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Les naasséniens d'Hippolyte, Philos., V, vi-xi

5. Lespérates d'Hippolyte, ibid., V, xii-xvm. — 6. Les adeptes de Justin le gnostique, signalé par Hippolyte, ibid., V, xxm-xxvni. — 7. Les séthiens d'Hippolyte, ibid., V, xix-xxn. — 8. Les séthiens décrits par Épiphane, Hœres., xxxix. — 9. Les archonliques d'Épiphane, liserés., xl. — 10. Les sévériens d'Épiphane, Hœres., xlv. — 11. Les sectes d'où sont sortis la Pistis Sophia et le premier livre de Jéâ. Le premier de ces ouvrages dans le t. i des Koptisch- gnostische Schriflen du Corpus de Berlin (1905); le deuxième dans Texte und Unters., t. vm, fasc. 1 et 2. — 12. Les cainites d'Irénée, I, xxxi, et d'Épiphane, Hœres., xxxvui. — 13. Les nicolaïtes d'Irénée, I, xxvi, 3 (cf. Clément d'Al., Strom., III, iv) et d'Épiphane, Hœres., xxv. — 14. Les antitactes de Clément, Strom., III, iv, P. G., t. vm, col. 1137 C. — 15. Les prodiciens, oî àr:b ITpoSôxou, mentionnés au même endroit,

col. 1136 A. — 16. Les sectaires impurs désignés par Épiphane sous le nom de gnostiques ou borborites (phibionites, barbélites, borboriens, stratiotiques coddiens), Hœres., xxvi.

De son côté E. F. Scott mentionne comme rentrant dans le groupe des ophites au sens large : les caïnites, pérates, séthiens, gnostiques d'Irénée (I, xxx), naasséniens, barbéliotes, sévériens, nicolaïtes, archontiques, disciples de Justin. Les deux listes se superposent à peu près, car il y a dans la liste de R. Liechtenhan des numéros qui font double emploi.

3° Doctrines générales des ophites au sens large. — On remarquera que beaucoup de ces sectes ont déjà eu ici leur notice spéciale, sans que l'on se soit préoccupé, d'ailleurs, de marquer très exactement leur degré de parenté. C'est à établir cette parenté que se sont appliqués les critiques signalés plus haut et, sans faire état des divergences assez notables qui séparent les divers groupements, R. Liechtenhan a cru pouvoir établir une sorte d'ophitisme type, dont il indique les grandes lignes, en prenant comme point de part l'hymne des naasséniens, tel qu'il est rapporté par Hippolyte, Philosophoumena, V, x, 2, édit. P. Wendland,p.l02-103;P. G.,t.xvic,col. 3159. Et voici comme il le décrit :

Au sommet des choses, l'Être suprême, appelé aussi le Premier homme, être inengendré, ineffable, inaccessible, dont l'expansion ou le développement amène la naissance, la prolifération d'autres êtres spirituels, en nombre variable selon les sectes. En face de ce monde spirituel le chaos, désigné en certaines sectes comme le serpent ou le dragon. De la chute en ce chaos de divers éléments du monde spirituel naît le monde mêlé, dont l'origine est diversement décrite, mais où se rencontre toujours une lutte entre les éléments chaotiques ou matériels (hyliques) et les éléments d'ordre spirituel. Ceci est particulièrement remarquable dans l'homme, qui appartient au monde matériel, est une créature des puissances hyliques, mais porte néanmoins en lui des traits du monde supérieur. La rédemption consistera précisément à faire revenir à ce monde de la lumière les particules qui sont tombées dans le monde mêlé. Or cette rédemption se fait à rencontre du démiurge (Jaldabaoth.Sabaoth, etc.) être borné, sinon malfaisant, et qui, à peu près dans toutes les sectes, est assimilé au Dieu de l'Ancien Testament. Le réalisateur de la Rédemption est toujours un être du monde supérieur, Sôter, le Christ, Jésus, être céleste qui apporte aux hommes la connaissance de la sphère supérieure et les y élève par le fait. En quelques sectes, il est vrai, le rapport n'apparaît pas très clairement entre cet être céleste et le Jésus de l'histoire; quelques-unes mêmes font jouer ici au serpent un rôle qui nous transporte dans une sphère d'idées assez différentes mais, pour l'ordinaire, le lien n'est pas rompu qui tient unie la mythologie gnostique, avec les réalités de l'histoire chrétienne du salut.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, l'œuvre du rédempteur apparaît surtout comme la dispensation d'un enseignement. Le Sauveur vient fournir aux éléments emprisonnés dans la matière la connaissance (gnose) néeessaire pour se dégager de celle-ci. Tous les individus ne sont pas également réceptifs de cette gnose. Ceux-là même qui la reçoivent ont encore besoin pour échapper, après leur mort, à l'emprise du monde hylique d'avoir reçu, durant leur vie, les formules et les mots de passe qui seuls permettent de franchir sans danger les diverses zones des cieux et de rentrer dans le monde de la lumière. Toutes les sectes en question ont donc une organisation plus ou moins compliquée d'initiations, de mystères, de consécrations, de rites magiques. Certains des livres qui

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en sont émanés, les livres de Jéû par exemple sont des recueils de talisman et de formules, propres à ouvrir les diverses entrées qui mènent au monde supérieur. Cette pénétration, en définitive, ne dépend guère de l'attitude morale que l'homme aura gardée pendant la vie. Cela ne veut pas dire, au reste, que les sectes en question professent toutes l'indifférentisme moral. Pour quelques-unes, nettement antinomistes, leur caractère licencieux paraît incontestable; elles ne doivent pas être la majorité; on trouve chez nombre de sectes un ascétisme, poussé jusqu'à l'exagération, et de vives protestations contre les écarts moraux des gnostiques libertins.

4° Traits païens plus accentués. — Tout en acceptant l'ensemble de ces traits, E. F. Scott en souligne quelques autres qui lui paraissent d'importance. Il insiste sur le nom d'Anthrôpos, donné à l'Être suprême, sur la présence aussi d'un principe féminin suprême, la Mère qui préside à l'œuvre de la rédemption, mais surtout il met l'accent sur le caractère mythologique et astral du système. En particulier, à la suite de R. Reitzenstein (dans son Poimandrès, Leipzig, 1904), il attire l'attention sur le fait que les archontes ou princes du monde inférieur ne sont pas autre chose que les divinités planétaires, et que leur chef, Jaldabaoth, est tout simplement la planète Saturne. Surtout il fait bien voir que, dans tous ces groupements, l'essentiel ce sont beaucoup moins les croyances incorporées dans les mythes que les observances d'ordre plus ou moins magique. Les mythes semblent plutôt venus après coup pour rendre compte des observances. La grosse affaire, en toutes ces sectes, c'est d'obtenir, par les initiations, les mots de passe, les talismans qui permettent d'échapper au destin inéluctable qui pèse sur les non-initiés. Sans insister autant que le fait Reitzenstein sur le fait que la gnose n'est qu'un moyen de ruser avec relfzapu.svv) (le fatum), avec les influences sidérales etc., notre critique ne laisse pas de mettre l'accent sur ce fait que les groupes en question sont moins des écoles que des confréries, des thiases, des religions de mystères. Enfin et surtout il fait cette remarque importante que les systèmes ophitiques semblent beaucoup moins imprégnés de christianisme que les écoles classiques du gnosticisme. Chez certains, pense-t-il, ophiens deCelse et d'Origène, nicolaïtes, archontiques la figure du rédempteur est absente ; chez d'autres (pérates d'Hippolyte), le rédempteur apparaît comme un être purement mythologique et métaphysique, sans rôle historique; même dans les systèmes qui identifient le rédempteur avec le Jésus de l'histoire, les éléments chrétiens ne semblent guère qu'une broderie appliquée sur un fond païen. Un exemple curieux est fourni par le texte naassénien inséré dans la notice d'Hippolyte, Philosophoumena, V, vu, 3-ix, 8, Wendland, p. 79-99; P. G., t. xvi c, col. 3127 A- 3155 A. Voir ci-dessous col. 1072.

5° Date d'apparition. — Nous aurions donc affaire, au dire de E. F. Scott, avec un groupe de systèmes largement diversifiés, où transparaissent des débris assez facilement discernables de mythologie (et il faut ajouter d'observances) babylonienne, persane, syrienne, égyptienne. Sans vouloir nier que des éléments chrétiens entrent dans ce magma, il n'est que juste de reconnaître que, dans ce syncrétisme, la part des superstitions païennes est considérable. Et cela pose la question des origines de ce mouvement qui, à tout prendre, se distingue de manière assez nette du gnosticisme classique. Vient-il avant, vient-il après?

Après avoir signalé la position que prend à l'égard de ce groupe E. de Faye, dans son ouvrage Gnostiques et gnosticisme, 2<> éuit., Paris, 1925, E. F. Scott ne croit pas pouvoir s'y ranger. Au dire d'E. de Faye,

l'ensemble des sectes un peu bien arbitrairement groupées sous la rubrique ophitisinc serait relativement récent; il s'agit, en dernière analyse, d'un mouvement qui est en dépendance étroite des doctrines anti-bibliques de Marcion. La variété des mythes sous lesquels s'abritent cette doctrine, tient proprement à la déliquescence des écoles qui ont exploité les grands systèmes gnostiques de la première moitié du ii° siècle; le fait que souvent des mythes contradictoires se rencontrent dans un groupe donné tient à la contamination réciproque des sectes, qui ne se faisaient pas scrupule de s'emprunter les unes aux autres leurs livres sacrés, au besoin leurs observances. Et tout ceci témoignerait, à en croire E. de Faye, d'une époque tardive.

Cette argumentation n'a pas convaincu E. F. Scott. Tout en reconnaissant que ces contaminations rendent assez bien compte de l'état final des sectes, tel qu'il se constate au me et au ive siècle, il estime qu'il n'y a pas lieu de reculer l'apparition de celles-ci à la date tardive que propose le critiqu efrançais. Et, à la suite de Reitzenstein et même de Rousset,il pense qu'il y a tout avantage, si l'on veut comprendre le mouvement gnostique, à remonter le plus haut possible l'origine des sectes anonymes groupées sous le nom commun d'ophitisme. Celse, vers 170, connaissait des «ophiens»; est-il admissible qu'à cette date les grandes écoles gnostiques eussent déjà commencé à se désintégrer? L'influence de Marcion sur quoi insiste E. de Faye n'est pas démontrable; sans doute les sectes ophitiques identifient-elles presque toutes le démiurge, le recteur du monde d'en bas, avec le Dieu de l'Ancien Testament. Mais ce pourrait-être là une assimilation tardive; le Jaldabaoth de ces sectes ne serait-il pas simplement la planète Saturne, le dieu du septième ciel, dont le rôle est si considérable dans les religions astrales? On ne saurait méconnaître, d'autre part, et R. Reitzenstein les a fort bien mises en évidence, !es affinités de ces doctrines « ophites » soit avec l'hermétisme, soit plutôt avec les idées des sectes païennes que nous fait connaître la littérature hermétique. Or, ces sectes sont vraisemblablement préchrétiennes : elles précèdent, en tout état de cause, l'apparition du gnosticisme classique. Enfin, quoi qu'il en soit de certains détails qui paraîtraient indiquer l'influence des grandes écoles gnostiques, il y a à peine trace, dans 1' « ophitisme », de leurs développements les plus caractéristiques : la doctrine des éons, la chute de Sophia. Si les systèmes ophites provenaient de combinaisons plus ou moins diversifiées entre des systèmes antérieurs plus vastes et surtout plus scientifiquement ordonnés, ces traits se seraient, sans nul doute, accentués davantage.

De ces considérations, qui ne sont pas toutes d'égale valeur, E. F. Scott conclut que les sectes ophitiques, quoi qu'il en soit des prolongements ultérieurs qu'elles ont pu avoir, ont pris naissance au début de ce qu'on est convenu d'appeler le gnosticisme chrétien. Elles se relient très étroitement aux innombrables sectes théosophiques, les unes strictement païennes, les autres plus ou moins touchées par les idées juives, qui ont pullulé en Egypte et en Orient durant l'âge du syncrétisme religieux. Leur apparition marque le début de l'alliance de ces sectes païennes avec le christianisme naissant. Dans le fond, pourtant, elle ne furent pas transformées par l'apport des idées chrétiennes et c'est bien avec des païens que l'on continue à avoir affaire.

On ne saurait méconnaître ce qu'il y a de juste dans beaucoup de ces remarques, de séduisant dans la synthèse où elles s'encadrent. Mais la synthèse ellemême est-elle aussi solide que le pensent ses auteurs? Peut-être y a-t-il eu un peu de hâte à grouper sous

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une étiquette commune des sectes qui présentent en somme de notables écarts de doctrine, soit dans la théorie, soit dans la pratique. Comme le dit très justement E. de Faye : « La tradition nous les livre pêle-mêle confondues en un bloc qui ressemble à un chaos. Pour débrouiller ce chaos, il ne suffit pas de changer la rubrique qui sert à le désigner, ou d'affirmer que ce chaos est pour ainsi dire le limon primitif où ont ensuite pullulé les sectes gnostiques, encore moins d'attribuer â ce bloc informe d'écoles et de sectes une commune théologie en systématisant leurs diverses doctrines. » Gnostiques et gnosticisme, 2e édit., p. 350. Nous pensons donc ne pas faire œuvre totalement inutile en analysant les données qui nous sont fournies par l'antiquité sur le compte des ophites. Nous réservons d'ailleurs ce nom aux sectaires qui sont expressément appelés ainsi par ces documents, et aux naasséniens qui, selon l'étymologie de leur vocable, doivent en être rapprochés. Les données patristiques relatives aux sectaires englobés par la critique moderne sous le nom d'ophites ont été ou seront exposées aux articles respectifs qui les concernent.

II. Les ophites dans l'ancienne littérature chrétienne. — Nous traiterons sous deux rubriques distinctes des ophites et des naasséniens sans rien vouloir préjuger de leur identité ou de leur distinction.

1° Les ophites proprement dits. — Les témoignages qui les concernent peuvent se sérier ainsi chronologiquement : Diverses affirmations de Celse, vers 170, rapportées par Origène, et qui sont les plus anciennes attestations; une notice de saint Irénée, Cont. hseres., I, xxx ; quelques mots de Clément d'Alexandrie; une description fournie par le Syntagma d'Hippolyte et qui s'est conservée dans le Pscudo-Tertullien; enfin la notice fournie par saint Épiphane, Hœres., xxxvn.

1. Celse, son témoignage, critique qu'en fait Origène (Textes dans Origène, Contra Cclsum, VI, 24-39, P. G., t. xi, col. 1328-1357). — Dans les passages qui précèdent, Celse ayant comparé, pour en diminuer l'originalité, divers enseignements chrétiens aux dogmes platoniciens, entreprend maintenant de les mettre en parallèle avec ce que proposent diverses religions de mystères, en particulier le mithriacisme. S'étant procuré sur « une mystique de chrétiens » -reXer/jv -rwa -/p'„air[.avwv, n. 24, des détails curieux, il voudrait faire croire à ses lecteurs que c'est là enseignement courant des disciples de Jésus et que donc ceux-ci diffèrent à peine des sectes mystiques de l'époque.

Comme point de départ de sa description de ce « mystère chrétien », il prend un dessin qu'il s'est procuré et dont, évidemment, le propriétaire lui a donné l'explication. Autant qu'il est possible de se représenter ce diagramme, il devait avoir quelque analogie avec les figures que remplissent le livre de Jéû : Deux parties dans le dessin, séparées par un gros trait noir; le monde d'en haut, le monde d'en bas. Dans le monde d'en haut deux personnages, le Père, le Fils, ce dernier portant sans doute le nom de Christ, car il parle d'une onction qu'il a reçue. Dans le monde d'en bas, un mourant aux prises avec l'agonie, autour de lui des anges de lumière, mais aussi des archontes mauvais. Il doit s'agir pour l'âme du moribond d'échapper à l'emprise de ces puissances aux formes extérieures redoutables, pour pénétrer dans le monde supérieur; il est question de formules qui doivent ouvrir certaines portes, île tout un rituel magique que Celse rapproche expressément d'autres conjurations. Ce schéma simplifié que nous donnons ne rend pas compte de toute la complexité du diagramme, en la description duquel l'auteur se perd un peu; dans les cercles qui s'entrecroisent, dans les figures

plus ou moins mythologiques qui l'encombrent, il a remarqué divers personnages qu'il nomme : l'Église, la Circoncision, Prounicos; il a vu aussi l'arbre de vie, bien d'autres choses encore. Retenons au moins, entre les diverses gloses dont Celse coupe sa description, celle-ci qu'il n'a guère pu inventer : Le chef des archontes mauvais n'est autre que le Dieu des Juifs, à qui Moïse attribue la création et le gouvernement du monde ; ce Dieu est, par les adeptes, considéré comme maudit, depuis qu'il a lui-même maudit le serpent qui avait révélé aux hommes la connaissance du bien et du mal. Utiliser pour la reconstitution du texte de Celse, Th. Keim, Celsus' wahres Wort, Zurich, 1873, p. 80-91. Voir dans A. Hilgenfeld, Die Ketzergeschichte des Urchristenthums, Leipzig, 1884, p. 277-283, un essai d'interprétation du diagramme de Celse.

Somme toute, ces quelques traits qui témoignent de l'opposition à l'Ancien Testament, d'autres qui font songer au christianisme (mention du Père, du Fils ou Christ, de l'Église) se pourraient facilement disjoindre de l'ensemble. Celse voudrait faire croire que ces doctrines plus ou moins extravagantes sont le fait d'un groupe important de chrétiens et il ne serait pas fâché que ses lecteurs prissent tout simplement ses sectaires pour « les chrétiens ». A ne considérer que le témoignage même de Celse, la critique moderne arrivera à une conclusion toute différente. Les gens qui faisaient usage de « l'image » en question étaient à peine frottés de christianisme; nous avons affaire ici avec une thyase quelconque, comme il y en avait tant en Orient, surtout en Egypte ; cette loge d'initiés fournissait à ses adhérents le moyen infaillible de pénétrer de ce bas monde au séjour de l'immortalité bienheureuse. A la différence d'autres loges plus strictement païennes, elle mélangeait à ses doctrines et surtout à ses pratiques théurgiques des recettes empruntées, sans avoir été bien comprises, aux chrétiens avec qui elle voisinait.

Or, c'est bien en somme ce qu'Origène déclare. Le maître alexandrin s'est donné la peine de rechercher qui pouvaient être les initiés que Celse avait voulu identifier sans plus à l'Église chrétienne, et il a bien vu qu'il ne pouvait s'agir que d'une secte tout à fait obscure, celle des « ophiens », àay]\j.oziTrtç alpsaswç ôçiàvcov. Il a même réussi à se procurer ie fameux dessin que Celse avait utilisé, ou du moins un diagramme très analogue. Le sien donne en effet quelques détails que Celse ne fournit pas, les noms par exemple des archontes aux figures monstrueuses : Michel, Souriel, Raphaël, Gabriel, Tauthabaoth, Érathaoth. Loc. cit., n. 30, col. 1340-41. Mais, quoi qu'en pense E. de Faye, op. cit., p. 359, ces divergences ne tirent pas à conséquence. Origène nous donne aussi plusieurs mots de passe que l'initié, [xûa-riç, aurait à prononcer en arrivant aux portes qui donnent entrée aux différents cieux. N. 31, col. 1341-1345. Ce lui est une occasion d'en nommer les chefs : Jaldabaoth, Jao, Sabaoth, Astaphaios, Ailoaios, Horaios. Il ajoute qu'il pourrait décrire encore d'autre rites et d'autres talismans; il lui suffit de faire remarquer que les inventeurs du système ne se sont piqués ni de logique, ni d'originalité, faisant intervenir en un singulier mélange des noms empruntés à la magie, Jaldabaoth, Astaphaios, Horaios, et les noms divers qui sont donnés à Dieu dans l'Ancien Testament : Jao (Jahvé), Sabaoth, Ailoaios (Élohim), Adonaios (Adonaï). N. 32, col. 1345-1348. Faisanl allusion enfin à ces vocables que Celse avait accumulés: Église, Circoncision, I'rounicos, Psyché, il ne peut s'empêcher de les rapprocher de dénominations analogues qui se retrouvaient chez les valent iniens. N. 35, col. 1349. Origène, on le remarquera, ne

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dit pas que les ophiens aient emprunté ces notions aux valentiniens, mais seulement qu'il y a des ressemblances entre les mythes des uns et de autres.

Pourtant l'on ne voit pas, dans la description d'Origène, d'où peut provenir aux « ophiens » leur nom; le culte du serpent n'est pas mentionné et dans les mythes qui sont rapportés on ne voit pas qu'il joue un rôle, à moins que l'on ne veuille retrouver le serpent dans le Léviathan, le grand dragon dont il est question au n. 25, col. 1329. On se rappellera néanmoins qu'Origène ne s'est pas proposé de décrire en détail la secte des ophiens et qu'il a passé délibérément sous silence nombre de détails.

2. I renée. — Sur la foi de Théodoret, Hœret. fab., I. xiv. P. G., t. i.xxxiii, col. 364-3C8, les éditeurs d'Irénéc ont mis en tète du c. xxx du 1. I du Contra hœreses, P. G., t. vu, col. 694-7Q4, qui dans le texte commence par ces mots, Alii autem rursus, le titre : De ophilis et sethianis. Mieux vaut faire abstraction du dernier mot qui préjuge une identité qui est loin d'être démontrée. En fait, les sectaires décrits ici par Irénée se révèlent les mêmes que les ôcpîxai dont parle Épiphane, Hœres., xxxvm, et qu'il distingue des O7)0iavoî de V hœres. xxxix. D'ailleurs quelques-uns des traits et des vocables qui se rencontrent dans la secte des ophiens de Celse-Origène se retrouvent ici. Mais, tandis que les deux alexandrins s'attardaient plutôt aux talismans et à la théurgie de la secte, ï'évêque de Lyon, négligeant entièrement ce point de vue, fait une description détaillée de la mythologie complexe qui justifiait jusqu'à un certain point ces pratiques.

Au plus haut sommet des choses, le Père ou la Lumière, ou le Premier Homme, tous noms indiquant un seul et même être. De lui émane un deuxième principe, le Fils de l'homme, le Second homme; à côté d'eux un troisième principe, celui-ci féminin : le Première femme ou le Saint-Esprit (dans les langues sémitiques le mot rûah, « esprit », est féminin). L'union des deux premiers principes masculins avec le troisième féminin, donne naissance au Christ, quatrième principe, et la réunion de ces quatre n'est autre que l'Église ou l'éon incorruptible.

En face de cette tétrade voici le chaos, l'eau ténébreuse, l'abîme; c'est tout un. Mais du sein de la Première femme va descendre une rosée de lumière : humectaiio luminis, c'est Sophia, ou Prunicos (appelée un peu plus loin la Mère). Cette rosée tombe dans le chaos primordial et les efforts qu'elle fait pour s'en dégager donnent naissance au firmament qui sépare désormais les êtres d'en bas de la tétrade céleste. C'est dans cette région inférieure que naissent de la Mère les archontes, dont Origène a transcrit lui aussi les noms : Jaldabaoth, Jao, Sabaoth, Adonœus Eloa?us, Horseus, Astaphœus. Bientôt Jaldabaoth est devenu le père d'une immense lignée d'anges, archanges, vertus, puissances et dominations; ce sont les organisateurs du monde; alors, se dressant contre la Mère, Jaldabaoth se croit Dieu et Père. Finalement les six premiers archontes, fils de Jaldabaoth, s'essaient à créer l'homme; ils n'aboutissent qu'à former un être sans force qui gît et rampe comme un ver. Mais à l'insu de Jaldabaoth, la Mère introduit en lui un principe supérieur. Eve apparaît. — Cependant, du désir de Jaldabaoth pour la matière, était né un fils ayant la forme d'un serpent et qui est appelé Nous. C'est lui qui, à l'instigation de la Mère, engagera Adam et Eve à mépriser les ordres de Jaldabaoth; ayant mangé du fruit défendu, ceux-ci apprennent que Jaldabaoth n'est pas vraiment Dieu, qu'il y a au-dessus de lui une puissance supérieure. Ils sont punis néanmoins, et placés dans le monde visible. La suite de cette mythologie entremêle au récit

biblique l'action antagoniste du serpent et de Prounicos ou Sophia, car le serpent qui semblait vouloir d'abord du bien à l'homme cherche maintenant à le dévoyer. On en arrive finalement à la lutte entre Sophia et Jaldabaoth autour de Jésus, lutte où ce dernier succombe. Mais sa défaite n'est qu'apparente, puisque Jésus ressuscite, sinon tout entier, du moins en cette partie de lui-même qui est susceptible de revivre. Remonté au ciel, il recevra les âmes de ceux qui l'auront reconnu et auront su déposer la chair; elles échapperont ainsi à l'empire de Jaldabaoth. Tout n'est pas également clair dans la description que fait Irénée de ce mythe compliqué; le rôle du serpent apparaît assez différent aux divers stades. Mais n'est-ce pas un peu l'habitude des mythes de se moquer de la logique? Quoi qu'il en soit de certaines difficultés de détail, on ne voit pas que les mythes abondamment décrits par Irénée soient en contradiction grave avec ce que disent Celse et Origène de la secte des ophiens.

3. Clément d' Alexandrie. — Celse et Irénée écrivent sensiblement à la même date; Clément les suit de près. Mais les renseignements qu'il fournit sont bien maigres. Sans doute il donne, Strom., III, iv, P. G., t. vin, col. 1129 sq., une énumération assez copieuse de sectes en lutte contre la morale : nicolaïtes, adeptes de Prodicos, antitactes; les ophites ne figurent pas sur cette liste. Mais, plus loin, Strom., VII, xvn, t. ix, col. 553, il indique l'origine des noms qui sont appliqués aux différentes sectes : les unes sont désignées par le nom de leur fondateur (valentiniens, marcionites), d'autres d'après leur pays (phrygiens = montanistes) d'autres d'après leurs dogmes, d'autres d'après les suppositions qu'elles font et d'après l'objet de leur culte, comme les caïanistes et les ophiens, od 8è à.izb ÛTioOscTscov xal tbv TETi^yjy.aai., cbç Kaïocvicrraî te xal ol'0<piavolTCpoaaYOp£u6(i.svot.. Il peut s'agir ici du culte rendu par les ophiens au serpent et aussi des hypothèses mythologiques par lesquelles se justifiait ce culte.

4. Hippolyle de Rome. — Le Synlagma d'Hippolyte est à peu près contemporain de cette courte notice de Clément, il contenait une notice sur les « ophites » On sait que le texte du Syntagma est perdu, mais qu'il peut-être restitué à l'aide des données fournies par Pseudo-Tertullien, Épiphane et Philastre de Brescia.

Dans le cas présent, Philastre apporte peu de choses, Hœres., i, P. L., t. xn, col. 1113-1115 : Les ophites, dit-il, sont ainsi nommés à cause du culte qu'ils rendent au serpent; le culte se justifie par le fait que le serpent n communiqué à la femme la science du bien et du mal; le serpent a été précipité du premier ciel dans le second (ou dans un autre). — Pseudo-Tertullien est un peu plus explicite, De prœscript., c. xlvii, P. L. (éd. de 1866), t. n, col. 79-80 : Les ophites, dit-il, pratiquent le culte du serpent pour la raison ci-dessus donnée; le serpent d'airain dressé par Moïse, en était une image et le Christ lui-même dans l'Évangile a fait allusion à la puissance du dit serpent. Joa., m, 14. Aussi les sectaires font-ils place au serpent dans leur liturgie : ipsum introducunt ad benedicenda eucharistia sua. Ces pratiques cultuelles sont justifiées par toute une mythologie (celle-là même que rapportait Irénée, mais un peu simplifiée). Le rôle joué par la Mère (Sophia, Prounicos) dans la description de celui-ci est attribué ici directement à Jaldabaoth. Ce sont les efforts de celui-ci pour se dégager de la matière qui donnent naissance au firmament, lequel va isoler le monde supérieur du monde d'en bas où Jaldabaoth se prétend le seul maître. La création de l'homme est attribuée aux suppôts de celui-ci, mais une étincelle de lumiètre est déposée en lui à l'insu de Jaldabaoth. Tout ceci est relativement

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cohérent; mais on retrouve encore le serpent, vertu émise par Jaldabaoth pour nuire à l'homme, semblet-il : Jaldabaoth in indignationem conversum ex semetipso edidisse virtutem et similitudinem serpcntis; c'est le serpent qui révèle à Eve la science de bien et du mal. En d'autres termes, le serpent, au lieu d'être défavorable à l'homme, lui est bienfaisant. Pseudo- Tertullien, sans rien dire du rôle du Christ dans la mythologie ophite, ajoute simplement que ce dernier n'a pas eu une chair véritable : non in subslantia cornis fuisse; et qu'il n'y a pas de résurrection de la chair : salulem carnis sperandam omnino non esse.

On remarquera, dans la description ici donnée, la même incohérence que dans celle d'Irénée par rapport au rôle du serpent : il est à la fois l'agent de Jaldabaoth et son adversaire, le bienfaiteur de l'homme et celui qui doit lui nuire. Tout cela peut tenir à la complexité du rôle attribué au serpent par une mythologie très ancienne et dont l'on ne retrouve plus ici que des débris.

5. Épiphane. — La notice que l'évêque de Salamine consacre aux ophites, Hœres., xxxvu, P. G., t. xli, col. 641-653, se développe très sensiblement de la même manière que celle de Pseudo-Tertullien, elle dérive donc, comme celle-ci, du Synlagma d'Hippolyte. La mythologie ophite est expliquée un peu plus en détail, et le nom de Prounicos que Pseudo- Tertullien ne prononçait pas intervient ici. Mais il n'y a pas de traits nouveaux. Seules les pratiques cultuelles des ophites sont exposées un peu plus au long, et nous trouvons ici l'explication des mots de la notice de Philastre, serpentem introducunt ad benedicenda eucharistia sua. « Ils honorent le serpent, dit Épiphane, à cause de la gnose qu'il a apportée aux hommes et ils lui offrent du pain. Ils ont en effet un vrai serpent qu'ils nourrissent dans une caisse. Au moment de leurs mystères on apporte cette caisse et l'on dispose des pains sur une table; on ouvre la boîte, le serpent sort, monte sur la table, s'enroule autour des pains. Telle est pour eux l'offrande parfaite. Et, comme je l'ai entendu dir? par quelqu'un, non seulement ils rompent ces pains, autour desquels s'est enroulé le serpent, et les distribuent aux communiants, mais chacun d'entre eux baise le serpent lequel est rendu inofîensif soit par quelque moyen charlatanesque, soit par l'action du diable qui veut en somme les maintenir dans l'erreur. Ainsi l'embrassent-ils (ou l'adorent-ils, Trpoaxuvoûaijet ils magnifient cette eucharistie ainsi consacrée par les enroulements de la bête. Ils terminent leurs rites par une hymne adressée au Père suprême : tco aveo Ilarpl û|i.vov àva- 7TS(i.TrovTEç. » Loc. cit., n. 5, col. 648.

A lire cette description étrange, il semblerait, que la première partie en est transcrite du Syntagma. Épiphane n'y ajouterait que le détail du baiser au serpent, qu'il a appris d'un contemporain. Il faut en conclure qu'à son époque, c'est-à-dire à la fin du ivc siècle, certaines loges d'initiés pratiquaient encore le culte du serpent. Quant à la description du système mythologique, il est fort vraisemblable qu'Épiphane l'emprunte tout simplement au Syntagma. Celui-ci, de son côté, peut bien dépendre plus ou moins directement d'Irénée. Il n'y a donc rien d'extraordinaire, à ce que l'on retrouve à deux siècles d'intervalle et sans de grands changements, les mêmes descriptions. Il ne faudrait pas se hâter d'en conclure à une fixité des mythes qui serait bien invraisemblable.

2° Les naasséniens d'Hippolyte. - — La contexture de la notice des Philosophoumena consacrée aux naasséniens, V, vi, 3-xi, éd. Wendland, p. 77-104, P. G., t. xvi c, col. 3123-3159, paraît au premier abord extrêmement enchevêtrée. Mais l'hypothèse faite par R. Reitzenstein, Poimandrcs, p. 81 sq., permet

de la ramener à un certain nombre d'éléments, qui méritent d'être examinés chacun à part.

Le début, vi, 3 -vu, 2, est une rédaction personnelle d'Hippolyte. Ayant passé en revue dans ses premiers livres, les théogonies et les cosmogonies anciennes, le prêtre romain entreprend maintenant de comparer à ces billevesées les inventions des hérésiarques, et il commence par ceux « qui ont eu l'audace de glorifier celui qui a été la cause même de l'erreur, c'est à savoir le serpent. » En tête viennent donc les naas séniens, ainsi nommés d'un mot hébreu naas qui veut dire serpent; ils s'appellent eux-mêmes gnostiques. Leur dogme fondamental, attesté par de nombreuses hymnes dont Hippolyte donne quelques bribes, c'est la croyance en un être suprême qu'ils désignent sous le nom d' Anthrûpos (ou Adamas) c'est-à-dire le Premier homme, principe mâle et femelle, doublé d'un Fils d'anthrûpos. De lui émanent l'intelligible, le psychique, le matériel et tout cela se retrouve en Jésus, qui est lui aussi VAnthrôpos, et Jésus s'adresse aux trois catégories d'éléments, angéliques (ou intelligibles), psychiques, matériels. Il y a en effet trois catégories d'éléments, comme il y a trois Églises, dont les noms sont respectivement : l'élue, l'appelée, la captive. — Ces indications, qui sont loin d'être claires, sont reproduites telles quelles dans le résumé du 1. X, c. ix, p. 268, col. 3419, comme aussi la donnée que les sectaires tirent tout cela de soi-disant révélations faites à Mariamme par Jacques frère du Seigneur. Quelle mensongère prétention! continue Hippolyte, car c'est aux mystères, xeXeTàç, des barbares ou des Grecs que tout cela est emprunté.

La deuxième partie, vn, 3-ix, 9, beaucoup plus longue que la précédente et que la suivante, doit précisément fournir la preuve de cette assertion et son idée essentielle est que ce sont les mystères de la Mère des dieux (Cybôle) qui transparaissent à travers toute la mythologie des naasséniens. Pour le faire toucher du doigt, Hippolyte transcrit en effet un long texte religieux de la secte. Ce texte, que R. Reitzenstein a étudié avec beaucoup de soin, se révèle, même à une lecture superficielle, comme formé de deux catégories d'éléments. La trame est purement et simplement païenne, il s'agit d'une variation sur le thème fourni par une hymne à Attis qui termine le morceau, ix, 8 (on sait qu'Attis joue un rôle considérable dans le mythe de Cybèle, la Grande Mère). Sur cette trame s'insèrent des gloses dont plusieurs raccordent tant bien que mal les faits mythologiques recensés avec des passages de l'Ancien et même du Nouveau Testament. Quant à l'enseignement général qui doit s'en dégager, il reviendrait à ceci, d'après Reitzenstein, op. cit., p. 98-99 : Il s'agit d'expliquer l'origine de l'homme : celle de son corps déjà est obscure, celle de l'âme l'est encore plus; en réalité la ^u^ô est une parcelle de l'Homme céleste, d'"Av0pw7toç. Et cela fait l'objet d'un discours qui, de toute évidence, entend montrer que cette doctrine de r"Av8pw7roç est la plus ancienne, la plus répandue des révélations, le noyau central de tous les mystères. Nous sommes, on le voit, en plein syncrétisme, et syncrétisme à la deuxième puissance s'il faut considérer comme d'origine naassénienne les gloses bibliques insérées dans le texte. Au syncrétisme païen qui conclut hardiment à l'identité des « mystères » de toute provenance, viennent s'ajouter des traits empruntés au judaïsme et au christianisme.

Dans la troisième partie de la notice, ix, 10-xi, Hippolyte reprend lui-même la parole pour décrire, à sa façon, la secte qu'il vient de montrer en relation étroite avec les adorateurs de la Grande Mère. Elle tire son nom, dit-il, du culte qu'elle rend au serpent. Or, le serpent, d'après eux, c'est l'élément humide,

OPHITES

tôv ôcptv Xsyoucuv xrjv ùypàv oùaîav, mais c'est tout aussi bien un principe de vie, d'ordre et de beauté, une sorte de logos (le mot n'est pas prononcé), immanent au monde. Et Hippolytc de citer, pour conclure, une hymne de la secte, qui est encore ce qu'il y a de plus clair dans cette farrago. On y voit paraître la loi éternelle des choses, la toute première intelligence, et d'autre part le chaos, puis Psyché (l'âme) qui, ayant quitté le monde supérieur, se débat dans le chaos. Alors intervient Jésus : « Vois, Père, dit-il, tous ces maux sur la terre... On cherche à fuir l'amer chaos, et l'on ne sait comment en sortir. C'est pourquoi envoie-moi. O Père, muni des sceaux je descendrai, je traverserai tous les éons, je découvrirai tous les mystères, je montrerai les formes des dieux et les secrets de la sainte route, cette gnose je la ferai connaître. »

Si l'on essaie maintenant de reconstituer à l'aide de ces matériaux passablement' hétéroclites l'idée générale du système naassénien, on arrive à peu près au résultat suivant. Au point de départ une mythologie nettement païenne et dont les adeptes n'ont point cherché à dissimuler le caractère syncrétiste; c'est une des nombreuses transformations du mythe d'Anthrôpos, être suprême d'où dérive, par voie d'émanation, tout ce qui existe (y compris même le chaos au moins d'après l'hymne). A la suite de catastrophes dont le détail n'est pas donné ici, des parcelles de vie divine sont tombées dans le monde chaotique ; les ramener vers le premier principe, c'est l'œuvre du rédempteur, de Jésus. Par la connaissance qu'il apporte aux hommes, par les talismans aussi qu'il leur communique (cf. cçpayïSaç &x<ùv de l'hymne), il leur rend possible le salut. Le mythe païen s'achève en un mystère chrétien. Car les adeptes de ce culte qu'Hippolyte a connus se réclament du titre de chrétiens : « De tous les hommes, nous seuls, les chrétiens, nous savons exécuter le rite mystérieux à la troisième porte, oints que nous sommes de l'ineffable onction. » ix, 22.

Une remarque finale s'impose : On ne voit pas bien la place que tient le serpent dans les mythes et dans les observances cultuelles de ces naasséniens. A deux reprises, vi, 3, et ix, 11, Hippolyte déclare qu'ils tirent leur nom de vàaç, et que vàaç est l'équivalent d'ôçiç; la seconde fois il ajoute qu'ils n'adorent (?) rien d'autre que ce vàaç : ti[iû>ai 8è oùx <XXXo -u ïj tôv vàaç, qu'à leurs yeux, d'ailleurs, vàaç est le nom générique de la divinité, car tout vàoç, tout temple tire son nom du vàaç. Nous sommes en pleine fantaisie. Mais qui est ce naas? Il ne fait pas figure, comme chez les ophites décrits ci-dessus, de personnage mythologique, il est bien plutôt l'un des principes du cosmos, générateur de vie, de beauté, d'ordre, sorte de logos immanent. On remarquera également que les noms étrangers des divers archontes cosmiques que nous avons rencontrés dans Origène et Irénée ne se retrouvent pas ici. A la vérité les premiers éditeurs avaient cru lire le nom de Jaldabaoth dans vn, 30, ïva SooXeùacoat. tco tcvjtt^ -njç XTtaewç 8/)y.<.oupyco 'IaX8a6aa>8 (voir Cruice, p. 153, et cf. P. G., col. 3135). En fait il faut lire 'HaaXSatw, et ce Dieu est qualifié de Dieu du feu, le quatrième en nombre. Rien qui rappelle le Jaldabaoth des ophites ci-dessus édudiés.

Pour cette double raison il ne semble pas qu'il faille identifier sans plus les naasséniens ici décrits avec les ophites. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas entre les deux sectes des traits de ressemblance; la conception générale d'un monde supérieur et d'un chaos où viennent sombrer des éléments échappés au premier monde, lesquels sont rachetés par une intervention d'un être du monde d'en haut, cette conception est commune à une foule de systèmes

gnostiques et crée entre eux des parentés plus on moins vagues. Mais il y aurait abus à forcer les rapprochements. En des sectes où chacun philosophait un peu à sa manière, où le contrôle de l'autorité dirigeante était assez lâche, pour ne pas dire inexistant, il faut bien s'attendre à retrouver les plus grandes diversités.

Une chose néanmoins reste surprenante, c'est que le prêtre romain, après avoir, dans le Syntagma, signalé et caractérisé une secte d'ophites, n'en dise plus un mot dans les Philosophoumena et s'étende aussi largement sur une confrérie dont le nom est étroitement apparenté avec celui de la première. Chose plus curieuse encore, il signale, à la suite des naasséniens, des sectaires qu'il appelle les pérates, d'autres qu'il nomme les séthiens. Or, chez les uns et les autres, le serpent revient sinon dans le culte, au moins dans la mythologie. Chez les pérates, il est intermédiaire entre le Père et la matière, il est le logos, il est Jésus, il est le pouvoir sauveur. Cf. Philos., V, xvi, 5-15, p. 112-113, col. 3171-4. La mythologie des séthiens a quelque chose d'analogue : le créateur est un dieu serpent; sous cette forme il pénètre dans la matrice impure, qui est proprement le chaos; il crée l'homme. Or, pour délivrer l'étincelle divine prisonnière en cette matrice, le Verbe de la lumière d'en haut se déguise lui aussi en serpent, pénètre dans l'antre impur, y délie les liens de l'élément divin. Voir les références dans E. de Faye, op. cit., p. 207; la principale est V, xix, 18-21, édit.Wendland, p. 120, P. G., col. 3183. Enfin dans le système de Justin le gnostique, dont la description termine le 1. V, on voit figurer un vàaç dont l'aspect rappellerait plutôt le serpent des mystères ophites. D'ailleurs tout l'ensemble de la mythologie de ce docteur s'apparente à celle des mêmes sectaires. Voir V, xxvi, p. 126-133, col. 3194-3203.

Pour expliquer cette omission des ophites, alors que sont mentionnées de nombreuses sectes faisant une place au serpent dans leur mythologie, ne pourrait-on faire l'hypothèse suivante? Quant il rédigeait le Syntagma, Hippolyte n'avait des ophites qu'une connaissance indirecte, empruntée soit au texte d'Irénée, soit à des conversations qu'il avait eues jadis avec celui-ci. Plus tard lui vinrent en main les différentes pièces qu'il a si largement utilisées dans les Philosophoumena. Il s'aperçut alors qu'il existait bien des variétés parmi les sectes qui, d'une manière ou de l'autre, prêtaient attention au serpent. La secte de Justin, par exemple, lui rappelait, malgré d'assez graves divergences, les ophites d'Irénée, mais chez les. autres il s'agissait de concepts assez différents. Dès lors il se décida à supprimer la rubrique générale des ophites et à faire un sort à chacune des confréries dont l'existence lui avait été révélée. Le fait qu'il les. énumère à la suite l'une de l'autre montre d'ailleurs, que, dans sa pensée, il existe un lien au moins logique entre ces diverses aberrations. Le court chapitre du Syntagma sur les ophites serait ainsi devenu l'interminable livre V des Philosophoumena.

Conclusions. — En définitive, si l'on veut récapituler toutes les données ainsi rassemblées, on arrive au résultat suivant. Dès le ne siècle de l'ère chrétienne, et déjà sans doute dès le Ier, on rencontre des sectes plus ou moins frottées de christianisme, qui mélangent à un vieux culte où le serpent jouait un rôle, quelques idées empruntées à l'Ancien et même au Nouveau Testament. Ces sectes ont pour point de départ des confréries ou thiases strictement païennes et dont l'origine remonte très haut. Le culte du serpent est en effet l'un des plus anciens des cultes d'animaux. Voir à ce sujet quelques indications dans J. Maehly,. Die Schlange im Mythus und Cultus der classischen Vôlker, Bâle, 1867. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier

OPHITES

OPSTRAET

Je rôle que joue le serpent dans la mythologie soit égyptienne, soit hellénique; qu'il suffise de rappeler qu'il ligure comme l'un des attributs d'Esculapc et d'Hygie chez les Grecs, de Knuphis chez les Égyptiens, qu'il intervient dans plusieurs religions de mystères. L'existence de confréries plus ou moins spécialisées dans le culte du serpent n'a rien de surprenant. Comme beaucoup d'autres pratiques rituelles plus ou moins magiques, les « mystères » de telle ou telle de ces confréries ont pu recevoir, à l'époque du syncrétisme, une interprétation symbolique par l'influx de nouveaux mythes. Le mythe d'Anthrôpos, qui se retrouve, Reitzenslein l'a montré, en d'autres groupements religieux relevant de l'hermétisme, a pénétré ainsi en quelqu'une de ces thiases dévouées au culte du serpent. Ces thiases on les imagine se développant en Syrie et en Egypte. En ces milieux éminemment favorables au développement des idées magiques, on ne peut s'étonner que, dès le début de l'évangélisation chrétienne, se soient introduits des noms, des idées même empruntés à la Bible. Savoir « nommer » telle puissance céleste, connaître la formule qui ouvre telle porte mystérieuse c'est la grande affaire en de tels milieux, où l'on s'habitue à prendre son bien de toutes mains. Des initiés ainsi munis de quelques bribes de données chrétiennes se croyaientils réellement disciples du Christ? C'est possible; ils en ont imposé à Celse et les naasséniens d'Hippolyte se présentent comme des chrétiens. Mais les vrais représentants de l'Église n'ont jamais hésité dans leur appréciation de ce monde, si peu intéressant en définitive. Ce sont des païens, dit Origène; ce sont des païens dit Hippolyte. Sans doute Irénée et Épiphane donneraient plutôt l'impression que ce sont des hérétiques; mais il y a là une erreur d'optique qui tient au point de vue spécial auquel se plaçaient ces deux hérésiologues. Même si elles ont duré jusqu'à la fin du ive siècle, les loges d'ophites de toute nuance n'ont jamais créé pour l'Église un bien grave péril.

1" Les sources ont été énumérées et analysées au cours de l'article.

2° Pour les travaux généraux relatifs au gnosticisme, se reporter à la bibliographie de l'art. Gnosticisme, t. vi, col. 1467, ù laquelle on ajoutera : C. Schmidt, Gnoslische Scliriften in koplischer Sprache, dans Texte und Unlersuch., t. vin, fasc. 1, 2, Leipzig, 1892; W. Anz, Zur Frage nacli dem Ursprung des Gnosticismus, même recueil, t. xv, fasc. 4, Leipzig, 1897; R. Liechtenhan, Die Offen'rirung im Gnosticismus, Gœttingue, 1901 ; E. H. Schmitt, Die Gnosis. Grundlagen der Weltanschauung einer edteren Kultur, t. i, Die Gnosis des Altertums, Leipzig, 1903; \V. Bousset, Hauptprobleme der Gnosis, Gœttingue, 1907; E. de Faye, Gnosliqucs et gnosticisme, 2e édit., Paris, 1925; R. Reitzen- ■stein, Poimandrès. Studien zur griechischenàgyptischen und frûhchristlichen Literatur, Leipzig, 1904; du même, Diehelle- Tiistischen Myslerienrcligionen, Leipzig, 1910.

Sur les ophites en particulier : A. Hilgenfeld, Der Gnosticismus und diePhilosophumena, dans Zeilsch. fur wissensch. Théologie, t. v, 1862, p. 400-464; R. A. Lipsius, Ueber ■die ophilischen Système, même revue, 1863, t. vi, p. 410- 458; .1. N. Gruber, Die Ophilen, (thèse de la faculté de théol. ■cath. de Wurzbourg), 1861; Ad. Honig, Die Ophilen. Ein Beitrag zur Geschichte des judischèn Gnosticismus, Berlin,

OPICINO DE CAIMISTRIS, appelé aussi parfois Opianus, Opicius ou Optimus de Cavisiis, est un des publicistes qui prirent le parti du pape Jean XXII dans son conflit avec Louis de Bavière.

Prêtre de Pavie, il avait pris la fuite devant l'invasion des impériaux et s'étail réfugi '• en ci;:!' d'Avignon, ("est la, en vue d'obtenir une compensation à ses sacrifices, qu'il dédia au pape un petit traite'' De prseeminenUa spintualis tmpezii dat; du 2- octobre 1329. L'auteur s'y attaque à ces esprits dévoyés

qui, sous prétexte de défendre le pouvoir impérial, bouleversent la constitution de l'Église en soutenant la simple coordination du sacerdoce et de l'empire, voire même la supériorité de celui-ci. Après avoir rapporté leurs arguments, il leur oppose la thèse la plus stricte du pouvoir direct. Pontifex summus tamquam suballernalum Mi imperium sic temporali régi distribua ut spirilualis, quant prelatis injerioribus concedit in partent, pleniludinem sibi potestatis retineal et temporalem imperatori terreno relinquat..., ita [amen qund is qui est caput unicum Ecclesiœ sic semper ulriusque jurisdiclionis dominium hàbeat. Édition Scholz, p. 94. Ce traité valut à son auteur un poste à la Sacrée Pénitencerie. Il reste pour nous un témoin des théories les plus extrêmes qui régnaient, au xive siècle, sur la conception du pouvoir pontificol.

Étude littéraire dans R. Scholz, Unbekannle kirchenpolitische Strcilschri/ten ans der Zeit Ludwigs des Bayern, t. i, Rome, 1911, p. 37-43. Texte publié avec d'importantes coupures, au t. n, Rome, 1914, p. 89-104, d'après le Vatic. lat. 4115 et le lat. 4046 de la Bibliothèque nationale.

J. Rivière.

OPSTRAET Jean (1651-1720), savant théologien flamand, naquit à Béringhen, le 3 octobre 1651 ; il lit ses études à Liège et à Louvain. 11 se donna à la théologie et fut d'abord partisan des casuistes relâchés, qu'il attaqua plus tard violemment. Ordonné prêtre en 1681, il devint professeur de théologie au collège d'Adrien VI à Louvain, puis au séminaire de Malines, en 1686. Humbert de Précipiano, archevêque de Malines, sachant ses relations avec les disciples de Jansénius et spécialement avec Quesnel, le renvoya du séminaire en 1690. Revenu à Louvain, il prit part aux contestations provoquées par Steyaërt, dont il fut l'adversaire acharné; par lettres de cachet, il fut banni en 1704, de tous les États de Philippe V. Il revint à Louvain, en 1706, lorsque le pays passa sous la domination de l'empereur Charles. Il fut nommé en 1709, principal du Collège du Faucon, emploi qu'il occupa jusqu'à sa mort, le 29 novembre 1720.

Opstraët fut l'oracle des jansénistes de Hollande, et la plupart de ses écrits sont consacrés à la défense des thèses jansénistes et gallicanes. Parmi ses ouvrages, on doit citer : Dissertatio tlieologica de conversione peccatoris, in-4° et in-12, Louvain, 1687. L'ouvrage a été traduit librement, en français, par l'abbé de Natte, sous le titre d'Idée de la conversion du pécheur, in-12, 1731; une autre édition française parut en 1732. en 2 vol. in-12, avec un Traité de la confiance chrétienne. — Dissertatio thcologica de praxi adininistrandi sacramenlum pœnitentix, in-12, Louvain, 1692 contre Steyaërt — Doctrina de laborioso baptismo, asserla ex sacris Scripturis, conciliis, sanclis Patrïbus et thcologis, in-12, Louvain, 1692 et 1696, contre le même Steyaërt, avec un Appcndix ad doctrinam de laborioso baptismo, in-12, Louvain, 1696 et 1697. — r.ocus concilii Tridentini vindicatus adversus Martinum Steyaërt. — Via arda cseli et via lata domini Steyaërt eversa, in-12, 1696. ■ — Responsio pro responsione brevi adversus confutationem responsionis brevis pro Stei/aërt, 1696. — Ecclesia I.eodiensis summo pontifici Innocentio XII supplicans pro suo seminario, et doctrinaux patrum collegii Anglicani Socielatis Jesu Leodii dcnunlians, in-4°, Liège et in-12, Rouen, 1699-1701 : la première dénonciation est datée du 24 août 1699 et la dernière, la xvn°, du 21 juillet 1701. - - Doctrina de admiitislrando sacramento psenitentise, collectis tum eminentissimorum cardinalium, tum illustrissimorum episcoporum dissertationibus, institutionibus cl decreiis, in-4°, Louvain, 1701, Rouen, 1704. — Clericus Belga clericum roma-

OPSTRAET — OPTAT DE MILÈVE

./la/?? muniens, adversus nolnni nimii rigoris et calumnias quibus llieologos belgas aspersit Francolinus jcsuita, contra nimium rigorcm munitus, in-12, Liège, 1700; dans cet écrit, l'auteur s'applique à montrer que la doctrine des théologiens belges n'est pas trop rigoriste et que celle de ses adversaires est en opposition formelle avec l'esprit de l'Église, et il dénonce la doctrine des jésuites (Journal des Savants, du 1C juillet 1708, p. 401-401, et Goujet, Bibliothèque des auteurs du XVIIIe siècle, t. il, p. 153-198). — Ad iirones in Academiis et episcoporum seminariis llicolo- ■giœ alumnos institutiones thcologicse, in-8°, Liège, 1705-1706 (Goujet, ibid., t. n, p. 102-152). — Paslor bonus, seu idea,officium, spiritus et praxis pastorum, in-12, 1087 et 1699 : cet écrit a été traduit en français par Hermant, curé de Maltot en Normandie, 2 vol. in-12. ■ — • Tlicologus cliristianus, sive ratio studii et vitœ instituendse a theologo, "in-12, Louvain, 1692 et 1697, traduit par André de Bochesnc et imprimé à l'aris sous le titre : Le directeur d'un jeune théologien, in-12, Paris, 1723. — De quœstionc Facti .lanseniani variée quœîtiones juris et responsa, in-8°, Anvers, 1708, condamné le 3 avril 1708. — Qusesiiones de Constitutione Unigenitus, in-8°, Anvers, 1719: il y a 25 questions. — Institutiones theologicee de actibus humanis, 3 vol. in-12, 1709. — Tlteologiœ dogmaticœ, moral is, praclicœ et scholasticse pars prima... 3 vol. in-12, Louvain, 1726. — Antiquœ facultatis theologiœ Lovanicnsis discipuli ad eos qui Lovanis sunt de declaratione sacrœ facultatis I.ovaniensis recentioris circa constitutionem Unigenitus, in-12, Louvain, 1717: la troisième et dernière partie attaque l'infaillibité du pape. — De locis theologicis dissertationes decem theologi Lovaniensis, 3 vol. in-12, Lille, 1738, revu et remanié par Phil. Verhulst. La plupart des oeuvres d'Opslraët ont été réimprimées à Venise, comme l'annoncent les Nouvelles ecclésiastiques du 24 avril 1775, p. 68. On y trouve quelques-uns des très nombreux opuscules que ce théologien fécond publia contre Mayer, Daelman, Parmentier, le P. Désirant, Denys... sur les matières alors controversées.

Michaud, Biographie universelle, t. xxxi, p. 304 ; Moi-cri, Le grand dictionnaire historique, edit. de 1759, t. vin, p. 79-80 (cite la plupart des écrits d'Opstraët); Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, t. xvin, p. 236-238; Nécrologe des plus célèbres défenseurs et confesseurs de la vérité au XVIIÏ* siècle, V partie, p. 65-06 et Supplément, p. 271- 273; Goujet, Bibliothèque des auteurs du XVIII" siècle, t. Il, p. 102-198; Delvcnne, Biographie du royaume des Pain-Bas, 2 vol. in-8°, t. n, Liège, 182:), p. 200-201; de Beçdelièvre, Biographie liégeoise, 2 vol. in-12, t. n, Liège, 1837, p. 336-338; Goethals, Histoire des lettres, des sciences et des arts en Belgique, t. m, Bruxelles, 1842, p, 190-217; Analectes pour servir à l'histoire ecclésiastique de Belgique, t. xxi, Louvain, 1888, p. 95-96 et 309-324; Biographie nationale belge, t. XVI, col. 243-245 (reproduit à peu près Moréri); Kirchenlexicon, t. ix, col. 930-932; Hurter, Nomenclator, t. iv, 3e édit., col. 723-724 et 1070.

J. Carreyre.

OPTAT DE MILÈVE (Saint), ainsi nommé de la ville de Milève (Mila) en Afrique, ivc siècle. — En tète d'un ouvrage qui se propose de répondre aux dillicultés faites par les donatistes aux catholiques se lit, dans Ici meilleurs manuscrits, ce simple titre: Optât i Milibitani libri numeri VII. Les autres titres que l'on rencontre : De schismate donatislarum, Contra Parmenianum donatistam sont d'invention moderne.

I. Le personnage. — La personne de cet Optât de Milève est peu connue. Saint Jérôme, son premier témoin, écrit de lui, en 392 : Optalus Afer episcopus Milevitanus ex parte catliolica scripsit Valenliniano et Valenle principibus adversus donatianœ partis calumniam libros sex, in quibus asserit crimen dona-

tianorum in nos fulso relorqueri. Devir. ill., 110, /'. /.., t. XXIII, col. 705. Saint Augustin en fait mention à diverses reprises et parle de lui el de son ouvre avecestime; par exemple : Legant qui volunt quœ narret et quibus documenlis quam milita jursuadeal venerabilis mernoria: Milevitanus episcopus callwlicœ cominunionis Optalus. Cont. epist. Parmeniani, 1, m, 5, P. L., t. xliii, col. 37 ; cf. De doctrina chrisliana, II, xl, 61, t. xxxiv, col. 63; De unit. Lccles., xix, 50, t. xliii, col. 430. Il a abondamment exploité son œuvre lors de la controverse antidonatistc ; les donastistes eux-mêmes s'y sont référés à la grande conférence de 411. Brème, collât., 1 1 L, xx, 38, ibid., col. 647; Addonat. posl collât., xxxi, 54, ibid., col. 685; August. Epist., cxli, 9, t. xxxm, col. 581. Un siècle plus tard, saint Fulgence de Ruspe compare Optât de Milève à Augustin d'Hippone et à Ambroise de Milan. Ad Monim., n, 13, 15, t. lxv, col. 193, 195. Mais, pour précis qu'ils soient, ces rcnscigi ements sont peu explicites. On en tirera qu'Optât était évêque de Milève (aujourd'hui Mila à une trentaine de kilomètres au N.-O. de Constanline), dans la seconde moitié du iv° siècle; selon toute vraisemblance, il était mort en 392; Augustin ne l'a certainement pas connu vivant. Comme la date de la composition de son grand ouvrage peut se fixer autour de 366, comme à ce moment il est évêque depuis plusieurs années, il faut bien le faire naître vers 320. C'est tout ce que l'on peut dire de lui.

IL L'œuvre. — 1° État du texte. — Sous sa forme actuelle l'ouvrage d'Optat comporte sept livres; mais nous avons vu que saint Jérôme n'en connaissait que six. Le livre VII, d'ailleurs, se laisse assez facilement séparer des six premiers, et donne à première lecture l'impression de n'avoir pas été rédigé du même jet. Les matériaux qui le composent ne sont pas homogènes et, dans sa belle édition, E. du Pin avait déjà renvoyé en appendice trois longs morceaux qui lui paraissaient de toute évidence interpolés. Cf. dans P. L., t. xi (qui reproduit cette édition), col. 1098, 1101, 1104, morceaux qui sont détachés de col. 1083 B, 1084 B, 1085 A. — P. Monceaux a proposé au sujet de la composition de ce 1. VII une hypothèse qui rend assez bien compte de la contexture actuelle. Postérieurement à la première apparition de l'ouvrage, quelques critiques furent laites à celui-ci dans le camp donatiste. Pour y répondre, Optât entreprit une revision de son travail. D'une part il retoucha un certain nombre de passages dans les six premiers livres, compléta par exemple, 1. II, c. m et iv, les deux listes des papes et des évêques donatistes de Rome; d'autre part il commença la rédaction d'un supplément où il voulait insister sur un aspect nouveau de la question. Mais il n'eut pas le temps de mettre au point sa rédaction. Cette nouvelle édition qu'il avait entreprise fut publiée par un autre : quelque clerc de son entourage, exécuteur testamentaire ou mandataire bénévole. Malheureusement, le disciple a trahi le maître en croyant servir sa mémoire. Plusieurs morceaux de l'Appendice ont été insérés dans le livre III ou ailleurs, tout en continuant à figurer dans lelivreVII (III, xn = VII, v: voir l'apparat critique de Ledit. Ziwsa, p. 99, 1. 10, et la note a de P. L., col. 1093). D'autres morceaux, surtout le c. i ont été lourdement interpolés (ce sont les morceaux signalés ci-dessus d'après E. du Pin). Ces interpolations doivent être fort anciennes puisqu'elles se retrouvent dans tous nos manuscrits. Comme la plupart des transpositions, elles sont probablement l'œuvre du clerc africain qui donna la seconde édition. D'où l'aspect incohérent du 1. VII, mélange de fragments authentiques, de morceaux utilisés ailleurs et d'amplifications parasites. « I.'inco-

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hérence vient simplement des circonstances de la publication : Optât n'a pu réaliser son dessein et cette deuxième édition qu'il préparait a été donnée par un disciple aussi maladroit que peu scrupuleux. » P. Monceaux, Histoire littéraire de ï Afrique chrétienne, t. v, p. 255-256.

2° Occasion. — La date de cette révision peut être fixée aux environs de 385, puisque la liste des papes de Rome mentionne Sirice qui succéda à Damase en décembre 384. Quant à la date de la première, P. Monceaux a bien resserré les deux termes entre lesquels les critiques antérieurs la situaient, soit 363-378 (règne commun de Valens et de Yalentinien); il aboutit par des considérations fort justes à assigner la composition de l'ouvrage aux années 366-367. Op. cit., p. 249.

Telle quelle, cette première édition de 366-367 se présente comme une réponse au chef du donatisme, Parménien, évêque de Carthage. Celui-ci, rentré en Afrique en 362, au lendemain du rescrit de Julien qui annulait l'arrêt de proscription rendu par Constant, avait reformé l'Église dissidente, mise fort mal en point par le fils de Constantin. En même temps, dans une série de pamphlets contre « l'Église des traditeurs », il avait violemment attaqué les catholiques. L'ouvrage d'Optat de Milève se propose de répliquer aux accusations portées par le prélat donatiste, I, vi, P. L.,t. xi, col. 895; éd. Ziwsa, p. 8, sans toutefois s'astreindre à suivre toujours le même ordre que ce dernier. D'autant que, résolu à élever le débat, l'évêque de Milève voulait discuter l'ensemble du système donatiste; rien ne valait mieux, pensait-il, qu'une franche explication pour supprimer en Afrique cette pénible division qui durait depuis plus d'un demi-siècle. Ces divers points de vue s'entremêlent donc dans le traité d'Optat : réponse aux calomnies donatistes, discussion théologique des prétentions des schismatiques, invitation à l'union.

3° Analyse. — ■ Pour clairement indiquée qu'elle soit, I, vu, col. 896, p. 9, la division d'Optat n'a peut-être pas toute la rigueur logique que promet l'auteur, et cela tient précisément aux divers points de vue auxquels il se place successivement. Après une observation préliminaire sur deux erreurs de détail de Parménien qui avait qualifié de pécheresse la chair du Christ, I, vin, col. 897, p. 9, et avait affecté de confondre les hérétiques avec les schismatiques, I, ix-xn, col. 898-908, p. 10-15, l'évêque catholique entre dans le vif de son sujet. Le prélat donatiste affectait de considérer les catholiques comme des schismatiques. Pièces en mains, Optât va démontrer que les schismatiques, ce sont proprement les donatistes. L'histoire même des événements qui se sont déroulés à Carthage au lendemain de la grande persécution est reconstituée par Optât à l'aide d'un dossier dont les pièces avaient été rassemblées antérieurement, et dont il possédait à tout le moins une partie. Ct. Monceaux, op. cit., p. 269-276. Elle montre, cette histoire, que les auteurs du schisme étaient euxmêmes des traditeurs; que ces traditeurs ont, sans aucune raison légitime, opposé Majorin à l'évêque de Carthage, Cécilien, et que les jugements portés par eux contre les catholiques s'appliquent en toute exactitude à eux-mêmes. Ainsi le livre Ier d'Optat constitue une source importante de l'histoire des origines du donatisme.

Le livre II se rapporte davantage à la théologie, puisqu'il tend à départager, au nom des principes, les deux Églises qui, en Afrique, réclament l'obédience des fidèles. Au témoignage de l'Écriture, la véritable Église doit se reconnaître à son universelle diffusion. Or, cantonnée en un coin de l'Afrique, l'Église donatiste ne saurait prétendre posséder ce

caractère, II, i; vainement aussi réclame-t-elle la possession des dotes : cathedra, angélus, Spirilus, Jonsr sigillum, qui, au dire même de Parménien, sont la marque de l'authentique Église du Christ. Ni les donatistes n'ont l'union avec la chaire de Pierre, établie à Rome, et centre même de l'unité : in qua una cathedra unitas ab omnibus servarelur, II, n, col. 947, p. 36; ni ils n'ont, dans chacune de leur communauté, « l'Ange du baptême », lequel est en liaison nécessaire avec les « chaires » authentiques, II, vtr col. 958, p. 42. Dès lors ils ne peuvent avoir non plus l'Esprit Saint, vu, col. 959, p. 43, ni la fontaine d'eau vive, ni le sceau de sanctification, vin, col. 961, p. 44. On remarquera que la démonstration de la légitimité de l'Église catholique par ses notes ou caractères ne coïncide que partiellement avec celle qu'instituent les apologistes modernes. On y découvrirait néanmoins l'amorce des développements actuels sur la catholicité, l'unité, l'apostolicité et la sainteté que doit posséder la véritable Église. Mais Optât est encore fo"rt malhabile dans le maniement de celte argumentation, et son livre II tourne bien vite au récit des violences commises par les donatistes à l'endroit des catholiques.

Le livre III se meut dans le même ordre d'idées, étant l'apologie par l'histoire des entreprises faites par le gouvernement impérial pour ramener en Afrique l'unité religieuse. Tout en reconnaissant que les artisans de cette politique ont eu parfois la main lourde, ab operariis unitatis mulla quidem aspere gesta sunt, III, i, col. 987, p. 67, Optât fait remarquer que, s'ils ont pâti, les donatistes ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes. Ce sont eux qui, les premiers, ont sollicité en ces querelles l'intervention de l'État; c'est leur indiscipline, ce sont leurs violences et leurs attentats, après qu'ils ont été déboutés de leurs réclamations, qui ont attiré sur eux la vindicte des lois. Vainement se poseraient-ils en martyrs. Quant aux catholiques, que les sectaires prétendaient traiter en pécheurs dont l'oblation ne mérite que mépris, le livre IV enteprend de montrer qu'ils ne méritent pas semblable reproche. Les pécheurs, ce sont bien plutôt les schismatiques, et les textes sacrés allégués par ceux-ci se retournent contre eux.

Beaucoup plus important aux yeux du théologien se révèle le livre V relatif à la question du baptême et des conditions de sa validité. Fidèles à la vieille doctrine africaine que saint Cyprien avait si malencontreusement défendue, les donatistes considéraient comme nul le baptême conféré en dehors de l'Église véritable, en dehors de la leur par conséquent, et ils réitéraient le baptême aux catholiques qui, de gré ou de force (ce dernier cas n'était pas rare), venaient à leur communion. Depuis le concile d'Arles de 314, les catholiques africains s'étaient ralliés, an contraire, à la vieille doctrine romaine qui reconnaissait, sous certaines conditions, la validité du baptême conféré par les dissidents. De A/rica autem, quod propria lege sua utantur. ut rebaplizent, placuit, ut, ad Ecclesiam si aliquis hœreticus venerit, interrogent eum sijmbolum, et si perviderint eum in Paire et Filio et Spirilu Sancto esse buptizaium, manus lantum et imponatur; quodsi interre gatus symbolum, non responderit Trinitatcm hanc, merito baplizelur. Texte dans Ziwsa, App.. p. 208. Optât s'est fort bien assimilé les arguments qui militent en faveur de la doctrine romaine. Dans la collation du sacrement, ce n'est point à la personne du ministre qu'il faut avoir égard; les effets merveilleux qu'il opère ct qu'Optât décrit avec complaisance, ne peuvent être attribués qu'à l'action de Dieu : Quis fdcliiim nesciat singulare baptisma virlutum esse vilam, friminum morlein, nativitatem immcrlalcm, cselestis regni (omparatio-

OPTAT DE MILÈVE

nem, innocentise portum, peccalorum naufragium : lias res unicuique credenti non ejusdem rei operarius, sed credentis /ides et Trinitas prseslat. V, i, col. 1047, p. 121. Cf. vin, col. 1058, p. 134, où le ministre du baptême est comparé au fabricant de pourpre, qui ne produit pas de lui-même la précieuse couleur, mais est obligé de l'emprunter aux coquillages marins : si iqitur operarius iste per taclum solum dare colorcm non potest, sic nec operarius baptismatis ex se sine Trinitate dare aliquid polest. L'action de Dieu est attachée à l'invocation du nom des trois personnes de la Trinité, nous dirions aujourd'hui à l'observation des rites prescrits. Mais les dispositions personnelles de celui qui se soumet à ces rites entrent aussi en ligne de compte : Restât jam de credentis merilo aliquid dicere, cujus est fides, vm, col. 1060, p. 137. Par où l'on voit qu'Optât pose, avec un commencement d'exactitude, les principes relatifs à l'efficacité des sacrements que saint Augustin ne tardera pas à développer. On comprend dès lors l'âpreté avec laquelle il condamne la pratique donatiste de la rebaptisation, sans se douter qu'elle pouvait se réclamer du patronage de saint Cyprien.

Les sacrilèges violences dont les donatistes ont usé pour imposer leur baptême aux catholiques déjà baptisés, ne sont pas, hélas, les seules qu'on peut mettre à leur compte. Le livre Vf accumule les récits des multiples attentats contre les choses saintes et les personnes consacrées à Dieu dont les donatistes se sont rendus coupables, tout spécialement depuis leur retour sous Julien l'Apostat; autels et calices brisés (noter en passant ce qui est dit des autels in quibus et vota populi et membra Christi portala sunt, VI, i, col. 1065, p. 142), vierges sacrées contraintes, après pénitence, à une nouvelle profession religieuse, livres saints dérobés aussi bien que les objets de culte, cimetières enlevés aux catholiques. On sent passer dans ces pages l'indignation de l'auteur, au souvenir d'événements tout récents et dont il a été le témoin. Mais ce qui, peut-être, lui tient encore plus à cœur, c'est le succès que la propagande <lonatiste a rencontré dans les milieux catholiques, la pénible transformation qu'elle a opérée chez ceux qui se sont laissés séduire : ex ovibus subito facti sunt vulpes, ex fidelibus perfidi, ex patientibus rabidi, ex pacifleis litigantes, ex simplicibus seductores, ex verecundis impudentes, féroces ex mitibus, ex innocentibus malitiee artifices. VI, vm, col. 1080, p. 155.

Nous nous sommes expliqué ci-dessus sur la manière dont a pris naissance le livre VIL C'est un conglomérat de morceaux d'origine diverse. Le début ■(une fois retranchées les interpolations signalées plus haut) est une protestation de bienveillance adressée par Optât aux dissidents; l'Église catholique est prête à les accueillir aujourd'hui, comme elle •était prête à accueillir leurs ancêtres de la première génération. (L'interpolateur a inséré dans ces déclarations une excuse en règle de la conduite des traditeurs, qui détone singulièrement.) A la suite de l'invitation d'Optat viennent « trois petites dissertations sans lien entre elles, destinées probablement à ■être insérées dans d'autres parties de l'ouvrage : deux discussions sur l'interprétation des textes bibliques qu'avaient récemment allégués des donatistes, et une apologie de Macaire, le terrible artisan de l'unité, que les dissidents reprochaient aux catholiques d'avoir admis à la commuhion. » Monceaux, cp. cit., p. 263.

4" Valeur. ■ — Comme nous l'avons indiqué, la part faite à la théologie dans l'œuvre d'Optat n'est pas très considérable. Nous avons souligné au passage l'ébauche qu'il donne d'une théorie des notes •ou caractères de la véritable Église et l'amorce d'une

discussion sur l'efficacité des sacrements. Tout cela aura besoin d'être repris, complété, précisé, aussi bien que les idées formulées par lui sur la répression de l'hérésie par la violence. Sur ce dernier point la pensée d'Optat hésite encore. L'évêquc de Milève voudrait bien laisser à l'État seul la responsabilité des mesures coercitives prises contre les dissidents; il se rend bien compte qu'il y a dans l'emploi de la violence, même au service de la vérité, quelque chose qui n'est pas entièrement d'accord avec l'esprit de l'Évangile. Il plaide, en faveur des sévérités mises en œuvre par les « artisans de l'unité », les circonstances atténuantes : au fond ce sont les donatistes qui ont commencé. Il ne laisse pas de trouver néanmoins que la sévérité eut parfois de bons résultats, et qu'elle est dès lors moins haïssable qu'il ne semblerait au premier abord. Arguistis operarios unitatis : ipsam unitalcm improbale, si polestis ! Nam sestimo vos non negare unitatem summum bonum esse. Quid nostra, quales fuerint operarii, dummodo quod operaium est bonum esse constet ? Nam et vinum a peccatoribus operariis et calcalur et premilur et sic inde Deo sacripeium offertur... III, iv, col. 1012, p. 85. Saint Augustin, dans la seconde phase de sa lutte contre le donatisme, se reconnaîtra en ces pensées.

C'est surtout comme historien qu'Optât présente de l'intérêt. Sa sincérité et sa bonne foi, mises en doute fort imprudemment par les critiques allemands D. Vœlteret O. Seeck, ont été magistralement démontrées par L. Duchesne. Soucieux d'opposer aux documents plus ou moins apocryphes, fréquemment allégués par les donatistes, des pièces d'une authenticité vérifiée, Optât s'est appliqué à réunir un dossier du donatisme aussi complet que possible, et ce dossier il s'en est servi avec beaucoup d'habileté. Insuffisante et présentant de graves lacunes pour la période des origines du schisme (Optât, par exemple, ne connaît pas l'existence du concile d'Arles), la documentation d'Optat est beaucoup plus complète pour l'époque qui suit. L'évêque de Milève avait su réunir sur ce temps-là un ensemble de pièces de tout premier intérêt : édits impériaux, lettres et rapports des gouverneurs, pièces judiciaires, actes des conciles donatistes, mandements et lettres pastorales des éveques dissidents, etc. A ces documents écrits, auxquels il renvoie fréquemment, s'ajoutaient les témoignages oraux et les souvenirs personnels de l'auteur. On comprend la haute valeur d'un écrit appuyé sur une telle masse de preuves. L. Duchesne et P. Monceaux l'ont admirablement mise en lumière; depuis leurs travaux, il n'y a plus à s'attacher aux objections qu'une critique un peu rapide avait accumulées contre l'œuvre d'Optat. Sans doute les recherches ultérieures d'Augustin, à l'époque de la grande conférence de 411 ont-elles abouti à éclairer davantage une histoire, qui fut, dès les origines, infiniment compliquée, mais c'est en prenant comme point de départ l'œuvre de l'évêque de Milève, que l'évêque d'Hippone est arrivé à ce résultat. Comme le dit très justement P. Monceaux, Augustin « a perfectionné la machine de guerre, mais cette machine avait été conçue, exécutée, mise en mouvement, par Optât de Milève, qui dans ce domaine a été le précurseur et le maître d'Augustin. » Op. cit., p. 306.

5° Un sermon nouvellement découvert d'Optat. — En 1917, dom G. Morin, a publié, en appendice à un recueil de sermons inédits de saint Augustin, un sermon, De natale Domini, qu'il attribuait hypothétiquement à Optât de Milève : S. Aurel. Augustini tractatus sive sermones inedili, Kempten et Munich, 1917, p. 167-178, cf. p. m. Ce sermon était publié d'après un ms. de Wolfenbùttel du ix* siècle. En 1922, utilisant un ms. de Fleury-sur-Loire du vm0 siècle (aujour-

OPTAT DE MILÈVE

OPUS OPERATUM

d'hui à Orléans, biblioth. mun., n. 131), dom A. Wilmart a donné une meilleure recension de ce texte et s'est prononcé avec beaucoup de décision pour l'attribution à Optât. Texte dans Revue des sciences religieuses, 1922, t. ir, p. 282-291; l'étude précède et suit le texte, p. 271-302. Le sermon n'est pas destiné, comme il semblerait d'abord, à la fête des Saints- Innocents, mais bien à celle de Noël. Il est expressément attribué à Optât par le ms. de Fleury, et non seulement rien dans le texte ne s'oppose à cette attribution, mais la comparaison avec la langue et les idées du traité contre les donatisles est extrêmement favorable à cette idée. Dans une note de la Revue, bénédictine, 1923, t. xxxv, p. 24-26, dom A. Capelle a fourni un confirmatur à cette démonstration. Elle n'a pas convaincu A. Pincherle, Un sermnne donatista atlributo a S. Optato di Milevi, dans Bi- Igchnis, 1923, qui a voulu attribuer le texte à un donatiste; mais ce paradoxe n'a pas de chance de prévaloir.

I. Texte. — L'édition princeps a été donnée à Mayence, en 1549, par J. Cochlaeus, d'après un unique ms., d'ailleurs fort médiocre; en 1563, F. Baudoin en donne à Paris une nouvelle édition, qui fut rééditée en 1569 (voir ici, t. n, col. 479), avec, cette fois, le livre VII, qui n'avait pas encore paru; il faut citer aussi l'admirable édition d'Ellics du Pin, Paris, 1700, et Amsterdam, 1701, rééditée avec des corrections à Anvers, 1702, c'est elle qui est passée dans la Bibl. vet. Patr. de Gallanrli, t. v, p. 459 sq, et dans P. L., t. xi, col. 883 sq. Sur les autres éditions voir Schcenemann, Bibl. Iiislorico-lilleraria, t. i, p. 343 sq. (reproduit dans P. L., t. xi, col. 875 sq.). La dernière édition critique est celle de C. Ziwsa dans le Corpus de Vienne, t. xxvi, 1893; cf. du même auteur Bcitrâge zu Optalus Mil., dans Eranos Vindobonensis, 1893, p. 174-170. — Traduction française par P. Viel, Paris, 1664.

La collection des pièces justificatives. — A diverses reprises, Optât renvoie, dans son texte, à des documents que l'on trouvera, dit-il, à la fin de son ouvrage : (preces) quorum cxemplar in/ra scriptum est, I, xxn; volumcn aetorum, quod si quis volueril, in novissimis parlibus légat, I, xxvi. Un seul des mss. d'Optat, le Paris. 1711 (ancien Colbert. 1951, en provenance du monastère de Saint- Paul à Cormery-sur-Indre) donne, à la suite du 1. VU une série de monuments relatifs a la première période du donatisme. Les deux premières pièces se rapportent à la Purgatio Cœciliani et à la Purgatio Felicis: les huit autres sont des lettres, dont six de Constantin. Texte reproduit en appendice dans l'édit. Ziwsa, p. 183-216. Ce dossier ne représente pas exactement celui auquel renvoie Optât. A l'estimation de P. Monceaux,, op. cit., t. v, p. 270-271, (cf. t. iv, p. 213-216), il faut en détacher les huit Epislulœ qui n'ont été ajoutées au recueil que du temps de saint Augustin. D'autre part les Gesta purgaiionis tant de Cécilien que de Félix d'Aptonge étaient beaucoup plus volumineux que ce qui est conservé dans le Parisinus; en ce ms. il ne subsiste, en somme, que la première et la dernière pièce de ces Gcsta. Les recherches de L. Duchesnc ont montré, par ailleurs, que ce recueil était antérieur a Optât, ayant été compilé par un clerc africain entre 330 et 347; Optât l'annexa à son traité. L'authenticité des pièces est absolument certaine. Pour la littérature relative à cette question, voir ci-dessous. II. Études. — ■ Notices dans les manuels de patrologie ou d'histoire littéraire; parmi les plus récents : O. Bardcnhewer, Altkirchliche Literutur, t. ni, 1912, p. 491- 494; M. Schanz, Gesch. dcr rômischen Litteralw, t. iv, lre pari., 2e édit., 191 1, S 959; P. de Labriolle, Hist. de la liltèr. latine chrétienne, 1920, p. 333, 393-395; mais surtout P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, t. v, 1920, p. 240-306; O. R. Vassal-Phillips, The work of St Optalus, bishop of Milevis, against the donatists, Londres, 1917. — Sur la théologie d'Optat : E. Michaud (vieux catholique), /." théologie d'Optat de Milève d'après son « De schismale donatistarum », dans Revue internationale de théologie, t. xvi, 1908, p. 23S sq. ; 1'. lîatillol, !.<■ catholicisme de saint Augustin, I. i, 1920, p. 77-108; sur la date du traité cf. une note de A. Pincherle dans Ricerchi religiosi, I. ni, 1927, p. 110-115. — Sur le dossier du donatisme : I). Voiler, Dcr Ursprung des Donatismus,

Fribourg-en-B,, 1883; O. Seeck, Quellen und Urkunden liber die Anjànge des Donatismus, dans Zeitschr. jur Kirchengesch,, t. x, 1889, p. 505; Urkundenfàlschungen des 4. Jahrh., i. Das Urkundenbuch des Optatus, ibid., t. xxx, 1909, p. 181 ; L. Duchesne, Le dossier du donatisme, dans Mélanges d'archéol. et d'hist. publiés par l'École française de Rome, t. x, 1890, p. 589-650; H. Schrors, Drei Aklenstiicke in belrcff des Konzils von Arles. Texlverbesscrungen und Erlàulerungcn, dans Zeitschr. der Savigny- Sti/lung fiir Rechisgesch. , kanon. Abt., t. xi, 1921, p. -129- 439 ; Norman II. Baynes, dans Journ. of theol. studies, t. xxvi, 1921-1925, p. 37-44, 404-407; C. IL Turner, Adversaria critiea : Notes on the anti-donatist dossier and on Optalus, books I, II, ibid., t. xxvn, p. 283-296.

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