‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 65 sur 233 · C'est une autorité prouvée par l'histoire, car les · texte numérisé non relu

C'est une autorité prouvée par l'histoire, car les

doctrines qui satisfont au canon de Vincent de I.érins doivent avoir une origine commune, et celle-ci ne peut être que dans l'enseignement des apôtres.

3. C'est l'autorité infaillible que possède l'Église là où clic n'est pas divisée. — ■ De ces trois solutions possibles, Newman acceptait la première. Il était tenu, comme anglican, d'admettre que tout ce qu'il est nécessaire de croire est contenu dans l'Écriture. Il acceptait aussi la seconde comme répondant à un état de fait historique; mais, par la suite, il reconnut de plus en plus distinctement qu'il y avait eu développement progressif, même dans les tout premiers âges. Enfin, quant a la troisième, il semble qu'il se soit exprimé de façon variable, comme il l'a luimême montré, Via média, t.i, p. xxvi, et note p. 84-85.) D'une manière générale, il semble avoir admis deux choses à la fois : d'abord que l'Église non divisée était au moins virtuellement infaillible, car la promesse divine qu'elle ne faillirait pas ne pouvait permettre à l'Église entière de tomber dans l'erreur; d'autre part, qu'un magistère infaillible n'était pas nécessaire, soit pour rendre les doctrines certaines — l'Écriture et la tradition suffisant pour cela — soit pour permettre à l'autorité ecclésiastique de les imposer légitimement. Telles étaient, pensons-nous, à peu de chose près, les opinions de Newman en 1837, lorsqu'il publia son Prophelical office of the Church (La fonction prophétique de l'Église). Elles avaient changé en 1845, lorsque, dans son Essay on developmenl, il insista sur le fait qu'on devait considérer a priori comme probable l'existence d'une « autorité infaillible et se développant graduellement ».

Les « Tractariens » n'avaient pas derrière eux un système de théologie clairement défini. Newman, en écrivant son Prophetical office et ses Lectures on justification, pensait contribuer à créer ce qui n'existait pas encore, une « théologie anglicane officiellement reconnue ». Il pensait qu'en vue d'une telle création, on trouverait quantité de matériaux dans les écrits des grands théologiens anglicans, mais qu'il était nécessaire de les ordonner et d'en faire un système. En fait, il ne semble pas que les écrits de ces théologiens l'aient tant soit peu aidé ou gêné. Si l'on veut apprécier dans les deux volumes ci-dessus mentionnés, ce qui est original, ce qui ouvre une voie nouvelle, on ne saurait commettre une plus grave erreur que de les considérer comme l'exposition d'un système théologique déjà reçu.

Ce qui, aux yeux de Newman, faisait la force de la Via média, c'est qu'elle faisait appel au témoignage de l'antiquité chrétienne. Mais il ne chercha jamais à en dissimuler les points faibles. Ses amis et lui se lançaient dans une vaste entreprise. Il valait mieux se rendre compte des difficultés dès le début que de se laisser surprendre par elles plus tard. Le protestantisme et le catholicisme romain étaient des faits. Ils avaient joué leur rôle dans l'histoire et façonné le caractère de grandes nations; mais jusqu'à présent la Via média n'avait été qu'une simple théorie, qui existait seulement sur le papier et sommeillait dans les bibliothèques. Rien de sérieux n'avait été tenté pour la faire passer dans la réalité. Mais si le principe était sain — et Newman s'en croyait assuré ■ — la tentative devait être faite; sinon l'Église d'Angleterre qui ne pouvait plus prendre appui sur l'État, tomberait au rang d'une de ces sectes protestantes que l'on voyait pulluler.

4° Premières déconvenues. — ■ Telle fut dans ses très grandes lignes, semble-t-il, la position de Newman jusqu'à l'année 1839. Plein de confiance dans la solidité de cette position, et encouragé par le succès. — car les principes tractariens gagnaient partout et

ne rencontraient aucune opposition sérieuse — il

consacre l'été et l'automne de celte année à ses études patristiques, prenant pour sujet l'histoire des monophysites et du concile de Chalcédoine. Alors il se produisit un fait imprévu. La pensée lui vint tout à coup que jusque-là il avait lu l'histoire de travers. I, 'explication qu'il nous donne de' ce changement est fort simple. Les années précédentes, son attention s'était surtout arrêtée sur la controverse arienne; celle-ci avait été étudiée de près par les théologiens anglicans, notamment à cause de leurs discussions avec les ariens et les sociniens de leur temps. En conséquence Newman l'avait lue « avec leurs yeux ». Par contre les controverses christologiques avaient été relativement négligées; aussi lorsque Newman les aborda, il dut faire usage de ses propres yeux, et s'aperçut qu'ils s'ouvraient sur un état de choses bien différent de ce que ses guides lui avaient appris jusque-là. « Mes préjugés, nous dit-il, trop enracinés pour se laisser vaincre par les faits si frappants de l'histoire des ariens, ne purent résister à celle de saint Léon et du concile de Chalcédoine... Si je devais me laisser guider par les premiers temps du christianisme, le pape y avait dans l'Église une position bien différente de celle que j'avais supposée. Dès qu'une première lueur suffisamment nette de cette vérité eut pénétré dans mon esprit et que je me fus mis à regarder les faits historiques par moi-même, le système anglican commença à s'écrouler autour de moi de tous côtés. » K., p. 17. Ce qui le mit le plus dans l'embarras, ce fut de découvrir que cette Via média qu'il chérissait n'était pas une voie nouvelle. Les semi-ariens et les monophysites l'y avaient précédé. L'histoire ne fait que se répéter. Une nouvelle hérésie présente- ordinairement quelque côté qui choque le bon sens. Les plus sages parmi ceux qui la soutiennent sentent le danger, et se tracent une route à eux entre les deux extrêmes: ils sont ainsi favorisés du pouvoir civil, qui aime la modération dans la religion. Lorsque Newman, selon sa propre expression, dut se servir de ses propres yeux, devant lui surgit une nouvelle vision des choses, vision qui peut-être mériterait d'être étudiée de plus près qu'elle ne l'a été jusqu'ici. On peut du moins en juger d'après les fruits qu'elle porta, dans l'Essay on development. Newman bénéficia ici, semble-t-il, d'un accroissement de force intellectuelle, et acquit ce vigoureux sens historique qui permet de saisir la continuité du présent et du passé, et d'appliquer aux problèmes contemporains l'expérience de l'histoire. Quoi qu'il en soit, l'idée qu'il envisageait maintenant un horizon historique plus vaste, aurait été la dernière à lui traverser l'esprit. Il se sentait simplement désemparé. Bientôt après, son attention fut attirée sur un article de Wiseman sur les donatistes (Dublin review, août 1839, Essays de Wiseman, t. u, p. 201-262). Il n'y avait là rien qui lui fût nouveau; et le cas des donatistes n'était pas parallèle à celui des anglicans. Mais l'article citait l'appel fait par saint Augustin au jugement de l'Église universelle : Securus judicat orbis lerrarum; ici les anglicans étaient frappés aussi bien que les donatistes; Newman en prit pleinement conscience et sa détresse s'en accrut. Puis, peu à peu il se remit des effets de ce coup. Mais il n'avait plus comme naguère le sentiment d'être en un terrain sûr. La théorie de la Via média était discréditée à ses yeux sans espoir de retour, et quant à celle des Brandies, il n'y avait plus qu'une manière de la défendre : c'était de plaider que les Pères avaient autre chose en vue, lorsqu'ils attaquaient les schismes locaux. Mais il éprouvait toujours les mêmes difficultés à l'égard de Rome.

5° L'ébranlement final. — Alors surgissent des difficultés extérieures. Quelques-uns des plus jeunes

NEWMAN (JOHN-HENRY), DANS L'ÉGLISE CATHOLIQUE

parmi les Tract ariens commençaient à se demander anxieusement, comment ils pouvaient, tout en restant d'accord avec la doctrine catholique, mettre leur signatures au bas des trente-neuf articles de l'Église anglicane. Dans le tract 90, Newman s'appliqua à résoudre cette difficulté en se plaçant sur le terrain de l'histoire. Certes, le ton des articles était farouchement protestant; mais, comme l'intention du gouvernement de la reine Elisabeth était d'entraîner toute la nation vers l'Église réformée, on avait intentionnellement employé des termes vagues, afin que ceux-là même pussent y souscrire, qui étaient encore sous l'influence de la tradition catholique. Le tract se terminait sur ces mots : « La confession de foi protestante de notre Église fut rédigée de manière à inclure les catholiques; et maintenant les catholiques refusent de se laisser exclure. »

Les ennemis des Tractariens sentirent alors qu'ils tenaient enfin l'occasion d'agir. Le tract 90 fut condamné à Oxford par le « Conseil hebdomadaire », (Hebdomadal Board) et une émotion générale parcourut le pays. Par déférence pour son évêque, Newman accepta d'interrompre la publication des tracts, mais on ne devait pas lui demander de retirer le tract 90. On lui fit savoir que les évêques avaient l'intention de ne pas pousser les choses plus loin. Il n'en demanda pas plus, se retira à Littlemore, et commença à travailler à sa traduction de saint Athanase pour la Libranj of the Fathers (Bibliothèque des Pères) éditée à Oxford. C'était alors l'été de 1841. « Entre les mois de juillet et de novembre de la même année, je reçus trois coups qui me brisèrent... 1° Dans l'histoire des ariens je retrouvai sous une forme bien plus accusée, le même phénomène exactement, que j'avais trouvé chez les monophysites... Je vis clairement que les ariens purs étaient les protestants, que les semiariens étaient les anglicans, et que Rome était alors ce qu'elle est aujourd'hui. La vérité se trouvait non dans la Via média, mais dans ce qu'on appelait « le parti extrême »... 2° Les évêques, l'un après l'autre, publièrent une série de rrandements contre moi. C'était de leur part un mouvement concerté et déterminé... Ils continuèrent de la sorte, me chargeant sans interruption pendant trois années. Je reconnus que c'était là ma condamnation; la seule qu'il fût en leur pouvoir de porter contre moi. » Apol., p. 139-140. Le troisième coup lui fut porté lorsque les gouvernements prussien et anglais établirent conjointement un évêché protestant à Jérusalem. D'après la théorie des branches, c'était bien un acte de schisme, qui naturellement accentuait le caractère protestant de l'Église d'Angleterre. « A partir de la fin de 1841, je fus, en tant que membre de l'Église anglicane, sur mon lit de mort, bien que je n'en prisse alors conscience que par degrés. » Apol., p. 147.

La manière dont son esprit travailla, avant qu'il en arrivât à sa décision finale, s'éclairera par les citations qui suivent. En mai 1843, laissant pour la première fois comprendre à Keble qu'il vacillait, il lui écrivait ces mots : «Actuellement, il faut l'avouer, autant que je puisse me rendre compte de mes propres convictions, je regarde l'Église catholique romaine comme l'Église des apôtres... et que l'Angleterre soit en état de schisme, je m'en sens bien plus assuré que je ne le suis du caractère artificiel des innovations romaines en matière de dogme: elles peuvent bien n'être qu'un développement, du à une réalisation profonde et vivante du dépôt divin de la foi. » K., p. 219. En octobre de la même année, il écrivait à Manning les paroles suivantes. « C'est rêver que de donner à une confession le titre de catholique, alors que l'on ne peut ni s'autoriser de formulaires, où puisse se trouver quelque claire affirmation de la doctrine

catholique, ni interpréter des formulaires ambigus d'après le sens reçu et vivant dans le passé ou dans le présent. » K., p. 273. La traduction de saint Athanase fut achevée en 1844. En 1845 Newman commençait son Essay on dcvelopment, et le 9 octobre de la même année il él ait reçu dans l'Église catholique.

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