‹ Dictionnaire de santé ou vocabulaire de médecineChapitre 74 sur 106 · PAN · texte numérisé non relu

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cette excitation , à force d’ctre répétée, peut devenir une irritation fixe, puis une inflammation aiguë ou chronique, laquelle ne saurait siéger long-temps sur un organe sans altérer sa structure.

PANARIS. C’est le nom que l’on donne à une inflammation qui survient autour ou près de l’ongle dans les doigts de la main. Cette inflammation, qui débute d’abord par l’un des doigts, peut , si elle n’est arrêtée, s’étendre à la main et au bras. Lorsqu’-elle est légère, et qu’elle se borne à la peau qui environne l’ongle , on lui donne le nom de tourniolle ou mal d’aventure ; elle mérite à peine alors que l’on y fasse attention; elle se dissipe d’elle-même au bout de quatre ou cinq jours par la suppuration des parties enflammées : on peut aussi la faire cesser par de simples immersions du doigt dans l’eau froide. On peut aussi employer la pierre infernale dès le début de la maladie, et empêcher par ce moyen le développement de l’inflammation.

Mais le panaris est loin de.se présenter constamment sous des formes aussi bénignes ; car c’est le plus souvent le contraire qui a lieu. L'inflammation peut intéresser les tissus qui se trouvent entre la peau et la phalange du doigt; ces parties comprennent le tissu cellulaire , une espèce de fourreau et une membrane synoviale servant de gaine aux tendons destinés à la flexion du doigt, enfin le périoste qui entoure l’os. Ces tissus peuvent être atteints isolément; mais quand l’inflammation est violente, il est rare qu’elle ne s’étende pas à tous simultanément.

. Le panaris se manifeste d’abord par une douleur aiguë qui ne tarde pas à être accompagnée dé gonflement, de battement, de chaleur et de rougeur de la partie malade. Ce n’est d’abord que le doigt, et le plus ordinairement son extrémité, qui se trouve affecté ; mais la douleur et même le gonflement s’étendent bientôt à toute la main, et le plus souvent on voit les glandes de faisselle se tuméfier, et devenir douloureuses; au Lout de quelques* jours la suppuration arrive, et tous les symptômes diminuent. .Les choses se passent ainsi tant que l’inflammation se borne au tissu cellulaire sousrculané ; mais si elle occupe la gaine des tendons, tous les accidens augmentent de gravité; la douleur devient tellement atroce que les malheureux qui y sont en proie désirent qu’on leur coupe le doigt, et on en cite à qui la douleur a donné le courage de se l’abattre eux-mêmes d’un coup de hache. Le gonflement n’est cependant pas considérable, parce que les tissus qui entrent dans la composition de cette gaine sont très-serrés et se laissent

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difficilement détendre par les humeurs que l’irritation doit y appeler. C’est principalement dans cette espèce de panaris que l’inflammation et le gonflement s’étendent à la main et à tout le bras , au point de produire la suppuration et des abcès sur plusieurs parties de ce membre. Quand le périoste ou l’enveloppe des os est atteint par l’inflammation , la douleur est également très-vive; mais elle peut en outre amener la nécrose, c’est-à-dire la mort de l’os qui se trouve privé de son périoste, et par conséquent des sucs nourriciers qu’il reçoit par son intermédiaire. Outre ces symptômes locaux, dont le plus saillant est sans contredit la douleur, il en survient quelquefois de généraux , tels que la fièvre manifestée par la chaleur de la peau , une soif ardente, la rougeur de la langue et l’insomnie. v Le panaris peut être déterminé par tout ce qui peut produire soit sur la peau , soit sur les parties plus profondes , une irritation durable ou passagère : tels sont les contusions , les excoriations, l’entrée de l’ongle dans les chairs , les piqûres faites avec des aiguilles, des épingles, des épines^, des échardes , des fragmens d’os , des instrumens tranchans , surtout s’ils sont malpropres. C’est pour cette raison que l’on voit le panaris se développer si fréquemment chez les individus exerçant des professions qui les exposent à ees accidens. Ce n’est pas à dire pour cela que cette affection ne puisse atteindre d’autres personnes; il suffit en effet, pour la contracter, d’une disposition particulière qui la fait se déclarer sous l’influence de la plus petite cause. Ainsi les personnes qui ont la peau très-sensible et très-délicate doivent être , toutes choses égales d’ailleurs , plus facilement affectées de tournioile ou de panaris que celles dont la peau est peu sensible, et par conséquent peu irritable.

Le panaris se termine assez souvent par la suppuration , mais il n’est pas rare qu’il ait d’autres terminaisons qui peuvent être tellement graves qu’elles nécessitent l’extraction d’os nécrosés, l’amputation des doigts, l’ouvertüre de vastes abcès, et quelquefois même l’amputation du bras.

Pour prévenir ces désordres, et pour éviter au malade les souffrances horribles qui^ les précèdent, il faut attaquer le panaris de bonne heure et dès son début. C’est avec le plus: grand succès que l’on peut faire ici l’application de sangsues pour arrêter le développement de l’inflammation ; mais pour qu’elles procurent les avantages que l’on en espère, je le répète, c’est dès les premières apparitions de la maladie qu’il faut y avoir recours , et sur les parties qu’elle n’a pas encore envahies : ainsi ou pourra en recouvrir tout le doigt, et revenir à plusieurs applications successives, si la première n’a pas été assez efficace. Oa secondera l’action de la saignée locale par l’usage des ca-

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tapîasines émoliiens , de la diète et des boissons rafraîchissantes. Comme les cataplasmes émoliiens de farine de lin, de feuille de guimauve, de mie de pain délayée dans le lait ne calment pas toujours, à beaucoup près, la douleur, on les arrosera avec une préparation opiacée tels que le laudanum liquide. Les cataplasmes doivent être souvent humectés. Le malade ayant le doigt ou la main ainsi disposée, devra porter le bras en écharpe.

Le traitement que nous venons de conseille? .• employé hardiment et sans balancer, sera le plus souvent couronné du plus heureux succès , mais il vaudrait mieux ne pas faire de saignées locales que de les faire avec timidité et peu abondantes ; si l’on se contestait d’appliquer un trop petit nombre de sangsues , non-seulement elles ne dégorgeraient pas les tissus enflammés , mais l’irritation qu’occasioneraitleur piqûre ne ferait qu’ajouter à l’irritation primitive , et tous les accidens s’aggraveraient indubitablement. Il en est ainsi dé toutes les inflammations aiguës.

L’on peut voir , d’après tout ce qui vient d’être exposé relativement à la nature de cette affection , à sa marche et à sa terminaison, qu’il ne saurait y avoir, comme le croient les bonnes femmes et comme lé prône la cupidité des charlatans, de remèdes spécifiques contre les panaris. Cette maladie est Une inflammation locale qui né diffère en rien quant à sa nature de toute autrednflammation ; elle détermine des douleurs vives parce que les parties qu’elle affecte étant le siège spécial du toucher, se trouvent fournies d’un grand nombre de fibrilles nerveuses, et par conséquent très-sensibles. Outre cela, la peau qui enveloppe la pulpe des doigts est épaisse et se prête peu à la distension , en sorte que si les chairs du doigt viennent à être affectées d’inflammation, elles se trouvent fortement comprimées, ce qui doit nécessairement accroître la douleur et servir à la propager dans toute la longueur du membre. Eh bien ! je le demande, comment pourrait-il exister d’agent spécifique propre à la guérison du panaris , qui ne fût pas commuû à toutes les inflammations aiguës? Il n’y en a aucun certainement. Les saignées locales peuvent presque toujours suffiré à éteindre ce feu inflammatoire, en soustrayant le fluide qui leur sert d’aliment, c’est-à-dire le sang; par ce moyen on préviendra les déformations du doigt ; les douleurs violentes , le gonflement du bras, des glandes de l’aisselle , la fièvre, et même la mort. Mais ce traitement local doit être secondé par un régime doux et des boissons émollientes, comme nous l’avons déjà dît plus haut.

Si , malgré ce traitement, on n’avait pu parvenir à arrêter

les progrès de l'inflammation, ou s’il était déjà trop tard pour faire l’application des sangsues, on devrait pratiquer sur le doigt une incision pour débrider les parties trop violemment comprimées, et pour donner une issue au pus dans le cas où il s’en serait formé. Cette opération , ainsi que celle que pourraient nécessiter d’autres désordres qui seraient le résultat du panaris , exige indispensablement la main d’un homme de l’àrt.

PARALYSIE. On entend par ce mot l’abolition totale ou la diminution plus ou moins grande de la faculté de se mouvoir et quelquefois de celle de sentir. Suivant que le mouvement est entièrement perdu dans les membres qui en sont affectés ou qu’il ne l’est qu’en partie, la paralysie a été divisée en complète et en incomplète. Cette affection peut atteindre la presque totalité des organes de la locomotion ou seulement quelquesuns d’entr’eux. J’ai dit la presque totalité, parce que la paralysie de toutes les facultés locomotrices et sensitives serait la mort. Quand elle affecte en même temps tous les membres , c’est-à-dire les bras et les'jambes, on la nomme paralysie générale; ce cas est très-rare. Quelquefois toute une moitié du corps est paralysée , l’autre côté restant dans son état d’intégrité ; la paralysie reçoit alors le nom d hémiplégie. Quand elle affecte la moitié inférieure du corps , on la nomme paraplégie. Dans certains cas assez rares , les membres supérieurs d’un côté sont affectés en même temps que ceux inférieurs du côté opposé , c’est la paralysie croisée. Est-elle bornée à un seul membre, à un seul organe? c’est une paralysie locale. C’est ainsi qu’on voit des paralysies plus ou moins complètes d’un bras, d’une jambe , de la langue , d’un des côtés de la bouche, d’un œil, de la paupière, de la vessie, du rectum, etc. Dans la trèsgrande majorité des cas il y a paralysie de la faculté locomotrice, et le membre paralysé conserve celle de. sentir; mais dans quelques autres extrêmement rares la faculté de sentir est abolie , quoique le mouvement persévère dans la partie devenue insensible; enfin Je mouvement et le sentiment peuvent être abolis ou diminués simultanément dans les membres paralysés. C’est ce qui a encore fait distinguer cette affection en paralysie du mouvement et en paralysie du sentiment, ou de l’un et de l’autre tout à la fois. La paralysie du goût, de l’odorat, du tact, de l’ouïe , de la vision sont des exemples de paralysie du sentiment ; celle dont le résultat est de rendre impossible ou difficile le mouvement dans un ou plusieurs membres fournit des exemples de la paralysie du mouvement. : ,

Jl arrive assez souvent que la chaleur et la transpiration di-

minuentdans les parties paralysées au bout d’un certain temps; et comme elles sont privées de mouvement, le sang n’y est plus attiré dans la même proportion qu’il l’était dans l’état sain, d’où il suit que la nutrition et la circulation s’y faisant mal, les membres maigrissent, s’infiltrent de sérosité et se tuméfient.

Quelles sont les causes de la paralysie et en quoi consiste l’essence de cette affection? Il n’en est aucune dont il soit plus facile de faire toucher au doigt la nature et les causes que celle qui nous occupe. Pour bien comprendre le mécanisme de sa production, il serait important de consulter, avant de passer outre, les articles Moelle épinière et Névroses, où l’on pourra se former une idée de l’ensemble, de la disposition et de l’influence du système nerveux, des lésions duquel dépendent, toutes les paralysies. Je mé contenterai de rappeler ici" trèsbrièvement ce qui a été dit à ce sujet dans ces deux articles,

Le système nerveux se compose du cerveau renfermé dans Je crâne, de la moelle épinière rènfermée dans la colonne vertébrale, et des branches nerveuses qui partent de l’un et de l’autre de ces centres pour se distribuer à toutes les parties dü corps. Ce sont ces branches, qu’on nomme nerfs, qui entretiennent la faculté locomotrice et sensitive dans les points où ils se rendent. Pour exécuter un mouvement il faut donc 1° que le nerf ne soit point altéré dans sa structure ; 2° que sa communication avec le cerveau ne soit pas interrompue ; 3° que le cerveau lui-même ne soit pas malade, ou du moins qu’il, ne le soit pas assez pour l’empêcher d’exercer ses fonctions. Si l’une de ces conditions vient à manquer, le mouvement devient difficile ou impossible. Ainsi soit qu’on lie,, que l’on coupe , que l’on comprime ou que l’on détruise d’une manière quelconque les troncs nerveux qui se rendent au bras, ce bras deviendra inhabile au mouvement; il sera paralysé : voilà une paralysie partielle. Si, tous les nerfs restant dans un état parfait d’intégrité .■> le cerveau est irrité, enflammé, il exercera ses fonctions d’une manière irrégulière ; les nerfs soumis à son influence (et ils le sont tous) feront exécuter aux muscles des mouvemens irréguliérs ; de là des convulsions ; la sensibilité sera pervertie; il y aura des douleurs dans les membres, etc. ; mais si le cerveau est gravement altéré. dans sa structure, s’il est comprimé par un épanchement de sang comme dans l’apoplexie, ou d’eâu comme dans l’hydropisie cérébrale, par une tumeur' des os ou du crâne, etc., il ne pourra plus exercer d’influence sur les nerfs, et il en résultera la perte du mouvement ou la paralysie dans un ou plusieurs membres , dans une des moitiés du corps , suivant le siège ,

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l’étendue et la gravité de la lésion cérébrale. Ces observations s’appliquent toutes exactement aux affections de la moelle épinière , dont les lésions peuvent aussi déterminer la paralysie dans les parties ou se rendent les nerfs qui partent de cette moelle. Dans l’état actuel de nos connaissances, une paralysie étant donnée , l’on est parvenu au point de pouvoir préciser exactement , dans un très-grand nombre de cas , le siège de cette paralysie. Ainsi on peut reconnaître non-seulement si elle dépend d’une altération du cerveau ou de la moelle épinière , mais encore quelle partie du cerveau ou de la moelle se trouve affectée , quelle est l’étendue et la gravité de la lésion.

Lors donc qu’un cas de paralysie se présente , il faut examiner quel est le point de départ de cette paralysie : est-ce le cerveau , est-ce la moelle épinière, ou bien est-ce seulement un nerf dont la Communication avec l’üù de Ces centrés se trouve interceptée? La paralysie dépend du cerveau quand elle succède â l’apôplëxie ; car l’on sait que cette maladie laisse le plus souvent après elle tantôt la faiblesse des membres , tantôt dès tremblemens , ou bien une paralysie d’un des côtés du corps, utt embarras de la langue. Ainsi, toutes les fois que l’apoplexie a précédé la paralysie , on peut regarder le cerveau comme son point de départ. Dans ce Cas , l'épanchement sanguin qui constitue l'apoplexie a produit dans le cerveau des désordres graves qui survivent à l’attaque , et l’on peut toujours regarder là paralysie qui survient dans ces circonstances comme indice certain de ces désordres et comme une menace Continuelle d’une rechute. Mais la cause première de la paralysie peut bien exister dans le cerveau sans qu’il y ait èu apoplexie préalable. Beaucoup d’irritations , d’inflammations organiques de ce centre nerveux peuvent en occasioner la désorganisation , et par conséquent donner lieu à la paralysie , laquelle est aussi quelquefois un symptôme avant-coureür de l’apoplexie. En effet , elle annonce une irritation ou unè lésion cérébrale , et celle-ci aboutit très-souvent à une lésion plus grave encore qui empêche complètement les fonctions du Cerveau ; c’est l’apoplexie, laquelle, pour le dire en passant, èst toujours d’un caractère plus grave lorsqu’elle survient dans ces circonstances , que quand elle se manifeste chez Un sujet primitivement en bonne santé. (V. Apoplexie.)

Les symptômes qui peuvent faire reconnaître <fue le siège de la lésion dont dépend la paralysie se trouve dans quelque partie de la moelle épinière, sont les douleurs sourdes ou aiguës ressenties dans cette partie , la carie des vertèbres, leur gonflement , la gibbosité , etc. Au reste , ces symptômes sont les mêmes que ceux qui indiquent les autres affections de ce centre

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nerveux. Il serait donc superflu de les décrire de nouveau. (V. Moelle épinièke.)

La paralysie qui dépend de l’inflammation aiguëou chronique, ou d’une lésion organique de l’un des grands centres nerveux , c’est-à-dire du cerveau et de la moelle épinière , est incontestablement celle que l’on a le plus souvent occasion d’observer ; mais il y a des cas Où la paralysie est entièrement indépendante de l’affection de ces centres, qui peuvent être d’ailleurs dans leur état de santé. Cela arrive aussi quand une cause quelconque intercepte la communication entre les nerfs d’un membre, du bras je suppose, ët le centre nerveux d’où Ces nerfs tirent leur origine. Dans lès premiers cas , c’est Un arbre qui pérît parce qu’il est attaqué dans sa racine ; dans l’autre, au contraire, la cause morbide n’altaque que les branches, et elles périssent parce qu’elles ne peuvent plus tirer dü trône les sucs nécessaires à leur entretien. Les causes qui peuvent intercepter la communication entré une branche nerveuse et le cerveau ou la moelle épinière sont très-nombreuses ; ainsi cette branche peut traverser un foyer inflammatoire et être désorganisée ; elle peut être Comprimée par une tumeur charnue ou osseuse ; il peut arriver que les parties où elle se rendue reçoivent pas la quantité nécessaire de sang, à cause de la rupture des vaisseaux sanguins qui s’y rendent ; il peut arriver que lé nerf lui-même soit atteint d’une affection particulière , indépendamment de tout autre partie, et que cette affection entraîne le trouble ou là perte de ses fonctions; il peut arriver que des agens introduits dans l’économie animale modifient l’action du système nerveux, troublent l’ordre de ses fonctions, et produisent la paralysie, sans que pourtant l’on puisse trouver aucune lésion du moins appréciable. C’est ainsi que les doreurs et d’autres ouvriers exposés aux émanations mercurielles, sont fréquemment atteints de paralysie et de tremblement ; que ceux qui sont employés aux diverses préparations fié plomb ôü qui en font usage sont exposés à la colique dite de plomb, laquelle est quelquefois accompagnée de la paralÿsie des membres supérieurs.

Après avoir dit comment les affections graves dü cerveau et de la moelle épinière donnent lieu à la paralysie, il est, jeùrdis, inutile de dire que les causes de cette maladie sont lés mêmes que celles qui donnent lieu aux affections de ces centres uerveûx, et qu’en conséquence le traitement qu’il convient d’employer ne saurait être autre que Celui de ces affections. Lés personnes qui ne sont pas accoutumées à. se rendre compte deé phénomènes de la vie doivent nécessairement Croire que la Cause de la paralysie siégé toujours IA où les effets se manifestent le plus

évidemment. Néanmoins, il est démontré que c’est le plus souvent le contraire qui a lieu ; il est démontré que quand un bras , une jambe, etc., sont paralysés , ce n’est pas que ces membres soient malades, du moins dans le plus grand nombre des cas, mais la maladie siège dans le cerveau ou dans la moelle. Quelle peut donc être l’utilité des frictions , des onctions, des fomentations, des applications de toute espèce sur ces membres pour leur rendre le mouvement dont ils sont privés ? De quel avantage peuvent être les prétendus médieamens nervins contre la paralysie, lorsqu’elle est produite sous l’influence des causes que nous venons d’indiquer? Il est évident que, dans ces cas, il est absurde de chercher des remèdes contre la paralysie. Ce qu’il faut guérir, c’est l’irritation, l’inflammation du certéau ou de la moelle épinière. Si donc la paralysie a succédé à l’apoplexie, on devra s’appliquer à éviter les rechutes de cette maladie. Pour cela, on donnera au malade une nourriture douce et légère; de temps en temps on pratiquera une saignée, pour éviter une nouvelle congestion cérébrale; on rétablira lesévacuations sanguines ou autres qui auraient pu être supprimées; on pourra placer un vésicatoire à la nuque, dans le but d’opérer une révulsion favorable; on fera en sorte que le moral du malade soit toujours calme. Sous l’influence du repos et de ce traitement, on pourra espérer que lecerveau se rétablira peu àpeu dans son premier état de santé , et alors la paralysie cessera bien mieux que si on tourmentait le malade par des purgatifs , par des.toniques, par de l’opium et par une médication perturbatrice. Ces considérations s’appliquent à tous les cas ou le siège de la paralysie serait dans le cerceau , soit que cette .maladie soit consécutive à l’apoplexie ou àtoute autre affection de cet organe. Les paralysies de la langue, de la bouche, du goût et de l’odqrat sont presque toujours.le résultat d’une affection cérébrale. Elles sont très-souvent consécutives à l’apoplexie, ou bien elles en sont un des symptômes précurseurs : d’où il suit qu’en pareils cas , toute l’attention du médecin doit être portée sur. le cerveau , soit, pour prévenir l’apoplexie, soit pour guérir les désordres qu’elle a laissés à sa suite. On doit alors se conduire comme dans les cas précédées. Lorsque la paralysie est le résultat d’une irritation chronique de la moelle épinière, d’un carie de la colonne vertébrale qui la comprime, d’une altération organique de sa substance , on doit se comporter absolument de la même manière que pour les maladies de la moelle épinière, dont il a été question dans un autre article. (V. Moelle épinière.)

La paralysie est-elle partielle et indépendante de toute lésion des centres neryeux? il faut examiner ai elle est produite

par un foyer d’inflammation dans lequel plonge la branche nerveuse. Dans ce cas, il faut attaquer cette inflammation par les saignées locales , par les cataplasmes émolliens , par les révulsifs, tels que les vésicatoires, les moxa , les frictions plus ou moins irritantes. Si les membres ont été frappés d’immobilité à l’occasion d’un rhumatisme ou de la goutte , on pourra obtenir un très-grand avantage de l’emploi des bains , et surtout des douches souvent et long-temps répétées, des frictions sèches ou aromatiques sur ces membres. Dans ces derniers temps on a conseillé, non sans succès, l’acupuncture et l’électro-puncture contre ces paralysies locales , lorsqu’il n’y avait pas altération organique. Ce moyen consiste à enfoncer dans les chairs et sur le trajet des nerfs paralysés des aiguilles extrêmement déliées, assez flexibles pour qu’elles ne se brisent pas. On donne à cette petite opération le nom d’acupuncture. Quelquefois on faittomber sur la tête de ces aiguilles, placées comme on vient de le voir, des étincelles électriques qui donnent comme autant de petites secousses sur les parties qui reçoivent les pointes; ou bien, si l’on ne veut pas administrer l’électricité par secousses , on met ces aiguilles en communication avec une pile voltaïque, et l’on établit de cette manière un courant de fluide électrique sur le trajet des nerfs. Les personnes qui sont familières avec les connaissances physiques savent comment on doit traiter cet agent quand on veut l’isoler , le diriger sur un point sans ou avec commotion. Pour celles à qui ces connaissances sont étrangères, il serait inutile d’entrer dans des détails qui ne seraient pas compris.

La paralysie est quelquefois le résultat d’excès vénériens et de l’onanisme; il faut alors conseiller une nourriture douce et cependant assez nourrissante , des exercices modérés , et pardessus tout la renonciation à des habitudes' funestes. (V. Masturbation. )

Le tremblement paralytique des doreurs et des personnes qui respirent les émanations mercurielles se guérit assez bien par l’usage des sudorifiques à haute dose, pourvu que le canal intestinal soit en bon état. Les sudorifiques les plus généralement employés dans ce cas sont la salsepareille et le gaïac. (Voyez, pour l’administration de ces substances, le mot Sudorifique , tom. 1 , pag. io3 et suiv.). Si ce traitement ne produisait pas tous les effets qu’on avait lieu d’en attendre, on y joindrait les frictions aromatiques et irritantes, les bains chauds simples, ou mieux encore les bains sulfureux, l’électricité.

La paralysie, ainsi qu’on le voit assez fréquemment, accompague-t-elle ou suit-elle la colique métallique , dite colique de

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plomb ou des peintres ? la première chose à faire sera de soumettre le malade au traitement indiqué pour cette dernière maladie, traitement dont il est question dans un autre article. (Voyez CoiiiQUE des peintres). Ordinairement ce moyen suffit seul et pour guérir la colique et pour dissiper la paralysie qui en est le résultat. Depuis que j’ai écrit l’article concernant la colique des peintres, j’ai appris que l’on avait employé avec succès un nouveau moyen pour guérir cette maladie , et je crois devoir l’indiquer ici. Il consiste dans l’emploi intérieur des eaux sulfureuses, naturelles ou artificielles, telles que celles de Baréges ou autres. Ces eaux font passer les sels ou oxydes de plomb à l’état de sulfure de plomb , qui est sans action sur l’économie. S’il y a des douleurs violentes , on les combat par les préparations d’opium, et s’il y a constipation, on a recours aux iavemens et aux purgatifs doux. On emploie également les eaux sulfureuses avec succès dans les cas d’empoisonnement par les préparations de plomb. Si le traitement de la colique des peintres ne parvenait pas à faire cesser la paralysie , on aurait recours aux sudorifiques , aux frictions irritantes, aux baius, aux douches, à l’électricité ; ces moyens seraient aussi mis en usage dans le tremblement paralytique des doreurs. Un des professeurs de l’école de Paris dit avoir guéri un grand nombre d’individus atteints de cette espèce de paralysie, dans les cas où elle avait résisté au traitement que nous venons d’indiquer. Le sien consiste dans l’emploi d’un principe que l’on extrait de la noix vomique et que l’on nomme Strychnine. Cette substance , qui exerce une action très-énergique sur Féeonomie, ne doit être administrée qu’avec les plus grandes précautions. On la donne d’abord à la dose d’un douzième , puis d’un sixième de grain et même d’un quart de. grain deux fois par jour. Au reste , ce médicament ne doit , ne peut être administré que sous la surveillance d’une personne de l’art.

PARAPLEGIE,, paralysie de toute la moitié- inférieure du coyps. (Y. Paralysie).

PASSIONS , affections morales , affections de l’âme. La santé n’est que le résultat de l’équilibre des forces et des fonctions de chacune des parties du corps : la rupture de cet équilibre constitue la maladie. Le corps humain, semblable à une machine compliquée de plusieurs ressorts, a besoin que tous les appareils organiques dont il est constitué marchent en harmonie. Tout ce qui trouble cet ordre, tout ce qui fail faire uqe dépense trop considérable de la portion naturelle de forces et d’énergie assignée à un organe est donc un agent de maladie.

IL résulte de là que le travail et le repos , Le sommeil et la veille, les alimens, les boissons, les plaisirs, les passions, etc. , tout doit se tenir, pour que le corps reste eu sauté, entre les limites d’un certain équilibre.

Ce qui rompt cette harmonie, cette, symétrie si essentielle des fonctions du corps, ce ne sont pas seulement les excès de -table, de fatigues , de veilles, le froid, le chaud , la misère; il est un autre ordre de causes qui n’altèrent pas moins la santé. Nous voulons parler ici de ces. violentes secousses de l’âme , de ces brisemens de cœur qui agitent le corps de mille manières, et le font succomber, tantôt par une mort prompte , tantôt par une mort lente et pénible, et jettent un tel désordre dans, tout l’organisme, que l’existence n’est plus qu’un tissu de douleurs et d’angoisses.

Mais comment tenir la balance toujours juste? Cette vigilance, d’ailleurs, cette observation continuelle de soi-même n’est-elle pas trop fatigante? Vivons bien aujourd’hui , direzvous et mourons demain, au lieu de prolonger nos jours dans une triste monotonie. Si c’est compte arrêté , à la bonne heure; mais alors, pourquoi vous plaindre lorsque les maladies et les infirmités que vous avez imprudemment provoquées viennent vous assaillir ? Ne croyez pas cependant que la vie de l’homme qui vit, autant qu’il le peut, à l’abri des passions soit aussi fade que vous semblez le croire : il n’en est rien. Jouissant des plaisirs simples et faciles que lui offre la nature , il n’en abuse pas , son corps reste sain, ses sens ne sont jamais blasés, et pour lui la bienfaisante nature est toujours féconde, toujours nouvelle. Aussi l’on a dit , bien long-temps avant nous, que c’était un calcul de sensualité que de savoir ménager ses jouissances.

Ceux qui ont écrit sur les affections morales et sur les passions , considérées dans leurs rapports avec la santé , les ont distinguées en excitantes et en débilitantes. Cette distinction est fausse, et n’est fondée que sur des apparences trompeuses. En effet , toutes les passions troublent l’équilibre des forces, en exaltant, en activant, en excitant certaines parties du corps au détriment des autres. Une affection quelconque détermine plus ou moins vivement une concentration de forces sur un organe, et si cette affection est violente ou qu’elle se prolonge , elle irrite cet organe , son action est augmentée, et par conséquent celle des autres diminuée; ceux-ci paraissent alors dans un état de faiblesse , tandis que la cause réelle, de cette faiblesse est une surexcitation produite sur une autre partie du corps. Aussi trouve-t-on toujours chez les personnes qui ont succombé sous l’influence des passions soit tristes, soit gaies,

quelques viscères irrités enflammés ou altérés] dans leur structure.

Lorsque nous disons que les passions , en troublant l’équilibre des forces, sont une source de maladies, nous ne prétendons pas nous ériger en moraliste sévère , et dogmatiser avec la froideur d’un stoïcien sur l’essence des affections que l’âme éprouve. Nous ne les envisageons ici que sous leur rapport avec l’état de santé. Il ne faudrait pas aller croire que les passions lui soient toujours contraires; car elles ne sont telles que quand elles cessent d’être en rapport avec notre constitution, c’est-à-dire lorsqu’elles sont exagérées. Le fond de toutes les passions est dans la nature de l’homme; or, tout ce qui est dans la nature est bien : le mal ne se trouve que dans les extrêmes. En effet, l’espérance, le courage, la constance, un peu de fierté même jointe à un certain degré d’amour-propre, la bienveillance , la gaieté, l’égalité d’humeur, la douceur, une certaine indépendance dans ses pensées et dans ses actions, etc., contribuent à entretenir ce juste équilibre des fonctions du corps. Ce qui dévore l’existence, ce qui mine insensiblement nos organes, ce sont toutes les passions ardentes, la colère, les vengeances, la haine, l’envie, la jalousie, de même que tant d’autres passions sombres, les craintes, les chagrins, le désespoir, les voluptés meurtrières. Ce qui empoisonne la vie , ce qui la ronge et la consume, c’est l’ambition dévorante, c’est la poursuite des emplois , des rangs , de cette âcre fumée de gloire qui fait verser des larmes amères; c’est l’avarice et l’exécrable soif des richesses ; ce sont ces intrigues ténébreux ses, ces sourdes malignités, ceS honteusés calomnies, ce désir iusatiable des vanités, risibles triomphes d’un jour pour lesquels tant d’insensés se disputent inutilement, ces ignobles envies, vers rongeurs qui s’attabhentaux entrailles de celui qui les nourrit. O combien est préférable lé sort de celui qui, loin du cloaque impur des foliés humaines, ne dépasse jamais les bornes de ce terme moyen qu’on ne franchit point impunément ! Au sein de ses devoirs et de sa famille , se croyant égal à tous , quelle que soit sa condition , il croit voir partout des amis, se contente de peu; bienfaisant et généreux, il vit heureux, mais dans l’indépendance ; car quelle chaîne ne devient pesante à porter ?

Nous avons dit que la source de toutes les passions était dans

la nature, et qu’elles ne devenaient funestes que par l’abus qu’on en faisait, ou par leur exagération. Il nous est facile de donner la preuve de cette assertion. Tous les êtres animés ont reçu l’instinct de leur conservation. Pour se conserver, iis doivent se rapprocher des objets qui leur sont utiles, etrépousser ceux qui

pourraient leur nuire. Afin de forcer l’homme à sa propre conservation , la nature a attaché un plaisir à la satisfaction d’un besoin, etuue douleur à sa privation. Mais, ce qui est admirable, et qui n’a peut-être pas assez frappé l’attention des observateurs, c’est que plus le besoin à satisfaire est essentiel à la vie , plus nous sommes sollicités à le satisfaire , d’un côté par l’attrait du plaisir, de l’autre par la souffrance que nous éprouvons en voulant nous soustraire aux lois sacrées de la nature. Ainsi, la nutrition étant la fonction la plus essentielle au maintien de la vie, la présence des alimens et des boissons nous invite par leur saveur à satisfaire notre goût , et la douleur que déterminent la soif et la faim nous forcé impérieusement à ne pas les rejeter. L’odorat, le goût, l’ouïe sont liés d’une manière moins immédiate à l’existence; aussi la privation imposée à cés sens est-elle moins pénible et moins impérieuse que la précédente. Le besoin de la reproduction étant, après celui de notre propre existence, le plus indispensable au but de la nature, elle a dû exiger avec force que ce but fût rempli. Voici quels sont ces moyens. Elle a donné à la femme des formes douces et séduisantes , embellies par la timidité, la. faiblesse et la défiance d’ellemême. L’homme au contraire, dans la vigueur de l’âge, plein d’audace et de force, forme le complément de ce qui manque à celle-ci. Chaque sexe pris isolément n’est que la moitié de son espèce ; il est comme isolé et déchiré de la grande trame des êtres ; il sent qu’il a besoin du concours de l’autre moitié pour accomplir ce tout, cette harmonie, cette unité qui nous charme, et sans laquelle il n’y a rien de parfait. Des peines , de vives angoissés , des tourmens de toute espèce poursuivent celui qui veut se soustraire à cet important devoir, comme pour avertir l’homme qu’il ne doit pas faire son passage sur la terre sans rallumer ce feu de la vie qu’il ne tient qu’à titre d’emprunt.

Lors donc qu’au printemps de la vie la nature a développé en nous ce sentiment du beau , ce besoin qui rapproche leâ sexes pour former un tout harmonique de deux êtres isolés , le jeune homme ardent n’aperçoit dans la femme que le chef-d’œuvre de la création. A sa vue, une sensation pleine de charmes se répand comme une vapeur légère dans tout son organisme : le cœur bat avec force, la circulation du sang est rapide, les joues se colorent, les traits s’épanouissent, les yeux s’animent du feu des désirs, le sourire siège sur les lèvres, la respiration devient accélérée , la digestion et l’absorption s’activent, les facultés intellectuelles se développent, les idées deviennent riantes et variées, toute la nature revêt une nouvelle face et s’embellit de charmes inconnus; l’homme est alors porté à la douceur, à la bienveillance , à la gaieté , aux idées généreuses;

il voudrait concentrer en lui toutes les vertus , réunir toutes les qualités pour s’élever au niveau de celle qu’il place si haut dans son imagination. Quelle impression délicieuse dut éprouver l’homme qui contempla pour la première fois un être semblable à lui-même, mais plus beau , plus aimable , plus délicat! Sur son cou d’albâtre descendait en longs flots d’or sa chevelure ondoyante ; une douce lumière s’échappait de ses yeux d’azur ; le teint de ses joues avait toute la fraîcheur des roses; ses lèvres , rouges comme la pourpre ou le corail et entr’ouverles par le sourire , laissaient apercevoir des dents disposées comme deux belles rangées de perles; sur sa taille souple et élancée se balançait gracieusement son corps, comme le roseau qui fléchit et se relève mollement au souffle de la brise ; tout son être offrait un ensemble qui avait quelque chose de suave , d’enchanteur et de céleste. De quel enthousiasme ne fut-il point saisi quand il entendit pour la première fois la voix mélodieuse de sa compagne , dont les accens divins allaient remuer tous les ressorts de l’âme ^quand elle lui offrit avec candeur sa main d’ivoire , et qu’elle lui imprima le premier baiser de l’amour; quand, assise à ses côtés, heureuse, elle cherchait à rendre intarissable la source du bonheur qu’elle savait sans cesse renouveler au moyen de ses simples attraits et de ses grâces naturelles et innocentes ! Qu’on n’accuse point la femme de rendre l’homme malheureux ; s’il jouit de quelque bonheur sur cette terre, n’est-ce pas à elle seule au contraire qu’il le doit? Le portrait que je viens de tracer n’a rien de fantastique : c’est toi què j’ai essayé de peindre, ô mon infortunée compagne! Ceux qui connurent ton caractère angélique, ta douceur inaltérable, ton esprit vif et ingénu , peuvent dire si je ne suis pas resté loin , bien loin de mon modèle. Hélas ! tant de grâces, tant de vertus et de talens réunis ne devaient briller qu’un instant, comme ces météores qui sillonnent rapidement les airs et disparaissent pour toujours. Oh! comme le flambeau de l’hymen a été promptement converti en torche funéraire ! Frappée d’une maladie contre laquelle notre art a été jusqu’ici impuissant, tu as d'ü succomber malgré tous ses efforts ; et l’amour le plus ardent n’a pas pu empêcher la rup^ ture d’une union formée sous de si heureux auspices , et qui n’a duré qu’un seul printemps ! Le bonheur parfait est-il donc au-dessus des forces de l’homme? Deux ans auront bientôt passé sur ta tombe , ô mon épouse , et mes regrets ont encore leur première amertume , et ma douleur est brûlante comme au premier jour! Pardonne, ombre chérie, pardonne des larmes que ton souvenir fait couler sans cessé, et dont le temps n’a pu tarir la source. Si ces larmes interrompent le silence de

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la mort, elles soulagent peut-être le malheureux qui les verse. Et toi aussi, lecteur, excuse cette digression qui peut paraître étrange; mais si tu es comme moi du nombre de ceux que la mort a frappés dans tout ce qu’ils avaient de plus cher, tu comprendras la voix de la douleur , et tu n’auras pas la bar-? barie d’en rire.

Ils ont grand tort ceux qui vont sans cesse blâmant les femmes et qui les accusent de mille défauts dont ils se croient exempts , sans réfléchir que ceux-là sont souvent le moins irréprochables qui sont le plus prompts à condamner. Il faut bien avouer pourtant qu’elles ont souvent été le prétexte et même la source d’une foule de malheurs'privés et même publics. Mais la faute en est à l’homme et non à Ja nature.

Nous , qui nous constituons en accusateurs, nous gâtons par -nos basses flatteries l’œuvre de la création. Nous nous tourmentons l’esprit pour imaginer des termes qui chatouillent agréablement leur vanité. Des Ganimèdes parfumés passent les journées entières à soupirer de fades adulations; et les femmes, voyant ainsi encenser leur grâces, font tous leurs efforts pour en rehausser l’éclat par leur coquetterie. Si celles que la nature leur a accordées ne sont pas suffisantes , elles chercheront ày suppléer par tous les moyens que l’art peut leur fournir. Quand le temps, te terrible ennemi de la beauté, aura flétri les roses du jeune âge, elles chercheront à effacer les traces de sa main en appelant à leur seéours l’art inutile du parfumeur, dont l’officine ne sera pourtant jamais la fontaine de Jouvence. Mais si , sans déprécier la beauté, nous n’acçordions pas au vice les honneurs et les louanges qui ne sont dus qu’à la vertu, on verrait bien plus souvent les femmes faire consister leur gloire dans l’affection de leurs époux , les mères ne pas repousser de leur sein l’enfant à qui elles ont donné le jour ; on verrait dans les malheurs publics ces femmes, vraiment citoyennes , renouveler l’exemple de celles de Carthage et de Numatice, en se dépouillant avec allégresse de leurs parures et de leurs joyaux pour venir au secours de la patrie en danger. C’est alors que l’on trouverait cette pierre précieuse de la création dans toute sa pureté et toute brillante de son éclat natif. J

Si l’amour considéré comme un sentiment doux qui porte un sexe l’un vers l’autre ne saurait nuire à la santé, il n’en est pas de même si cet amour est irrité, contrarié , soit par les obstacles nécessaires que crée parmi nous la civilisation, soit de toute autre manière. Cette gaieté vive, cette santé alerte, ce visage de prospérité, signes non équivoques du contentement du cœur, se changent en une tristesse profonde et taciturne chez l’homme épris d’un objet qu’il adore sans espoir, ou chez

celui que la mort a séparé de l’objet qu’il aimait. Sa santé brillante s’évanouit, son teint se décolore, sa respiration devient pénible , brûlante et entrecoupée de soupirs; une fièvre lente s’empare de lui , tout aliment lui devient insipide, la digestion ne se fait plus, toutes ses fonctions languissent; l’image de la beauté qui l’enchante est toute son existence; chaque instant du jour il la voit; et, si la nuit lui accorde un moment de repos, cette image chérie se peint plus vivement encore à son imagination malade. Si cet état se prolonge, si le chagrin persiste , une pâleur mortelle couvre le visage , les jeux deviennent caves, ternes , le regard oblique, les joues creuses, les pommettes saillantes ; une maigreur générale s’empare de tout le corps; l’univers se rembrunit et se couvre de nuages ; pour le malheureux que le chagrin accable il n’est plus de jour serein , plus de nuit tranquille ; le bonheur d’autrui l’importune et lui fait mal ; son caractère, de doux qu’il était, devient irritable et caustique ; il recherche la solitude ; et cet infortuné , miné parla.douleur, s’incline lentement vers la tombe. Un mot, un geste favorable peuvent le retirer du précipice. Si son amante persiste dans ses rigueurs, ou si une nouvelle affection ne vient pas effacer les empreintes de la première , il se désespère; sa passion ou sa douleur se changent en monomanïe : il attente à ses jours ou.il succombe graduellement sous. le poids du chagrin.

, Tels sont les funestes effets de la tristesse, soit qu’elle résulte de l’amour contrarié ou de la perte de l’objet aimé. Tes hospices d’aliénés sont peuplés ; d’hommes et de femmes dont la folie n’a pas d’autre source qu’un amour malheureux. Et; dans la vie domestique , s’il était permis au médecin d’en soulever le voile* combien dé maux ne pourrait-il pas raconter que les chagrins seuls produisent et entretiennent! La tristesse, quelle qu’en soit la -cause, est toujours suivie des mêmes résultats, dès qu’elle est profonde et enracinée pour ainsi dire dans les entrailles. Ainsi la mort d’un parent ou d’un ami chéri, la perte.de la fortune, le déshonneur, l’ambition dépue, la calomnie, la médisance peuvent causer des chagrins assez cuisans pçmr nuire gravement à la santé des individus qui en sont affectés. Il n’est probablement personne qui ne puisse citer à cet égard de nombreux exemples. Si le célèbre médecin Fernel mourut, au bout, d’un très-court espace de temps , de douleur d’avoir perdu sa femme,. Vésale autre médecin non moins illustre , mourut de chagrin d’avoir, ouvert un homme dont le cœur palpitait encore. Caton ne put survivre à la liberté mourante. Et qui ne connaît combien le chagrin produit par l’éloignement du foyer paternel fait périr d’individus ?(V. Nostalgie. ) Les remèdes que l’on peut opposer aux effets de la tristesse

ne se rencontrent point dans les pharmacies. On a fait justice des exhilarans, des anti-mélancoliques, des coofortalifs pour le cœur et autres absurdités semblables inventées par la cupidité et le charlatanisme, et accréditées par l’ignorance’. Comme c’est le plus souvent l’imagination qui produit cès passions , ce ne peut être qu’un changement à cet égard qui les guérisse, soit que ces passions se trouvent satisfaites , soit que les objets qui les produisent cessent /d’affecter aussi vivement , ôu; que l’état du cerveau auquel est attaché l’idée dominante qui entretient le désordre éprouve une nouvelle modification , ce qui est très-rarement l’effet des secours de l’art. Mecücina consolatïo animi, c’est là une des grandes qualités que doivent donner/à l’art ceux qui l’exercent avec habileté. On doit conseiller à ceux qui vivent dans une tristesse profonde toutes les distractions que leur état comporte : les voyages; l’équitation, la culture des arts, les lectures, les spectacles, les travaux champêtres, etc. Mais ce serait mal connaître le cœur humain que de leur offrir, ces secours comme moyens d’oublier l’objet de leur chagrin. Pleurez d’abord avec celui que la douleur accable; ne craignez point de lui dire et de lui répéter combién sa peine est légitime , .combien il a raison de s’affliger ; il vous considérera alors comme son ami; vous vous insinuerez peu à. peu dans son.cœur, et peu à peu vous parviendrez à lui faire goûter quelques consolations , d’autant plus qu’il ne sera point, en garde contre vous. A l’amant infortuné qui dépérit, parler quelquefois de l’objet qu’il aime, et laiss.ez-lui entrevoir quelque lueur d’espérance. Laissez aussi entrevoir la possibilité de nouveaux liens à celui que le chagrin d’une séparation .cruelle plonge dans la désohition : les passions comme les maladies se guérissent souvent par de nouvelles passions; et, quand il s’agit de la vie des individus, il ne faut pas craindre de les faire naître. L’espérance, restée au fond de la boîte de Pandore, est la plus heureuse fiction que nous aient laissée les anciens.

De toutes les affections de l’âme , en effet, l’espérance est la plus douce et la plus salutaire ; sans être un.excitant aussi énergique que la joie, elle exercé sur l’économie vivante une action modérée. C’est à l’espérance que l’on doit attribuer les changemens surprenans qui suivent l’administration de~ certains médicamens à peu près inertes , auxquels le malade attribuait cependant de grandes propriétés. Un médecin a beaucoup fait pour son malade quand il estparvenu à lui inspirer .de. la confiance en son savoir , ce qui n’est âutye chose que l’es-: pérancë d’êtrè guéri par lui, parce que cette confiance le met dans une sécurité, qui permet à ses organes de reprendre l’équilibre qu’ils éVvaiçnt perdu. C’e§t A ççttç çause que l’on doit rap-

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porter les effets souvent extraordinaires de guérison que l’on obtient des pèlerinages, des amulettes, des sortilèges, des exorcismes , du magnétisme animal , des bagues contre la migraine, etc. Le malade confiant croit à ces moyens dont il ignore la nullité directe ; mais son cerveau qui en est fortement affecté reçoit des modifications favorables qui influent heureusement sur le reste de l’économie.

Si l’espérance est une affection de l’âme des plus propres à ■entretenir la santé et à relever les forces du malade, le désespoir est au contraire la plusdéprimante, la plus mortelle des passions. Il faut donc savoir faire naître la première ou l’entretenir avec adresse, et ne jamais laisser lire au malheureux en proie au désespoir la sentence que l’imagination du Dante, brûlante comme l’enfer qu’il peignait, avait inscrite sur le seuil du séjour de la douleur : Lasciate ogni s per auza, vol ch’ enlrate; ce serait souvent lui porterie coup delà mort. Un colonel affecté d’une maladie chronique, et qui avait donné plusieurs fois des marques de bravoure , insiste auprès de son médecin pour savoir de lui s’il regardait sa maladie comme mortelle , en faisant mille protestations qu’il ne craignait pas la mort, et que la réponse du médecin, quelle qu’elle fût, ne lui donnerait pas la moindre émotion , mais que d’ailleurs il lui était essentiel de savoir à quoi s’en tenir pour mettre ordre à ses affaires domestiques. Le médecin, niaisement crédule, cède et lui déclare qu’il est porteur d’une maladie incurable. Au même instant l’intrépide guerrier perd la raison, et deux heures plus tard, il n’était plus. Je vais citer maintenant un exemple en sens opposé. -Un négociant en faillite était atteint d’une maladie grave et allait succomber à son désespoir ; son médecin lui laisse l’ordonnance suivante : Bon pour trente mille francs , à prendre chez mon notaire , signé Bouvakt. L’espérance renaît tout à coup , et , dans un très-court délai , cet infortuné est rendu à ses affaires et à la santé.

La joie ou le contentement est aussi une des passions les plus propres à maintenir cet heureux équilibre qui constitue la santé. Quelle que soit la cause qui la fait naître , plie consiste dans un état doux, agréable , d’aise, de contentement, de satisfaction qui fait sentir et chérir l’existence. Mais la joie elle-même doit être modérée pour être utile : si elle est excessive , elle peut être suivie de graves désordres : la voix expire sur les lèvres, les membres tremblent et refusent leur appui, la respiration est haletante" et entrecoupée, le cœur palpite, toutes les fonctions paraissent anéanties , l’individu tombe en défaillance, et l’on a même vu un excès de joie occasioner la mort. Une servante apprend qu’elle a gagné cm-

quante mille francs à, la loterie et meurt de plaisir au même moment. Un jeune homme devient fou en apprenant qu’onlui accorde en mariage une personne que ses parens lui avaient jusqu’alors refusée. L’histoire rapporte qu’une dame romaine mourut de joie en revoyant ses fils qu’elle avait crus tués à la bataille de Cannes. On lit aussi que Sophocle , Philippide , Diagore, Chilon , Xeuxis moururent de joie. Il est rare, malgré ces exemples , que l’on se trouve dans la nécessité de garantir l’homme contre la joie. Lorsqu’elle est modérée et souvent répétée , rien n’est plus propre à imprimer à toute l’économie une modification avantageuse; les fonctions digestives s’opèrent avec facilité , les formes s’arrondissent; au lieu que. sous l’empire de la tristesse elles sont déprimées et anguleuses ; les traits s’épanouissent, les chairs deviennent fermes, la face est riante, et tout annonce le sentiment du bien-être et du bonheur. Les cas où la joie serait excessive et dangereuse sont ordinairement imprévus. Cependant si la personne qui doit recevoir une agréable nouvelle , qui doit revoir un père , une mère, un fils, un époux, une épouse qu’elle croyait perdus ou qu’elle attendait avec anxiété, etc., si cette personne, dis-je, est d’une constitution faible, nerveuse , si elle est malade ou même convalescente, ce n’est que peu à peu qu’on doit l’accoutumer à recevoir cette nouvelle qui, apprise, inopinément et sans préparation, pourrait être suivie de quelques-uns des accidens que nous venons de rapporter. Est-il besoin de dire que les mêmes précautions doivent être prises quand il est question ne leur apprendre un évènement fâcheux, une nouvelle alarmante ?

La crainte , la terreur, l’horreur peuvent produire des effets promptement dangereux. Sous l’influence de ces passions , le sang est refoulé vers l’intérieur, l’action du cœür est troublée , la respiration, est entrecoupée , les forces s?an,éjantissent. On a vu la terreur faire blanchir les cheveux sottement, donner lieu à des palpitations violentes, à la syncope, à des convulsions, à une apoplexie mortelle. Espinosa fut tellement frappé d’une réprimande sévère que lui avait faite Philippe II, roi d’Espagne, qu’il en mourut peu de jours après. Dans ces derniers temps*, les jeunes femmes de toute une commune, effrayées par la description que faisait en chaire un orateur chrétien des tourmens de l’enfer, furent saisies d’une maladie convulsive que Y on nomme Danse de Saint-Guy ou Chorée . (V. ce mot.) La pudeur ou la honte est accompagnée de résultats analogues; on i’a vue supprimer tout à coup des évacuations naturelles et engendrer des maladies sérieuses. On comprend aisément que le courage qui est opposé à ces affections

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doit déterminer des effets tout contraifes , et qu*il est essentiel de l’inspirer de bonne heure aux enfans et aux jeunes gens.

La colère , la haine, l’envie, passions justement regardées comme avilissantes, sont essentiellement nuisibles et ne produisent jamais que des effets funestes. C’est avec raison qu’Horace appelait la colère un accès de frénésie. Sous son influence, la face rougit, les yeux sortent élîncelans de leur orbite, le cours du sang devient accéléré ; d’autres fois au contraire le sang est refoulé avec violence vers les organes intérieurs , et alors le visage est pale, les lèvres sont tremblantes, le pouls est petit et fréquent, Ja respiration haletante , la voix entrecoupée ; une congestion sanguine s’établit vers le cœur, vers les poumons ou le cerveau , d’où il peut résulter divers accidens , tels qu’une hémorrhagie pulmonaire, «ne apoplexie cérébrale, une rupture du cœur, etc. Nerva et Attila périrent d’un accès de fureur.

La haine et l’envie dévorent l’âme et consument le corps* : ces deux passions ne sauraient atteindre que des être vils et dégradés. C’est toujours l’amour-propre désordonné , c’est un yain sentiment de gloire qui nous fait porter envie au mérite que nous voyons dans un autre et à des qualités que nous blâmons dans notre ennemi, afin de le faire ainsi descendre jusqu’à nous, ne pouvant nous élever jusqu’à lui. L’homme qui a vraiment de la grandeur d’âme n’est ni haineux, ni envieux, ni vindicatif. La bonté et la clémence sont les vertus par lesquelles nous approchons le plus de la divinité , tandis que la haine , l’envie et toutes les passions qui leur ressemblent impriment le sceau de la bassesse à celui qui en est dominé.

Pardonner est des dieux ; se venger est de l’homme.

L’ambition, ce désir insensé des honneurs et des richesses ; l’amour des voluptés, la jalousie produisent des effets à peu près semblables-'A'ceux de la colère , lorsque ces passions nous présentent comriie 'prochain l’espoir d’obtenir ce que nous convoitons ; mais si l’espoir est détruit, ou s’il n’apparaît que dans l’éloignement , les effets qui en résultent ressemblent à ceux qu’engendrent la tristesse et les chagrins. Il faudrait des volumes pour énumérer les maux qu’enfantent l’ambition et l’amour déréglé. Ce sont là les deux puissans leviers qui soulèvent la plus grande masse des maux qui accablent l’espèce humaine.

Insensés qui vous flattez de boire dans les mille coupes de la volupté , vous ne savez donc pas que chaque excès auquel vous vous livrez est un pas de plus vers la tombe ! Encore si vous pouviez espérer d’arriver à ce terme sans douleur et sans maladies ; mais apprenez que ce n’est qu’au prix des tourmens que la nature accorde les jouissances qu’elle n’avoue pas, et

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qu’elle nous punit toutes les fois que nous transgressons cette roie moyenne conservatrice de la sagésse et de la santé.

Et vous , puissans de la terre , qui poursuivez avec tant d’ardeur ces vaines fumées que vous appelez des honneurs , et qui ne jetez sur l’homme modeste et faible que des regards d’un insultant mépris; vous qui vous targuez de votre fortune et de votre splendeur , et qui ne sentez pour le pauvre dont les sueurs vous nourrissent qu’une stérile'pitié, pensez-vous avoir trouvé la route du bonheur, de la santé et même d’un peu de gloire ? Quelle illusion est la vôtre ! Le piédestal sur lequel vous êtes élevés recouvre un tombeau que vous seuls n’aperceVez pas. Et cependant que de nombreuses funérailles viennent nous avertir, au bruit d’une vaine pompe, combien vous êtes chétifs et mortels ! Ces honneurs, ces délices qui vous accablent sont autant d’instrumens de douleur et de mort qui vengent l’indigent etle modeste laboureur dont les fatigues soutiennent votre faste. Dans l’intérieur de vos palais somptueux il est rare de rencontrer l’amitié, ce doux appui de la vie; il est plus rare encore d’y trouver ces vertus domestiques qui en font le charme. Dites-nous en effet combien de fois votre couche fut agitée par les furies; combien de projets déçus, de vanités trompées ont déchiré votre cœur ; combien d’humiliations le froissèrent malgré l’air de satisfaction que vous imposent et votre orgueil et les usages de la société. Ainsi votre vie est minée au milieu du luxe et du faste; ainsi se consument, à travers mille agitations et mille brisemens de cœur, vos plus beaux jours.

Et ne comptez; pas même sur l’amour dé vos contemporains ni sur l’admiration de la postérité. Comme on n’encensait que votre fortune pendant votre puissance, on ne se dispute que vos dépouilles après votre chute. Ce n’est qu’en faisant des heureux qu’on peut l’être soi-même : les bienfaits, tels que les rayons d’une douce lumière, en se versant sur fous les objets environnans, se reflètent vers le flambeau qui la répand; mais le mal ne saurait produire que le mal et une prompte mort.

De quelle manière les passions peuvent être dirigées pour sêi'vir à la guérison des maladies . K ous venons de voir qu’il existait certaines passions, certaines affections morales éminemment propres au maintien d’une bonne santé, lorsqu’elles étaient contenues dans les bornes de la modération ; que d’autres au contraire étaient essentiellement nuisibles dans tous les cas. Cependant un grand nombre d’exemples prouvent que les passions , même funestes , ne doivent pas toujours être réprimées ; qu’on doit même les provoquer quand la circonstance l’exige , et que dans beaucoup de maladies rebelles à tous les autres secours de l’art elles peuvent être mises à profit par un mé-

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decin habile. Nous avons déjà cité plusieurs exemples des bous effets produits par les passions gaies, telles que l’espérance et la joie ; nous avons parlé de cette confiance que doivent savoir faire naître daus le cœur des malades les personnes qui les approchent, et surtout les médecins; on a vu aussi combien étaient fréquens les effets funestes produits par l’amour malheureux, le chagrin, la tristesse, le désespoir, la colère, l’envie, l’ambition, la peur, la crainte, la terreur. Mais de même qu’entre des mains habiles des poisons meurtriers peuvent devenir des médicamens efficaces , de même ces passions dirigées avec sagacité peuvent procurer les résultats les plus heureux et les plus surprenans. Citons quelques exemples à l’appui de cette assertion :

Un médecin conseille aux parens d’un jeune homme atteint d’;une fièvre intermittente qui avait résisté à tous les médicamens employés en pareils cas, de le faire mettre én colère un peu ayant le retôur-de l’accès; ils le font, et la fièvre ne reparaît plus. Haller rapporte qu’un goutteux recouvra instantanément Fusage de ses membres à la suite d’un violent accès de colère. Cependant l’exemple ne serait pas toujours bon à suivre. Op a vu une grande frayeur supprimer tout à coup une hémorrhagie dangereuse. Tout le inonde sait que l’on fait cesser lés mouvemens convulsifs qui constituent le hoquet en faisant une peur soudaine à celui qui en est affecté. On pourrait grossir indéfiniment la. liste de tels exemples. Il ne faut pas néanmoins accueillir avec une croyance aveugle tous les faits extraordinaires de ce genre cités par les auteurs , qui , suivant le temps où ils ont écrit , se sont quelquefois laissés entraîner par les idées du merveilleux. De ce nombre est sans doute le trait suivant : un homme tourmenté de la goutte fut enlevé de son lit par un spectre qui le transporta sur ses épaules d’un étage ^levé au bas de l’escalier ; cet homme , saisi de frayeur, recouvre l’usage de ses membres et se trouve pour jamais guéri de sa maladie. L’évènement s’était probablement passé en songe; mais l’effet sur l’économie animale peut avoir été le ï&éme que s’il fût arrivé réellement.

Mais l’action médicatrice des passions est surtout remarquable dans les maladies purement nerveuses. Une femme est prise d’un accès d’hystérie; une autre femme qui en est témoin tombe en syncope, et l’accès de la première cesse aussitôt. Un mari voyant porter 'en terre sa femme qu’il chérissait, est pris tout à coup de convulsions horribles ; une personne présente et pleine de bon sens fait semblant de s’évanouir pour le distraire de sa douleur, et effectivement les convulsions cessent eu même moment. De quelle manière agissent les affections

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morales pour produire tant d’effets différens ? Nulle doute que leur première impression ne soit ressentie par le cerveau , centre de perception comme il est le centre du système^nerveux. Les secousses qu’elles impriment à toute l’économie par son intermédiaire peuyent dans certains cas produire de graves désordres; mais dans d’autres, ces secousses , ce trouble général peuvent ramener à leur type naturel , à leur harmonie primitive, les fonctions des organes dont l’équilibre avait été dérangé. Il ne faut pourtant pas se dissimuler que les chances de succès ne peuvent jamais être exactement calculées lorsqu’on a recours à ces moyens, ainsi que dans la plupart des cas où l’on emploie des remèdes énergiques. Il faut savoir tenir compte de la constitution des individus r de leur susceptibilité particulière, de leur âge, dé leur éducation , de leurs moeurs et de mille autres circonstances de tempérament, de capacité intellectuelle, de maladie ou de santé, etc. Il ne faut pas surtout perdre de vue que bien même que les passions que noos avons appelées funestes puissent dans certains cas être dirigées d’une manière favorable , les affections agréables sont bien plus propres à produire de ces heureux résultats ; et le médecin aura bien plus souvent à se féliciter d’avoir mis celles-ci en jeu que les premières.

PASSION HYSTÉRIQUE. (Y. Hystérie.)

PASSION ILIAQUE. (V. Coiiqiie dé Miserere.)

PAUPIÈRES (jhaladierdes). (Y. Ophthamie. )

PEAU ( maladies de la). Les affections de la peau , connues généralement sous le nom d’affections cutanées , présentent de nombreuses variétés qui ont été exposées dans divers1 articles de ce livre. Les maladies cutanées qui s’offrent le plys.souvent aux yeux de l’observateur sont les dartres et toutes leurs variétés , le pemphigus , là teigne, la lèpre, la gflle, la fièvre, miliaire, la variole, la rougeole, la scarlatine, l’ érysipèle , le furoncle, le charbon, \& brûlure. (Y, ces mots.)

PEMPHIGUS. On donne èe nom à une affection de la peau qui commence par une démangeaison promptement suivie d’une éruption de plaques rouges sur lesquelles s’élèvent dès vésicules remplies d’une humeur jaunâtre. Cette maladie, que l’on rencontre peu communément, a donc ponr caractère principal l’apparition des vésicules dont la forme et le volumé sont variables. On en voit depuis la grosseur d’une lentille jusqu’à celle . du poing. Les symptôpaes ordinaires qui précèdent et accompagnent la plupart des éruptions cutanées ne s’observent pas toujours dans le pemphigus; car quoique dans le plus grand

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nombre des cas il soit précédé de langueur , de malaise 'général, de fièvre , on voit quelquefois les ampoules se former sans aucun de ces signes, en sorte que la fièvre n’est pas indispensablement liée à l’existence du pemphigus. Au bout de trois ou quatre jours, quelquefois plus tôt, quelquefois plus tard, les vésicules se rompent et laissent suinter la sérosité qu’elles renfermaient. Il se forme ensuite une croûte qui tombe et laisse quelquefois un ulcère difficile à guérir, surtout chez les sujets vieux, scorbutiques ou serophuleux. L’apparition des vésicules ne se fait pas toujours simultanément ; souvent elle est suc-, cessive , c’est-à-dire que , pendant plusieurs j ours et même plusieurs semaines, de nouvelles pustules se développent à mesure que les autx*es disparaissent.

Les causes de cette affection singulière ne sont pas très-faciles à déterminer. On l’observe principalement dans les pays marécageux, humides, et mal aérés. Elle peut dépendre d’une inflammation interne, et surtout d’une gastro-entérite chronique; et. alors elle est accompagnée de fièvre plus ou moins vive ou d’une cause n’agissant que sur la peauj et elle est' alors sans fièvre. Le plus souvent, dans ces derniers cas, elle se termine par la guérison aü bout de très-peu de temps ; mais quand il y a concomitance d’irritation chronique du canal intestinal , c’est-à-dire quand il y a fièvre, elle peut durer autant que celte irritation elle-mêmè. Si la constitution des individus est détériorée, les vésicules se transforment ordinairemerît en ulcères dont il est très-difficile et souvent impossible d’obtenir la guérison.

Le traitement est le même au début de la maladie queceîui de la plupart des éruptions cutanées. S’il y a de la fièvre, on mettra le malade à la diète , à l’usage des boissons rafraîchissantes ; -on prescrira des bains tiëdés , des lavemens émolliens et le repos. Ce simple traitement siiffiràpour opérer la guérison dans les cas ordinaires. S’il reste des ulcères , on doit observer leur caractère ; s’i ls sont d’une bonne Goûlëur, d’un rouge rosé , on se contentera de les panser avec le cérat simple ; s’ils sont noirs , de mauvais aspect, on fait usage des excitans, tels que l’onguent de styrax, l’onguent digestif, les solutions de chlorure de chaux ou de soude , etc. Si l’affection est purement locale , sans complication d’irritation des organesdigestifs , il faut çhercher à changer l’action de la peau dès le commencement de l’éruption parj’application de compresses imbibées

de liqueurs astringentes , alcooliques, camphrées. On pourrait aussi, dès l’apparition des pustules, les toucher avec la pierre infernale, après les avoir piquées avec la pointe d’une aiguille pour en faire sortir la sérosité. jPp ce moyen /employé avec

succès de nos jours dans un grand nombre d’affectiônS pustuleuses, on arrête leur développement ultérieur, et l’on prévient ainsi les accidens qui pourraient en être la suite.

PÉRIPNEUMONIE. Nom employé pour indiquer l’inflammation des poumons ou la fluxion de poitrine. (V. Poümoxs.)

PÉRICARDITE, inflammation du péricarde. On donne le nom de péricarde àmne membrane lisse qui sert d’enveloppe au cœur, semblable à celle qui renfenne les poumons. Cette affection a les plus grands rapports avec la pleurésie. Elle se manifeste comme il suit : douleurs à la région du cœur augmentée par la pression; mouvemens du Cœur irréguliers, vifs , tumultueux; pouls serré, petit, vif, quelquefois intermittent; respiration gênée et entrecoupée ; sentiment de suffocation provenant de. la stagnation du sang dans les poumons; il y a tendance à la syncope , crainte de tomber en faiblesse , et souvent crainte de la mort. La péricardite peut accompagner la pleurésie ; elle peut être compliquée'de gastrite, ce que l’on reconnaît à la rougeur du pourtour de la langue et aux autres symptômes de la gastrite. (V. ce mot.)

Les causes de la péricardite sont /le froid succédant tout â coup à la chaleur, les lésions mécaniques- tels que les coups , les chutes sur la région du cœur; elle est assez souvent le résultat d’un transport d’une inflammation musculaire ou articulaire sur la péricarde; c’est ce qu’on appelle alors goutte ou rhumatisme remonté au cœur. La péricardite très- violente peut être aussi et même plus promptement mortelle que la fluxion de poitrine ; souvent il se forme , au bout de très-peu de temps , une collection d’eau ou de pus dans le sac du péricarde , qui .gêne de plus en plus les mouvemens du cœur et laisse très-peu d’espoir. Les sueurs froides , les convulsions , les défaillances fréquentes, la petitesse et la précipitation du pouls sont ordinairement des signes de mauvais augure ; mais si le pouls conservé ou reprend un peu de développement et de lenteur avec diminution de malaise, on peut espérer la guérison.

Le traitement est le même que celui de la pleurésie aiguë; mais, pour en obtenir des succès, il faut agir avec hardiesse et dès le principe ; car si l’on n’administre les secours convenables que déux ou trois jours après la manifestation de la maladie , il n’y a presque rien à attendre du traitement, quel qu’il soit. Ce traitement consiste essentiellement dans la saignée générale, puis dans les saignées locales abondantes, plus ou moins répétées, sur le siège de la douleur. On secondera l’effet des émissions sanguines par l’usage des boissons émollientes,' la diète la plus sévère et le repos absolu.

Jusqu’ici il a été question de la péricardite aiguë. La péricardite chronique , soit qu’elle succède à l’aiguë , soit qu’elle survienne d’une manière lente et sans avoir été précédée de l’aiguë , se manifeste par des douleurs sourdes , permanentes à la région du cœur , par la gêne de la respiration , des palpitations occasionées par le plus petit exercice , la suffocation , la pusillanimité , la crainte de la mort. Il se forme quelquefois un épanchement dans la péricarde, c’est ce qu’on appelle hydropisie du péricarde. Lorsque cette hydropisie existe, on voit ordinairement les pieds se tuméfier ; les paupières et la face sont bouffies , surtout le matin ; le sentiment de gêne de la respiration et de suffocation augmente, les défaillances sont trèsfréquentes. Au reste ces symptômes sont communs à ceux de l’hydropisie, de poitrine. (V. Hydrothorax.) t

Quant au traitement de l’inflammation chronique du péricarde , il est absolument le même que celui de la pleurésie chronique. Le régime doux, végétal et lacté en forme la base; si l’inflammation se réveillant passait de l’état chronique à l’état aigu , on aurait de nouveau recours aux saignées, et l’on se conduirait en tout comme dans les cas où cette affection est primitivement aiguë. Le régime adoucissant doit être secondé par le repos , parce que l’exercice , la marche précipitée , l’action de monter, etc., excitent les mouvemens du cœur, déterminent des palpitations, provoquent l’appel du sang dans cet organe, et contribuent à y fixer de plus en plus l’irritation.

PÉRIODIQUE, fièvre périodique ou intermittente. (V. Fièvre.)

PÉRIPNEUMONIE, inflammation de la surface du poumon ,

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