est-à-dire avant l'époque où le système Van Mons ait pu donner des résultats. L'ouvrage en question est intitulé : Fmitkundig

Woordenboek et l'on y rencontre une « Liste des Poires qui n'ont pas encore été signa-

« lées dans les ouvrages de Pomologie ni dans les Catalogues des pépiniéristes et qui ont été « obtenues de semis par des amateurs belges. » Or, la poire Doyenné de Juillet, ou plutôt DOYEiNiNÉ D'ÉTÉ, est mentionnée dans ce recueil comme une variété issue du Doyenné ou Beurré blanc, dans le jardin des ci-devants (sic) Capucins, a Mons. » (Extrait de l'Abeille pomologique, 2e année, 1863, pp. 322-323.)

Ajoutons un dernier mot. La variété que nous venons de décrire étant aujourd'hui généralement appelée Doyenné de Juillet, nous avons adopté ce nom préférablement à celui qu'elle porta dans le principe : Doyenné d'Été , dénomination qu'elle reçut en 1802 ou 1803 , du docteur Diel, si connu par ses écrits pomologiques* Cet auteur affirmait effectivement en 1804, page 39 de son Remobstsorten , l'avoir rencontrée dans différents endroits , et notamment à Weimar, où il en remarqua un vieil arbre placé en espalier. Puis Diel ajoute : « Ce fruit se nommait alors Beurré « blanc d'Été ; mais frappé de sa ressemblance avec le Doyenné commun , ou « d'Automne , je le surnommai DOYENNE D'ÉTÉ. » — Il devient donc évident ,

DO Y [doyenné loti] 79

maintenant, que la ville de Lyon n'a pas vu fructifier vers 1817, ainsi qu'on l'avait soupçonné d'abord, le pied-type de cette variété.

Observations. — Nous lisons dans le 6e Cahier du Deutsches Obstcabinet, Pomologie publiée à Iéna (1859) sous la direction du docteur Langethal, que le Doyenné de Juillet est souvent surnommé , chez les Allemands, Beurré blanc d'Été. En France, ce synonyme s'appliquant à la Bergamote d'Été, il nous a paru sage de ne pas l'attribuer également au Doyenné de Juillet , qui n'a jamais reçu cette dénomination dans nos jardins ou dans nos ouvrages horticoles. Le même recueil allemand relève aussi une erreur commise au sujet du Doyenné de Juillet par le pomologue Dittrich , qui l'a confondu avec la poire Mouille-Bouche ronde , laquelle n'est autre , notons-le en passant, que notre Bergamote d'Été.

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