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de maladies s’il n’est pas modéré par la raison , lorsque diverses circonstances nous engagent à nous en éloigner pendant un temps plus ou moins long. Les liabitans des pays où la nature s’oflre sous un aspect grand, majestueux et varié, sont principalement ceux sur qui l’éloignement agit d’une manière plus sensible. L’habitant de l’Helvétie , par exemple, celui du Tyrol , et de quelques contrées montueuses de la Germanie , tiennent bien plus fortement au sol que celui des larges mais uniformes plaines. Hippocrate avait déjà fait l’observation que les habitans des montagnes étaient généralement plus braves à la guerre que ceux des pays plats, et il en attribuait la raison à leur complexion plus saine, plus forte, plus vigoureuse. Cette raison est bonne , mais on pourrait en ajouter une autre, c’est que l’amour de la patrie donne aussi du courage, et qu’il porte l’intrépide et farouche montagnard à repousser un joug sous lequel se courbe, plus facilement le mol et pacifique habitant de la plaine. Il suffît de consulter la géographie et l’histoire pour être convaincu de la vérité de cette proposition.
La nature et la diversité des impressions que fait éprouver l’açpect mouvant des régions découpées par des vallées et des montagnes sont peut-être la principale cause de cet attrait puissant pour le toit paternel. Là se trouvent souvent réunis tout à la fois, et sous un même . coup d’œil, la fraîcheur du printemps , les chaleurs de l’été et les frimas de l’hiver. Tandis qu’au fond de la vallée mûrissent les moissons et la vigne, on aperçoit dans les hauteurs lointaines des troupeaux de chèvres, de génisses et de brebis errans dans de gras et verdoyans pâturages; ces hauteurs sont elles-mêmes dominées par des rochers tantôt arides et jaunis par le soleil, tantôt couvertes de' noires forêts de pins et de mélèzes , el le tout couronné par des cimes de glaces étemelles qui semblent menacer ou supporter les cieux. Des rivières, des fleuves , des lacs majestueux entretiennent dans ces heureux pays la fertilité et l’abondance, en même temps que leur limpide cristal réfléchit l’azur des cieux, et multiplie de mille manières la lumière des astres et les sites pittoresques des alentours. Ailleurs ce sont des lorrens fougueux qui roulent avec fracas au travers de leur lit rocailleux, ou bien ce sont des cascades écumeuses qui jaillissant de la fente d’une montagne, se précipitent en flocons de rocher en rocher, et s’évaporent en partie dans les airs avant d’arriver au pied de la hauteur. Rien de semblable ne se rencontre dans les plaines. Là, il y a changement de décoration, non-seulement à chaque pas que fait le voyageur, mais à chaque mouvement qu’il exéroute sur lui-même ; ici, la scène est immobile, muette, et d’uitç. insipide uniformité ; la vue n’est récréée par l’aspect
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d’aucun paysage qui puisse la reposer et borner son étendue ; toujours un horizon fatigant et incertain qui semble placer partoùt le spectateur comme au centre d’un grand cercle dont il ne peut jamais atteindre la circonférence.
Transportez maintenant sous un ciel étranger un habitant de l’une ou de l’autre de ces contrées. Quel est celui dont l’imagination sera le plus vivement exaltée par les souvenirs des lieux où il naquit, où il fut élevé? Sans doute ce sera celui dont les regards furent frappés dès l’enfance par l’aspect de sites rians, variés, majestueux et même terribles. Chez lui,, le besoin de revoir ces coteaux enchanteurs , ces vallées sinueuses, ces monts gigantesques , deviendra une véritable passion , et les effets de cette passion pourront avoir les résultats les plus graves pour sa santé. L’habitant des plaines, au contraire , dont le cerveau n’a reçu l’empreinte d’aucun de ces grands accidens de terrain , de lumière, de fleuves et de lacs , cet habitant, dis-je, tiendra au sol natal par des liens bien moins puissans que le premier.
Quoi qu’il en soit de ces causes de la maladie du pays qu’on appelle nostalgie , voici ce que l’on observe chez les personnes qui en sont atteintes. A une tristesse profonde, à l’amour de la solitude, à une inquiétude vague et indéfinissable entretenue par une idée fixe , on voit bientôt succéder la perte de l’appétit, le dépérissement , et si l’individu n’est pas doué d’un caractère ferme, d’une volonté forte, il peut tomber dans une maladie assez grave pour l’entraîner au tombeau. Tout le monde sait l’influence qu’exerçait sur l’imagination des soldats suisses au service de puissances étrangères une chanson nationale qu’on nomme le Ranz des Vaches. Cette chanson, qui retrace avec naïveté les moeurs simples, les habitudes paisibles, les sites animés de quelques cantons de l’Helvétie, produisait un effet tel sur ces 'soldats, qu’un grand nombre d’entre eux tombaient gravement malades, ou se sentaient poussés presque irrésistiblement à déserter leurs drapeaux pour revoir ie foyer domestique. Cette espèes d’épidémie morale était même devenue si violente parmi les régimens dé cette république qui se trouvaient au service de la Prusse, qué l’on fut obligé d’interdire ,-sous peine de mort, la chanson du Ranz des Vaches.
Si l’on voulait savoir quelle est la caüse dé cette maladie, on la trouverait facilement dans l’excitation que doit nécessairement produire sur le cerveau la permanence d’une idée qui se représente sans cesse. Le désir de revoir son pays doit être comparé à tout autre passion; c’est une affection morale vive tpi stimule le cerveau, l’irrite , et l’empêche de pré's'idër aùx' fonctions des autres organes. Si cet état se prolonge, il doit
en résulter les mêmes effets que l’on voit survenir à Poecasioh d’un long et violent chagrin , d’un amour contrarié, etc. ; d’où il suit que le véritable traitement serait de conseiller aux personnes atteintes de nostalgie de retourner dans leur pays. Cette répatriation , et même l’espérance d’un prochain retour, produisent un effet tel, qu’on a vu des sujets réduits au dernier degré de marasme, ne mangeant presque plus, ne digérant pas, sombres, mélancoliques, comme frappés de monomanie, reprendre aussitôt leur gaieté , recouvrer l’appétit et une santé alerte dès les premiers jours de leur départ, et quelquefois les seuls apprêts pour le voyage suffisent pour opérer cet heureux résultat. Mais il peut se rencontrer mille obstacles qui obligent les individus à rester loin de leur pays. Dans ce cas , il faut se comporter à leur égard comme on le fait envers Cîux qui sont travaillés par tout autre affection morale triste, déprimante. Ainsi qu’une douleur plus vive détruit souvent celle qui l’est moins, de même en faisant naître dans le cœur du nostalgique une autre passion , on pourra faire taire en partie celle qui l’obsède. Cet homme fréquentera la société ; il y formera des liaisons d’amitié, . et même d’une nature plus forte , et peu à peu de nouvelles idées , de nouvelles habitudes , d’autres attachemens, viendront remplacer ceux du premier âge , et chasser des souvenirs momentanément dangereux. Ce serait se tromper grossièrement, ce serait posséder bien, peu la connaissance du cœur humain, que de chercher à le guérir de sa passion en lui insinuant qu’il faut dire à son pays un éternel adieu, et qu’il faut bannir de son cœur l’espoir de le revoir. Entretenez , au contraire , l’espérance dans ces cerveaux malades; en partageant leur tourment, vous vous insinuerez dans leur cœur , vous deviendrez le cpnfidént de leurs peines; et qui ne sait combien le partage en adoucit l’amertume ? Par ce moyen , il vous sera facile de leur présenter à travers cet espoir plus ou moins lointain quelques distractions qu’une opposition obstinée à leur idée favorite les eût empêchés d’accepter, et si ces souvenirs de la patrie ne s’effacent pas, du moins ce ne seront que des souvenirs doux et agréables, et non plus une douleur morne, pénétrant dans tous les viscères, rongeant les entrailles, et minant sourdement la santé. S’il arrivait que l’individu fût déjà atteint d’une maladie grave , il faudrait examiner la nature de cette maladie , rechercher quel en est le siège, l’intensité, et se conduire en conséquence. Il ne sera pas superflu de faire observer que dans ces cas et dans d’autres qui lui sont analogues, comme la plupart des maladies produites sous l’influence d’affeetions morales, le cerveau et l’estomac sont les organes le plus souvent affec-
tés. Quant au cerveau , cela se conçoit, puisqu’il est spécialement et directement influencé par les impressions morales. Pour l’estomac, on sait qu’il existe entre ce viscère et le cerveau des rapports tels, qu’il est impossible que l’un soit longtemps affecté sans que l’autre ne participe plus ou moins à cette affection. Quand la vie du malade est menacée , et que rien ne saurait le distraire de ses pensées chéries , il faut sans hésiter lui promettre le retour dans son pays, en faire les préparatifs en sa présence, commencer même lé voyage, sauf à s’arrêter , si le besoin et les forces du malade l’exigent. Ce serait, je le répète, méconnaître entièrement le cœur de l’homme, ce serait lui donner la mort que de lui laisser lire la sentence désolante que l’imagination du Dante avait tracée sur la porte de l’enfer :
Lasciate ogni speranza , vol ch‘ entrâtes
Nous avons dit plus haut que la nostalgie atteignait plus fréquemment les montagnards que les habitans des plaines, et nous en avons conclu que l’amour de la patrie était plus vif chez eux que chez ces derniers. Quelques explications à cet égard sont nécessaires, car on peut citer de nombreuses exceptions à cette règle. Pour l’homme , il existe deux patries : celle des sens et celle de la raison. La patrie des sens est celle des lieux avec lesquels notre enfance s’est familiarisée ; c’est celle des habitudes du foyer domestiqué. Cette patrie s’est identifiée avec nous-mêmes ; elle fait pour ainsi dire partie de toutes nos sensations; nous l’aimons par instinct, nous y pensons avec plaisir, nous y revenons sans cesse, parce que ces lieux furent le théâtre des jeux de nos premières années , de ces années de bonheur et d’insouciance. En revoyant ces prés, ces champs , ces ruisseaux, ces montagnes et ces vallées qui nous sourirent à l’aurore de la vie , peut-être retrouverons-nous cette folâtre jeunesse, cette ignorance des douleurs de l’âme, des tromperies et des erremens des hommes. Hélas ! ces bois y sont encore, ces bosquets reverdissent tous les printemps, et la fauvette gazouille encore ses amours non loin de la chaumière ; rien n’est changé , excepté l’homme , qui passe sans retour, mais qui aime toujours à s’environner de décevantes illusions de bonheur. L’autre patrie, que j’appelle celle de la raison , n’est autre chose que les institutions sociales dü pays. Les souvenirs de cette patrie exercent une bien moindre influence sur la santé que ceux de la patrie des sens, parce que , si nous pouvons commander à la raison , la chose n’est pas aussi facile pour nos sensations. Cependant, si dans un pays
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qui n’offre rien d’attrayant par sa disposition topographique , il existe des institutions sociales grandes, basées sur un système d’une sage liberté, où les lois protègent le faible contre le fort , où les arts et l’industrie soient florissans , la raison de l’homme s’attachera à cette patrie , ou plutôt à ces institutions; mais si le droit n’est que la force, si les lois ne sont qu’un instrument entre les mains des forts pour opprimer les faibles , qu’est-ce qui pourrait attacher à un tel pays l’homme qui aurait la conscience de sa dignité ? Si quelque chose l’y retenait encore , ce serait cette autre patrie des sensations , cette patrie de l’enfance dont le cœur a tant de peine à se détacher. Heureux les péuples qui ont le bonheur de jouir , «ous la sainte égide des lois et de la liberté , de l’aspec^d’un beau ciel dans un pays où la nature se présente avec des formes grandes et pompeusement diversifiées! C’est pour eux que le poëte a dit :
Dulcis amor patriœ , dulce videre suos.
NOURRITURE. ( V. Alimens. )
NYMPHOMANIE. (Y. Fureur utérike. } '
OBÉSITÉ. Embonpoint excessif occasioné par une abondance de graisse qui s’accumule dans les mailles du tissu cellulaire et augmente prodigieusement la masse du corps. L’obésité n’est pas une maladie, mais elle peut y disposer. Elle peut gêner la respiration à tel point que tes personnes affligées d’un embonpoint outre mesure ne peuvent pas accélérer leur marche , monter un escalier sans être essoufflées, haletantes,. Comme d’un autre côté cette masse de graisse comprime les vaisseaux sanguins et nuit à la libre circulation du sang, il peut en résulter des congestions dans les poumons, et surtout dans le cerveau. On doit donc conseiller à ces personnes de prendre les précautions nécessaires pour prévenir ces accidens. La première chose qu’elles aient à faire Consiste à arrêter le développement de cet état pléthorique , et même à diminuer cette corpulence excessive. On y parviendra presque toujours en renonçant à une nourriture trop abondante et trop substantielle, en substituant aux viandes succulentes les végétaux frais , les fruits aqueux, les boissons légèrement acidulés , ou l’eau pure. A ce régime tempérant et peu nutritif, on joindra