‹ Dictionnaire de santé ou vocabulaire de médecineChapitre 76 sur 106 · PEU · texte numérisé non relu

PEU

des épanchemens tantôt dans la cavité de la poitrine , tantôt dans celle de l’abdomen , tantôt dans toutes les mailles du tissu cellulaire, comment peut-il y avoir des gens assez encroûtés de préjugés et d’ignorance pour croire aux spécifiques contre l’hydropisie? Mais cette discussion nous éloignerait trop du sujet qui nous occupe; on peut d’ailleurs lire ce qui a été dit à l’article Hydrofisie.

Mais il est bon de savoir que dans le plus grand nombre des cas les individus attaqués de péritonite chronique deviennent hydriques, afin de prévenir ce résultat. L’eau, ou mieux, la sérosité s’amasse d’abord dans le péritoinë, puis dans le tissu cellulaire de l’abdomen et des extrémités. A mesure que l’hydropisie augmente, la respiration devient difficile; le pouls devient fréquent et petit , et l’hydropisié générale augmente à mèsure que la locale fait des progrès. Dans quelques cas, plus rares , la péritonite chronique marche lentement ; et chez les sujets d’une constitution nerveuse, irritable , au lieu d’un gonflement hydropique, elle donne lieu à une sécheresse et à un état de maigreur effrayant. Dans quelques cas on a vu la collection aqueuse disparaître très-rapidement et faire place à cette maigreur, à ce marasme universel qui; se termine par la mort. Divers désordres organiques peuvent survenir dans les membranes affectées d’inflammation. Ainsi il y a quelquefois perforation du péritoine , et il survient alors une tympanite considérable fournie par les gaz formés dans le canal intestinal et qui passent dans la cavité de l’abdomen ; d’autres fois c’est une hémorrhagie qui a lieu à l’intérieur du péritoine.

Cette maladie guérit rarement par les seuls efforts de la nature, et le plus souvent ceux de l’art sont impuissans. Cela dépend- de ce que l’accumulation des fluides est facile dans le péritoine ; que cette membrane étant vaste, le siège de l’inflammation est très-étendu ; outre cela elle est presque toujours compliquée de l’altération, organique de quelque viscère contenu dans l’abdomen. Tant que la constipation persiste , qu’il y a chaleur sèche de la peau , rénitence du ventre , c’est une preuve que la maladie suit sa marche; mais si ces symptômes diminuent, que le malade aille à la selle régulièrement, avec facilitent dans la proportion des alimens qu’il prend , on peut espérer la guérison. Blais lorsqu’on voit survenir les signes de l’hydropisie ou le marasme, la maladie ne laisse presqueplus d’espoir.

Les causes de la péritonite chronique sont à peu près les mêmes que celles de l’aiguë, dont elle n’est quelquefois que la suite ; elle est aussi produite par des causes externes , des coups , des chutes, des compressions violentes sur l’abdomen. Certaines

professions qui exigent que l’abdomen soithabituellement comprimé , disposent à cette maladie. On l’observe aussi à la suite du froid, de la suppression de la transpiration , de l’abus des purgatifs, de la répercussion de la gale, des accès de fièvre intermittente , de rhumatisme. Dans un grand nombre de circonstances elle est déterminée par l’inflammation d’un organe voisin qui s’étend au péritoine. On l’a vu produite par des efforts violens et répétés de toux ou de vomissement, mais ces exemples sont rares. Un épanchement de sang dans le péritoine, résultant d’une plaie de l’abdomen; un épancîfement d’urine dans la même cavité , de matière purulente produite par certaines opérations pratiquées pour évacuer un abcès, etc., peu vent occasionerunepéritonite tantôt aiguë, tantôt chronique.

Traitement de la péritonite chronique. Ici les ressources de l’art sont très-bornées et le plus souvent infructueuses. Cependant la péritonite chronique peut guérir lorsqu’il n’y a pas de marasme , d’hydropisie et d’altérations profondes de nutrition , qui en supposent toujours de graves dans les organes digestifs. Quand on a quelque espoir de guérison, il ne faut pas perdre de temps : on doit employer d’abord le régime calmant, autrement dit antiphlogistique, puis les révulsifs. L’expérience prouve que les saignées locales sur l’abdomen peuvent encore être utiles plusieurs mois après l’invasion de la maladie , si le sujet est jeune, robuste, et qu’il n’y ait ni marasme ni hydropisie; mais si le contraire a lieu, il ne faut plus compter sur ce moyen. On a recours aux révulsifs, tels que les vésicatoires appliqués aux cuisses, aux frictions sèches sur l’abdomen et sur tous les membres , au repos interrompu par un exercice modéré , et au même régime que dans la gastro-entérite chronique. Ce régime doit être purement végétal; on donne au malade des fruits cuits qui facilitent les évacuations , des boissons légèrement diurétiques , telles que les décoctions de chiendent, de baies de genièvre avec addition de iq ou i5 grains de nitre par pinte de liquide, les eaux de Seltz, etc. Le malade peut aussi faire usage de lait, dé petit-lait, de suc frais et dépuré des plantes. Quant aux purgatifs drastiques et aux violens diurétiques, ce sont des irritans qui ne peuvent qu’augmenter l’irritation et rendre le danger plus imminent. ( Voyez ce qui a été dit à cet égard à l’article Hydropisie. )

PERNICIEUSES , fièvres pernicieuses. On donne ce nom à certaines fièvres intermittentes accompagnées de symptômes graves. (V. Fièvres pernicieuses. )

- PERTE , hémorrhagie utérine chez les femmes. (Y. Ménorîshagie et Menstrues.

PES

PESTE , fièvre pestilentielle , typhus d’Orient. Quoique cette maladie s’observe rarement dans nos. contrées, elle mérite néanmoins d’être traitée ici, à cause des nombreux rapports que le commerce a établis aujourd’hui entre la plupart des nations et qui les mettent en contact perpétuel les unes avec les autres. Commençons d’abord par exposer les symptômes auxquels on peut la reconnaître , et nous parlerons ensuite de sa nature , des causes qui la produisent , des moyens de la prévenir et de la guérir.

On a fréquemment appliqué le nom de peste à des maladies de nature très-différente qui frappaient le. vulgaire et même les médecins, dans des temps peu éclairés, par leur propagation facile, par le grand nombre des personnes qui en étaient affectées etpar la mortalité qui les accompagnait. De nos jours qn s’accorde communément à donner ce nom à cette maladie qui se manifeste particulièrement en Asie et en Afrique sous les formes d’une fièvre maligne avec développement de bubons, de charbons et de taches pétéchiales.

Symptômes. Cette maladie débute quelquefois par des maux de tête, par un abattement général et par des défaillances; ensuite on voit se développer toute la série des symptômes qui constituent les fièvres dites adynamiques et ataxiques ou malignes, c’est-à-dire qu’il y a délire, prostration des forces, mouvemens convulsifs , langue d’abord rouge , puis couverte, ainsi que les dents, d’un enduit jaunâtre ou fuligineux. Ces phénomènes fébriles présentent beaucoup de variétés de formes qui dépendent non de la diversité de la maladie, mais de son degré plus ou- moins élevé et de la constitution individuelle. Ainsi le malade est quelquefois assoupi et "dans le délire ; d’autres fois il est agité , en proie à de violentes douleurs. de tête accompagnées d’insomnie ; souventîe pouls est fort ; d’autre fois il est faible et fréquent : le malade est dans des inquiétudes et dans un état d’agitation continuelle ; on aperçoit des soubresauts des tendons et des mouvemens convulsifs; la vue est troublée, et le malade est tourmenté de tintemens et de sifîlemens d’oreilles ; il y en a qui sont abattus au commencement de la maladie ; d’autres conservent leurs forces jusqu’à la mort; il y en a qui ont des dévoiemens opiniâtres; d’autres ont des hémorrhagies parle nez et par la bouche, par l’anus, par les organes sexuels; quelques-uns ont des vomissemens continuels ; d’autres ont des nausées et des dégoûts ; ou en voit qui ont des taches de couleur pourprée , ou violettes, ou noires, tantôt en petit nombre, tantôt . en grande quantité , tantôt petites, tantôt grandes et presque exactement rondes au cou, à la poitrine, aux membres; il y en a beaucoup. qui ont,des

6g6 PES

bubons aux aînés ctaux aisselles, et des anthrax ou charbons sur d’autres parties du corps , telles que les joues, le cou, le dos, les membres. Ce sont ces trois caractères , savoir : les taches A la peau, qu’on appelle pétéchies, les bubons, les charbons f qui servent à faire distinguer la peste de toute autre maladie, s’ils sont accompagnés de fièvre. Ces trois caractères distinctifs peuvent exister séparément ou simultanément. M. Desgenettes, l’un des médecins qui avaient accompagné l’armée française en Egypte , et qui eut souvent l’occasion d’observer la peste dans ce pays , l’a distinguée en trois degrés différens : icr degré : fièvre légère, sans délire, bubons. À ce degré presque tous les malades guérissent promptement et facilement. 2e degré : fièvre, délire, et bubons qui se manifestent aux aines , aux aisselles, et quelquefois , mais rarement, aux angles dés mâchoires. Le délire s’apaise vers le cinquième jour, et se termine * ainsi que la fièvre, vers le septième. Plusieurs malades guérissent. 3e degré : fièvre et délire considérable, bubons , charbons ou pétéchies, soit simultanément, soit isolément: les symptômes fébriles sont ceux des fièvres dites malignes au plus haut degré. La plupart des malades succombent du troisième au sixième jour.

Causes de la fièvre pestilentielle. Quand on voit eette maladie prendre constamment naissance dans les mêmes pays , et attaquer indifféremment les indigènes et les étrangers qui y vivent, on est bien forcé de conclure que les causes dépendent essentiellement des localités. On paraît s’accorder aujourd’hui à regarder l’Egypte comme le véritable foyer de cette maladie, d’où elle est ensuite exportée dans d’autres contrées, et principalement sur les côtes d’ùfrique et dans les Echelles du Levant. Les inondations périodiques du Nil, qui laisse chaque année unp immense quantité de débris végétaux et animaux exposés à l’ardeur d’un soleil brûlant, donnent lieu à la putréfaction de toutes ces substances, à des émanations putrides qui infectent l’air et le rendent insalubre. Ces émanations sont des gaz pu des vapeurs qui se dégagent des corps végétaux, et surtout animaux, sous l’influence de l’air, de l’humidité et de la chaleur de l’atmosphère. Plus ces conditions sont prononcées, plus la décomposition est rapide et plus les vapeurs qui s’en exhalent sont meurtrières. Elles pénètrent dans le corps de l’homme soit avec la salive qui s’en imprègne continuellement, soit par la respiration , soit par l’absorption cptanée. Placé sous l’influence de ces causes délétères , l’homme éprouve bientôt des nausées, du dégoût, des coliques, des maux de tête , de la fatigue dans tout le corps , en un mot tous les symptômes des irritations les plus ordinaires des organes

PES 697

digestifs, ta peau peut en souffrir; aussi remarque-t-on souvent des érysipèles, des charbons, des pustules malignes. .Ces inflammations cutanées accompagnent presque toujours celles des voies digestives , sous l’influence des émanations producitrices de la peste ; les inflammations des glandes de l’aisselle ■et de l’aîne s’y joignent aussi. Si l’irritation des voies gastriques est légère, tout se réduit à une simple gastro-entérite , et la peau ne se trouve même pas affectée. L’inflammation du canal intestinal se répète aussi sur le cerveau si celte inflammation est portée à un degré très-élevé, et alors il y a déliré; convulsions , etc. Quant aux organes de la respiration , 'ils peuvent être enflammés en même temps que les voies gastriques, mais cela n’arrive pas constamment.

Il y a donc la plus grande similitude entre la peste et les fièvres les plus ordinaires; et les médecins qui ont ouvert les cadavres des pestiférés ont trouvé les mêmes traces d’inflammation à l’intérieur qu’à la suite de ces fièvres. La fièvre jaune, qui paraît n’être qu’une variété de la même maladie , se développe aussi sous l’influence des mêmes causes. La chaleur et les émanations putrides des rivages de là mer et des grands fleuves, des ports infects et des autres foyers de putréfaction en sont les causes uniques ; et toutes ces fièvres connues sous le nom de peste , de typhus , de fièvre jaune doivent être traitées comme la fièvre maligne de notre pays, qui n’est, non plus que ces maladies , qu’une inflammation gastro-cérébrale à un îrès-baut degré.

Mais comment, dans cette hypothèse, expliquer la nature contagieuse tant de la peste que de la fièvre jaune? J’ai tâché de donner la solution de cette question au mot Fièvre jatjke, auquel je renvoie le lecteur. Il trouvera également dans cet article tout ce qui a rapport au traitement, lequel est essentiellement le même dans l’un et l’autre cas, et qu’il est par conséquent superflu de décrire une seconde fois. La question sur la nature contagieuse ou non contagieuse de la peste et de la fièvre jaune en a soulevé une autre très-importante , c’est celle de l’utilité ou de l’inutilité des lazarets où l’on soumet à la quarantaine les navires suspects. Relativement à la fièvre jaune , il est à peu près certain que cette maladie ne se transmet pas .par le contact; quant à la peste, il reste encore des doutes , mais on a tout lieu d’espérer qu’ils ne tarderont pas à être levés ; car une commission , composée de médecins distingués , vient d’être envoyée en Egypte par le gouvernement français pour étudier spécialement cette maladie. Dans le doute et lorsqu’il s’agit d’une matière de cette importance, il est évident que les lazarets doivent être maintenus jusqu’à plus ample informé-

PES

Mais il est un fait hors de toute contestation , c’est que les individus atteints de peste ou de fièvre jaune forment autour d’eux un atmosphère ou plutôt un foyer d'infection qui peut à son tour développer ces maladies chez ceux qui vivent dans ce foyer; d’où il suit qu’audieu de bloquer pour ainsi dire tous les individus qui se trouvent dans une ville, sur un bâtiment, il faut les isoler les uns des autres, et ne pas les forcer à respirer un air malfaisant et corrompu par des miasmes. Il s’ensuitaussi que, pour se préserver de l’infection, il faut entretenir la plus grande propreté dans les rues, les maisons, les ports , les navires, etc. Lorsque la peste ou la fièvre jaune existent à bord d’un bâtiment, et que l’équipage se trouve en pleine mer, en quarantaine , ou forcé de toute autre manière à vivre dans ce foyer d’infection , il faut faire souvent dès fumigations de chlore , des lotions sur tous les points du bâtiment avec les chlorures de chaux ou de soude, vider et nettoyer exactement le fond de cale , et l’arroser ensuite avec ces préparation, jeter à la mer l’eau croupissante et toutes les matières en putréfaction , et de cette manière on parviendra toujours à détruire les mias- , mes , à rendre à l’air sa pureté naturelle , et l’on se préservera par conséquent des maladies qui dépendent de son altération. Les mêmes moyens doivent encore être mis en usage dans les maisons particulières, dans les hôpitaux, dans les camps, dans les prisons, dans les ateliers, etc. L’efficacité des chlorures pour détruire les miasmes devient chaque jour plus évidente, et l’on peut assurer qu’en l’employant sur les navires on empêchera toujours qu’ils ne deviennent des foyers d’infection ou même de contagion, et que si ces foyers existaient , les aspersions et les lotions faites avec une solution de chlorure, les fumigations de chlore les détruiraient infailliblement en décomposant les miasmes putrides. On peut même concevoir l’espérance d’empêcher à l’avenir l’importation de la peste -ou de toute maladie analogue d’un pays dans un autre. Des envois considérables de chlorure ont été faits récemment en Egypte et dans diverses autres contrées du globe où règne endémiquementsoit la peste, soit la fièvre jaune, pour répéter sur une large échelle des expériences dont les succès, d’après les faits déjà connus, paraissent devoir être satisfaisans. (Yoyez, pour la manière de faire usage du chlore comme désinfectant , ce qui a été dit à l’article Miasme. )

Je ne parlerai pas du traitement barbare que l’on, a suivi jusqu’ici contre la peste. Sous prétexte que les malades étaient faibles , abattus , on cherchait à les stimuler au moyen des plus forts excitans , tels que l’opium , le camphre , le musc, le quinquina , etc. Ce traitement devait achever d’embraser des or-

PHT 699

ganes déjà pris de violente inflammation ; et lorsque la fièvre , abandonnée à elle-même , n’aurait été que légère , il devait la faire passer promptement à son plus haut degré d’intensité : c’est ce qui arrivait. Aussi a-t-on renoncé depuis quelque temps à un traitement aussi anti-scientifique et aussi meurtrier.

Ces observations sur le traitement doivent s’appliquer aux mesures de précaution que prennent ordinairement les étrangers arrivés dans ces pays pour se préserver de la peste. Ces mesures consistent à faire usage de boissons fortes , de vins généreux, d’eau-de-vie, et d’alimens de haut goût; c’està-dire que, non contens de se trouver sous l’influence d’une atmosphère brûlante et à laquelle ils ne sont point accoutumés, ils ajoutent encore à cette cause de stimulation les plus forts excitans qu’ils introduisent dans leur estomac. Celui-ci, qui aurait au contraire besoin d’être continuellement calmé par des boissons rafraîchissantes , acidulés, s’enflamme, et cette inflammation gastrique produite sous la double influence du climat et d’un régime échauffant, arrive bien vite au plus haut degré de violence, et aboutit enfin à la mort, surtout si à toutes ces causes' de destruction on joint encore un traitement stimulant et incendiaire comme celui dont il vieqt d’être fait mention.

PESTILENTIELLE, fièvre pestilentielle. (V. Peste.)

PÉTÉCHIES. Taches rouges ou pourprées d’abord semblables à des piqûres de puce, s’élargissant ensuite plus ou moins, qui se manifestent sur la peau dans le cours des fièvres dites malignes , typhoïdes , pestilentielles. Ces taches pétéchiales ne sont donc qu’un symptôme qui annonce la gravité des. fièvres qu’elles accompagnent; nous n’avons par conséquent pas à nous en occuper ici. (Y. Fièvre , Fièvre jaune , Peste.)

PETITE VÉROLE. (V. Variole.)

PHLEGMASIE. C’est le synonyme d’inflammation. (V. ce mot. )

PHRÉNÉSÏE, inflammation cia cerveau, et principalement de ses enveloppes. (Y. Encéphalite.)

PHTHISIE. Ce mot, pris d’une manière générale, indique le dépérissement progressif de toutes les parties du corps, et ne diffère pas de ce que l’on nomme consomption. Une foule de maladies différentes peuvent donner lieu à la phthisie , et l’on peut dire que la plupart des inflammations chroniques des organes, si ces inflammations persistent pendant long-temps ,

^oo PIA

finissent pa r donner lieu à cet amoindrissement remarquable à cette maVgreur générale à laquelle ôn est convenu de donner le nom d e phthisie. Lorsqu’on dit qu’un individu est phthisi que , qu’il est atteint de phthisie-, on prononce un mot vide de sens, si l’on n’y ajoute pas l’idée d’irritation, d’inflammation ou d’altération de quelque organe. Ainsi , lorsqu’une personne dépérit sous l’influencé d’une maladie chronique de là moelle épinière , on ne dirait rien , si l’on disait qu’il est atteint de phthisie ; c’est pour cela que les auteurs donnent à cette maladie le nom de phthisie ou consomption dorsale , ce qui , traduit en termes moins équivoques, signifie inflammation chronique delà moelle épinière. Pour la même raison, la phthisie laryngée et trachéale n’est autre chose qu’une inflammation chronique du larynx et de la trachée (conduit dé la repiratiôn) la phthisie pulmonaire une inflammation chronique des poumons, le plus souvent accompagnée de tubercules dans ces organes ; la phthisie mésentérique , qu’on nomme le carreau , une inflammation chronique des glandes du mésentère. Il n’y a donc aucune maladie qui soit réellement la phthisie , en prenant ce mot d’une manière abstraite ; c’est pour nous l’équivalent d’émaciation , de maigreur, de marasme : or la maigreur, le marasme sont des signes de maladie et non une maladie par eux-mêmes. Ces signes indiquent l’altération grave , profonde d’un organe important qui exerce une grande influence sur toute l’économie , et que l’on doit d’abord chercher à reconnaître pour en .arrêter", s’il se peut, la destruction. La science médicale est* arrivée aujourd’hui au point de n’admettre dans son langage que des expressions qui représentent des idées positives , et elle doit en exclure tout ce bagage de métaphysique dont le vocabulaire obscur ne peut être d’aucune utilité que pour ceux qui aiment à substituer des mots inintelligibles à la connaissance des choses. Cependant on conserve encore aujourd’hui le nom de phthisie pour l’appliquer presque exclusivement à la phthisie pulmonaire. (Y. Poumons.)

D’après ces observations, il est facilë de voir que faire l’histoire des diverses phthisies, ce serait faire celle des affections organiques qui les produisent ; ce serait par conséquent répéter ce qui a été dit dans les divers articles de ce livre. Nous renvoyons donc à ces articles; par exemple au mot Moelle épinière pour la phthisie dorsale, au mot Carreau pour la phthisie

mésentérique , au mot Poumons pour la phthisie pulmonaire et

laryngée.

PIAN, yaws , frambœsia. Ce sont les différens noms que l’on donne à une maladie particulière que l’on observe presque exclusivement sous la zone torride, mais surtout en Guinée

PIA 7 oî

et dans les Antilles. Cette maladie se reconnaît aux caractères suivans : elle est particulière aux nègres et affecte très-rarement les blancs. Les symptômes les plus remarquables consistent en des pustules arrondies , laissant constamment exsuder de leur surface un fluide muqueux; ces pustules prennent de l’accroissement et forment une croûte qui a beaucoup de ressemblance avec les pustules et les croûtes syphilitiques. Cette éruption a son siège le plus ordinaire aux parties extérieûres de la génération , à l’anus, aux aînés, aux aisselles , et quelquefois sur tous les membres. La couleur de ces pustules est ordinairement d’un gris ardoisé chez le nègre , d’un gris plus pâle chez le mulâtre , et chez le blanc d’un rouge sale. Les pustules sont quelquefois très-nombreuses, très-volumineuses, et Raccompagnent à la longue de diverses altérations : ainsi l’on voit quelquefois des douleurs nocturnes, comme dans la syphilis, des gonflemens d’os et des engorgemens de la peau , mous ou durs, sans rougeur, présentant des aspérités, des bosselures entremêlées d’ulcérations j d’où s’écoule une sérosité gluante. , Ces altérations de la peau, qui sont loin d’être constantes, donnent à celte maladie quelque ressemblance à cette espèce de lèpre que nous avons décrite sous le nom d’EtÉPHANTiAsis. (V. Lèpre.)

Les causes du pian sont la contagion , car cette maladie se développe, comme la syphilis, à la suite des rapprochemens sexuels; elle peut même se communiquer sans que ce rapprochement ait lieu, et par la seule application sur la peau de la matière fournie par l’éruption. C’est de cette manière que les négresses la communiquent souvent à leurs enfans , en les allaitant en les tenant dans leurs bras. Ce mode de propagation, ainsi que les phénomènes qui se développent dans le cours de cette maladie , l’ont fait regarder par les médecins comme une modification delà maladie vénérienne. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître une prédisposition particulière pour la contracter, car les nègres y^ sont très-sujets , et elle n’affecte que très-rarement les blancs , malgré leurs rapports fréquens avec les nègres et les mulâtres qui en sont atteints. La malpropreté, la mauvaise nourriture, l’exposition à l’ardeur du soleil contribuent beaucoup à la propager et à l’entretenir.

■Traitement.' Les bains et la plus grande propreté sont un des moyens qui favorisent le plus puissamment la guérison de cette maladie. Le traitement proprement dit, d’après les médecins qui ont observé la maladie sur les lieux, se divise en deux époques distinctes : dans le commencement de ce traitement on donne des boissons sudorifiques pour porter, comme on dit , à la peau ; efsoysrinfluçqce dç cette piédication, l’éruption parvient

Page 1