V. POITRINE
PÉRITONITE, inflammation du péritoine. On donne le nom de péritoine à une membrane lisse du genre de celle qu’on appelle séreuses, qui tapisse là cavité de l’abdomen , fournit divers replis et prolongemens dont les principaux sont le mésentère, les épiploons, les ligamens du foie, de la matrice et de la vessie ; il fournit en outre aux intestins leur enveloppe extérieure, et sert à les maintenir en position, ainsi que les autres viscères contenus dans la cavité abdominale. Dans l’état sain , le péritoine sécrète une rosée d’humidité destinée à lu'-, bréfier ses parois qui se trouvent en contact les unes avec les autres , et à faciliter ainsi le glissement et le mouvement péristaltique des intestins et les mouvemens des autres organes renfermés dans cette cavité. Si par une cause quelconque celte sécrétion dhmnidité était trop abondante , et qu’elle ne fût pas absorbée dans les mêmes proportions qu’elle est fournie, il se
formerait dans ïe sac péritonéal une collection aqueuse à laquelle on donne le nom d’ ascite ou d’hydropisie de l’abdomen. (V. Hvdropisie.) Mais outre cette maladie et d’autres que nous ne devons pas traiter ici , le péritoine est très-souvent le siège d’inflammations graves dont nous allons noun occuper. C’est à ces inflammations qu’on donne le nom de péiritonites.
De même que la plupart des maladies inflammatoires la péritonite s’observe à l’état aigu ou à l’état chroniique.
Péritonite aiguë. Cette, maladie débute d’une manière extrêmement vive, par une douleur de ventre d’abord locale , ensuite s’étendant à tout l’abdomen. Cette douleur varie suivant la sensibilité des individus , mais en général elle est tranchante, brûlante et comparable à celle qu’on éprouverait en tordant ou en déchirant les intestins. Le pouls est serré, fréquent, vif et quelquefois intermittent. L’appareil musculaire est dans un état de constriction remarquable ; les malades voudraient changer de place , mais ils ne le peuvent pas à cause de la douleur que leur fait éprouver la contraction des muscles de l’abdomen. On pourrait au premier coup d’œil confondre cette affection avec la gastrite, la gastro-entérite ou la colite , mais la péritonite marche bien plus rapidement que ces maladies : les douleurs sont brûlantes et pour ainsi dire externes, et elles sont tellement augmentées par le toucher , que les malades ne peuvent pas supporter la moindre pression sur lé ventre sans pousser des cris. Il n’en est point ainsi , ni dans la gastrite, ni dans la gastro-entérite, ni dans la colite; dans ces cas là pression ne produit pas ordinairement de douleurs , ou , si elle en produit, elles sont légères et n’ont rien de comparable avec celles de la péritonite. Dans la gastro-entérite comme dans la péritonite il y a ordinairement constipation opiniâtre ; mais dans la gastro-entérite les lavemens pénètrent sans douleur, au lieu que dans la péritonite ils l’augmentent constamment, au point que leur administration est presque toujours impossible. Le ventre est ordinairement gonflé, tuméfié , mais ce symptôme n’accompagne pas nécessairement la péritonite.
Au bout de quelques jours * d’autres signes plus généraux viennent se joindre aux précédens : le malade est dans un étal de souffrance considérable; les jambes sont fléchies sur le bassin ; il y a tremblement musculaire ; la face offre l’image de la douleur; le poids des couvertures ne peut être supporté ; le pouls devient de plus en plus fréquent ;, souvent il survient des vomissemens qui ne permettent pas au malade de garder les boissons qu’il a prises. Si la maladie n’est pas arrêtée elle fait des progrès rapides , le délire se manifeste, la sensibilité s’émousse et le malade succombe.
La péritonite est une maladie assez fréquente chez les femmes en couche ; dans ce cas elle s’accompagne ordinairement d’une inflammation de la matrice qui en est le point de départ. (V. Méxrite.) Les efforts de l’accouchement rendent facilement raison de cette d.oub!e inflammation. Chez les femmes en couche la douleur commence vers le bas-ventre et s’irradie insensiblement vers toutes les parties de l’abdomen. Les symptômes sont au reste les mêmes que ceux que nous avons décrits plus hauts : il faut y ajouter la suppression des lochies , qui a lieu constamment, soit dans la métrite ou inflammation de la matrice, soit dans la péritonite.
Dans tous les cas de péritonite les douleurs débutent constamment par un point déterminé correspondant au foie , à la rate, aux reins, à l’estomac, etc.; puis elles se propagent plus ou moins rapidement. Chez les sujets jeunes et robustes elles ont bientôt envahi tout l’abdomen. Les vomissemens surviennent quand la région de l’estomac se trouve enflammée. Au bout de cinq ou huit jours la maladie a atteint son plus haut degré d’intensité , et l’on voit alors le malade dans un état d’abattement considérable , délirant , les yeux ouverts et agité de temps en temps par quelques soubresauts des tendons. Si l’on touche le ventre dans cet état, le malade qui paraît anéanti exécute un mouvement brusque et automatique occasioné par la violence de la douleur réveillée par ce contact.
Lorsque la péritonite est abandonnée à elle-même, elle est presque constamment mortelle ; mais quand l’art vient de bonne heure au secours du malade, elle peut être combattue avec succès. On voit alors tous les symptômes diminuer d’intensité : les douleurs se calment peu à peu , les vomissemens s’arrêtent, les urines deviennent plus abondantes, la constipation cesse, une douce moiteur s’établit; à l’apparition de tous ces signes on peut pronostiquer une prochaine guérison. Leur absence, au contraire, le délire, l’accélération du pouls qui va toujours en croissant, l’état de prostration du malade sont des signes de mauvais augure.
Des causes de la péritonite. Les causes qui peuvent donner lieu à cette terrible maladie sont de deux sortes : celles qui agissent primitivement et sans intermédiaire sur le péritoine, et celles qui n’agissent que secondairement. Parmi les premières sont les coups, les chutes, les efforts, les frottemens sur l’abdomen , les secousses de toux , le vomissement , et surtout le froid subit qui, arrêtant tout à coup l’action de la peau, refoule le sang et l’activité vitale vers les viscères, ce qui donne lieu tantôt à une irritation de poitrine, à un catharre pulmonaire, tantôt à une gastro-entérite, à une colite >
d’autres fois à une irritation du péritoine, d’où résulte, dans certains cas , une hydropisie, dans d’autres unepéritonite, elc., suivant que tel ou te} viscère est plus impressionnable et plus disposé à. contracter l’inflammation. Voilà pourquoi -les mêmes causes produisent des maladies diverses chez les différens individus, parce que chez l’un l’estomac est rorgaue le plus irritable ; chez l’autre ce sont les poumons ; chez celui-ci c’est le foie; chëz celui-là ce sont les reins , etc. C’est eeiqui fait dire vulgairement que chacun s a . son côté faible ou vulnérable ; tant il est difficile de trouver des constitutions où les forces soient tellement équilibrées., que tous les organes résistent également biçn à l’impression; des, causes qui tendent à en modifier d’action. Les causes de la seconde espèce qui peuvent donner lieu à la péritonite sont bien plus fréquentes que les précédentes: ce sont les maladies des parties voisines qui gagnent le-péritoine;, ainsi une inflammation; du foie , de la vessie, des reins , de la matrice , du canal intestinal , etc. , s’étend souvent à la membrane péritoniale qui sert d’enveloppe à tons ces viscères. Lapéritonite qui se déclare ainsi à l’occasion d’une autre inflammation est incomparablement plus ordinairequè celle qui survient à priori, c’est-à-dire qui débute directemènt par le péritoine. Les douleurs rhumatismales ou goutteuses occasionent souvent cette maladie; il y a alors transport de L’irritation des articulations sur les muscles de î’abdomén, et de là sur la membrane du péritoine ; ce transport des irritations goutteuses , rhumatismales, est un phénomène d’ailleurs trèsconnu : c’est ce qu’on appelle goutte, ou rhumatisme remonté ou rentré. 3e ne querellerai pas ici sur la justesse de ces dénominations ; il suffit de savoir qu’une irritation qui était fixée sur un point s’est déplacée et s’est fixée sur un autre , et que, quelle qu’en soit la cause , il faut la combattre. (Y. Goutte.)
Quant à la péritonite puerpérale ou des femmes en couche, comme elle est essentiellement liée avec l’inflammation de la matrice , je ne crois pas devoir répéter ici ce que j’en ai dit très-en détail à l’article Métrite, auquel je renvoie le lecteur soit pour la connaissance des symptômes, soit pour le traitement de cette affection.
Traitement. La péritonite aiguë est Une maladie dans laquelle il importe d’agir de très-bonne heure et avec la plus grande énergie. Toute hésitation , toute demi-mesure , tout délai peut devenir mortel dans une affection dont la marche est si effrayante. Les efforts du médecin doivent tendre à arrêter dès son début une inflammation qui peut emporter promptement le malade, ou qui , si elle ne l’emporte pas, devient chronique et donne lieu fl un épanchement de pus et
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de liquide dont l’absorption est très-dîlïicile -, le plus souvent impossible. Les saignées gènéïaies ét locales doivent ici être employées largement et avec plus de hardiesse que dans toute autre circonstance. Le caractère inflammatoire de cette maladie est tellement tranché qUe les1 médecins , de quelque opinion qu’ils soient, sont tous d’àccôrd sur-ée' point, le plusessentiel dud traitement. Quand le sujet est pléthorique et fort, on doit toujours "commencer ^paroutrir la veiné èt' appliquer ensuite lés sangsues èli très-grand nombre sur le ventre. Dans beaucoup de cas: une application de 5o,' de 80, de ioo sangsues ne détruirait pas le point inflammatoiï-ë «ans une saignée générale propre à favoriser le relâchement de toits les tissus. Après cette saignée, qubdans certains 'cas doit être répétée plus ou moins souvent, on poursuit rinflatomatibiV par l’application des sangsues sur tous les points oiî la douleur se transporte et se manifeste ; car souvent la douleur parcourt successivement plusieurs points de l'abdomen. Le nombfedes sangsues doit être considérable, sans quoi l’inflammation marche rapidement à son terme. On doit en appliquer depuis 4o jusqu’à 100 etplus, en une, deux ou trois fois, suivant l’âge , la constitution du malade et l’intensité' de l’inflammation.
Ce traitement arrêtera presque toujours la maladie s’il est1 actif et franchement employé , et s’il est mis en usage dèÿ le premier ou le second jour; mais le quatrième et le cinquième jour, les émissions sanguines ne sont pas toujours couronnées de succès. Les sangsues peuvent cependant être appliquées quand le malade n’est pas encore tombé dans la défaillance et le délire ; mais lorsque la peau devient livide, jaunâtre, que les muselés sé relâchent , qu’il y a prostration complète des forées, leé saignées feraient succomber infailliblement le malade.
Il est essentiel de ne rien faire qui puisse contrarier l’effet des saignées. On ne donnera donc ni bouillons, ni boissons éthérées ou opiacées, sous prétexte de relever les forces, qui ne sont qu’opprimées par la violence de l’inflammation.
Les bains peuvent être avantageux : immédiatement après l’application des sangsues., ils. accélèrent souvent la guérison, en faisant cesser l’état de crispation des tissus, et en favorisant ainsi la circulation du sang vers les extrémités. Là température du bain ne doit.pas être trop basse ni trop élevée; celle de 28 à 34 degrés paraît être la plus convenable. Malgré ce quenousvenons.de dire, il ne fautjpas insister sur l’emploi des bains , s’ils paraissent ne pas produire de bons effets. Ils ne réussissent pas également bien chez tous les- individus ; il y en a qui éprouvent du soulagement par un premier bain, et à
qui un second est nuisible. Cependant l’expérience apprend qu’ils ont des avantages marqués dans le plus grand nombre des cas.
Lés lavemens ne peuvent pas être administrés dans cette maladie sans augmenter considérablement les douleurs ; ils sont généralement plus nuisibles qu’utiles. Il en est de même des applications sur le ventre : le malade ne saurait les supporter. Il faut donc réduire le traitement aux saignées abondantes , aux bains , aux boissons émollientes et par cuillerées , au repos et la diète absolue.
Péritonite chronique. La péritonite chronique succède quelquefois à l’aiguë . et elle a cela de commun avec les autres inflammations, qui tendent toutes plus ou moins à la chronicité, et la chronicité tend à désorganiser les tissus dont elle est le siège. Cependant la péritonite très-aiguë passe rarement à l’état chronique, parce qu’elle sè termine en peu de jours ou par la mort Ou par la guérison complète ; mais elle peut passer â cet état lorsqu’elle est circonscrite et bornée à quelques points du péritoine , ou qu’elle est d’une intensité médiocre. Dans ces cas la fièvre diminue, mais ne cesse pas entièrement ; le délire et l’agitation n’ont plus lieu. Il reste de la chaleur, le ventre est encore un peu tendu , légèrement douloureux à la pression ; quelque temps après on sent de la fluctuation produite par le liquide épanché dans la cavité abdominale; D’autres fois la péritonite débute d’n ne manière lente et reste chronique, sans avoir été précédée de l’état aigu. Lorsqu’elle a duré pendant long-temps, le teint devient jaunâtre, et il se fait une collection aqueuse dans l’abdomen. Chez quelques individus il ne se forme jamais de collection : il y a soulèvement des parois abdominales et empâtement du ventre. D’où provient cette collection de fluides ? Evidemment de ce que l’action des vaisseaux exhàlans du péritoine se trouve augmentée par l’inflammation. L’exhalation , ou, si l’on veut, la transsudation des parties aqueuses du sang fournie par le péritoine étant trop abondante pour être repompée par les vaisseaux absorbans , la collection doit nécessairement se former peu â peu. Mais pourquoi cet épanchement ne s’observe-t-i! pas dans la péritonite aiguë ? C’est qu’à un certain degré d’irritation les secrétions sont augmentées ; mais si cette irritation s’élève à un haut degré d’intensité , toute sécrétion est tarie, et lés m'embranès qui étaient auparavant humides , deviennent arides. Si l’irritation diminue, la sécrétion reparaît. On en peut voir, dans plusieurs circonstances , des exemples très-sensibles.- Une irritation commençante de la membrane muqueuse du nez , qu’on ppmçbé faussement rhum* de cerveau, est toujours accom-
pagnée de sécrétion abondante de mucosités ; le nez coule, l’individu est obligé de se moucher souvent; si l’irritation s’étend à la gorge, les crachats sont plus abondans; si elle se propage jusqu’à la membrane muqueuse des yeux, il y a ordinairement larmoiement ; mais si celte irritation augmente , le nez est sec, aride ; il n’y a plus ni crachemens, ni mucosités, ni larmes. Voilà l’image de l’inflammation aiguë; à mesure qu’elle va se calmer , les humeurs reparaîtront ayec abondance : c’est l’exemple de l’état chronique. L’augmentation des sécrétions muqueuses , séreuses , urinaires, sanguines et autres n’a lieu que lorsque l’inflammation est renfermée dans certaines limites au-delà desquelles il y a rougeur, sécheresse, aridité des tissus. C’est une règle générale que partout où il y a irritation il y a appel de fluides ; et comme dans la péritonite il y a irritation, donc il y a appel de fluides. A l’état aigu, c’est le sang qui est retenu dans les tissus enflammés ; à l’état chro nique , ce fluide s’épanche ; et comme il ne trouve pas d’issue pour s’écouler au dehors, il reste enfermé dans les membranes qui le sécrètent , et forme des collections plus ou moins abondantes.
Il ne faut pas confondi’e les symptômes de la péritonite avec ceux des engorgemens du mésentère , et qui sont presque toujours précédés d’une gastro-entérite. On peut distinguer la péritonite chronique de ces engorgemens en ce que Je gonflement et la rénitence de l’abdomen sont uniformes sur tous les points; ou bien, s’il n’y a pas une parfaite uniformité , on sent une prédominance ver s la région du foie , de la rate , de la matrice, au lieu que dans les engorgémëns du mésenïère le gonflement se trouve vers le centre de l’abdomen. Dans ce dernier cas la langue est rouge , et l’on observe tous les autres symptômes de la gastro-entérite. Quelquefois ces symptômes peuvent exister tous ensemblp , parce que la péritonite peut être compliquée d’une irritation chronique du canal intestinal.
On voit, d’après ce qui vient d’être dit, que î’hydropisie de l’abdomen, qu’on nomme ascite, n’est souvent qu’un symptôme d’une inflammation lente où chronique du péritoine ; que l’hydropisie n’est point la maladie , mais seulement un effet , et qu’en conséquence les remèdes prônés par les charlatans et les commères contre I’hydropisie en général ne sauraient atteindre leur but. D’un autre côté, si l’hydropisie dépend d’une obstruction du foie, des reins, de la ra'te, obstruction qui, pour le dire en passant , est toujours le produit d’une irritation.; si l’hydropisie dépend d’un vice oi'ganique du cœur, de l’ossification des gros troncs artériels, etc. , accidens qui mettent obstacle à la circulation du sang et produisent