NICOLAS !<■<• (SAINT
NICOLAS II
byzantins, plusieurs papes du v« et du VIe siècle l'avaient mise en avant. Ce qui est plus nouveau, c'est l'application, qui est faite. Si les souverains manquent à leurs devoirs, c'est à l'Église de les réprimander, et de les y contraindre au besoin par l'excommunication. Michel (l'une part, Lothaire II de l'autre se sont vus menacés de cette peine. A la vérité encore, la théorie n'a pas encore sorti ici toutes ses conséquences. Bien qu'on ait prétendu le contraire, l'excommunication, dans la pensée de Nicolas, n'attire pas sur le coupable les terribles etïels politiques qu'elle amènera deux siècles plus tard. Voir ci-dessus, col. 509. Son efficacité n'en est pas moins considérable, et les deux oncles de Lothaire II, au cas où celui-ci eût été excommunié, semblaient tout disposés à en tirer des conséquences d'ordre pratique. On remarquera, d'ailleurs que, dans ces deux cas, Nicolas en est resté aux menaces, et qu'il ne s'agissait point d'affaires politiques, mais de questions qui ressortissaient d'une part de la loi canonique, d'autre part de la morale générale. On ne se tromperait donc guère en faisant de Nicolas un des partisans (sinon un des théoriciens) du droit que l'Église exerce en chose temporelle ratione peccati. Mais la théorie, chez lui, est encore loin d'être précisée et, pour la constituer de toutes pièces à partir de ses actes et de ses écrits, il faut que les critiques ajoutent beaucoup aux données substantielles qui leur sont fournies.
Tout compte fait, donc, ce fut un très grand pape et qui, au seuil du < siècle de fer «apparaît comme une très vivante et très noble incarnation de l'idéal ecclésiastique. Ses premiers successeurs hériteront quelque temps encore du prestige qu'il a conféré au Siège apostolique, en attendant qu'après les tristesses et les hontes du xe siècle, les grands papes de la réforme grégorienne et de l'âge suivant reprennent à leur compte, en les perfectionnant et en en tirant toutes les conséquences, les idées qu'il a si fortement exprimées dans ses actes et dans ses écrits.
Les travaux sur les points de détail (Hincmar, Fausses Décrétâtes, etc.) ont été mentionnés au cours de l'article.
I. Sources. — 1° La biographie est donnée par le Liber ponlifîcalis, édit. Duchesne, t. n, p. 151-172; L. Duchesne a démontré qu'elle est due à deux auteurs, dont la prose s'entremêle, d'une part un employé du vestiaire pontifical, d'autre part Anastase le Bibliothécaire, voir ibid., p. v-vm et les notes de la biographie.
2° La Correspondance : pour l'histoire de sa publication, voir la préface d'E. Percls à la dernière édition :' Monttmenta Germanise historica, Episiolarum, t. vi, Berlin, 1925 (le fascicule contenant les lettres de Nicolas est de 1912); l'éditeur a adopté le groupement logique: affaire de Lothaire — de Rothade et Wulfade — de Photius — ■ Variiv- — Dubiœ; une table de concordance, p. 258 sq., permet de raccorder la numérotation à celle de Jaffé. Sur les travaux préparatoires, voir Nettes Archiu, t. xxxvu et xxxix (1912, 1914). L'édition de P. L., t. exix, p. 769-1212 reste encore utilisable.
3° Conciles, dans Mansi, t. xv et aussi Afon. Germ. hist., Legum, sect. n, Capitttlaria regttm Francornm, t. n, 1897. — Annales de Fulda, de Saint-Bertin (pour la période correspondante = Annales de Prudence et d'Hincmar),dans les Monum., Scriptores, t. i, et aussi la petite édition Script, rcrum germante, in usiim scholaritm, Annales Bertiniani, édit. G. Waitz, Hanovre, 1883.
IL Travaux. — 1° Généraux. — Les histoires générales de l'époque et particulièrement : E. Dummler, Geschichte des ostfrànkischcnReiehes, 2e édit., t. i et H, Leipzig, 1887; A. Gasquet, L'empire byzantin et Ut monarchie franqtte, Paris, 1888; E. Muhlbacher, Deutsche Geschichte tinter den Karolingern, Stuttgart, 1896; R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923), Paris, 1899; J. Calmctte, La diplomatie carolingienne du traité de Verdun à la mort de Charles le Chauve (S43-S77), dans la Bibl. de l'École des Hautes-Études, n. 135, Paris, 1901 ; L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, 3e édit., Paris, 1911; G. Romano, Le dominazioni barbariche in Italia,
Milan, 1907; A. Hauck, Kirchengeschichle Deulschlands, t. n, 3«-4« édit., Leipzig, 1912. — Voir aussi Hefele-Le-
Clercq, Histoire des Conciles, t. IV a, Paris, 1911.
2" Spéciaux, - II. Laemmer, Papst Nikolaus 1. und die byxanitntsche Staatsklrche setner /.cit. Berlin, 18.">7; A. Thiel, De Nicolao papa I commentaltones dam historico-canoniew, Braunsberg, 1853; A. Lapotre, De Artastasto bibliothecario
Se/lis apostoltcee, Paris, 188."); du même, L'Europe et le Saint-Siège à l'époque carolingienne. I.e pa/ie Jean \ III, Paris, 18(1."); ,1. Roy, .S'<n;il Nicolas l", dans la collection Les saints, Paris, 1899; J. Richterich, Papsi Nikolaus /., Berne, 1003, (l'auteur, vieux-catholique, manque d'impartialité); A. Grelnacher, Die Anschauungen des Papstes Nikolaus I iiber das Verh<nis von S uni mut Kirche, Berlin-Leipzig, 1909; E. Perels, Papst Nikolaus I. und Anastasius Bibliothecarius, Berlin, 1020.
É. Amann.
2. NICOLAS II, pape, élu fin décembre 1058, intronisé le 24 janvier 1059, mort le 27 juillet 1061. — On a dit, à l'art. Benoît X, comment, à la mort du pape Etienne IX (fin mars 1058), la noblesse romaine, au mépris des droits du clergé et des prétentions impériales, avait précipitamment porté au siège pontifical Jean de Velletri. dette élection ne pouvait être approuvée par le parti de la réforme ecclésiastique, puissant à Rome depuis le règne de saint Léon IX. Hildebrand dut recevoir à la cour d'Allemagne, où il s'acquittait d'une mission pour le pape Etienne, la nouvelle des événements romains. La régente Agnès le chargea, semble-t-il, du soin d'aviser, et on le trouve en Italie vers le début de décembre, à Florence où il négocie avec Godefroy le Barbu, duc de Lorraine, à Sienne où se groupent autour de lui, avec les cardinaux-évèques échappés de Rome, des représentants du peuple et du clergé romain en délicatesse avec Benoît X. L'est de ces tractations, dont il est impossible de préciser le détail, que sort l'élection au trône pontifical de Gérard, archevêque de Florence, qui va devenir le pape Nicolas II. Quelle part eurent, dans sa désignation, l'autorité impériale d'une part, les tardinaux-évêques et le clergé romain d'autre part, l'action enfin d'Hildebrand, c'est ce qu'il n'est pas facile de dire, étant données les divergences et les réticences des sources contemporaines. Une chose reste certaine, c'est que le nouveau pape était l'élu du parti réformateur et qu'il pouvait en même temps compter sur la protection germanique. C'est grâce à cette dernière qu'il put, au début de janvier 1059, entrer dans Rome que son concurrent Benoît X abandonnait précipitamment. Le 24 janvier il était « consacré » à Saint- Pierre et inaugurait un pontificat qui, malgré sa brièveté, allait être de capitale importance pour l'Église.
Ami de Didier du Mont-Cassin, du cardinal Humbert, subissant aussi l'influence d'Hildebrand et de Pierre Daniien, Nicolas ne pouvait être, en effet, qu'un partisan résolu de cette réforme ecclésiastique qu'avait commencée Léon IX, de cette lutte contre les deux grands fléaux de la simonie et du nicolaïsme qui était devenue la grande affaire du jour. Mais, tandis qu'un Léon IX, un Victor II ont cru pouvoir s'appuyer, au moins partiellement, sur la puissance séculière pour réformer l'Église, Nicolas, marchant sur les traces d'Etienne IX, pense que le plus sûr, pour l'Église, est encore de faire elle-même ses affaires. Les événements récents ont montré d'ailleurs qu'il est urgent de mettre la succession pontificale à l'abri des coups de main. C'est autour de ces deux grandes idées que roule le concile réuni au Latran, le 13 avril 1059, et qui compta un nombre inusité d'évêques, cent treize au moins, sinon cent vingt-cinq.
Signalons, au point de vue dogmatique, le renouvellement de la condamnation de Bérenger qui est
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obligé o d'abjurer son hérésie et de jeter au feu les livres où il enseignait son dogme pervers ». Mansi, ConciL, t. xix, col. 758. Mais l'attention se porte avant tout sur la réforme des mœurs : défense d'assister aux offices célébrés par les prêtres notoirement concubinaires; interdiction absolue à ces clercs de célébrer; défense d'obtenir une situation ecclésiastique par un laïque, soit gratuitement, soit moyennant finance; défense de posséder à la fois deux églises : voilà pour les clercs. Les laïques sont aussi visés : obligation stricte de payer les dîmes, prémices et oblations; défense aux laïques de juger les affaires ecclésiastiques; interdiction des mariages entre consanguins; défense d'avoir à la fois une femme légitime et une concubine. On s'efforçait en même temps de prévenir pour le futur les abus les plus graves : la vie en commun des clercs éloignerait pour eux la tentation et de la simonie et de l'incontinence. Ces dispositions diverses sont connues par deux lettres synodales adressées par Nicolas, l'une à l'ensemble de l'Église, l'autre, aux évêques de Gaule, d'Aquitaine et de Gascogne. Jafîé, n. 4405 et 4404, P. L., t. cxuii, col. 1315 et 1314.
Toutefois ce qui rend plus important encore ce concile d'avril 1059, c'est le fameux décret relatif à l'élection du souverain pontife, qui a été le point de départ de la législation moderne sur la matière. Jusque-là aucun texte législatif n'avait précisé la part qui revenait dans la désignation du pape aux divers éléments qui de tout temps y avaient concouru: évêques suburbicaires, titulaires des grandes églises romaines et des diaconies, clergé du second ordre, laïques même, sans compter l'intervention impériale, qui depuis les Othons avait souvent été prépondérante, qui avait été officiellement reconnue au concile de Sutri en 1046 et, que la cour germanique ne semblait pas décidée à abandonner. C'était le rôle de ces divers facteurs qu'il fallait tirer au clair sous peine de voir se renouveler, à chaque vacance pontificale, les troubles qui, si souvent, avaient désolé Rome. C'est à quoi veut parer le décret rendu au concile de 1059, rappelé dans les encycliques pontificales déjà citées, renouvelé et renforcé au concile de 1060.
De ce décret il existe deux recensions nettement divergentes; celle qui est passée dans' le Décret de Gratien, dist. XXIII, c. 1, recension pontificale; l'autre plus favorable aux droits de la cour germanique, recension impérialiste. Ces deux textes au complet dans Monum. Germ. hist., Leg., sect. iv, t. i, p. 537-546. Tous deux commencent par un considérant d'ordre historique, emprunté à l'élection de Benoît X, et se terminent par de rigoureux anathèmes contre les violateurs de l'ordonnance pontificale, mais le dispositif diffère notablement de l'un à l'autre :
Recension pontificale
decemimus atque statuimus :
3. Ut, obeunte hujus Romans uni versai is Ecclesia? pontifice, inprimis cardinales episcopi diligentissima simul consideratione tractantes, mox sibi clericos cardinales adhibeant; sicque reliquus clerus et populus ad consensum nova1 electionis accédant.
Recension impérialiste decemimus atque statuimus :
3. Ut, obeunte hujus Romans; universalis Ecclesise pontifice, inprimis cardinales diligentissima simul consideratione tractantes — ■ salvo debito honore et reverentia dilectissimi filii nostri Heinrici, qui in prœsentiarum rex habetur et futurus imperator Deo concedente speratur, sicut jam sibi mediante ejus nuntio Longobardise cancellario \V° concessimus et successorum illius, qui ab hac apostolica Sede personaliter hoc jus
impetraverint — ad consensum novse electionis accédant.
4. Ut — ■ nimirum ne venalitatis morbus qualibet occasione subrepat — ■ religiosi viri cum serenissimo filio nostro rege Heinrico prseduces sint in promovendi pontificis electione, reliqui autem sequaces. (Le développement Et certe... fait complètement défaut.)
5. Eligant autem de ipsius Ecclesiae gremio, si reperitur idoneus, vel si de ipsa non invenitur, ex alia assumatur.
6. Le développement correspondant est inséré avec des modifications au § 3.
4. Ut —nimirum ne veiialitatis morbus qualibet occasione subrepat — religiosi viri pr;educes sint in promovendi pontificis electione, reliqui autem sequaces. lit certe rectus atque légitimas hic electionis ordo perpenditur, si perspectis diversorum patrum regulis sive gestis, etiam illa beati proedecessoris I.eonis sententia recolatur (suit une citation de saint Léon, cf. P. L., t. liv, col.
1203 A, et une exégèse appliquant ce texte au cas particulier).
5. Eligant autem de ipsius Ecclesise gremio, si reperitur idoneus, vel si de ipsa non invenitur, ex alia assumatur.
6. Salvo debito honore et reverentia dilecti filii nostri Heinrici, qui in- praesentiarum rex habetur et futurus imperator Deo concedente speratur, sicut jam sibi concessimus, et successorum illius, qui ab hac apostolica Sede personaliter hoc jus impetraverint.
7. Quodsi pravorum atque iniquorum hominum ita perversitas invaluerit ut pura, sincera atque gratuita electio fieri in Urbe non possit, cardinales episcopi cum religiosis clericis catholicisque laicis, licet paucis, jus potestatis obtineant eligere apostolicae Sedis pontificem, ubi congruentius judicaverint.
8. Plane postquam electio fuerit facta, si bellica tempestas vel qualiscumque hominum conatus malignitatis studio restiterit, ut is qui electus est in apostolica Sede juxta consuetudinem intronizari non valeat, electus tamen sicut papa auctoritatem obtineat regendi sanctam Romanam Ecclesiam et disponendi omnes facultates illius, quod beatum Gregorium ante consecrationem suani fecisse cognoscimus.
Suivant la rédaction pontificale, voici quel doit être le processus de l'élection : Sitôt la mort du pape les cardinaux-évêques prennent l'initiative du choix d'un successeur, puis s'adjoignent les cardinauxclercs; le reste du clergé et le peuple est ensuite appelé à corroborer le choix ainsi fait. Les cardinauxévêques, comme il ressort du n° 4, sont praeduces, et le reste des électeurs sequaces. Leur choix portera sur un membre de l'Église romaine, mais faute de pouvoir y découvrir un candidat convenable, on s'adressera à toute autre Église. Le choix se fera en tenant compte du droit de regard qui a été reconnu personnellement au roi Henri, futur empereur, et qui pourra être reconnu à ses successeurs. Ce droit de regard n'est pas autrement précisé; dans la désignation du candidat, semble-t-il. on devra tenir compte si possible des préférences du souve-
7. Quodsi pravorum atque iniquorum hominum ita perversitas invaluerit, ut pura, sincera atque gratuita electio fieri in Urbe non possit, licet pauci sint, jus tamen potestatis obtineant eligere apostolica: Sedis pontificem, ubi cum invictissimo rege H.
congruentius judicaverint.
8. Texte identique au texte ci-contre, sauf des variantes sans portée.
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rain. Le § 7 prévoit le ens où l'élection ne pourrait avoir lieu a Home; en ee cas les cardinaux-éviques ont le droit d'y procéder à tel endroit qu'ils Jugeront plus commode, en s'adjoignant un certain nombre de membres du clergé et du peuple romain. Les pouvoirs de l'élu prendront désormais non plus du jour de l'intronisation, mais du jour de l'élection. — Le. trait essentiel de la rédaction pontificale, c'est la place considérable qu'elle fait aux cardinauxévéqnes; d'autre part, sans négliger complètement l'action impériale, elle tend à la ■réduire au minimum. La rédaction impérialiste, au contraire, ne fait aucune différence entre les cardinaux-évèques et le reste des cardinaux; elle n'adjoint pas au collège cardinalice le reliquus clerus et le populus, elle fait intervenir le droit impérial avec plus de rigueur : les cardinaux sont bien prwduces, mais avec le roi : cum serenissimo filio nostro Ileinrico. C'est encore avec le roi qu'ils doivent se mettre d'accord pour la désignation du lieu de l'élection, au cas où celle-ci ne pourrait avoir lieu à Rome.
Après avoir hésité longtemps entre les deux rédactions, après avoir penché pour la rédaction impérialiste, la critique historique en est venue aujourd'hui à regarder comme seule authentique la rédaction pontificale. Le livre de P. Schefïer-Boichorst, Die Neuordnung der Papslivahl durch Nikolaus IL, Strasbourg, 1879, a marqué une date capitale dans l'étude de cette question, et c'est toujours à lui qu'il faut en revenir. L. Duchesne, Les premiers temps de l'Étal pontifical, Paris, 1898, a ajouté depuis une considération qui est du plus grand prix. En somme, dit-il, le décret de 1059 a érigé en droit ce qui s'était passé en fait lors de l'élection de Nicolas II lui-même. A Sienne, Gérard de Florence avait été élu par les cardinaux-évêques et un certain nombre de représentants du clergé et du peuple romain, après entente avec la cour germanique (ou à la condition que ce choix serait communiqué à ladite cour). A l'avenir, dit le décret, les choses se passeront de semblable manière; les cardinaux-évèques auront dans l'élection part prépondérante, sans que soit négligé le droit des autres cardinaux, du clergé, du peuple, sans qu'on veuille davantage porter atteinte à certains droits traditionnels et mal définis du souverain germanique; l'élection, s'il est besoin, pourra se faire hors de Rome, comme s'était faite celle de Nicolas, pourra porter sur un autre qu'un Romain, comme cela avait été le cas de Nicolas. La rédaction impérialiste trahit au contraire, des préoccupations toutes différentes; on n'hésite plus guère aujourd'hui à la considérer comme un faux fabriqué, au moment de l'élection de l'antipape Guibert en 1080, soit pour la préparer, soit pour la justifier. "Voir les remarques de L. Weiland dans l'édition des Mon. Germ. hist., déjà citée.
Tel quel, et dans sa rédaction authentique, le décret de Nicolas II était dirigé avant tout contre les hobereaux italiens bu romains, dont l'influence avait si souvent pesé sur les élections pontificales; mais il ne laissait pas que d'imposer des restrictions au droit de patriciat reconnu, tout récemment encore, à Henri III en 1046, et qui avait été couramment exercé lors de l'accession au trône pontifical des « papes allemands » de Clément II à Victor II. L'Église romaine entendait, en somme, se libérer de l'emprise germanique tout autant que des tutelles locales. Il était inévitable que la cour allemande réagît énergiquement contre cette prétention. Le cardinal Etienne, envoyé à la régente pour lui transmettre le décret du concile, ne put obtenir d'être reçu; .lafïé, n. 4407. Ce renseignement est dû à Pierre Damien, Disceptatio synodalis, P. L., t. cxi.v,
col. 80. Il semble même que l'on soit allé beaucoup plus loin. Selon le même auteur, ibid., col. 7!) I), redores aula régies cum nonnullis Teutonici regni sanctis episcopis, conspirantes contra romanam Eccletiam concilium collegerunt, quo papam quasi prr synodalem sententiam condemnaverunt, et omnia quee ab co fueranl stiduta cassure incredibili audacia ]>nvsumpscrunl. On est mal renseigné sur les événements auxquels fait ici allusion Pierre Damien. Faut-il en rapprocher ce que dit le cardinal Deusdedit d'un conflit entre Nicolas II et l'archevêque de Cologne, Annon : (optimales) graviter tulere eumque (i. e. Xicolaum) hujus rei gratin, quantum in se erat a papatu deposuere, nomenque eius in canone consecrationis nominari vetuere, P. L., t. ci-, col. 1659 C? L'irréductible adversaire de Grégoire VII, Benzon, évêque d'Albe, s'exprime en tennes à peu près équivalents : Pudet dicere quot et quales viros pulsavit Prandelli (= Hildebrand) per excommunicatricem linguam sui pneconis (= Nicolas) proftuentis insania. Ad vindictam vero suam aliorumque errexit se Anna Coloniensis exquisitis adultene nativilatis pgmentis. Commuai ergo consensu orlhodoxorum direxit illi excommunicationis epistolam, qua visa dolens cl gemens pnrsenlem deseruit vitum. Ad Ilenr. imper., lib. IV, dans Mon. Germ. hist., Script., t. xi, p. 072. Cette question de la résistance allemande à la politique de Nicolas II, et des moyens qu'elle mit en jeu, est loin d'être tirée au clair; ce qu'il importe de noter ici, c'est simplement le fait de cette résistance et les conséquences prochaines ou éloignées qu'elle a pu avoir.
La plus immédiate ce fut, à coup sur, le changement de politique à l'égard des Normands de l'Italie du Sud. Contre eux Léon IX s'était usé; ni armes spirituelles, ni interventions armées n'avaient pu les mettre à la raison. Puisqu'on se privait désormais de la protection allemande, le mieux était de faire la paix avec eux; au lieu de les avoir pour ennemis, on pourrait les avoir pour alliés en des circonstances difficiles. D'après les Annales romaines, Hildebrand dès le printemps de 1059 reçut mission du pape de traiter avec eux. Et Robert Guiscard mit à sa disposition une petite troupe qui devait débusquer l'antipape Benoît X de son refuge de Galéria. Elle n'y réussit pas d'ailleurs, car la place était forte; il fallut reprendre l'affaire quelques mois plus tard. Nicolas se transporta lui-même dans l'Italie du Sud et, après avoir célébré à Amalfi un concile qui promulga à nouveau les décrets du Latran, il reçut l'hommage de fidélité de Robert Guiscard et de Richard d'Aversa. C'est après cela sans doute qu'il faut placer une seconde expédition contre Gaiéria, qui amena la capitulation de l'antipape. On lui promit la vie sauve et il put se retirer à Rome, dans la maison de sa mère, en attendant qu'il fût statué, en concile, sur son cas.
Contre l'hostilité possible de la Germanie, il était bon de s'assurer d'autres alliances encore; Nicolas II pensa très certainement à la France. Sans doute le roi Henri Ier avait donné lieu à bien des plaintes, et plusieurs actes récents venaient encore d'irriter la curie. Sur lui pourtant Nicolas II essaya de faire agir tant la reine Anne,Jaffé, n. 4423, que l'archevêque de Reims, Gervais. Le pape mit une certaine coquetterie à se faire représenter par deux légats au sacre du jeune Philippe, sacre que son père lui fit conférer le 22 mai 1059. Cf. Coronatio Philippi, dans Bouquet, Recueil des historiens des Gaules, t. xi, p. 32. Il fut d'ailleurs stipulé que la démarche des légats romains n'était nullement nécessaire pour légitimer ce sacre; la cour de France prenait ses précautions contre la création d'un précédent.
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Dans la correspondance échangée entre le pape et l'archevêque de Reims, il est question d'un voyage possible de Nicolas en France. Lettre de Nicolas, Jaffé, n. 4445; lettre de Gervais, P. L., t. cxi.in, col. 13G1 B. Nous n'avons pas d'autres renseignements sur ce curieux projet.
La fête de Pâques de 1060 amena la tenue au Latran d'un concile important. On y régla la situation ecclésiastique de l'antipape qui fut solennellement dégradé, déposé et réduit à l'état laïque : privaverunt eum cmni divino officia, ita ut non esset ausus in presbiterio ingredi od laudes et obsequia deo reddendos, disent les Annales romaines. La rigueur de cette sentence fut d'ailleurs adoucie peu après, et l'infortuné recouvra le pouvoir de célébrer la sainte messe. Plus importante fut une décision canonique relative aux simoniaques Le concile de 1059 avait visé surtout les prêtres mariés ou concubinaires; on n'avait touché qu'en passant à la simonie. Cette fois elle fut condamnée sans miséricorde dans son principe. Quant aux applications il fallut tenir compte de bien des contingences, [e canon 2 reprend en somme les solutions données h Milan par Pierre Damien et Anselme de Lucques durant l'année 1059 : Pour les clercs ordonnés sans simonie par des prélats simoniaques, ils pourraient conserver leurs ordres, nvais cette miséricordieuse condescendance du Saint-Siège ne donnerait lieu pour l'avenir à aucun précédent (le canon ne tranche pas d'ailleurs la fameuse question de la validité des ordinations simoniaques). A l'avenir celui qui se fera ordonner (même gratuitement) par un prélat notoirement simoniaque, encourra la même peine que le consécrateur lui-même, la déposition : uterque depositus pienilentiam agat et privatus a propria dignitate persistât. Le canon 4 visait le cas particulier de celui qui arriverait au Siège apostolique par des moyens illicites, pecunia, gralia humana, populari seu militari lumultu sine concordi et canonica electione ac benediclione cardinalium episcoporum, ac deinde sequenlium ordinum religiosorum clericorum ; une telle promotion serait nulle de plein droit, les cardinaux-évêques, unis aux autres membres du clergé et aux laïques, auraient le droit de repousser l'intrus par tous moyens, y compris le recours à la force, et de lui substituer un pape canoniquement élu, même en dehors de Rome (il n'y â pas lieu de voir ici une novation apportée au décret de 1059, qui supprimerait le « droit de regard » de l'empereur). Texte dans Mon. Germ. hist., Leg., sect. iv, t. i, p. 550-551.
Il faut regretter que Nicolas n'ait pas eu le temps de mettre lui-même à exécution les mesures réformatrices qu'il avait promulguées. On est fort mal renseigné sur les derniers mois de son pontificat; on sait seulement qu'il mourut à Florence le 27 juillet 1061.
I. Sources. — Diplomata, epistolœ, décréta, dans P. L., t. CXI.II, col. 1301-1366; JafTé, Begesta pontifîctim romanorum, 2e édit., 1885, t. i, p. 557-566; I. M. Watterich, Pontificum romanurum vitœ, t. i, Leipzig, 1862, p. 206- 235; la plupart des textes essentiels donnés par Watterich se retrouveront dans L. Duchesne, Le Liber ponlificalis, t. n, p. 280, 335-336 (Annales Romaines), p. 357.
II. Travaux. — 1. Histoires générales de la papauté, de Rome ou de l'Église : Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im Miltelalter, 3e édit., t. iv, Stuttgart, 1877, p. 105 sq.; R. Baxmann, Die Polilik der Pàpsle von Gregor I. bis auf Gregor V II., Elberfeld, 1869, t. n, p. 269sq.; J. Langen, Geschichte der rômischen Kirchc von Nikolaus I. bis Gregor VII., Bonn, 1892, p. 502-532; Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. i\7>, p. 1132-1216; J. Gay, Les papes du XI' siècle, Paris, 1926. — Toutes les histoires de Grégoire VII font une place plus ou moins grande au pontifi-
cat de Nicoias II : voir surtout A. Fliche, La réforme, grégorienne, t. I, La formation des idées grégoriennes, Louvain- Paris, 192 1 = Spicilegium sacrum Looaniense fasc. 6, p. 308-340.
2. Sur le décret de 1059 relatif à l'élection pontificale, le livre capital reste toujours celui de P. Schefler-Boichorst, Die Neuordnung der Papstwahl durch Nikolaus II., Strasbourg, 1879, qui donne p. 4, n. 1, la recension des opinions antérieures et, du même, l'article Hat Nikolaus IL das Wahldecrei widcrrufen? dans Millheilungen des Instituts fiir a'Ster. Gesch., t. VI, 1885, p. 550-558; et l'article Dos angebliche Diplom Karts des Grossen fiir Aachen und das Redit des Kônigs in der Wahlordnung Nikolaus' IL, ibid., t. xin, 1892, p. 107-118.; à compléter par les indications fournies par L. Weiland, dans Mon. Germ. hist., Leg., sect. iv, t. i, p. 537-551.
É. Amann.
3. NICOLAS III, pape du 25 novembre 1277 au 22 août 1280. — Jean Gaetani, né à Rome entre 1210 et 1220, appartenait à la famille des Orsini, qui dès ce moment jouait dans la ville un rôle considérable. Son père, Matthieu Rub;eus, fut «sénateur», en 1242 et en 1246; sa mère, Perna, était de la famille des Gaetani. On sait peu de choses sur les débuts de Jean, qui de bonne heure entra dans la carrière ecclésiastique; le 18 mai 1244, il est nommé par Innocent IV cardinal du titre de Saint-Nicolas in carcere Tulliano, titre qu'il conservera jusqu'à son élection au souverain pontificat. C'est en cette qualité qu'il accompagne Innocent lors de sa fuite à Gênes, puis à Lyon ; Alexandre IV (1254-1261) le charge d'une mission en France, et il réconcilie France et Angleterre par le traité de 1258. Aux nombreuses élections pontificales qui eurent lieu après 1264, il joue un rôle prépondérant, et sous les divers pontificats on le voit investi de missions considérables. C'est lui qui, le 28 juillet 1265, donne à Charles d'Anjou, au nom de Clément IV, l'investiture du royaume de Sicile. Adrien V, en 1276, le charge de régler le différend entre Charles et le nouveau roi des Romains, Rodolphe de Habsbourg. Bref, il est dans le Sacré-Collège une autorité de première ordre et sous Jean XXI, qu'il a fait élire, il est tout-puissant. Il est donc tout naturel que la mort de celui-ci, 20 mai 1277, lui donne accès, après une vacance de sept mois, au trône de saint Pierre, 25 nov ambre 1277.
Deux grandes questions dominent toute la politique du Saint-Siège en cette fin du xiue siècle : la croisade et l'affranchissement définitif de l'État pontifical. Grégoire X (1271-1276) s'est attaqué surtout à la première et à la réunion des deux Églises grecque et latine, qui, pour lui, en est solidaire. La forte impulsion qu'il a donnée en ce sens s'est affaiblie sous ses trois éphémères successeurs, Innocent V, Adrien V et Jean XXI. Ceux-ci, d'ailleurs, tout dévoués aux intérêts du roi de Sicile, Charles d'Anjou, ne se préoccupent pas suffisamment du nouveau péril que crée pour l'indépendance pontificale l'ambition de ce souverain. Sans violence, avec une courtoisie parfaite et sous les dehors d'une feinte obéissance, celui-ci est arrivé à occuper dans l'Italie centrale une situation prépondérante. Nommé par Clément IV sénateur de Rome (ce qui lui donne tout pouvoir dans l'administration de la ville), il a reçu en 1268 la permission de garder cette charge pendant dix ans, jusqu'au 16 septembre 1278; il a obtenu au même moment le vicariat de la Toscane et cherche à étendre son pouvoir vers le Nord. Ainsi l'encerclement de l'État pontifical, si redouté pari es grands papes du début du xmc siècle se réalise de plus en plus. En même temps qu'il fait échec à Rodolphe de Habsbourg élu roi des Romains en 1272, Charles menace à Constantinople Michel Paléologue. Bref, ce prince qu'Urbain IV et Clément IV ont suscité
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pour réduire les derniers Ilohenstaufcn pourrait bien, un jour ou l'autre, créer au Saint-Siège un péril non moins grand.
Ce péril, Jean Gaetani, en a pris nettement conscience lors du conclave qui a suivi la mort d'Innocent V; d'ami de Charles d'Anjou, il s'est fait son adversaire; devenu Nicolas III, il se préoccupera avant tout de desserrer l'étreinte du roi de Sicile. Successivement Charles devra renoncer à la charge de sénateur de Rome, qu'il devra déposer a la date fixée, 15 septembre 1278, et au vicariat de Toscane. Une constitution rendue le 18 juillet 1278, Fundamenta militantis Ecclesiœ (Potthast, n. 21 362, Gay, n. 296) précise que,, dorénavant, aucun empereur, roi, prince, marquis, duc, baron ne pourra être nommé sénateur, de la Ville, sans une permission spéciale du Saint- Siège, et que la durée du mandat ne pourra dépasser un an. Les citoyens romains, au contraire, reçoivent toute facilité pour être désignés à ce poste. Il s'agit, et la constitution le dit en termes formels, de sauvegarder contre toute puissance étrangère la liberté du pape et celle des cardinaux pendant la vacance du Siège. Comme suite à cette décision, des élections eurent lieu qui remirent à Jean Gaetani lui-même, en sa qualité de citoyen romain et sa vie durant, la ' dignité sénatoriale. Nicolas refusa d'exercer lui-même le pouvoir et désigna comme sénateur pour l'année 1278-1279 son neveu, Matthieu Rubœus, pour l'année suivante Jean Colonna et Pandulphe Savelli. Fidèle à son attitude antérieure, Charles d'Anjou ne fit aucune difficulté à ces mesures qui lui enlevaient à Rome toute influence directe; de même abandonnât-il de bonne grâce le vicariat de la Toscane. Potthast, ' n. 21 408-21409 du 16 septembre 1278.
Mais, si l'Angevin desserrait son emprise sur l'Italie centrale, Rodolphe de Habsbourg commençait à s'infiltrer dans le Nord. Contre lui Nicolas ne nourrissait pas de défiance, mais il entendait bien que, se contentant des contrées où traditionnellement s'exerçait l'influence allemande, le roi des Romains respecterait les terres qui, plus ou moins directement, relevaient de l'État pontifical. Dès les premiers jours de son pontificat Nicolas entame des négociations pour recouvrer en toute indépendance la Romagne et diverses parties de l'ancien exarchat, pour obtenir de Rodolphe le renouvellement des « privilèges » accordés par les souverains antérieurs, Frédéric II, Othon VI et même Louis le Pieux et Charlemagne, pour arracher à tous les princes allemands une renonciation en bonne forme aux droits prétendus de l'empire sur les pays constituant le domaine de l'Église. Cf. Potthast, n. 21261(= 21 496), 21 332-334, 21 345, 21 485, 21 500 sq. Rodolphe dut s'incliner — il le fit d'assez bonne grâce, semhlet-il — devant les exigences du pape. Bôhmer-Redlich, Rcgesla imperii, t. vi. n. 1062-1063, 14 février 1279. En retour, le pape s'occupe très activement d'établir entre le roi des Romains et le roi de Sicile une paix durable, appuyée sur un accord matrimonial. Charles y gagnait d'assurer ses droits sur les comtés de Provence et de Forcalquier; Rodolphe, de son côté, aurait les mains libres dans le Nord de l'Italie. Cf. Potthast, n. 21 592-6-7. L'alïaire ne fut d'ailleurs définitivement réglée que sous le pontificat de Martin IV.
Les négociations entre la curie et le roi des Romains n'ont-elles pas eu un objet plus vaste? On se l'est demandé. Tolomée de Lucqucs rapporte un on-dit, suivant lequel Nicolas aurait eu l'intention de modifier profondément la constitution du Saint-Empire; il aurait rendu le royaume d'Allemagne héréditaire d'électif qu'il était jusque-là. et en aurait détaché de façon définitive le royaume d'Arles (ou de Vienne)
qui ne relevait plus que nominalement de l'empire, la Lombardie d'autre part et enfin la Toscane. Htst. eccl., 1. XXIII, c. xxxiv, dans Muratori, lier. ilal. .script., t. xr, col. 1 183. D a coulé beaucoup d'encre autour de ces quelques lignes de Tolomée, sans que la question ait été bien éclaircie. Il semble que la curie romaine n'était pas sans s'intéresser aux vues des divers publicistes qui préconisaient, depuis le grand interrègne, un renouvellement complet du vieil empire romain de la nation germanique; il n'est pas impossible que Nicolas, même depuis l'élection de Rodolphe et sa reconnaissance comme roi des Romains par Grégoire X et le IIe concile de Lyon, ait encore perçu, dans son entourage, des bruits relatifs à ces bouleversements. Il est difficile de dire, en l'absence de documents, s'il est allé plus loin dans cette voie: il reste que, dans les négociations avec Rodolphe, il n'est guère question du couronnement impérial à Rome. Sur ce point qui intéresse quelque peu le théologien à cause des théories connexes sur le « pouvoir direct », voir ce qui est dit à la bibliographie.
Les accords avec Charles et Rodolphe, qui occupèrent longuement la diplomatie de Nicolas III, ne lui firent pas perdre de vue la grande question de la croisade. On a dit à l'art. Lyon (IIe concile de), t. ix, col. 1397 sq., quelle fut, par rapport à l' «Union» des Grecs et des Latins, la politique de Nicolas; il n'y a pas à y revenir. Marquons seulement ce qu'il fit en Occident pour la réalisation du grand projet. La première chose était de rassembler les ressources pécuniaires, et d'insister sur le paiement des contributions qu'avait ordonnées le concile de Lyon. On n'y manqua pas. Le registre de Nicolas contient de très nombreuses lettres adressées aux collecteurs pontificaux, les invitant à presser de toutes manières la rentrée des fonds. Plus important était-il d'engager les princes chrétiens à faire trêve à leurs querelles, et à songer plus à ce qui devait les unir qu'à ce qui les divisait. C'était avant tout sur la France que comptait le pape; mais le différend qui, depuis 1274, la mettait aux prises avec la Castille risquait fort de détourner Philippe le Hardi de toute expédition lointaine ; il pensait davantage à envahir l'Espagne. Nicolas fit des efforts considérables pour apaiser ce conflit; les meilleurs de ses diplomates, Simon de Brion (le futur Martin IV), Jérôme d'Ascoli ministre général des frères mineurs (le futur Nicolas IV), Jean de Verceil, général des dominicains, y furent employés au cours des années 1278 et 1279; ils ne réussirent qu'à écarter le conflit armé, sans rétablir entre les deux rovaumes une véritable paix. Cf. Potthast, 21 259, 21 294-5, 21 310, 21 359, 21 380, 21 400, 21 489 sq., 21 683. etc. A l'est de l'Europe, Nicolas intervenait également en Hongrie, pour rétablir la paix menacée par les discordes intérieures et parles interventions étrangères. L'action du légat pontifical. Philippe de Fermo, ne réussit qu'imparfaitement à triompher des obstacles accumulés par le roi Ladislas IV. Potthast, n. 21 660 sq. Après la mort de Nicolas le Saint-Siège sera obligé de mettre la Hongrie en interdit. Les autres nations européennes, si elles donnaient au pape moins de préoccupations, ne montraient non plus un zèle extrême pour le «passage outre-mer». Bref, malgré certaines circonstances favorables, la cause de la croisade sembla plutôt en recul. Pourtant, du fond de l'Asie, arrivaient à la curie, des propositions intéressantes. Sous Jean XXI, une ambassade du khan Abagha était parvenue à Rome, proposant une alliance entre chrétiens et Mongols contre les musulmans, et ouvrant des perspectives sur la conversion possible du grand khan de Kambalik (Pékin). Nicolas répondit
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à ces avances par l'organisation d'une mission politique et religieuse qui fut confiée aux frères mineurs. Potthast, n. 21 291-3. Cette mission ne devait pas dépasser la Perse. Voir ci-dessus, art. Nestorienne {Église), col. 221 sq.
La politique extérieure ne faisait pas oublier à Nicolas l'administration intérieure de l'Église. Pour les nominations épiscopales, il sembla surtout préoccupé d'abréger les vacances qui séparaient la mort d'un titulaire de la prise de possession du nouvel élu; le décrétale Cupitntes ecclesiarum vacationibus, Potthast, n. 21 6G5, remédiait à divers abus de cet ordre. Un certain nombre de nominations, faites directement par le pape, seraient intéressantes à étudier comme témoignage de la jurisprudence adoptée de plus en plus par la curie; on a remarqué, depuis longtemps, le nombre relativement considérable de religieux, tout spécialement de frères mineurs, qui furent ainsi appelés au gouvernement des diocèses. Nicolas, en effet, était vivement porté vers les ordres mendiants, surtout vers les franciscains qu'il ne cessa de favoriser, (on notera en passant l'approbation donnée aux clarisses, Potthast, n. 21 324); mais il faut insister sur la bulle Exiit qui seminat. Potthast, n. 21 268, Gay, n. 564, dont il devait être abondamment question un peu plus tard dans la lutte entre les « spirituels » et la « communauté ». Cette bulle renouvelait très explicitement l'approbation de la règle franciscaine et prétendait en éclaircir plusieurs points, particulièrement en ce qui regardait la théorie et la pratique de la pauvreté; elle s'orientait dans le sens de l'interprétation la plus stricte: mais il faut croire qu'elle laissait encore place à des exégèses différentes, puisque l'autorité pontificale s'est vue obligée de revenir sur ce point.
Romain d'origine, Nicolas III séjourna de préférence à Rome, qui avait été plus ou moins abandonnée par les papes du xme siècle; seules les chaleurs rie l'été le ramenaient à Viterbe. Délaissant le Latran, qui avait, besoin d'une complète restauration, il s'installa auprès de Saint-Pierre; il est vraiment le fondateur du palais et des jardins du Vatican. Ce n'est pourtant pas à Rome qu'il mourut, mais au château de Soriano, aux environs de Viterbe, le 22 août 1280, d'une attaque d'apoplexie. Grand pape, de la trempe des Innocent III et des Innocent IV, politique habile et souvent heureux, le temps lui a manqué pour donner sa mesure. Ses contemporains immédiats n'ont guère perçu sa supériorité, ils ont vu surtout en lui le premier de ces Orsini /.ussi jaloux de la grandeur de leur maison que de celle du Saint-Siège. Il est le premier à qui l'on ait jeté, en terme précis, l'accusation de népotisme; malgré les efforts de certains apologistes modernes, cette accusation doit être retenue; elle n'empêche pas d'estimer à leur juste valeur les très réels services que Nicolas III a rendus à l'Église.
I. Sources. — Potthast, Régenta pontificum romanorum, t. n, 1875, p. 1719-1755; Milteilungen ans dem vatika/iischen Archive, t. i, (Kaltenbrunner), Vienne, 1889; Posse, Analecia Vaticana, Inspruck, 1878; .1. Gay, Les registres de Nicolas III, Paris, 1898-1916, encore incomplets, les trois premiers fasc. donnent les lettres communes et curiales des deux années 1278 et 1279; Bohmer-Redlich, Regesta Imperii, t. vi, Inspruck, 1898. Fn grand nombre des pièees données in extenso dans ces recueils sont largement utilisées dans Raynaldi, Annales ecelesiastici, an. 1277-1280, édit., Mansi, t. m, p. 436-518.
Il y a une courte biographie (d'ailleurs parfaitement insignifiante) de Bernard Guy, dans Muratori, Rer. ital. script., t. ni a, col. 006-608, ou dans Duchesne, Le Liber pontificalis, t. n, p. 458; cf. la notice de Martin d'Oppau, dans Mon. Germ. hist., Script., t. XXII, p. 476. Parmi les annalistes et chroniqueurs anciens, il faut signaler surtout
Tolomée de Lucques, Hist. eccles., 1. XXIII, c. xxvixxxvi, dans Muratori, ibid., t. xi, col. 1179-1184.
II. Travaux. — Outre les histoires générales, qui s'occupent de Nicolas 111, surtout à propos des relations avec Charles d'Anjou et Rodolphe de Habsbourg, outre les histoires particulières du Saint-Empire romain et de son rétablissement (cf. surtout Kopp. Geschichte non der Wiederherslellung nnd dem Yerfall des heiligen romischen Reichs, 2e édit. de Bussen, t. il c, Berlin, 1871, p. 22 sq., 160 sq., et Fr. Wertsch, Die Beziehungen Rudolfs non Htibsbnrg zur rom. Kurie bis znm Tode Nikolaus III., Bochum, 1880) voir la monographie de A. Demski, Papsl Nikolaus III. , Munster-en-W., 1903 (= Kirchengeschichlliche Studien herausgegeben von Knôpller, Schrôrs, Sdralek, t. vi, fasc. 1 et 2) et les études du P. Savio dans la Ciuiltà cattolica, années 1894-1895, sér. XV, t. ix, p. 136 sq., 416 sq., t. x, p. 30 sq., 270 sq., 528 sq.; t. xi, p. 401 sq., 666 sq.; t. xn, p. 143; sér. XVI, t. i, p. 286 sq., 546 sq.; t. il, p. 164 sq., 425 sq., 657 sq., de tendance nettement apologétique.
Sur la question spéciale du partage de l'empire, voir surtout A. Busson, Die Idée des deutschen Erbreichs und die ersten Habsburger, dans les Sitzungsbcrichle de l'Ac. de Vienne, phil. hist. Klasse, t. lxxxviii, 1877, p. 635-672 ; du même, une note dans Mittheil. des Instituts fur oesterr. Geschichtsforsehung, t. vu, 1886, p. 156 sq.; Demski, op. cit., % 9, p. 153-211, où se trouvera une abondante ^bibliographie.
É. Amann.
4. NICOLAS IV, pape du 22 février 1288 au 4 avril 1292. — Né au bourg de Liscianum ou Lisanum près d'Ascoli, dans les Marches, il avait revêtu de bonne heure la bure franciscaine. Son père s'appelait Arminilaus Tineus; lui-même prit en religion le nom de Jérôme, et. d'après son lieu d'origine, il est ordinairement désigné sous le nom de Jérôme d'Ascoli (Trithème l'appelle à tort Jean d'Ascoli). Doué d'éminentes qualités, il exerça successivement les plus hautes charges non seulement dans l'ordre, mais aussi dans l'Église. Après avoir enseigné la philosophie et la théologie à ses jeunes confrères, il fut nommé par saint Ronaventure, au chapitre de Pise de 1272, ministre de la Dalmatie; il n'y séjourna guère car, la même année 1272, il fut envoyé à Constantinople par Grégoire X, avec trois autres de ses frères pour y travailler à l'union des Eglises grecque et latine. On a dit à l'article Lvon (IIe concile de) comment ces négociations aboutirent à l'éphémère union de 1274. Jérôme d'Ascoli arriva au concile le 24 juin, avec les ambassadeurs byzantins; il avait même réussi à amener à Lyon des ambassadeurs tartares qu'il introduisit dans l'assemblée le 4 juillet. Ouelques semaines auparavant, au chapitre général de l'ordre, célébré le 20 mai, à Lyon même, sous la présidence de saint lionaventure, devenu cardinal, Jérôme avait été élu à l'unanimité pour succéder à celui-ci dans le généralat. C'est à sa demande que le pape donna une solution à deux doutes touchant l'interprétation de la règle. Il permit aux frères mineurs de vendre ou d'échanger les biens mobiliers des couvents, sans la permission des donateurs ou procurateurs ou du Siège apostolique, et d'entrer pour un motif raisonnable en d'autres couvents de religieuses que ceux des clarisses.
Sous Nicolas III, Jérôme d'Ascoli fut ,chargé de travailler avec le général des dominicains Jean de Verceil, à la réconciliation de Philippe le Hardi, roi de France et d'Alphonse de Castille (ci-dessus, coj. 534); aussi au chapitre général réuni à Padoue, en mai 1277, fit-il offrir sa démission, les multiples affaires dont il était chargé par le Saint-Siège lui paraissant incompatibles avec la direction de l'ordre. Il fut néanmoins réélu à l'unanimité; et quand, en 1278, il eut été nommé par Nicolas III cardinal du titre de Sainte-Pudentienne, il dut, sur l'ordre du pape, continuer à gouverner l'ordre jusqu'au chapitre
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généra] qui eut lieu à Assise en 1270. Le cardinal de Sainte-Pudentienne joua un rôle important dans la composition de la bulle Exiit qui aeminat, donnée par Nicolas 111 le M août 1271); de même fut-il un des négociateurs de la paix entre Rodolphe de Habsbourg et Charles d'Anjou.
A partir de la mort de Nicolas III, le 22 août 1280, un silence complet se fait autour du cardinal franciscain Jérôme d'Ascoli. jusqu'à son avènement au pontificat en 12X8. La raison en est peut-être que, devenu évèque de Préneste, soit à la lin du pontificat de Nicolas III, soit au début de celui de Martin IV, il se consacra entièrement an bien de son diocèse. Honorius IV étant mort à Rome, le 3 avril 1287, les cardinaux s'y réunirent pour procéder à l'élection du nouveau pape, mais ils ne purent s'entendre. La maladie et les chaleurs de la saison les décidèrent à rentrer chez eux, de sorte qu'il y eut une vacance de onze mois. Le cardinal Jérôme d'Ascoli demeura seul au conclave sans être atteint de maladie. Les cardinaux revinrent l'année suivante et l'élurent d'une seule voix, malgré sa résistance, le 22 février 1288. Il prit le nom de Nicolas IV, en mémoire de Nicolas III, grand ami des franciscains, qui l'avait élevé au cardinalat. Il fut le premier pape de l'ordre des frères mineurs.
11 était à peine élu, que Rodolphe de Habsbourg entra en négociations avec lui en vue de son couronnement qui, jusqu'ici, avait été toujours dilïéré. Se fondant sur la concession d'Honorius IV qui avait indiqué le 2 février 1287 comme jour du couronnement, en ajoutant cependant que, si des empêchements ne permettaient pas de se tenir à cette date, le roi était libre d'en choisir une autre, à condition d'avertir à temps le pape, Rodolphe fit savoir à Nicolas IV que, sauf objections, il comptait se rendre en Italie l'été suivant (1288) ou au commencement de l'hiver. Des raisons inconnues empêchèrent encore la réalisation de ce plan, et, au printemps de 1289, le pape envoya un légat à Rodolphe pour reprendre la question. Mais le ton de sa lettre donna l'impression d'une tergiversation voulue dans cette affaire si importante pour Rodolphe, impression que confirme le fait des relations très intimes qui ne tardèrent pas à se nouer entre le pape et le roi de Sicile, Charles II, déchu de son royaume depuis les Vêpres siciliennes (30 mars 1282), qui avaient mis fin à la domination française en Sicile et avaient donné le trône à Pierre, roi d'Aragon. Tous les efforts des papes Martin IV et Honorius IV, pour conserver à la maison d'Anjou ou reconquérir cette île magnifique, étaient demeurés infructueux (voir les articles de ces papes).
Nicolas IV, lui. obtint l'élargissement de Charles II. Charles, prisonnier de Pierre d'Aragon, reconquit sa liberté, en 1288, après avoir renoncé au trône de Sicile. Le pape rejeta d'ailleurs ce contrat, et couronna, le 29 mai 1289, à Rieti, Charles II comme roi de Sicile, d'Apulie et de Calabre, e.t lui fit prêter le serment d'hommage. Il ne réussit pas toutefois à placer de nouveau la Sicile sous la maison d'Anjou. If est vrai qu'Alphonse d'Aragon, frère de Jacques, renonça à la cause de ce dernier dans la crainte d'une invasion française, et promit de forcer lui-même son frère à se soumettre. Mais, lorsqu'après la mort d'Alphonse, Jacques rentra en Aragon, son jeune frère Frédéric prit le gouvernement de la Sicile. Les relations intimes entre Nicolas IV et Charles II furent probablement la cause de la tension qui se produisit entre le pape et Rodolphe de Habsbourg. Comme celui-ci réclamait la suppression des dîmes établies, en terre allemande, par Martin IV, en faveur de Charles de Valois, il essuya un refus de la part du
pape (3 juillet 129(1). Potthast, liey., n. 23 30G. Rodolphe de Habsbourg fut plus affecté encore par la protestation du pape à l'occasion des affaires de Hongrie. A la mort de Ladislas, roi de Hongrie, décédé sans enfants, Rodolphe avait donné ce pays vassal en fief à son propre fils Albert. Le pape protesta, l'adjugea au contraire à l'Église romaine et en investit Charles-Martel, prince de Naples, fils aîné de CharlesII et de Marie de Hongrie, sœur du roi Ladislas. De leur côté, les Hongrois élurent un descendant collatéral de leur ancienne maison des Arpad, André III, surnommé le Vénitien.
Ce qui affligeait principalement Nicolas IV, c'était la fâcheuse tournure que prenaient les all'aires de Terre sainte. La croisade décidée au concile de Lyon n'arrivait pas à partir, malgré les efforts, plus ou moins continus d'ailleurs, de Nicolas III, Martin IV, Honorius IV.
En cet état de choses, Kalavun, sultan d'Egypte, conquit sans peine et avec d'inutiles cruautés plusieurs des principales villes et forteresses des chrétiens, en particulier Laodicée et Tripoli : les princes chrétiens d'Arménie et de Tyr devinrent ses tributaires. Henri II, roi de Jérusalem et de Chypre, fils de Hugues III, envoya une ambassade à Nicolas IV et aux princes de l'Occident, pour leur dépeindre l'état désespéré des affaires. Le pape fit aussitôt prêcher la croisade, donna vingt galères et 4000 onces d'or et chercha à réveiller le zèle des rois. Quand la flotte mouilla à Ptolémaïs, on ne put que constater l'insufïîsance des soldats et des armes, et il fallut se retirer. Le bruit que le sultan allait attaquer Ptolémaïs, enleva tout courage aux pèlerins en Orient et aux princes en Occident. Le jeune Philippe le Del, roi de France, refusa sans ambages son concours; Edouard Ier, roi d'Angleterre, et d'autres princes le remettaient jusqu'en 1293; les rois d'Aragon et de Sicile et la République de Gênes, ne se préoccupant que de leur commerce, conclurent des traités avec le sultan et lui promirent appui (1290). Après la mort de Kalavun, son terrible fils, Melik-al-Aschraf, mit le 5 avril 1291, le siège devant Ptolémaïs (Saint- Jean-d'Acre), devenue, depuis !a chute de Jérusalem, le centre des chrétiens, la résidence de tous les grands, la ville où se réunissaient marchands et pèlerins. Sa perte entraînerait celle de tout le reste; aussi l'avait-on fortifiée de murailles, de tours, de fossés. Malheureusement les chrétiens étaient désunis. Plusieurs s'enfuirent à Chypre ou ailleurs avec leur famille et leurs trésors, et le roi Henri partit lui-même, quand il se fut convaincu que toutes ses exhortations restaient infructeuses et que les chevaliers du Temple et de Saint-Jean ne faisaient à peu près rien. Le 18 mai 1291, la ville fut prise d'assaut. Le sac de la ville fut atroce, tous les hommes furent tués, les femmes violées et la ville brûlée et rasée. Les chrétiens perdirent successivement, soit impéritie, soit trahison, Tyr, Sidon, Beyrouth et les autres villes fortifiées; les quelques Latins qui restèrent en Syrie devinrent tributaires du sultan d'Egypte; Chypre et l'Arménie restèrent seules aux chrétiens.
A la nouvelle de ces malheurs, le pape et tous les princes essuyèrent les plus vifs reproches, mais Nicolas IV ne les méritait pas. Ce n'était pas sa faute si les plus puissants princes étaient restés sourds à ses prières et à ses objurgations. Il ne se borna pas à une douleur stérile. Il arma une flotte de vingt navires qui devaient s'unir à ceux d'Henri, roi de Chypre, pour combattre les Sarrasins et convoqua une fois de plus toute la chrétienté en Orient et en Occident, ainsi que le khan des Tartares qui avait promis de s'unir au pape pour conquérir la Terre
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sainte. 11 demandait la célébration, en tout pays, de synodes et une prompte discussion des meilleurs moyens de porter secours à la Terre sainte. Ces assemblées devaient délibérer sur la fusion des chevaliers du Temple et de l'Hôpital, à la rivalité desquels on attribuait en grande partie la chute de Ptolémaïs. Plusieurs des synodes convoqués par le pape lui-même, par lettre ou par ses légats, rendent témoignage des eiïorts de Nicolas IV: mais il mourut bientôt, le 4 avril 1292.
Pendant son court pontificat, Nicolas IV a travaillé également à la conversion des Sarrasins et des infidèles. Il fut à peine monté sur le trône pontifical, qu'il eut le bonheur de recevoir une délégation du roi des Tartares, Arghoun, qui avait renoué les anciennes relations avec Rome, rompues par son prédécesseur Achmet, mort en 1284. La délégation certifia que l'action évangélisatrice des frères mineurs, auprès des Mongols et des Tartares, portait des fruits abondants, qu'un grand nombre s'était déjà convertis, que les deux reines Tuctane et Elegage avaient reçu le baptême, et que le roi Arghoun luimême était sur le point d'embrasser le christianisme. Nicolas IV exprima sa grande joie pour les bonnes nouvelles que les ambassadeurs lui apportaient et leur confia plusieurs lettres à remettre au roi, aux deux reines converties et à' plusieurs évêques orientaux. Il y engagea vivement le roi à ne pas différer trop longtemps le baptême, et à ne pas attendre le moment où Jérusalem serait de nouveau aux mains des chrétiens; il félicita les reines et engagea les évêques à travailler pour l'union de la foi. Potthast, n. 22 631 sq., 23 009; 23 791 sq. Il renouvela cette demande au roi Arghoun jusqu'à deux fois en 1289 et en 1291. Il écrivit également, en 1289, aux khans Baidu et Cazan qui étaient chrétiens et prisaient beaucoup l'alliance des Européens contre les sultans. En 1291, le pape envoya deux autres frères mineurs au roi Arghoun avec la mission spéciale de le déterminer à se faire baptiser avec ses deux fils Saron et Cassien, et de suivre l'exemple de son autre fils Nicolas qui avait passé au catholicisme.
En 1289, Nicolas IV envoya aussi aux Mongols du nord de la Chine le franciscain Jean de Monte- Corvino, à la demande du grand khan Koublaï qui, à plusieurs reprises, avait déjà sollicité des papes l'envoi de savants chrétiens. Cf. Potthast n. 23 003. Jean de Monte-Corvino y produisit un bien considérable et fut nommé, en 1307, par Célestin V, archevêque de Pékin. Nicolas IV députa, en 1288, deux frères mineurs aux rois d'Illyrie et de Dalmatie pour les ramener avec leurs sujets à l'Église romaine. Il s'efforça également de ramener à l'unité de l'Église les Éthiopiens et les Géorgiens. C'est pourquoi il leur envoya des délégués munis de lettres destinées à l'empereur de l'Ethiopie, Potthast, n. 23 002, au roi de Géorgie, aux patriarches, aux archevêques, aux évêques et aux prélats de ces Églises. Nicolas IV travailla surtout à l'union complète des Arméniens avec l'Église romaine. A partir de 1284, plusieurs franciscains travaillaient déjà comme missionnaires en Arménie, auxquels se joignirent plus tard des dominicains. Le roi Héthun II, de concert avec Nicolas IV, exigea une entière conformité avec l'Église romaine, malgré les résistances partielles, qui s'élevèrent dans les rangs des Arméniens, et il s'en occupa encore, après avoir déposé la couronne pour embrasser la vie monastique. C'est pourquoi Nicolas IV envoya plusieurs nouveaux missionnaires franciscains en Arménie, parmi lesquels les chefs du mouvement spirituel, Ange Clarène de Fossabruno, Marc de Monte-Lupone et Pierre de Macerata. Les
franciscains y travaillèrent si bien que, depuis 1290, le siège d'Akhthamar fut reconnu comme un patriarcat indépendant, et que le siège de Hromglaï fut transféré à Sis, où, en 1307, une grande assemblée nationale, composée de quatorze archevêques et de plus de vingt évêques, déclara se conformer à la plupart des usages de l'Église latine.
Nicolas IV ne se contenta pas de travailler à la conversion des infidèles et à l'union des Églises orientales avec l'Église romaine, il combattit aussi vivement les hérétiques et les Juifs dans les différents pays de l'Europe. Il attaqua principalement les joachimites et les apocalyptiques franciscains, parmi lesquels Pierre Olieu occupe une place d'honneur; et surtout les « frères apostoliques », qui avaient surgi dans la Haute- Italie, en 1260, et qui joignaient au spiritualisme des joachimites ou apocalyptiques le panthéisme et le fanatisme politique d'Arnaud de Brescia. Leur fondateur, Gérard Segarelli. se croyait choisi de Dieu pour ressusciter l'ordre éteint des apôtres et appeler à la pénitence le monde perverti. La société de Gérard se répandit bientôt hors du territoire de Parme, et ne tarda pas à se déchaîner contre l'Église romaine. C'est pourquoi Honorius III publia, en 1286, une bulle dans laquelle il interdisait les corporations religieuses qui s'étaient établies sans l'agrément du Saint-Siège, insistait sur les inconvénients d'une prédication entreprise sans mission ecclésiastique, et exigeait que les personnes en question se rattachassent à un ordre approuvé par l'Église. Cependant le fanatisme continuait en Italie et Nicolas IV dut le combattre de nouveau en 1290, et le condamner par une nouvelle ordonnance. En 1294, le conseil de la ville de Parme fit brûler quatre des « apostoliques » et Segarelli mourut sur le bûcher, l'an 1300. Nicolas IV favorisa considérablement l'Inquisition et institua un grand nombre de nouveaux inquisiteurs, franciscains pour la plupart, dans les différents pays de l'Europe.
En dehors de la part active qu'il prit dans la lutte contre les spirituels franciscains, Nicolas IV éleva de nombreux frères mineurs à l'épiscopat et Mathieu d'Aquasparta au cardinalat, concéda d'innombrables privilèges à l'ordre franciscain, travailla à son expansion à travers le monde et composa la règle du t iers ordre de la Pénitence.
Malgré les missions difficiles, malgré les travaux innombrables, malgré les occupations de tout genre auxquels il devait se consacrer, Nicolas IV aurait encore trouvé, d'après L. Wadding, Scriptores ordinis minorum, p. 118. le loisir d'écrire : 1. In militas sanciee Scripturee libros postillee valde utiles; 2. In quatuor libros sententiarum commentarii ; 3. Sermones de tempore; 4. Sermones de sanclis. J. H. Sbaralea, Supplementum ad scriptores trium ordinum S. Francisci, t. n, p. 371-372 lui attribue : 1. Tractatus de indulgentiis ; 2. Régula tertii ordinis S. Francisci;