‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 222 sur 233 · II. CONSECRATION DE CETTE FORMULE PAR LE · texte numérisé non relu

II. CONSECRATION DE CETTE FORMULE PAR LE

concile de Trente. — Depuis saint Thomas, la formule opus operalum ou ex opère operato a pris droit de cité dans les écoles catholiques et finalement l'Eglise lui a donné la suprême approbation de son autorité.

Le concile de Trente s'exprime ainsi : Si quis dixerit per ipsa Novœ Legis sacramenta ex opère operato non con/erri gratiam, sed sotam fidem divinse promissionis ad gratiam consequendam sufficcre, a. s. Sess. vu, De sacramentis in génère, can. 8; Denz.-Bannw., n. 851. Dans le premier schéma proposé à l'approbation conciliaire, l'expression ex opère operato était absente, et le canon 8 était ainsi rédigé : Si quis dixerit per ipsa saeramenti opéra nullo modo conferri qratiam, etc.. Mais, dans la discussion qui suivit, plusieurs Pères proposèrent des modifications. Au lieu de per sacramentorum opéra, on demandait l'insertion de formules plus expressives : per sacramenta ex opère operato; per opus operatum sacramentorum ; per ipsa sacran enta; ex vi vel uirtute ipsorum sacramentorum. Mais la congrégation des théologiens inférieurs et des prélats s'arrêta finalement à la rédaction qui fut approuvée par le concile et qui constitue aujourd'hui le canon 8. Conc. Trid., édit. de la Gôrresgesells., t. v, Fribourg-en- B., 1911, p. 908-912; 959 et surtout 989, 991.

Le sens conciliaire de l'expression ex opère operato ressort avec évidence des canons qui précèdent, et qui préparent le canon 8. Tout d'abord le concile établit, can. 2, que les sacrements de la Loi nouvelle ditïèrent des sacrements de l'ancienne Loi. Il déclare qu'ils sont nécessaires et que la foi seule ne suffit pas à obtenir de Dieu la grâce de la justification, can. 4. Il définit que leur utilité ne consiste pas à exciter la foi en nous, can. 5. Enfin, can. 6, il enseigne que les sacrements de la Loi nouvelle contiennent la grâce qu'ils signifient et qu'ils la confèrent à ceux qui les reçoivent sans apporter d'obstacle. Mais ils confèrent cette grâce par eux-mêmes, par leur efficacité propre, en un mot, ex opère operato, can. 8. Le canon 6 prépare heureusement le sens du canon 8. En parlant explicitement de ceux qui n'apportent pas d'obstacle à la grâce, le concile exprime sa pensée sur l'efficacité ex opère operato. Il ne s'agit pas d'une sorte d'efficacité magique, indépendante de nos dispositions subjectives; comme les hérétiques l'ont reproché si souvent — ■ et si injustement — à l'Église. Voir Sacrement. Le concile de Trente repousse, à propos de la pénitence, une interprétation aussi fausse et aussi injurieuse : « On calomnie indignement les écrivains catholiques, déclare le concile, en affirmant qu'ils enseignent .que le sacrement de la pénitence confère la grâce sans aucun bon mouvement de la part de ceux qui le reçoivent; jamais l'Église de Jésus-Christ n'a enseigné ni professé cette erreur. » Sess. xiv, c. iv, Denz. -Bannw., n. 898 Là où sont requises certaines dispositions subjectives, le sacrement ne saurait agir si ces dis-

positions sont absentes; mais cette condition remplie, il agit par lui même, et non par la foi du sujet qui le reçoit. Tel est le sens obvie de l'expression ex opère operato dans le canon 8.

III. Précisions apportées au sens de l'expression EX QPEBE operato. — La formule adoptée par l'Église renferme trois vérités intimement unies entre elles.

1. La vertu de produire la grâce, et par conséquent la grâce elle-même produite par le sacrement, sont positivement attribuées kl'opus operatum, c'est-àdire au signe sacramentel constitué par l'union et l'application prescrites de la forme et de la matière. Le ministre du sacrement produit bien ce sacrement, mais non ex propria virtute, selon l'expression de ;-aint Thomas; il n'est que l'instrument anime, c'est-à-dire le serviteur de l'auteur et du ministre suprême de tout sacrement. Le sacrement est donc, non pas une œuvre humaine à proprement parler, mais une œuvre de Dieu : instrument de Dieu dans la sanctification des âmes, il reçoit de Dieu et de l'institution divine sa vertu instrumentale.

2. La formule ex opère operato a un autre sens négatif : elle signifie que ni la vertu du rite sacramentel, ni la grâce communiquée par le sacrement ne viennent ex opère operanlis, c'est-à-dire de quelque mérite que ce soit du ministre ou du sujet du sacrement. L'efficacité et les effets du sacrement ne peuvent en aucune manière être regardés comme le fruit d'actes méritoires de la part de celui qui administre ou de la part de celui qui reçoit le sacrement : efficacité et effets ont feur unique source en Dieu, leur seule cause méritoire dans la passion de Jésus-Christ. Illud quod est saeramenti efjectus, dit saint Thomas, non impetratur oratione Ecclesiee vel ministri, sed ex merito passionis Christi, cujus virtus operalur in sacramentis. Unde effectus saeramenti non datur melior per meliorem minislrum. S. Thomas, Sum. theol., IIIa, q. xliv, a. 1, ad 2um.

3. Enfin, la formule n'exclut nullement les actes libres, moralement bons, du ministre ou du sujet. Au contraire, elle affirme, au moins indirectement, la nécessité d'actes libres, surnaturellement bons, souvent pour la validité, plus fréquemment encore pour la réception fructueuse des sacrements. Sans l'intention convenable du ministre ou du sujet, le sacrement ne saurait être validement constitué et Yopus operatum n'aurait aucune efficacité. De plus, ainsi que l'affirme le canon C, le sujet doit écarter tous les obstacles à la collation de la grâce, et c'est là une œuvre qui demande une série d'actes surnaturels, condition, mais non cause, de l'efficacité du sacrement. Aussi l'Église répète-t-elle avec insistance que les sacrements validement administrés communiquent la grâce, mais à ceux-là seulement qui les reçoivent dignement, digne, ou dûment, rite, c'est-àdire, qui ne mettent aucun obstacle à la grâce.

Certains théologiens catholiques n'ont donc pas compris exactement le sens de la formule ex opère operato lorsqu'ils veulent entendre par là l'œuvre même achevée par Jésus-Christ, l'œuvre de la rédemption. Cf. Môhler, Symbolik, Ratisbonne, 1872, p. 255; Ex opère operato, dit Mohler, scilicet a Christo, au lieu de quod operalus est Cliristus. « Sans doute, comme toute grâce communiquée aux hommes, la vertu et la grâce des sacrements ont leur source dans les mérites de Jésus-Christ rédempteur; mais la formule ex opère operato, dans l'intention de l'École et de l'Église, n'exprime pas cette vérité connue et admise de tous; elle désigne, elle précise un mode d'action particulier aux sacrements, en l'opposant à l'obtention de la grâce par les mérites personnels de celui qui agit, ex opère operanlis. L'opus eperelum

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