‹ Dictionnaire de santé ou vocabulaire de médecineChapitre 84 sur 106 · KOU · texte numérisé non relu

KOU

fièvre diminue lorsque l’éruption paraît, c’est un bon signe; mais .'i elle est très-forte ou qu’elle augmente, malgré l’éruption, c’est une preuve que l'inflammation interne est violente, et plus elle est violente, plus le danger est grand.

Causes. La contagion. La rougeole est une maladie contagieuse , c’est-à-dire qu’elle se transmet soit par le contact direct des individus qui en sont atteints, soit par le contact de leurs couvertures, de leurs vêtemens ou de tout autre objet* et même des personnes qui les auraient touchés. Il n’est pas bien démontré qu’elle puisse se communiquer par l’air , et si cela a lieu , ce n’est certainement qîi’à de très-petites distances. Elle existe quelquefois d’une manière épidémique dans toute une ville, une contrée, un hôpital ; d’autres fois elle n’aileint qu’un petit nombre d’individus et règne, comme on le dit* sporadiquement. C’est vainement qu’on a essayé d’inoculer la rougeole, à l’instar de la petite vérole ; je ne sache pas que les tentatives faites jusqu’à ce jour aient été couronnées de succès.

Traitement. La rougeole se compose évidemment d’une inflammation de la peau et des membranes muqueuses qui tapissenties conduits de la respiration, et souvent de celles des voies digestives. Y a-t-il quelque chose de spécifique, ou, comme Fondit, sui generis3 dans cette inflammation ? C’est ce qui n’est pas démontré. Quoi qu’il en soit, la rougeole est ordinairement une maladie assez bénigne qui ne requiert le plus souvent que des boissons tièdeset adoucissantes , telles que les décoctions de jujubes, de dattes, de raisins de Corinthe, de guimauve, de graine de lin, l’eau de veau, la tisane de gomme arabique, etc. , édulcorées soit avec le miel, soit avec le sucre ou avec les sirops de guimauve, de capillaire, de violette, etc. Le malade gardera le lit dans une chambre d’une température moyenne ; il sera soumis à une diète absolue et soustrait à Faction d’une lumière trop vive, à cause de Firritabilité particulière desyeux. Ce traitement doit être suivi jusqu’à l’époque de la desquammalion. Cependant si, apiès Féruption,la fièvre est peu considérable, on pourra se relâcher de la sévérité de la dièle, et permettre quelques fruits cuits, quelques morceaux d’orange , du raisin frais, si c’est en automne , etc; Si les taches venaient à disparaître tout à coup , ainsi qu’on l’observe dans quelques cas, sansqu’on put l’atlribuer à quelque inflammation interne violente, on fera administrer avec avantage un bain tiède ou un bain de vapeur : les boissons légèrement sudorifiques conviennent aussi dans ces sortes de cas, mais il ne faut pas insister trop long- temps sur leur usage. Si au contraire l’éruption disparaît à cause d’une violente inflammation des viscères qui concentre à l’iniérieur la vitalité » ou f ce qui est bien

ROÏÏ

phisprdinaùe , si ces inflammations internes existent avec violence, malgré l’éruption où même avant son apparition, fl font bien se garder d’avoir recours aux excitans; c’est au contraire une raison de plus d’être sévère sur le traitement émollient ; et de recourir à tous les moyens usités pour combattre ees inflammations avec énergie , sans avoir égard à la rougeole, SM One il est question d’une violente inflammation de la gorge , complication qui se présente toujours dans cette maladie avec plus ou moins d’intensité, on l’attaquera hardiment par les saignées locales faites au moyen de sangsues appliquées en grand nombiè et à plusieurs reprises au-devant de la trachée, sous la mâchoire inférieure; en un motion se conduira comme dans une angine ou un catarrhe pulmonaire à l’étataigu. (V. ces deux mâts.)l S’il existe une ppeumonie, c’est-à-dire, une inflammation delà substance même du -poumon , on emploiera la sai~ gnée de bras plus ou moins répétée. Y a-t-il complication de gastrite ? même traitement que pour cette maladie dans toute autre circonstance. (V. Gastrite.) S’il y a complication d’inflammation cérébrale, :1e traitement sera celui de Y encéphalite. (¥. ce mot.) Je dois en dire autant de toute autre inflammation qui viendrait Compliquer la rougeole. Décrire ici le traitement qui convient à chacune de ces complications , ce serait répéter ce qui a déjà été exposé dans les divers articles de cet ouvrage. Oh devra donc les consulter à mesure qu’elles se présenteront. Mais, je le répète , l'inflammation interne que l’on aura le plus souvent à combattre ^ et qui existe toujours, e’esteelle de la gorge et des conduits de la respiration. Vient ensuite celle du canal intestinal ; mais il ne faut pas perdre de vue qüè Ce n’est que dans les cas où cés inflammations sont violentes qu’il est nécessaire d’avoir recours aux saignées; dans lé cas contraire, il suffit toujours du simple traitement indiqué au commencement de ce paragraphe. '

•Dans plusieurs pays, on a l’habitude de laver les enfans atec de l’eau froide, lorsque la rougeole est très-grave et qu’elle est accompagnée de délire et d’agitation violente. Les succès qué l’on obtient de cette pratique doivent èncourager à y avoir recours dans dés Cas semblables , pourvu qu’il n’y ait pas complication d’inflammation de poitrine.

Plusieurs personnes croient qu’il est nécessaire d’administrer des purgatifs vers la fin de la rougeole , afin, disent-elles, de débarrasser le corps des humeurs qui pourraient encore rester après la maladie. Il est bien vrai que, lorsque la diarrhée seimânifeste spontanément , elle est ordinairement suivie d’une amélioration sensible ; mais il ne faut pas la provoquer artificiellement ; parce qu’on peut alors Causer ou entretenir l’irri-

tatioa du canal intestinal , et prolonger ainsi la convalescence. Bien plu.s , si la diarrhée survenue même spontanérpent est opiniâtre , ainsi que les exemples n’en sont pas r^res , loin de la regarder comme un bien, on doit chercher à la combattre et a la faire cesser par les moyens appropriés. (V. Diarrhée.) An lieu de purgatifs , on fera toujours plus sagement de conseiller quelques bains lièdes et des frictions douces à la peau.

Convalescence. Soit que la rougeole ait été m’aligne , soit qu’elle ait été bénigne, la convalescence exige souvent plus de soins et de précautions que la maladie elle-même. Car, pour les avoir négligés , elle a été souvent suivie d’accidens plus ou moins graves, surtout de toux opiniâtre qui peut amener la phthisie pulmonairè, de diarrhée inquiétante ,.d'hydropisie;, etc. Il est donc essentiel de redoubler d’attention relativement à tout ce qui tient au régime , et surtout relativement à la température. Si l’on est en hiver, et que la température soit froide, et surtout froide humide, il faut que le convalescent reste pendant six semaines , deux mois, et quelquefois plus longtemps dans un appartement où règne une chaleur douce, uniforme et modérée. Si l’on est en été , il pourra sortir au bout de deux ou trois semaines y vers le milieu de la journée, quand: il n’y a- ni pluie ni vent , et toujours en commeneànt-àîs -habituer insensiblement , et par petites séances, a i?influehee de l’air extérieur. Quant au régime, il doit consister d’abord en pelits potages maigres de semoule , de vermicelle^, de tapioca, de riz, de pain grillé, etc. On arrivera peu à peu a les préparer au bouillon très-léger; et à mesure que le malade prendra des forces , on lui donnera un ou deux oeufs frais , des légumes herbacés tels que l’épinard , l’oseille, la laitue , la chicorée, des purées de pois , de pomme de terre , préparées au lait et au sucre , des fruits cuits ou très-aqueux ; ensuite on variera ces alimens par un peu de poulet bouilli ou rôti , de chair de veau, et enfin on arrivera au régime ordinaire. Les boissons seront d’abord de l’eau sucrée ou non sucrée , mais jamais bouillie , car, je le répète pour la centième fois, malgré l’Opinion contraire , l’eau bouillie est lourde à l’estomac et se digère très-difficilement. On y ajoutera ensuite un peu de vin rouge. Si le convalescent avait de la disposition à l’hydropisîe, et que l’on remarquât de l’empâtement vers le bas des jambes, de la bouffissure aux paupières, on donnerait pour boisson une décoction légère de chiendent, de racine de fraisier , de baies de genièvre , etc. ; au reste on sè conduirait comme dans les autres cas d’hydropisie. ( V. ce mot. )

Pour préserver de la rougeole les personnes qui n’en auraient pas encore été atteintes , il; n’y a pas d'antre 'moyen

7§a SÂ$

que de les isoler des individus malades, et de les préserver de tout contact soit des objets, soit des personnes qui les auraient touchés depuis peu de temps. Quoiqu’on ne sache pas bien au juste combien il doive s’écouler de temps pour que la maladie ne soit plus transmise par le contact, on peut établir en principe qu’il n’y a plus rien h craindre cinq ou six jours après que la desquainmation est entièrement terminée.

SANGSUES. Comme l’usage des sangsues est devenu un puissant auxiliaire entre les mains des hommes habiles pour combattre diverses inflammations auxquelles nos organes sont sujets , il ne sera pas inutile, je pense, de donner ici quelques détails ;sur la manière dont on doit en faire l’application. Je n’examinerai pas si leur emploi n’est pas quelquefois porté trop loin, lorsqu’il est confié à l’ignorance ;ce serait la première fois qu’on n’aurait pas abusé même d’une bonne chose , tant l’homme sait difficilement garder une sage moyenne. Mais parce qu’il se commet des abus- » devons-nous , à l’instar de certains esprits routiniers et prévenus, déclarer la guerre à l’usage ? Non certainement. Et tout en convenant que lés saignées, locales et générales ont été souvent employées; d’une manière exagérée, à tout propos et sans discernement, nous soutenons hardiment que c’est un des moyens de guérison les plus puissans, les plus directs et les plus raisonnables auxquels il soit donné jusqu’ici à l’homme de l’art de recourir, il se commet des abus : et en quoi l’homme n’en commet-il pas ? Il abusé des alimens , des boissons, des plaisirs , des exercices , du repos, en un mut de tout ce que la nature avait mis à sa disposition pour le faire tourner à son avantage. Quand un organe est travaillé par une inflammation violente, çroit-on l’éteindre en faisant avaler au pauvre malade une quantité de drogues dont le moindre inconvénient serait d’être inutiles. Par une saignée générale, et plus souvent encore par une saignée ioeaje faite à propos, on arrête bien plus sûrement la marche de l’inflammation , soit en soustrayant une partie du sang qui contribue à l’entretenir , soit en déterminant sur les points où les sangsues sont appliquées une révulsion qui a pour effet de détourner l'inflammation de l’organe qu’elle occupait , suivant cette pensée du père de la médecine , devenue un axiome : Duobus doloribus sirnul obortis, sed non in. codera loco 9 major obscurcit alterum* On sent bien que nous ne devons pas parler ici de tous les cas où il est convenable d’avoir re-

Page 1