‹ Dictionnaire de santé ou vocabulaire de médecineChapitre 72 sur 106 · OPH · texte numérisé non relu

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soufre, la fumée, les brouillards, etc., etc. Toutes ces substances agissent sur la membrane muqueuse qu’on nomme la conjonctive, tandis cju’une vive lumière exerce d’abord son action sur le nerf optique ou la rétine, et si la conjonctive est affectée, ce n’est que consécutivement. Il est des personnes qui ne peuvent pas regarder long-temps le feu sans être atteintes d’ophthalmie. Elle attaque très-fréquemment les ouvriers qui sont obligés par leur état de s’exposer à un feu ardent, tels que ceux employés dans les usines où l’on coule le verre, le fer, ou d’autres métaux , etc. Dans quelques cas , un grand nombre de causes se trouvent réunies : c’est ainsi qu’en traversant les déserts de l’Afrique, des caravanes, des armées entières se trouvent affectées de cette maladie, parce qu’en même temps que les yeux sont exppsés à l’éclat et à la chaleur du soleil , des vents chauds soulèvent des tourbillons de sable brûlant, our bien si l’atmosphère est tranquille, ce qui arrive le plus ordinairement , ces vastes mers de sable, qui ne permettent jamais à la vue de se reposer sur aucune verdure, réfléchissent la lumière et le calorique , et ajoutent encore à l’intensité de celle qui vient directement du sôléil. La lumière réfléchie par la neige, par la glace, peut aussi déterminer cette inflammation. Elle peut dépendre du contact du pus blennorrhagique ou fourni par un abcès ou un ulcère vénérien ; c’est l’ophthalmie blennorrhagique et syphilitique, qui, comme on l’a.-déjà vu, marche rapidement à son terme, et produit quelquefois -des désorganisations effrayantes. Les affections morales, les chagrins , la tristesse, influent quelquefois sur les yeux, provoquent les larmes, et y déterminent une irritation ou une inflammation ; mais l’action de ces causes commence souvent par les viscères. La suppression d’un vésicatoire , d’un cautère, d’une dartre ou d’une autre affection cutanée, d’une hémorrhagie ou d’un écoulement 'habituel, peuvent aussi donner lieu à cette. affection. On voit parla qu’elle est produite tantôt par les causes générales de toute inflammation , tantôt par des causes qui agissent particulièrement sur les organes de la vision. Outre les causes qui viennent d’être énumérées , il en est qui dépendent uniquement de la constitution des individus : cette prédisposition étant donnée, l’action seule des agens ordinaires sur l’économie animale suffira pour les produire. Ainsi, chez un sujet très-lymphatique, scrophuleux, on observe souvent que le bord des paupières est habituellement rouge, boursoufïïé ; quelquefois la conjonctive sera le siège d’une inflammation chronique , opiniâtre , en même temps que l’on apercevra chez le même Individu une disposition à l'engorgement des glandes lymphatiques du cou , des aisselles, etc.

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Cette tuméfaction des glandes , ce boursoufflement des paupières , ces ophthalmies chroniques qui se manifestent pour l’ordinaire dès l’enfance , qui durent quelquefois plusieurs an* nées , et qui, dans quelques cas, ne disparaissent jamais complètement , dépendent entièrement de la disposition organique , disposition que l’on est convenu d’appeler scrophuleuse. On peut voir à l’article Scrophuies ce qui constitue cette affection , quelles sont les causes qui la produisent , et quels sont lés moyens d’y remédier.

Traitement. Il est variable, ainsi que nous l’avons dit, suivant que l’inflammation est aiguë ou chronique. S’il n’est question que d’une légère irritation, il suffira pour l’ordinaire de se garantir de l’influence d’une lumière trop vive, d’éviter les alimens succulens, les boissons spiritueuses, et de se laver les yeux avec de l’eau fraîche et pure. Il n’en est pas de même si l’inflammation est aiguë. Pour empêcher tous les désordres et les désorganisations qu'elle pourrait déterminer , il faut tâcher d’abattre cette inflammation dès qu’elle se manifeste. À cet effet, on doit conseiller une saignée de bras , si l’individu est fort , sanguin , et prédisposé à cette affection ; puis après avoir opéré une détente générale par ce moyen, on obtiendra presque toujours un succès prompt et heureux de l’application d’un grand nombre de sangsues , par exemple , de 20, 3o, 4o à la fois, sur les tempes, les pommettes , derrière les oreilles, mais jamais sur les paupières ou la conjonctive , comme le pratiquent témérairement certaines personnes. Cette méthode est extrêmement téméraire , car chaque piqûre détermine une petite inflammation accompagnée d’ncçhymose qui devient dangereuse sur des parties aussi délicates que les membranes de l’œil, parce qu’elle peut en produire la désorganisation, j’ai dit que le nombre des sangsues devait être grand; sans cela, elles attireraient le sang sur les points où on les applique , et si ee sang ne trouvait pas de nombreuses issues, la congestion sanguine et par conséquent l’inflammation seraient infailliblement augmentées. Si l’inflammation n’est pas calmée, ou si, après avoir été apaisée pendant quelque temps, elle acquiert une nouvelle énergie , il faut sans balancer l’attaquer par ces mêmes moyens , jusqu’à ce que l’on s’en soit rendu entièrement maître. On aura ensuite recours aux fomentations émollientes légères avec l’eau tiède ou une décoction de guimauve^ et l’on recouvrira l’œil avec une compresse fine imbibée de ce liquide et maintenue par une bande médiocrement serrée. On peut aussi faire des applications froides sur l’œil; mais il faut que l’inflammation ne soit pas trop vive , car il y aurait à craindre une réaction. C’est pour la

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même raison que l’emploi devrait en)êtré prolongé pendant plusieurs heures ;:car si on ne l’appliquait que pendant quelques iristans, l’énergie vitale réagirait, et l’inflammation redoublerait d’intensité. On prescrira les boissons émollientes , les bains de pieds, et il ne sera. pas inutile de faire des frictions sur les jambes et les cuisses pour opérer une révulsion vers ces parties. A l’état aigu , il est prudent dé s’abstenir des purgatifs , parce qu’il y a disposition inflammatoire dans le canal digestif, et que ces purgatifs pourraient l’augmenter. Si l’inflammation est légère, et qu’il n’y ait pas de symptôme d’irritation des voies digestives, on peut administrer des laxatifs doux, tels que les sulfates demagnésie, dépotasse, de soude (sels de SedÜtz, de Duobus, de Glauber), etc.; mais il faut en suspendre l’usage aux premiers signes d’irritation (V. pour l’administration de ces purgatifs , tom. I , pag. ^5 et suivantes). Les moyens stimulans , astringens , 'conviennent après qu’on ,a abattu la violence de Fophthalmie par les antiphlogistiques , ou lorsqu’elle est peu intense. On emploie à cet effet divers collyres contenant. du camphre, du sulfate de zinc, de l’acétate de plomb , de l’opium, de la jusquiame, etc. On prépare dans le même but des pommades astringentes , opiacées , que l’on introduit dans l’œil ( V. tom. I, pag. 14.0 , pour ce qui concerne les préparations et la manière d’employer les collyres.

V. aussi tom. I , pag. i83, ce qui a été dit sur les diverses pommades anti-ophthalmiques). Les collyres, et les pommades qui contiennent de l’opium sont principalement utiles quand il y a une grande sensibilité de. l’œil, sans augmentation de cha- 1 leur. Dans tous les cas , on ne doit se servir de ces moyens qu’avec beaucoup de circonspection , et les. supprimer entièrement, dès qu’ils augmentent l’inflammation. Il est, je pense, inutile de diçe que l’on doit éviter la lumière trop vive du soleil, du feu, des bougies ; j’ajouterai.que dans certains cas où l’inflammation est très-violente, il faut tenir le malade dans une obscurité complète.

• Tel est le traitement rationnel de l’ophthaîmie aiguë. Mais l’ophthalmie peut devenir chronique et rester long-temps en cet état. Tant qu’il y a rougeur un peu vive aux yeux et à la langue , ce qui indique l’état inflammatoire du tube digestif, on emploie le traitement de l’ophthalmie aiguë; on l’emploie aussi quand elle est entretenue par une cause stimulante, comme le café, le vin, les boissons spiritueuses. Les purgatifs ne conviennent que quand il n’y a pas d’irritation des voies intestinales. On pourra les employer avec succès chez les personnes lymphatiques, chez les femmes dont le flux menstruel est en retard ou difficile , pourvu que l’estomac ne soit pas disposé à l’in-

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flammation. Quand la maladie dure depuis long-temps et que la sensibilité n’existe presque plus, on doit employer les collyres et les pommades que nous ayons indiqués plus haut. Cependant il faut en observer l’effet , car s’ils irritaient trop fortement, on s’en abstiendrait. Ces moyens conviennent surtout quand les vaisseaux sanguins de la membrane muqueuse de l’œil s’enflent et deviennent comme variqueux.' On obtient quelquefois de bons effets d’un mélange d’alun , de blanc d’œuf et d’alçohol battus ensemble, auquel on pourrait ajouter cinq ou six gouttes de laudanum. Ce mélange s’étend sur une compresse fine et s’applique sur l’œil. Il est des cas où le traitement suivant enlève assez bien l’ophthalmie chronique : c’est l’eau chaude, aussi chaude que le malade peut la supporter; on en remplit une œillère , et l’on fait baigner l’œil ouvert dans cette eau . On peut surtout faire usage de ce moyen dans les ophthalmies des paupières combattues d’abord par les antiphlogistiques et devenues chroniques. Quand l’ophthalmie a laissé une certaine opacité sur l’œil, on parvient quelquefois à la dissiper par le seul usage dés antiphlogistiques , et si l’on ne réussit pas par ce moyen et que la sensibilité de l’œil soit peu vive, on emploie les astringehs ; on insuffle du sucre candi réduit en poudre impalpable dans l’œil, ou mieux encore la poudre dont la préparation et lè mode d’administration sont indiqués tom. I, pag. i^'. Au ’rèste , on est souvent obligé de tâtonner, d’employer tantôt un moyen , tantôt un autre, suivant l’ancienneté et l’iiitensifé de l’inflammation, et suivant l’irritabilité particulière des individus'.' Il faut en même temps écarter toutes les causes propres à produire ou entretenir l’opbthalmie, telles que la fumée, la trop vive lumière , la chaleur , les vapeurs âcres , les excès de tablé , les alimens échauffans , les boissons stimulantes. On conseillera l’usage des binocles à verres bleus , surtout aux personnes qui sont obligées de s’exposer au grand jour, au soleil, à la vue éblouissante de la neige, de la glace, etc. En hiver on conseille aussi l’usage des poêles aux individus disposés à l’ophthalinie, auxquels la lumière du feu de foyer serait nuisible. On ne devra point lire, ni coudre ou faire à la lumière des lampes ou des bougies tout ouvrage qui exigerait l’application continuelle de la vue. On évitera aussi les études sérieuses et opiniâtres.

Si, malgré toutes ces précautions, l’ophtbaïmie persévère, on aura recours auxTévuIsifs. Ils consistent dans l’emploi d’un large vésicatoire à la nuque, ou de plus petits derrière chaque oreille. Le vésicatoire à la nuque produira souvent de bons effets; mais il est un moyen qui réussit presque constamment dans les ophthalmies rebelles contre lesquelles auraient échoué

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les autres ressources de l’art ; c’est un sétom Je sais que peu de personnes veulent se soumettre à cette opération , quoiqu'elle soit bien moins douloureuse qu’on se l’imagine ordinairement. Cependant il convient de commencer d’abord par le vésicatoire , qui, je le répète, guérira très-souvent, et ce n’est qu’en désespoir de cause qu’on aura recours au séton. Le séton doit se placer à la nuque. ( Voy. pour ce qui regarde le pansement qu’il exige tom. I , pag. 99. )

Lorsqu’il y a une complication de maladie vénérienne , outre le traitement local qui doit être le même que dans tout autre cas , ôn y joindra celui que cette complication exige. ( V. Syphilis. )

Xi’opbthalmie qui se manifeste chez les individus scrophuleux. et qui est ordinairement très-tenace, n’exige pas non plus de traitement particulier. On emploie les antiphlogistiques en premier lieu , soit à l’intérieur , soit à l’extérieur , puis les collyres ou les pommades astringentes, puis enfin les révulsifs ; et, pour le dire en passant, lorsque cette disposition existe, il èst rare que l’on ne soit pas obligé d’en venir à ces derniers moyens. On devra opposer en même temps à la constitution scrophuleuse le régime et le traitement appropriés.

( V. ScROPHULES. )

Il est certain que si dès le début de Pophthaîmie aiguë on Fattaquait franchement par les saignées, les boissons émollientes , le régime doux et peu échauffant , la privation de la lumière ; si, en un mot l’on insistait plus fortement sur le traitement antiphlogistique qu’on n’a coutume de le faire , on arrêterait souvent cette inflammation, et on l’empêcherait de passer à l’état chronique , toujours plus difficile à guérir. D’un autre côté, il est également certain que l’ophthalmie chronique cédera encore dans un grand nombre de cas au même traitement antiphlogistique , et que si l’on est obligé d’avoir recours, aux collyres astringens, aux pommades et autres topiques de même nature, il est certain, dis-je, que l’on en obtiendra un effet plus prompt et plus sûr que si l’on n’avait pas fait précéder ce traitement. Enfin les révulsifs , qui viennent en dernière analyse, déplaceront .bien plus facilement l’irritation quand elie aura été abattue, calmée par les saignées et le régime antiphlogistique que quand elle aura été exaspérée , fixée dans les tissus par les stimulans , les astringens et les excès de table ; car l’étroite sympathie qui lie entre elles toutes les membranes muqueuses fait que l’irritation d’une partie de cette membrane qui tapisse les yeux, le nez, la bouche, le canal intestinal, les conduits des voies aériennes s’irradie facilement vers d’autres points. Ç’est pour cela que les individus

qui sont affectés d’ophthalmie entretiennent, exaspèrent cette Inflammation , s’ils fatiguent leur estomac soit par une trop bonne chère, soit par des boissons spiritueuses ; et l’on doit comprendre dès lors pourquoi l’on recommande toujours la sobriété; les boissons aqueuses à ces personnes, quoique l’estomac soit situé loin des organes de la vision , et qu’au premier aspect ces parties semblent devoir exercer peu d’influence les unes sur les autres. C’est encore pour la même raison que l’on rie doit conseiller qu’avec prudence l’emploi des purgatifs : car cés médicamens, ainsi que nous l’avons dit ailleurs (V. tom. I, pag. 75 et suivi ) , sont de véritables irritans placés dans le tube digestif pour y opérer une révulsion en faveur dé l’œil ; mais si le tube digestif est irrité ou disposé à l’être, les purgatifs augmenteront cette disposition , et souvent l’inflammation ou l’irritation du canal intestinal aura pour effet d’âugmenter celle des yeux , à cause dès rapports dont nous venons de parler.

Je ne crois pas devoir terminer cet article sans dire encore deux mots sur l’emploi des eaux et des pommades pour les yeux , pour mettre le lecteur en garde contre cette foule de charlatans qui exploitent la crédulité publique par les annonces emphatiques de leurs spécifiques de toute espèce. Le public croit aveuglément aux spécifiques, et quand une maladie est nommée , il s’imagine qu’il existe toujours un antidote qui aille à point désigné détruire cette maladie. C’est une errenè grave et dangereuse. Toutes les substances qu’on prône tous les jours contre les maaæ d’yeux sont des substances plus ou moins astringentes ,' plus ou moins mélangées avec différens ingrédiens pour en déguiser la composition. Plusieurs de ces compositions sont réellement utiles, et j’en ai consigné quelques-unes dans cet ouvrage , mais elles ne sont utiles que lorsqu’on les applique à propos. Les substances astringentes resserrent les tissus et les vaisseaux capillaires sanguins, et par cela même refoulent le sang qui abonde en trop grande quantité dans les parties enflammées. Si l’inflammation est légère , Si les parties sont peu sensibles, c’est bien : la rougeur disparaîtra , et l’ophtbalmie sera guérie; mais si l’inflammation est violente , lés astringens non-seulement ne pourront plus produire le même effet, mais ils provoqueront une réaction , et l’inflammation n’en sera que plus vive. L’état d’acuité ne permet donc jamais l’usage de ces substances , et s’il est vrai que l’on puisse citer quelques exemples de succès , ces cas sont rares et doivent être considérés cbmme des exceptions qui ne font que confirmer la règle générale. La théorie démontre donc que les collyres astriftgens doivent être nuisibles dans l’opli-

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