REFORME. CAUSES
dogme et une remise en vigueur de l'antique discipline, désormais renouvelée et renforcée. L'avenir fut garanti par l'institution si précieuse des séminaires, pour la formation du clergé, dont on a pu dire que, si le concile n'avait pas eu d'autre résultat, il aurait accompli néanmoins la tâche qu'il s'était fixée.
Mais ce drame dans l'Église, bien que conduit à un dénouement plus heureux que l'on aurait pu le craindre, entre 1520 et 1540, aboutit néanmoins à la douloureuse constatation de la rupture définitive de l'unité religieuse en Occident, en raison du caractère incurable du schisme protestant, consolidé par ce que nous avons nommé le machiavélisme de l'ère historique dite moderne et qui devrait se nommer l'ère des monarchies absolues.
En résumé, nous distinguons trois causes essentielles de la Réforme ou révolution protestante : 1° I« déchéance de la papauté, parallèle à la croissance des monarchies absolues, et aboutissant à la haine de Rome; — 2° Le développement de la mystique uuguslinienne, parallèle à un développement intense du paganisme mondain de la Renaissance, et aboutissant à une mystique du salut toute nouvelle, cell ' de la justification par la foi seule; — 3° La décadence de la scolastique, parallèle à un renouveau des études bibliques, facilitant le recours de Luther et de ses imitateurs à la Bible seule.
Mais nous estimons que tout ce mouvement ne put se prolonger, s'épanouir et finalement s'installer dans les faits que par suite de la transformation récente des idées politiques en Europe, idées dont Machiavel s'était fait le théoricien. Ainsi, philosophiquement parlant, l'ère moderne est dominée par les doctrines de Machiavel encore plus que par les idées religieuses résultant soit de la Révolution luthérienne soit de la Réforme tridentine.
Il ne saurait être question ici de faire une liste complète des ouvrages ou des sources dont doit s'éclairer l'historien ou le théologien désireux de découvrir les causes du vaste mouvement de la Réforme protestante. Il semble que pour se faire une idée juste de l'ensemble des faits, il soit nécessaire d'étudier séparément les quatie choses indiquées cidessus : la décadence du prestige papal, dans l'astor, Geschiclile der Pàpsle, 8e et 9e éd., tomes i-vu, Fribourg-en-B., 1926, — le développement de la mystique augustinienne, dans Pourrat, La spiritualité clirétienne, Paris, 1921, — la décadence scolastique, dans Renaudet, Préréforme et humanisme, Paris, 1916, — Machiavel, et son œuvre, dans Vignal, Machiavel, Paris, 1929, mais à la condition de se servir des indications bibliographiques données dans ces quatre ouvrages pour approfondir d'après les sources les quatre chefs de méditation historique que nous avons énumérés. Voici en outre une liste alphabétique des ouvrages les plus utiles pour le sujet en question : Acton (Lord). Lectures on modem history, Londres. 1907; Allen, The âge o/ Erasmus, Oxford, 1914; Arrowsmith, The Prélude to the Reformation, Londres, 1923; Belloc, How the Reformation happened, New- York, 1928 ; Bewsher, The Reformalion and the Renaissance, Londres, 1913; von Below, Vie Vrsachen der Reformation, Berlin, 1917; du même, Die Bcdeutung der Reformaiion in der politischen Entwicklung, Leipzig, 1918; Sam. Berger, La Bible française au Moyen Age, Paris, 188-1; Arnold Berger, Martin Luther in kulturgeschichtlicher Darstellung, 3 vol., Berlin, 1895-1921 ; von Bezold, Geschichte der deutschen Reformation, 1886-1890, 3 vol.; Heinrich Boehmer, Luther im Lichte der neuen Forschung, 5e éd., Leipzig, 1918; Braun, Biographisches und thcolagisehes Vers'.àndnis der Entwicklung Luthers, Berlin, 1918; Brieger, Die Reformation, Berlin, 1914; Buonaiuti, Lutero e la Riforma inGcrmania, Bologna, 1926; Burckhardt, Geschichte der Renaissance in Italien, Stuttgart, 1891 ; du même, Die Kullur der Renaissance in Ralien, 20° éd. publiée par Geiger, Beilin. 1919; Cambridge modern History, t. i-n, Cambridge, 1907; Carter, The Reformers and holy Script ure, London, 1928; Chaplin, The efjects o/ the Reformalion on ideals and conduct, Cambridge, 1927; Conde de Cedillo, El ccxdenal Cisneros, Madrid, 1921-1928; Cristiani, Luther et le luthéranisme, Paris, 1908; du même. Du luthéranisme au protestantisme,
D1CT. DE THl'OL. CATIIOL.
Paris, 1911; du même, Luther et la guestion sociale, Paris, 1912; Denifle, Luther und Lutherlum, Mayence, 1904; Espenberger, Die Elemente der Erbsùnde naeh Augustin und der Frùliseholastik, Mayence. 1906; Falk, Die Bibel am Ausgang des Millelaltcrs, Mayence, 1905; Lucien Febvre, Une question mal posée, dans Revue historique, mai-juin 1929; du même, Un destin : Martin Luther, Paris, 1928; Figgis, Erom Gerson to Grolius, Cambridge, 1916; Flake, Ulrich von Lluttcn, Berlin, 1929; Ed. Fiiter, Geschichte des euroi àischen Staalensgstems von 1492-1559, Munich, 1915; Gairdner, Lollardg and tlie Reformation in England, 4 vol., Londres, 1908-1913; du même, The english Church in the XVIth century, Londres, 1902; Cardinal Gasquet, Henry VIII and the english monasteries, Londres, 7e éd., 1920; Gebhardt, Die Graoamina der deutschen Nation, Breslau, 1884; Gilson, La philosophie du Moyen Age, 2 vol., Paris, 1922; Gregorovius, Geschichte der Stadl Rom, t. vnviii, Beilin, 1903; Grisar, Martin Luthers Lcben und sein Wcrk, Fribourg-en-B., 1927; du même, Luther, ibid., 1924- 1925, 3 vol.; du même, Lulher-Studien, ibid., 1921 sq.; J.Guiraud, L'Église romaine et les origines de la Renaissance, Paris, 1909; Haller, Die Ursachen der Reformation, Tubingue, 1917; Ilauser et Renaudet, / es débuts de l'âge moderne, Paris, 1929; 1 felele-Leclercq, Histoire des conciles, Paris, 1907 sq.; Held, Ulrich von Hidten, Leipzig, 1928; Hermclinck, Refornvdion und Gegenreformalion, Tubingue, 1911; Ilumbert, Les origines de la théologie moderne, Paris, 1911 ; Ifunibertclaude, Érasme et Luther, Fribourg, Suisse, 1909; Imbart de la Tour, Les origines de la Réforme, Paris, 1909 sq., 3 vol.; .lanssen, Geschichte des deutschen Volkes, 14' éd. revue par l'astor, Fribourg-en-B., 1897-1904; Kalkoff, Luther und die Entscheidungsjahre der Reformation, Leipzig, 1917; du même, Erasmus, Luther und Friedrich der Wcise, Leipzig, 1919; du même, Ulrich von Hutten und die Reformation, Leipzig, 1920; Kasverau, Refornvdion und Gegenrcformation, Fribourg-en-B., 1907 ; Kneer, Die Entslehung der konziliarien 'Théorie zur Geschichte des Schismas, 1893; Koehler, Luther und die deutsche Reformai ion, Leipzig, 1916; Koestlin, Luthers Théologie, 2 vol., Suttgait, 1901; Kolde, Luthers Slelhmg zu Coneil und Kirche, 1876; Krause, Eoban Hessus, sein I.eben und seine Wcrke, Gotha, 1879, 2 vol.; G. de Lagarde, R> cherches sur l'esprit politique de la Réforme, Paris, 1926; Landry, L'idée de chrétienté chez les scolastiqucs du XIII" siècle, Paris, 1929; Lindsay, A History o/ the Reformation, 1906, 2 vol.; Longpré, La jdiilosophie de Duns Scot, Paris, 1924; Lupton, A life o/ John Colet, 1887; Mackinnon, Luther and tlie Reformalion, Londres, 1925 sq : Mandel, Thcologia dctitsch, Leipzig, 1908; Alf. Martin, Luther in oekumenischer Sichl, Stuttgart, 1929; Maurenbrecher, Geschichte der katholischen Reformalion, Nordlingen, 1880; Mollat, Les papes il' Avignon, Paris, 1912; Millier, Luthers theologische Quellen, Oiessen, 1912; du même, Luthers W'crdegaiig, Gotha, 1920; du même. Luther und Tauler, Berne, 1918; Paquier, article Luther dans le présent dictionnaire; du même, Jérôme Aléandre, Paiis, 1900; Paulus, Johann Telzel <ler Ablassprediger, Mayence, 1899; du même, Die deutschen VominiJcaner im Kampfe gegen Luther, Fribourg-en-Br., 1903; du même, Geschichte des Ablasses im MilteUdlir, Padeiborn, 1922- 1923, 3 vol.; Pollard, Thomas Cranmcr and the english Reformalion, Londres, 1920; Preuss, Die Vorstellungen vom Antichrist im sp&terem Mittelallir bei Luther und in der konfessionnellen Poltmik, Leipzig, 1924; Renaudet, Erasme, sa pensée religieuse et son action. Paris, 1926; van Rhijn, Wessel Gaiisfort. Groningue, 1917; Rocquain. La cour de Rome cl l'esprit de ri forme avant Luther, Paris, 1895-1897; Rotta, // cardinale Nicolo di Casa. Milan, 1928; Salembier. Le Grand Schisme d'Occident, Paris, 1902; Samaran et Mollat, La fiscalité pontificale au XIV€ siècle, Paris, 1905; Scheel, Martin Luther, Tubingue, 1917 et sq.; Schulte, / ie lugger in Rom, Leipzig, 1904; Schnurer. Kirche und Kullur im Mittelaller, t. m, Paderborn, 1930; Seeberg, Lehrbnch der L'ogmengeschichte, t. IV, Leipzig, 1917; Seebohm, The Oxford Reformaiors, John Colet, Erasmus and Thomas More, Londres, -l" éd., 1911; A. L. Smith, Church and State, in the Middlc Ages, Oxford, 1913; Preserved Smith, Erasmus, Londres, 1923: du même, The âge of the Reformalion, New-York, 1920; Trésal, Les origines du schisme anglican, Paris, 1908; Troeltsch, Lie Bedeutung des Protestanlismus fur die Enlstehung der modernen Welt, 3e éd., Munich, 1924; Tschackert, Peints von Aitly, 1877; Valois, Le pape et le concile, Paris, 1909, 2 vol.; du même, La France et le Grand Schisme, Paris, 1896 sq., 4 vol.; Vansteenberghc,
RÉFORME. DOCTRINES, SOURCES DE LA FOI
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II. Les doctrines. — Nous n'avons pas l'intention de dresser ici une théologie protestante complète, mais de signaler les points de divergence principaux entre cette théologie, et celle de l'Église catholique. C'est justement le travail qui a déjà été fait, implicitement, au concile de Trente. Les Pères de ce concile ont eu en vue la réfutation solennelle des erreurs les plus importantes des soi-disant réformateurs. Mais les textes officiels de l'assemblée n'ont pas cherché à déterminer, dans chaque cas particulier, la teneur exacte de l'opinion qu'ils avaient pour mission de condamner. Ce qui était implicite dans ces textes, nous allons essayer de le rendre explicite et nous suivrons, dans les grandes lignes l'ordre même des décrets du concile.