‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 224 sur 233 · III. Lus canons d'Oranuk. Nous allons don · texte numérisé non relu

III. Lus canons d'Oranuk. Nous allons don

ner, d'après Mansi, t.vm, col, 712 sq., le texte des canons. La traduction est nouvelle. Comparer celle de Ti. Aniann, Le dogme, catholique dans les Pères de llù/lise, Paris. 1922, p. 395 sq.

('.an. 1. Si quis per of- « Quiconque dit que par

fcnsam prrevaricationis A- la faute de la prévarication

(lse non totum, id est se- d'Adam, l'homme n'est pas

cuuduni corpus et animam, amoindri en tout son être,

in deterius dicit hominem c'est-à-dire en son corps

commutatum, sed anima? li- et en son âme, mais croit

bertate illtesa durante, cor- que le corps seul est soumis

pus tantummodo corruptio- à la corruption, tandis que

ni crédit obnoxium, Pela- la liberté de l'âme demeure

gii errore deceptus adver- intacte, trompé par l'erreur

satur Scriptune dicenti : de Pelage, il se met en

Anima, quee peccaverit, ipso contradiction avec l'Ecri-

morielur (Ez., xvm, 20), et : ture .qui dit : « L'âme qui

Nescitis quoniam, cui exhibe- aura péché périra ; » et :

fis vos servos ad obediendum, « Ignorez-vous que, si vous

servi estis ejus, cui obeditis vous livrez à quelqu'un com-

(Rom., vi, 16) ? et : A quo me esclaves pour lui obéir,

quis superalur, ejus el servus vous êtes esclaves de celui

addicitnr (II Pet., n, 19). à qui vous obéissez ?» et : « On est esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre. »

On trouve quelque chose d'analogue à ce canon dans saint Augustin. De nuptiis el concupiscenlia, 1. II, c. xxxiv, P. L., t. xlv, col. 471. — Ce canon vise ceux qui prétendent que le péché d'Adam n'a pas nui à la liberté de l'âme. Faustc n'enseignait cette doctrine qu'avec des nuances; car il réfutait ceux qui affirmaient arbitrii libertatem intégrant et illsesam, De gralia, 1. I, c. i; 1. II, c. ix, Corpus de Vienne, t. xxi, p. 7, 79. Il est probable que Césaire a introduit dans ce canon le terme illsesam pour montrer à ses adversaires semipélagiens qu'ils se mettaient en opposition avec leur maître Fauste.

Can. 2. Si quis soli Adœ Quiconque affirme que la

praevaricationem suam non prévarication d'Adam n'a

et ejus propagini asserit no- nui qu'à lui seul et non à

cuisse, aut certe mortem sa descendance ou enseigne

tant uni corporis, quae poe- que seule la mort du corps,

na peccati est, non autem qui est la punition du péché,

et peccatum, quod mors est niais non le péché lui-même,

animae, per unum hominem qui est la mort de l'âme, a été

in omne genus humanum transmise par un seul hom-

transiisse testatur, injusti- me à tout le genre humain,

tiain Deo dabit, contradi- celui-là ne rend pas justice

cens Apostolo dicenti : Per à Dieu et se met en contra-

unnm hominem peccatum in- diction avec l'Apôtre qui

Iravii in mundum et per a dit : « Par un seul homme,

peccatum mors et ita in omnes le péché est entré dans le

homines mors perlransiit, in monde et par le péché, la

quo omnes peccaveruni (Rom., morl... et ainsi la mort a

v, 12). passé dans tous les hommes parce que tous ont péché. »

L'idée de ce canon se trouve dans saint Augustin, Contra duas epistolas pelagianorum, 1. IV, c. iv, P. L., t. xliv, col. 612 sq. La doctrine visée par le canon a été exposée par Julien d'Éclane dans sa lettre à Rufus de Thessalonique. Fauste ne niait pas expressément le péché originel qu'il appelle malum originale, De gratia, 1. I, c. n; mais comme, dans sa lettre à Paulin de Bordeaux, il dit que le péché d'Adam a causé la mort du corps, mais non celle de l'âme, il est probable que c'est lui qui est visé dans ce canon. Voir ce passage de la lettre à Paulin de Bordeaux dans le Corpus de Vienne, t. xxi, p. 183.

Can. 3. Si quis ad invo- Quiconque oit que la

cationem humanam gratiam grâce peut être conférée à

Dei dicit posse conferri, non la suite de la prière de

autem ipsam gratiam facere l'homme, mais que ce n'est

ut invocetur a nobis, con- pas la grâce qui fait qu'elle

tradicit Isaiae prophetse, vel soit demandée par nous,

Apostolo idem dicenti : In- contredit le prophète Isaïe

ventus sum a non qiusrenti- ainsi que l'Apôtre qui le

bus me, pulam apparut lus, cite : « J'ai été trouvé par qui me mm inlerrogabant ceux qui ne me cherchaient (Rom., x, 20, cf. Is., lxv, 1). pas et je me suis manifesté

à ceux qui ne me demandaient

pas. ■

Ce canon rappelle la phrase de saint Augustin, Enarrat. in ps. exiv, 5, quis enim eum invocavit, nisi quem ipse prior vocavit. P. L., t. xxxvn, col. 1488. Il vise Fauste qui a écrit : Ita Dominus invitât volentem, adtrahil desiderantem, erigit adnilentem, et qui enseignait que la volonté humaine devait préalablement donner à la miséricorde divine une ansula pour la recevoir. Corpus de Vienne, t. xxi, p. 52, 53.

Can. 4. Si quis, ut a Quiconque prétend que peccato purgemur volunta- c'est Dieu qui attend notre tem nostram Deuni exspe- volonté pour nous purifier ctare contendit, non autem de nos péchés, et nie que ut etiam purgari velimus, ce soit l'inspiration et I'inper Spiritus Sancti infusio- fusion du Saint-Esprit en nom et operationem in nous qui fait que nous voulus fieri confitetur, résistif lions être purifiés, celuiipsi Spiritui Sancto per là résiste au Saint-Esprit Salomonem dicenti : Prie- lui-même qui a dit par la paralur volunlas a Domino bouche de Salomon : « La [Prov., vm, 35 (LXX)] et volonté est préparée par Apostolo salubriter praedi- Dieu », et aussi à l'Apôtre canti : Deus est, qui opéra- qui, dans un salutaire entur in vobis et velle et seignement, affirme que ' c'est perficere pro bona volunlale Dieu qui opère en vous le (Phil,, n, 13). vouloir et le faire scion son bon plaisir. »

Ce canon vise Fauste qui rappelait fréquemment que le bon mouvement doit venir de la nature humaine et précéder la grâce divine. Ainsi, en commentant la question de Jésus au paralytique : Vis sanus péri? Joa., v, 7, il déclarait : Aperte ostendit (Jésus) inditum esse homini bonse volunlatis affeetum. De gratia, I. I, c. vin, Corpus de Vienne, t. xxi, p. 25.

Can. 5. Si quis sicut aug- Quiconque dit que l'augmentum, ita etiam initium mentation et le commencefidei ipsumque credulitatis ment de la foi, ainsi que affeetum, quo in eum cre- l'attrait vers la croyance, dimus, qui justificat impium, par lequel nous croyons en et ad (re)generationem sacri celui qui justifie l'impie baptismatis pervenimus non et parvenons à la régénéper gratiae donum, id est per ration du saint baptême, inspirationem Spiritus Sanc- sont en nous, non par un ti corrigentem voluntatem don de la grâce, c'est-ànostram ab infidelitate ad dire par une inspiration du fidem, ab impietate ad pie- Saint-Esprit corrigeant notre tatem, sed naturaliter nobis volonté en l'amenant de inesse dicit, apostolicis dog- l'infidélité à la foi, de l'immatibus adversarius appro- piété à la piété, mais bien batur, beato Paulo dicente : par notre nature, celui-là Confidimus, quia qui cœpit in se montre adversaire des nobis bonum opus, perficiet enseignements apostoliques, nsque in diem Domini nostri car le bienheureux Paul a Jcsu Christi (Phil., i, 6), et dit : « Nous avons confiance illud : Vobis datum est que celui qui a commencé en pro Chrislo non solum, ut nous la bonne œuvre, l'achèin eum credatis, sed etiam vera jusqu'au jour de Nolreui pro illo patiamini (Phil., Seigneur Jésus-Christ, t Et i, 29), et : Gratia salvi encore : « Il vous a été facti estis per fidem, et donné à l'égard du Christ hoc non ex vobis : Dei enim non seulement de croire en donum est (Eph., n, 8). Qui lui mais aussi de souffrir enim fidem, qua in Deum pour lui. » Et encore : « C'est credimus, dicunt esse natu- por la grâce que vous avez ralem, omnes eos, qui ab été sauvés par le moyen Ecclesia Christi alieni sunl, de la foi, et cela ne vient quodammodo fidèles esse pas de vous ; c'est le don definiunt. de Dieu. » — Donc, ceux qui

disent que la foi par laquelle nous croyons en Dieu est un effet de la nature sont obligés d'admettre que tous ceux qui sont étrangers à l'Eglise du Christ sont d'une certaine façon des fidèles.

ORANGE (DEUXIÈME CONCILE D

Ce canon résume les neuf premiers chapitres du De prœdeslinatione sanctorum de saint Augustin, P. L., t. xliv, col. 959 sq. Fauste enseigne que le credulitatis affectas est inhérent à la nature humaine. De gratia, 1. II, c. vin, Corpus de Vienne, t. xxi, p. 76. C'est donc lui qui est visé par ce canon.

Can. 6. Si quis sine gratia Dei credentibus, volentibus, desiderantibus, conantibus, laborantibus, vigilantibus, studentibus, petentibus, quserentibus, pulsantibus nobis miscricordiain

Quiconque dit que la miséricorde est conférée sans une grâce de Dieu, en raison de notre foi, de notre vouloir, de notre désir, de nos efforts, de notre travail, de nos prières, de nos

dicit conferri divinilus, non veilles, de nos aspirations,

autem ut credamus, veli- de nos recherches, de notre

inus, vel hœc omnia, sicut assiduité à frapper, et que

oportct, agere valeamus, per ce n'est pas l'infusion et

infusionem et inspirationem l'inspiration du Saint-Esprit

Sancti Spiritus in nobis fieri en nous qui fait que nous

confitetur et aut humilitati croyons, que nous voulons

aut obcdientise humanas subjungit gratis adjutorium, nec, ut obedientes et humiles simus ipsius gratia?

donum esse consentit, résistif Apostolo dicenti :

Quid habes, quod non accepisli (I Cor., iv, 7) ? et :

Gralia Dei sum id, quod sum (I Cor., xv, 10).

et que nous devenons capables de faire toutes ces choses comme il convient; quiconque fait dépendre l'aide de la grâce de l'humilité et de l'obéissance humaine et n'admet pas que c'est par le don de la grâce que nous devenons obéissants et humbles, celui-là résiste à l'Apôtre disant : « Qu'astu que tu n'aies reçu ?» Et :

« C'est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis. »

Ce canon s'inspire du De dono perseveranlise de saint Augustin, c. xxiii, n. 64, P. L., t. xlv, col. 1032. Il vise Fauste qui a écrit : Ita Dominas invitât volentem, adtraliit desideranlem. De gratia, 1. I, c. xvi, et : Gralise adsociandum famuli laboris conatum, ibid., 1. I, c. m; Orantibus ac vigilantibus misericordiœ benignitate succurritur, ibid., 1. I, c. ix, Corpus de Vienne, t. xxi, p. 33, 15, 31.

Can. 7. Si quis per naturae vigorem bonum aliquid, quod ad salutem pertinet vita? aHerna:, cogitare, ut expedit, aut eligere, sive salutari, id est evangelicaî praedicacioni consentirc possc confirmât absque illuminatione et inspiratione Spiritus Sancti, qui dat omnibus suavitatem in l'Esprit-Saint, qui donne consentiendo et credendo ve- à tous la suavité de l'assenritati, lweretico fallitur spi- timent à la vérité de la foi, ritu, non intelligens vocem celui-là est trompé par un Dei in Evangelio dicentis : esprit d'hérésie et ne com-

Quiconque affirme pouvoir par la seule force de la nature concevoir, comme il convient, une bonne pensée visant le salut de la vie éternelle, ou la choisir, ou donner son assentiment à la salutaire prédication de l'Évangile, sans l'illumination et l'inspiration de

.Sine me nihil polesiis jacere (Joa., xv, 5), et illud Apostoli : Non quod idonei simus cogitare aliquid a nobis, qua-

prend pas la parole de Dieu déclarant dans l'Évangile :

« Sans moi vous ne pouvez rien faire », ni celle de l'Apô-

si c.r. nobis, sed sufficientia tre : « Ce n'est pas que nous nostra ex Deo est (II Cor., soyons par nous-mêmes cam, 5). i>ablcs de concevoir quelque

chose comme venant de nousmêmes, mais notre aptitude vient de Dieu. »

Ce canon s'inspire d'un passage du De spirilu et littera de saint Augustin, c. xxix, où on lit : per /idem confugiat ad misericordiam Dei ut det quod jubet, algue inspirata gratia? suavitate per Spiritum Sanctum faciat plus delectare quod prœcipit quam délectai quod impedit. P. L., t. xliv, col. 233.

Can. 8. Si quis alios mi- Quiconque prétend que

sericordia, alios vero per les uns peuvent parvenir

liberum arbitrium, quod in à la grâce du baptême par

omnibus, qui de prseva- un effet de la miséricorde,

ricatione primi hominis nati les autres par le libre ar-

sunt, constat esse vitiatum, ad gratiam baptismi posse venire contenait, a recta fide probatur alienus. Is enim non omnium liberum arbitrium per peccatum primi hominis asserit infirmatum, aut certe ita lœsum putat, ut tamen quidam valeant sine revelatione Dei mysterium salutis œtcrnreper semelipsos posse conquirere. Quod quam sit contrarium, (ipse) Dominus probat, qui non aliquos, sed neminem ad se posse venire testatur, nisi quem Pater attraxerit (Joa., vi, 44), sicut et Petro dicit :

Bealus es Simon Bar Jona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in cœlis est (Matth., xvi, 17); et Apostolus :

Nemo potest dicere Dominum Jesum (C/iri'sfurn) nisi in Spirilu Sanoto (I Cor., xii, 3).

La doctrine visée par Collationcs, xm.

Can. 9. Divini est muneris, cum et recte cogitamus, et pedes nostros a falsitate et injustitia continemus; quoties enim bona agimus, Deus in nobis atque nobiscum, ut operemur, operatur.

Ce canon reproduit la P. /.., t. xlv, col. 1861.

Can. 10. Adjutorium Dei etiam renatis ac sanctis semper est implorandum, ut ad finem bonum pervenire, vel in bono possint opère perdurare.

bitre, dont il est avéré qu'il est vicié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, démontre (par là) qu'il est étranger à la vraie foi. Il affirme, en effet, que ce libre arbitre n'a pas été affaibli en tous par le péc . du premier homme, ou bien il croit qu'il a été lésé de telle manière que certains hommes puissent encore par eux-mêmes, sans révélation divine acquérir le mystère du salut éternel. Le Seigneur lui-même enseigne que cette doctrine est contraire à la vérité, lui qui témoigne qu'aucun homme ne peut venir à lui si le Père ne l'attire point ; comme il a également dit à Pierre :

« 7'ii es lieureux, Simon, fils de Jona, car la chair et le sang ne te l'ont pas révélé, mais mon Père qui est dans les deux. » L'Apôtre dit aussi : « Nul ne peut dire :

Seigneur Jésus, si ce n'est en l'Esprit-Saint. »

ce canon est de Cassien,

C'est par un don de Dieu que nous avons de bonnes pensées, et que nous préservons nos pas de la fausseté et de l'injustice, car chaque fois que nous faisons le bien, c'est Dieu qui fait en nous et avec nous que nous le fassions.

22e sentence de Prosper,

Les régénérés et les saints doivent eux aussi toujours implorer l'aide de Dieu afin de pouvoir parvenir à une bonne fin, et pouvoir persévérer dans le bien.

Ce canon est l'œuvre de Césaire. Voir plus haut. Il tend sans doute à parer le reproche adressé par Fauste à la doctrine augustinienne, qu'elle rend la prière inutile. Fauste, De gratia, 1. I, c. m, Corpus de Vienne, p. 16 sq.

Can. 11. Nemo quidquam Nul ne peut dignement

Domino recte voverit, nisi consacrer quoi que ce soit

ab ipso acceperit quod vove- à Dieu, s'il n'a reçu de lui

rot, sicut legitur : Qux de ce qu'il veut lui consacrer,

manu tua accepimus, damus ainsi qu'il est écrit : « Ce

tibi (I Par., xxix 11). que nous avons reçu de ta main, nous te le donnons. »

Ce canon reproduit la 54e sentence de Prosper, qui l'a extraite du De civitate Dei, 1. XVII, c iv, n. 7, P. L., t. xli, col. 530. Césaire y a ajouté la citation biblique.

Can. 12. Taies nos amat Deus, quales futuri sumus ipsius dono, non quales sumus nostro merito.

Dieu nous aime tels que nous serons par sa grâce, non tels que nous sommes par noire mérite.

Ce canon reproduit la 56° sentence de Prosper.

Can. 13. Arbitrium voluntatis in primo homme infirmatum, nisi per gratiam baptismi non potest reparari : quod amissum, nisi a quo potuit dari, non potest

La liberté de la volonté qui a été affaiblie dans le premier homme ne peut être réparée que par la grâce du baptême : une chose perdue ne peut être rendue que par

ORANGE (DEUXIÈME CONCILE D'

reddj. Undc Veritas ipsa dl- celui qui a pu la donner.

cit : Si vos l-'ilius libcrciv(er)it, tune vere liberi crilis (Joa., vm, 36).

C'est pourquoi la Vérité ellemême dit : « Si le Fils vous a délivrés, alors vous êtes vraiment libres. »

Ce canon reproduit la 152e sentence de Prosper/ retouchée par Césaire, qui y a introduit la notion du baptême; voir aussi De civilate Dei, 1. XIV, c. xi, n. 1, P. f,„ t. xli, col. 118.

Can. 14. Nullus miser de quacumque miseria lihcratur, nisi qui Dei miserlcordia prsevenitur, sicut dicit psalmista : Cito anti-

Aucun malheureux ne peut être délivré de quelque misère que ce soit, si la miséricorde de Dieu ne le prévient ainsi que le dit

cipent nos misericordia; tua; le psalmiste : « Que ta com- Domine (Ps. lxxviii, 8); passion vienne au-devant de et illud : Deus meus, mise- moi ;» et « Mon Dieu, sa misericordia ejus prœveniel me ricorde viendra au devant de (Ps. lviii, 11). moi.-'

Césaire a ajouté ces deux citations des psaumes à la 212° (al. 211e) sentence de Prosper, reproduites dans ce canon.

Can. 15. Ab eo, quod L'état d'Adam, tel que

formavit Deus, mutatus est Dieu l'avait formé, a été

Adam, sed in pejus per changé, mais en pis, par son

iniquitatem suam. Ab eo, iniquité; l'état du fidèle, tel

quod operata est iniqiiitas, que le péché l'a établi, est

mutatur fidelis, sed in me- changé, mais en mieux, par

lins per gratiam Dei. Illa la grâce de Dieu. Le premier

ergo mutatio fuit praeva- de ces changements est l'oeu-

riçaloris primi, haec secun- vre du premier pécheur; le

dum Psalmistam mutatio est second, selon le psalmiste,

dextrœ Excelsi (Ps. lxxvi, est l'œuvre de la droite du

11). Très-Haut.

Ce canon reproduit la 226e (al. 225e) sentence de Prosper ; Césaire a intercalé « selon le psalmiste » pour montrer que les derniers mots de la sentence sont tirés du psaume lxxvi, 11.

nul ne se glorifie

Can. 16. Nemo ex eo, quod videtur habere, glorietur, tanquam non acceperit : aut ideo se putet accepisse, quia littera cxlrinsecus vel ut legeretur, ap

Que

de ce qu'il parait posséder, comme s'il ne l'avait pas reçu; qu'il ne croie pas non plus l'avoir reçu parce que la lettre (de l'Évan-

paruit, vel ut audiretur, gile) lui est apparue du

sonuit. Nam sicut Aposto- dehors pour qu'il la lise, ou

lus dicit : Si per legem est parvenue à son oreille

justifia, ergo Christus gra- pour qu'il l'entende. Car,

lis mortuus est (Gai., ii, 21) ; ascendens in allum caplivam duxil captivilatem,

dédit dona hominibus (Eph., rien;

ainsi que l'Apôtre le dit :

« Si la justice s'obtient par la loi, le Christ est mort pour

il est monté vers

iv, 8; cf. Ps. lxvii, 19). les hauteurs, il a emmené Inde habet, quicumque ha- captive la captivité, il a donné bet ; quisquis autem se inde ses dons aux hommes. » Quihabere negat, aut vere non conque possède, possède ainsi habet, aut id, quod habet, (par le don de Dieu); quiaufcrelur ab eo (Matth., conque nie posséder de cette xxv, 29). façon, ou bien ne possède pas

véritablement, ou bien ce qu'il possède lui sera enlevé.

Ce canon reproduit la 260e (al. 259e) sentence de Prosper, extraite du De spiriiu et lillera de saint Augustin, c. xxix, P. L., t. xliv, col. 231.

Can. 17. Fortitudinem Gentilium mundana cupiditas, fortitudinem autem christianorum Dei charitas tiens est un effet de la

La force des païens est un effet de la cupidité ter- •estre; la force des chré-

facit, quae diffusa est in cordibus nostris, non per voluntatis arbitrium, quod est a (in) nobis, sed per Spiritum sanctum, qui datas est nobis (Rom., v, 5).

Ce canon reproduit la 297e (al. 295e) sentence de Prosper, qui l'a extraite de VOpus imperlectum contra Julianum, 1. I, c. lxxxiii, P. L., t. xlv, col. 1104.

grâce de Dieu qui est répandue dans nos cœurs, non par le libre arbitre qui est a nous, mais par le Saint- Esprit qui nous est donné.

Can. 18. Nullis merilis gra- Bien qu'aucun mérite de

tiam pnevenientibus debetUT notre part ne précède la

merces bonis operibus, si grâce, une récompense est

fiant : sed gratia, quae non due aux bonnes œuvres si

debetur, praecedit, ut fiant, elles sont faites, mais la

grâce, qui ne nous est pas

due, les précède, afin qu'elles

soient faites.

Ce canon reproduit la 299° (al. 297e) sentence de Prosper, que Césaire a fait précéder des mots: Nullis merilis gratiam prœvenicniibus.

Can. 19. Natura huma- Même si la nature hu-

na, etiamsi in illa integri- maine possédait encore l'in-

tate, in qua est condita per- tégrité dans laquelle elle

maneret, nullo modo se a été constituée, elle ne

ipsam, Creatore suo non pourrait en aucune façon

adjuvante, servaret : unde, se conserver elle-même (en

cum sine Dei gratia salu- cet état) sans l'aide du

tem non possit custodire, Créateur. C'est pourquoi,

quam accepit, quomodo sine si elle ne peut sans la grâce

Dei gratia poterit reparare, de Dieu conserver le salut

quod perdidit ? qu'elle a reçu, comment

pourra-t-elle, sans la grâce

de Dieu, recouvrer ce qu'elle

a perdu ?

310e (al. 308e) sentence de de l'épître clxxxvi, c. xi, P. L., t. xxxm, col. 830.

Dieu fait dans l'homme beaucoup de bien que l'homme ne fait pas (c. à d.

sans la coopération de l'homme); mais l'homme ne peut faire de bien sans que Dieu ne lui accorde de le faire.

Ce canon reproduit la 314e (al. 312e) sentence de Prosper, extraite du Contra duas epistolas pelagianorum, 1. II. c. ix, n. 21, P. L., t. xliv, col. 586.

Ce canon reproduit la Prosper, qui est extraite n. 37, de saint Augustin,

Can. 20. Milita Deus facit in homine bona, quae non facit homo. Nulla vero facit homo bona, quae non Deus praestat, ut faciat homo.

De même que l'Apôtre a pu dire avec raison à ceux qui voulaient devenir justes par la loi et qui sont tombés hors de la grâce : « Si la justice vient de la loi, alors le Christ est mort en vain ; » avec la même raison, on peut dire à ceux qui voient la nature dans la grâce recommandée et reçue par la foi chrétienne : ■ Si la justice vient de la nature, alors le Christ est mort en vain. » Là, en etïet, était déjà la loi, et elle ne justifiait pas; là était déjà la nature, et elle ne justifiait pas. C'est pourquoi le Christ n'est pas mort en vain, mais afin que la loi fût accomplie par lui qui a dit : « Je ne suis pas venu pour détruire la loi, mais pour l'accomplir, » et afin que la nature perdue par Adam fût réparée par celui qui a dit être venu pour chercher et sauver ce qui était perdu.

Ce canon reproduit la 317e (al. 315e) sentence de Prosper, extraite du De gratia et libero arhilrio de saint Augustin, c. xm, n. 25, P. L., t. xliv, col. 896.

Can. 22. Nemo habet L'homme n'a de sien que

de suo nisi mendacium et péché et erreur; mais ce

peccatum. Si quid autem qu'il a de vérité et de jus-

habet homo verilatis atque tice dérive de la source à

justitiae, ab illo fonte est, laquelle nous devons dési-

quem debemus sitire in rer nous abreuver en ce

hac eremo, ut ex eo quasi désert, afin qu'arrosés de

Can. 21. Sicut iis, qui volentes in lege justificari et a gratia exciderunt, verissime dicit Apostolus : Si ex lege justilia est, ergo Clvislus gratis mortuus est (Gai., n, 21) : sic (et) iis, qui gratiam, quam commendat et percipit fides Christi,putant esse naturam, verissime dicitur : Si per naturam justitia est, ergo Christus gratis mortuus est.

Jam hic enim erat lex, et non justificabat : jam hic erat et natura, et non justificabat. Ideo Christus non gratis mortuus est, ut et lex per illum impleretur qui dixit : Non veni legem solvere sed adimplere (Matth., v, 17) : et (ut) natura per Adam perdita per illum reparetur, qui dixit, venisse se qumrere et salvare quod perierat (Luc, xix, 10).

ORANGE (DEUXIÈME CONCILE D'

gutlis quibusdam irrorati quelques gouttes provenant non deficiamus in via. d'elle, nous ne succombions

pas en cliemin.

Ce canon reproduit la 325e (al. 323e) sentence de Prosper, extraite elle-même des Tractatus in Joannem, tract, v, n. 19, P. L., t. xxxv, col. 1414.

Hefele fait remarquer que ce canon, à première vue semblable aux prop. 25 et 27 de Baïus, condamnées par Pie V, est une véritable crux inlerpretum. Hist. des conciles, trad. Leclercq, t. n b, p. 1100.

Ripalda a donne de ce canon une explication que Hefele résume en ces termes : « Il n'y a dans le système du monde actuel que deux sortes d'œuvres humaines, celles qui sont virtuellement mauvaises et celles qui sont surnaturellement bonnes. Il n'existe pas d'œuvres naturellement bonnes qui puissent certainement exister dans le genre humain et à la production desquelles la force naturelle de l'homme puisse suffire, car les forces morales naturelles de l'homme ne sont pas seulement concédées par Dieu lui-même, mais elles sont encore soutenues par la grâce de Dieu dans leur manifestation morale. Lors donc que les forces naturelles (le suum, ainsi que le nomme le concile) de l'homme sont seules en jeu, il n'en résulte que le contraire de la moralité, c'est-à-dire le péché et le mensonge «Cette explication vaut ce qu'elle vaut: elle a été admise pourtant par un grand nombre de théologiens, entre autres par l'historien des dogmes Schwane.

Dans une étude intitulée : Die Werlte und Tugenden der Unglâubigen nach S. Augustinus, nebsl einem Anhang iïber den 22len Canon des Arausicanum secundum, Innsbruck, 1871, Jean Ernst rejette l'explication de Ripalda et propose la suivante : « Dieu a donné à l'homme un but surnaturel, le salut éternel. Par le péché d'Adam, l'homme a été écarté de cette destination et de ce but voulu par Dieu, ce but a été perdu pour lui; c'est pourquoi rien de ce que l'homme déchu peut encore accomplir au point de vue moral n'a de valeur réelle auprès de Dieu. » Op. cit., p. 140, 197-201, 215. D'après cette explication, les œuvres qui ne sont que naturellement bonnes sont appelées péchés par saint Augustin et le concile d'Orange, parce qu'elles sont inefficaces pour le salut. Cette explication semble préférable à celle de Ripalda. Elle est plus conforme au texte du canon et elle est dans la ligue de la pensée augustinienne. Ernst se demande aussi si le concile, après saint Augustin, concevait ces œuvres comme péchés formels ou simplement comme péchés matériels, et il se décide pour la première de ces alternatives. Nous croyons que cette question ne pouvait se poser à l'époque du concile d'Orange.

Can. 2'.\. Suam voluntatem liomines faciunt, non Dei, quando id agunt, quod Deo displicet; quando autem id faciunt, quod volunt, ut divina; serviant voluntati, quamvis volentes agant, illius tamen voluntas est a quo et praeparatur et jubetur quod volunl.

Ce canon reproduit la Prosper, extraite de sain tract, xix, n. 19, P. /.., t.

Can. 21. Ita sunt in vite pulmiles, ut viti nihil conférant, sed inde accipianl unde vivant ; sic quippe vitis est in. palmitibus, ut vitale alimentum subminis-

Quand les hommes font ce qui déplaît à Dieu, c'est leur volonté qu'ils accomplissent et non celle de Dieu; mais quand ils font ce qu'ils veulent, en vue de servir la divine volonté, bien qu'ils agissent suivant leur volonté, c'est par un effet de la volonté «le celui qui prépare et commande ce qu'ils veulent.

3 10e (al. 338e) sentence de t Augustin, In Joannem, xxxv, col. 1555.

Les sarments sont sur le cep sans pouvoir rien lui donner; mais ils reçoivent de lui ce qui les fait vivre; le cep est dans les sarments de manière à leur donner

tret iis, non sumat ab iis. l'aliment vital sans le pren-

Ac per hoc et manentem in dre d'eux. C'est ainsi que

se habere Christum et ma- l'habitation du Christ dans

nere in Christo, discipulis le chrétien comme l'habi-

prodest utrumque, non Chris- tation du chrétien dans le

to. Nam praeciso palmite, po- Christ est profitable au chré-

test de viva radice alius pullulare, qui autem pra-cisus est, sine radice non potest vivere.

tien mais non au Christ.

En efTet, un sarment étant coupé, un autre peut surgir de la racine vivante; mais le sarment coupé ne peut vivre sans la racine.

Ce canon reproduit la 368e (al. 366e) sentence de Prosper, extraite du tractât, lxxxi, in Joannem, n. 1, P. /.., t. xxxv, col. 1841.

Can. 25. Prorsus donum C'est entièrement un don

Dei est diligere Deum. Ipse de Dieu que d'aimer Dieu.

ut diligere tur dédit, qui non II nous a donné de l'aimer,

dilectus diligit. Displicentes lui qui, n'étant pas aimé,

amati sumus. ut fieret in nous aime. Objets de déplai-

nobis unde placeremus. Dif- sance, nous avons été ai-

fundit enim cliarilatem in cor- mes, afin de recevoir en

dibus nostri.i Spiritus (Rom., nous de quoi devenir ob-

v, 5) Patris et Filii, quem jets de complaisance. Car il

ctim Pâtre amamus et Filio. a répandu en nos cœurs la

charité de l'Esprit du Père

et du Fils, que nous aimons

avec le Père et le Fils.

Ce canon reproduit la 372e (al. 370») sentence de Prosper, extraite elle-même du tract, en, in Joannem, n. 5, P. L., t. xxxv, col. 1898.

Ac sic secundum supra scriptas sanctarum Scripturarum sententias, vel antiquorum Patrum delinitiones, hoc Deo propitiante et praedicare debemus et credere, quod per peceatum primi hominis ita inelinatum et attenuatum fuerit liberum arbilrium, ut nullus postea aut diligere Deum sicut oportuit, aut credere in Deum, aut operari propter Deum quod bonum est, possit, nisi eum gratia misericordiae divin* praevenerit. l'nde et Abel justo et Noe et Abrahae et Isaae et Jacob, et omni anliquorum Patrum multitudini illam praeclaram fidem, quam in ipsorum laude praedicat Apostolus Paulus (Heb., xi), non per bonum naturae, quod prius in Adam datum fuerat, sed per gratiam Dei credimus fuisse collatam : quam gratiam etiam post adventtira Domini omnibus, qui baptizari desiderant, non in libero arbitrio haberi, sed Christi novimus simul et credimus largitate contenu, secundum illud, quod sœpe jam dictum est et quod praedicat Paulus Apostolus : Vobis datum est pro Christo, non solum, ut in eum eredatis, sed etiam, ut pro illo patiamini (Phil., I, 29); et illud : Deus qui cœpit in vobis bonum opus, perfwiel usque in diem Domini nostri Jesu Christi (Phil., i, <>>; cl illud : Gratia salui lacti estis per fidem, et Imc non ex uobis :

Dei enim donum est (Eph., il, 8); et quod de seipso ait Apostolus : Misericordiam

Selon les textes scripturaires et les définitions des anciens Pères, que nous venons de citer, nous devons avec l'aide de Dieu enseigner et croire que par le péché du premier homme le libre arbitre a été tellement porté vers le mal et affaibli, que par la suite aucun homme ne peut aimer Dieu comme il le doit ou croire en lui ou faire le bien pour Dieu, si la grâce de la miséricorde divine ne le prévient. C'est pourquoi nous croyons que le juste Abel, Noé, Abraham, Isaac, Jacob et toute la foule des anciens Pères n'ont pas reçu cette foi remarquable que l'apôtre Paul loue en eux, par le bien de la nature donné primitivement a Adam, mais par la grâce de Dieu. Même après la venue du Christ, cette grâce n'est pas dans le pouvoir du libre arbitre de ceux qui désirent être baptisés, car nous savons qu'elle est conférée par la bonté du Christ selon la parole déjà souvent répétée et que l'apôtre saint Paul proclame : « .4 vous, il a été donné non seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui : • et : « Dieu qui a commencé en vous lu bonne ir livre l'achèvera jusqu'au jour de Notre- Seigneur Jésus-Christ ; »

et : i C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi: et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu ; » et encore, selon ce que l'Apôtre dit de lui-même : « J'ai obtenu

ORANGE (DEUXIÈME CONCILE D'

consecutus sunt, ut fidelis essem (I Cor., vu, 25:

I Tim., i, 13). Non dixit, quia cram, sed ut essem. Et litud : Quid habes, quod non acceptsti (I Cor., iv, 7) ? Et illud : Omnc datum bonum, et omne dnnnm perfeclum desurïiint est, descendent a Pâtre luininum (.lac, i, 17). Et illud : Nemo habet quidquam, nisi illi datum fuerit desuper (Joa., m, 27). Innumerabilia sunt sanctanmi Scripturarum testlmonia, quse possunl ad proli.uiiiam gratiam proferri, sed brevitatis studio prsetermlssa sunt, quia et rêvera, cui pauca non sulliciunti pllira non proderunt.

Hoc. etiam secundum (idein catholicam credimus, quod accepta per baptismum gratia omnes baptizati Christo auxiliante et coopérante, quœ ad salutem anima; pertinent, possint et debeant, si fideliter laborare voluerint adimplere. Aliquos vero ad mal uni divina potestate pnedestinatos esse, non solum non credimus, sed etiam, si sunt, qui tantum malum credere velint, cum oinni detestatione illis anatliema dicimus. Hoc etiam salubriter profitemur et credimus, quod in omni opère bono non nos incipimus, et postea per Dei misericordlam adjuvamur, sed ipse nobis nullis pra-cedentibus bonis meritis et linem et amorem sui prius inspirât, ut et baptismi sacramenta fideliter requiramus, et post baptismum cum ipsius adjutorio ea quae sibi sunt placita, implere possimus.

Unde manifestissime credendum est, quod et illius latronis, qiiem Dominus ad paradis] patriam revocavit (Luc, xxiii, 43), et Cornelii centurionis, ad quem angélus Domini niissus est ( Vct., x, 3), et Zachaei, qui ipsum Dominum suscipere meruit (Luc, xix, 6), illa lam admirabilis fides non fuit de natura, sed divins largitatis donum.

Ut quia definitionem antiquorum Patrum nostramque, quœ subscripta est, non solum religiosis, sed etiam laicis medicamentum esse et desideramus et cupimus; placuit ut eam etiam et illustres ac magnifici viri, qui nobiscum ad praefatam festivitatem convenerunt, propria manu subscriberent.

miséricorde a /in que je sois fidèle. « Il De dit pas : parce que j'étais, mais a lin que je sois lidélc. Et encore :

i {)u'as-tu que tu n'aies reçu?' et : < Tout don excellent, toute grâce parfaite descend d'enluiut du l'ère des lumières ; »

et : « Personne ne ]>eut avoir autre chose, que ce qui lui a été donné d'en-haut. » Innombrables sont les témoignages des Saintes Écritures qui peuvent être cités pour démontrer la grâce, mais pour être brefs, nous les avons omis; car, en vérité, ceux auxquels ces quelques textes ne suffisent pas ne tireraient aucun profil de nombreuses citations.

Nous croyons aussi selon la foi catholique, qu'avec l'aide et la coopération du Christ, tous les baptisés peuvent et doivent, en vertu de la grâce reçue au baptême, accomplir tout ce qui est nécessaire au salut de l'âme, s'ils veulent fidèlement y travailler. Quant à la doctrine de la prédestination par la puissance divine de certains hommes au mal, non seulement nous ne l'admettons pas, mais s'il en est qui veuillent croire pareille énormité, nous leur disons anathème, avec notre enlière réprobation (pour leur erreur). Nous croyons aussi et confessons sainement que, dans toute bonne œuvre, ce n'est pas nous qui commençons, pour être ensuite aidés par la miséricorde de Dieu, mais que c'est Dieu lui-même qui, antérieurement à tout mérite de notre part, nous inspire d'abord la fin (à laquelle nous devons tendre) et l'amour (que nous devons avoir) pour lui, afin que nous recherchions le baptême et qu'après le baptême, nous soyons capables de faire, avec son aide, ce qui lui plaît. C'est pourquoi, nous devons manifestement croire que l'admirable foi du larron que le Seigneur a rappelé à la patrie du paradis, ainsi que celle du centurion Corneille, vers qui un ange fut envoyé, de même que celle de Zachée qui a mérité de recevoir le Seigneur, ne fut pas une œuvre de la nature, mais un don de la bonté divine.

Désirant vivement que cette définition des anciens Pères qui est aussi la nôtre et que nous ■ avons signée contribue au bien des laïques comme à celui des clercs, il nous a paru bon de la faire souscrire par les hommes illustres et magnifiques qui ont assisté avec nous à la solennité susdite.

Suivent les signatures de Césaire et de treize évêques, après lesquelles se lisent celles du préfet du prétoire, Libère, et de sept viri illustres. Ce qui est à remarquer dans cette profession de foi, c'est qu'elle condamne la doctrine de la prédestination au mal, et qu'elle fait énergiquement ressortir, qu'en vertu de la grâce du baptême et de l'aide du Christ, tous les baptisés, s'ils veulent fidèlement y travailler, peuvent et doivent faire ce qui est nécessaire à leur salut.

Dans l'art. Augustivisme, l. i, col. 2526, le P. Portalié a donné l'économie des canons d'Orange. Ensuite, il constate que « l'augustinisme vrai est sanctionné dans la priorité assurée à la grâce contre le semipélagianisine. » Il démontre que « c'est l'augustinisme modéré qui est sanctionné. »(lbid.). Il voit les preuves de cette modération : 1° dans le fait que la profession de foi du concile déclare détester la prédestination au mal, sans parler directement de la prédestination des élus; 2° dans la phrase de la profession de foi qui « proclame que tous les baptises ont la faculté pleine et entière de se sauver s'ils le veulent, possint... si voluerint. »

IV. L'approbation? pontificale. — Après la clôture du concile, Césaire envoya à Rome l'abbé Arménius avec une lettre pour le diacre romain Boniface, afin d'obtenir par son intervention l'approbation du pape pour les décisions d'Orange. Boniface, devenu pape après la mort de Félix IV, répondit à Césaire par une lettre datée du 25 janvier de l'année du consulat de Lampadius et Oreste. Comme l'année de ce consulat est 530 de notre comput, et comme, d'autre part. Boniface ne devint pape qu'en septembre de l'année 530, il est généralement admis, depuis Sirmond, qu'il faut lire la date de cette lettre, non pas : vin kal. febr. Lampadio et Oreste consulibus, mais : vin kal. febr. post consulatum Lampadii et Oreslis, ce qui correspond au 25 janvier 531. Voir Jaiïé, Regesta pontificum, n. 881.

Boniface II avait été choisi par son prédécesseur Félix IV pour lui succéder; il eut de ce fait de graves difficultés pour se faire reconnaître. Ce fait explique suffisamment le retard qu'il mit à répondre à Césaire.

Dans sa lettre, dont on trouvera le texte dans P. L., t. lxv, col. 31, et dans Mansi, t. vm, col. 735, le pape rappelle l'envoi de l'abbé Arminius par Césaire pour demander, par l'intermédiaire de Boniface alors diacre, la confirmation de la décision conciliaire qui proclame que la foi vient de la grâce du Christ et non de la nature. Le pape déclare ensuite que bien des Pères et, parmi eux, surtout saint Augustin, que bien des papes ont affirmé que la foi vient de la grâce et n'est pas dans la puissance de la nature, non de potestate naturœ. Comme preuves scripturaires de cette doctrine, il mentionne I Cor., vu, 25; Phil., i, 29. Il se réjouit que le concile de Césaire ait eu le sens de la foi catholique, surtout parce que les évêques ont été unanimes à confesser que la foi, par laquelle nous croyons au Christ, nous est conférée par une grâce prévenante et qu'il n'existe aucun bien, selon Dieu, qui puisse être voulu, commencé et accompli sans l'aide de la grâce, selon la parole du Sauveur, Joa., xv, 5. Car il est certain, continue le pape, que pour toute bonne action, et la foi est la première bonne œuvre, c'est la grâce divine qui nous prévient afin que nous voulions la faire lorsque nous ne le voulions pas, qui est en nous quand nous la voulons, et qui la suit afin que nous persévérions dans la foi. Boniface s'étonne qu'il y ait encore des tenants de la vieille erreur qui prétend qu'on peut venir au Christ sans la grâce, alors que le Sauveur a dit : « Nul ne peut venir à moi, si mon Père ne l'attire. » Joa., vi, 44,

ORANGE (DEUXIÈME CONCILE D') — ORATOIRE

et que saint Paul a appelé le Christ l'auteur et le consommateur de la foi. Heb., xn.

Après avoir reconnu que la profession de foi envoyée par Césaire correspond aux règles catholiques des Pères et l'avoir approuvée, le pape démontre l'illogisme des adversaires de l'évêque d'Arles. Ils doivent admettre, dit en substance le pape, que sans la foi aucun bien ne peut être accompli, car tout ce qui n'est pas de la foi est péché. Or, si la foi elle-même n'est pas un don de Dieu, aucun bien ne pourra être attribué à la grâce, puisque ce qui n'est pas de la foi est péché. Si la grâce peut nous mener au bien, c'est donc que la foi elle-même, sans laquelle aucun bien n'est possible est un don de Dieu.

Pour terminer, Boniface II déclare ne pas vouloir s'occuper des autres chefs d'accusation formulés par Césaire contre ses adversaires. II fait confiance à l'activité de l'évêque d'Arles pour les amener à résipiscence.

C. F. Arnold, Cœsarius non Arelale, Leipzig, 1894, A. Malnory, Saint Césaire d'Arles, Paris, 1894; P. Lejay, Le rôle lliéologique de Césaire d'Arles, dans Revue d'histoire et de littérature religieuses, première série, t. x, p. 218 sq. ; Tixeront, Histoire des dogmes, t. ni, Paris, 1912, p. 304 sq. ; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. Il, p. 1085 sq.

G. Fritz.

ORANTES (HORANTIUS) François, frère mineur de l'observance. - — Né, en 1516, à Cuellara, dans le royaumede Castille,il entra, à l'âge de 19 ans, le 3 août 1535, dans l'ordre des frères mineurs de l'observance, au couvent de Valladolid. Dans ses études philosophiques et théologiques, il eut comme professeur le célèbre Alphonse de Castro. Il enseigna lui-même, plus tard, la théologie à ses jeunes confrères, dans le couvent de Valladolid. Hautement apprécié par Philippe II, roi d'Espagne, il fut choisi, au début de 1561, par ce dernier pour remplacer Christophe Fernandez, l'évêque de Palentia, au concile de Trente. Il n'avait alors que 45 ans. II y tint, à la Toussaint de l'année 1562, un sermon devant tous les Pères et les théologiens du concile. Il écrivit aussi, pendant le concile, un ouvrage remarquable contre les erreurs et les hérésies de Calvin. Ce travail porte comme titre : Septem libri locorum theologicorum ou calholicorum. Revenu en Espagne, il devint supérieur des couvents de Valladolid et fut institué, par Philippe II, inquisiteur pour tout le royaume d'Espagne. Élu provincial en 1573, il fut, peu après, lors du chapitre intérimaire, tenu à Valladolid, envoyé par Philippe lien Belgique, avec don Juan d'Autriche, gouverneur des Pays-Bas, dont il serait le confesseur, le conseiller et le vicaire général. Pendant son séjour en Belgique, le roi songeait à instituer François Orantes chef de l'expédition militaire qu'il préparait contre Elisabeth d'Angleterre. Orantes fut retenu toutefois en Flandre par les controverses aiguës qui sévissaient, vers cette époque, entre Philippe Marnix, abbé de Sainte-Aldegonde, et Michel Baïus, professeur à Louvain, par rapport à l'autorité de l'Église. Consulté par les deux partis, il écrivit, le 8 janvier 1580, une longue lettre, ou un petit traité, dans lequel il relève plusieurs erreurs aussi bien du côté de Ph. Marnix que de Baïus. Vers la même époque, il accompagna en Espagne les restes de don Juan d'Autriche, que la mort avait frappé en 1578, aux environs de Namur. Il fut élevé, en 1581, au siège épiscopal d'Oviedo. Il n'y resta que trois ans; il mourut, en 1584, âgé de 68 ans.

François Orantes, dans l'exercice des hautes charges ecclésiastiques, qui lui furent confiées, trouva encore le temps d'écrire de nombreux ouvrages théologiques et exégétiques. Le sermon qu'il prononça, en 1562,

au concile de Trente, fut publié, avec d'autres sermons, en 1567, sous le titre : Oralio habita a Francisco Horanlio in concilio Tridentino, anno 1562. Il fut repris ensuite dans la collection des conciles de Labbe. — Les Septem libri locorum calholicorum (ou theologicorum), cum libro de justificatione, prœcipue adversus hœreticum Joannem Calvinum, dont nous avons déjà parlé, furent imprimés, d'abord, à Venise, en 1564, avec une dédicace à Charles d'Espagne, et, ensuite, à Paris, en 1566. Lin autre frère mineur, Flaminius Maria Annibali de Latera, revit cet ouvrage, en disposa les matières d'après un ordre plus logique, l'illustra de nombreuses notes et en procura une nouvelle édition, à Rome, en 1795-1796. Le traité : Opus de justificatione, qui d'après J. H. Sbaralea, aurait paru séparément, n'a jamais été publié seul, mais avec l'ouvrage précédent, dont il fait partie. — ■ La lettre d'Orantes aux deux controversistes Philippe Marnix et Baïus fut publiée à Cologne, en 1580, sous le titre : Epistola seu traclalus de quibnsdam quœstionibus inter Philippum Marnixium S. Aldegondœ abbatem et Michaelem Bajum Academiœ Lovaniensis cancellarium circa Ecclesias auctoritalem et judicem conlrouersiarum fidei. On trouve dans ce petit traité une réponse aux questions suivantes qui constituaient l'objet des controverses entre Marnix et Baïus : An Ecclesia, ejusque constitutiones seu traditiones aliud habeant critérium seu judicium, ex quo judicari possint, prieter solam consuetudinem eorum, qui se profitentur romanam sectari religionem, qtiam vocanl catholicam ? El an hoc critérium, si quid est aliud, constat sola pagina sacrai Scriplurœ? an Patrum explanationibus, et commenlariis? an conciliorum decretis? an romanorum pon.tifl.cum placitis? an scholaslicorum pronuntiatis? an passim sequatur, ut ait Salyricus, corvos teslaque, lutoque? An Ecclesia Iribual auctoritalem verbo Dei, an potius verbum Dei tribuat Ecclesiœ auctoritalem? A côté de ces ouvrages théologiques, Orantes a composé encore deux ouvrages exégétiques : Commentarii in libriim Job et Commenlarii in Daniclem, ainsi qu'un Traclalus de ss. eucharistia et un autre De sacris indulgenliis. Ces derniers ouvrages n'ont jamais été imprimés.

Joseph Marie d'Ancône, Annales minorum continuait, t. xix, Rome, 1745, p. 405; Stanislas Mclchiorri de Cerreto, Annales minorum continuati, t. xxi, Ancône, 1844, p. 161, 315 et 441-442; L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, 2e édit., Rome, 1906, p. 83; J. IL Sbaralea, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Franeisci, 2° éd., t. i, Rome, 1908, p. 274; G. Guggenbichlor, BeilràgezurKirchengeschichte des XVI. und XVII. Jahrhundcrls, t. i(unicum),Bozen, 1880, p. 46 sq. ; Kirchliches Handlcxikon, t. n, Munich, 1912, col. 1224; I-Iurter, Nomenclator, 3eédit., t. m, col. 162.

A. Teetaert.

ORATOIRE DE JÉSUS (congrégation DE L') ou Oratoire de France. — • I. Fondation. II. Doctrine spirituelle (col. 1107). III. Prédication (col. 1130). IV. Théologie (col. 1131) V. Philosophie (col. 1134). VI. Le nouvel oratoire (col. 1136).

I. Fondation. — ■ On ne dira ici de l'histoire de cette congrégation que ce qui importe à l'intelligence de sa doctrine spirituelle qui a exercé une très grande influence au xvne siècle et ensuite jusqu'à nos jours.

1° But poursuivi. — Dès 1601, deux ans après son ordination, Pierre de Bérulle, né en 1575, s'était senti pressé d'établir une congrégation de prêtres dont la mission serait « d'annoncer à toute la terre les desseins de Jésus-Christ, Annunliatc inter génies sliidia ejus, » Ps. ix, 12. Après avoir sollicité saint François de. Sales, César de Pus, des philippins de s'en charger, il réunit autour de lui, le 11 novembre 1611, cinq autres prêtres, dans une maison de la rue Saint-Jacques appelée Petit-Bourbon, à l'emplacement actuel du Val-de-Grâce. En 1616, on quittait

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