ALI 22Î
dans le reste du canal intestinal pour y être digérés , assimilés aux différentes parties de notre corps. L’estomac et les intestins sont fournis d’une quantité de vaisseaux sanguins et de nerfs qui les rendent très-sensibles , et par conséquent sujets aux inflammations. Si donc on mettait journellement des mets excitans , des vins généreux, des liqueurs spiritueuses en contact avec ces parties , elles seraient échauffées, stimulées, agacées, et passeraient bien vite à un état inflammatoire. Or, c’est ce que l’on voit faire tous les jours dans nos villes, où les tables sont chargées de tout ce qui peut réveiller le goût et satisfaire la sensualité. Nous sommes à cet égard à une distance infinie de la nature , qui veut que nous ne mangions que pour satisfaire un besoin, et conserver en même temps au corps sa force et sa vigueur.
Voyez les animaux qui vivent loin de nous et qui n’ont pas été amollis sous le couvert de nos maisons; leurs membres vigoureux se développent avec facilité et indépendance, et ils conservent dans un équilibre constant une santé allègre etpleine de vie. Nuis apprêts dans les aîimens; une nourriture simple, uniforme, et même fade ne les engage jamais à s’en charger au-delà du besoin. Ces animaux ignorent les maladies connues sous le nom de fièvre. Une preuve que cela dépend de la nourriture, c’est que les mêmes animaux sont malades comme nous, lorsqu’ils sont élevés dans la domesticité et que leurs alimen's participent de là nature et des préparations artificielles des nôtres.
On a souvent comparé l’art culinaire à un art homicide, et l’on a eu raison. Nos cuisines en effet sont autant d’officines où l’on assaisonne dé mille façons différentes des mets tirés dé tous les règnes de la nature , afin qu’il3 chatouillent agréablement le palais , et que , par la variété de leur nature, de leur qualité et de leur goût , nous soyons sollicités par le plaisir à en prendre bien au-delà de ce qui est nécessaire. Quand on voit certains amateurs de bonne chère , connus sous le nom abject de gastronomes, entasser des quantités énormes de mets tous mieux assaisonnés les uns que les autres et échauffer ces masses de viandes par les vins les plus ardens , on s’étonne que l’estomac puisse résister à de pareilles secousses. Mai3 attendez , à force de stimuler l’estomac par les alimens chauds , épicés , poivrés , salés , fermentés , irritans ; une inflammation du canal intestinal se déclarera tôt ou tard, et l’on peut être assuré , d’après l’expérience, qu’il sera très-difficile et souvent impossible de la guérir. Tel est le sort des ivrognes ; tel est encore le sort des gens qui sont assez malheureux pour avoir une fortune qui leur permette de garnirleur table de mets trop fins
320 ÂLÏ
et apprêtés à grands frais. A coup sûr la fortune est ici un moyen de destruction.
Regardez au contraire ces anciens cénobites des ordres religieux, ces jeûneurs extraordinaires qui, à l’exemple des disciples de Pytliagore , refusent de loucher à tout le règne animal , parvenir sans infirmités à un âge fort avancé. C’est ainsi que l’on voit encore vivre très-ion g-temps les habitans de montagnes et de certaines contrées, satisfaits d’alimens simples, de lait, de fruits et de racines. Nulle boisson spiritueuse, mais l’eau pure suffit ordinairement à tous ces hommes modérés qui boivent pour étrancher leur soif, et non pour stimuler leur palais et leur gosier. Leur estomac recevantà peu près constamment la même nature et la même quantité d’alimens , toujours dans des proportions' conformes aux besoins , il n’est poipt irrité comme les nôtres , il n’est point exposé aux inflammations qui constituent les fièvres, aux cancers, aux dyssenteries, etc. Les ali— mens végétaux sont d’ailleurs le meilleur calmant des passions, êt l’on sait combien la vie calme et paisible contribue à la santé. En vérité, à voir notre genre de vie comparé à ce qu’il devrait être, si nous étions moins éloignés de la nature, on dirait que nous ne mangeons que pour abréger nos jours, ou pour nous préparer des maladies de toute espèce.
En disant que la nourriture végétale est celle qui contribue le plus à maintenir le corps dans cet équilibre désirable qui constitue la santé, je ne prétends pas dire que nous devions nous Interdire la viande des animaux. Au contraire, l’inspection de notre mâchoire prouve que nous sommes faits pour être herbivores et. carnivores ; mais il y a des règles à établir.
La nourriture végétale convient mieux aux pays chauds que la nourriture animale; aussi la sage nature y fait croître des fruits exquis, savoureux, acidulés ou aqueux, pour tempérer de cette manière l’ardeur du climat. Parla même raison la nourriture animale conviendrait aux habitans des régions froides et glaciales, où l’homme a besoin de lutter par des aliméns forts contre les frimats qui tendent â diminuer l’énergie vitale. Dana nos contrées où nous passons alternativement dans la même année des chaleurs de l’été aux rigueurs de l’hiver, notre nourriture sera plutôt végétale durant la saison chaude; aussi les fruits et les plantes de toute espèce abondent dans cette saison : en hiver, au contraire, nous n’avons que la chair des animaux et des légumes secs et mûrs, qui sont alors plus nourrissans et par conséquent plus éohaufîans que les fruits aqueux de l’été. Admirable puissance qui régit le monde, comme vos moyens ÇQncordent avec les fias que vous vous proposez!