III. La théologie eucharistique i>k RAniiEiir
— A propos des différentes œuvres de Radbert, nous avons indiqué les problèmes théologiques qui l'ont
RADBERT (PASCHASE)
préoccupé. Mais il faut faire une place toute particulière à sa théologie de l'eucharistie. On sait comment Michelet présente Radbert sur ce point : il serait le créateur du dogme de la présence réelle : « Ce fut au ixe siècle, dit-il, Paschase Radbert, qui, le premier, enseigna d'une manière explicite cette prodigieuse poésie d'un Dieu enfermé dans un pain, l'esprit clans la matière, l'infini dans l'atome. Les anciens Pères avaient entrevu cette doctrine, mais le temps n'était pas venu. Ce ne fut qu'au ixe siècle que Dieu sembla descendre pour consoler le genre humain dans ses extrêmes misères, et se laissa voir, toucher et goûter ». (Michelet, Histoire de France, Paris, 1876, t. i, p. 238). Nous n'avons plus, grâce à Dieu, comme au temps du chanoine Corblet, à prendre au sérieux le lyrisme de Michelet; la vérité est plus simple et plus paisible: en fait, Radbert est le premier qui ait composé une i monographie scientifique de l'eucharistie. » Lepin, op. cit., p. 6.
Aux articles : Etciiakistie et Messe de ce dictionnaire, l'œuvre de Radbert a été placée dans l'ensemble de la théologie eucharistique du ixe siècle; et l'on a marqué l'importance de la controverse qui s'éleva alors. Certains, en effet, n'ont voulu voir dans cette agitation théologique qu'une simple querelle de mots. Il y a beaucoup plus : en réalité deux conceptions très différentes du mode de présence du Christ dans l'eucharistie, et subsidiairement, de la nature du sacrifice de la messe sont en conflit; d'un côté : une conception n'alisle, accentuée: l'eucharistie nous donne le Christ lui-même, celle de Radbert; de l'autre une conception, non pas symboliste, non pas sacramentaire au sens protestant, mais mystique: d'une manière infiniment mystérieuse, l'eucharistie nous met en contact avec la divinité, il s'y trouve une virtus divina, une substantia Dei, une potentia divina; c'est la pensée de Ralramne et, avec des nuances, celle de Gottschalk.
Leur maître à tous est saint Augustin. S'il est permis de ramasser en quelques formules la pensée du docteur d'Hippone, on dira que pour lui l'eucharistie nous donne le vrai corps et le vrai sang du Christ, mais d'une manière spirituelle, sacramentelle, car il faut surtout éviter l'erreur des Capharnaïtes; Augustin est donc réaliste et non pas symboliste, toutefois, la relation entre ce corps et ce sang du Christ présents dans l'eucharistie et le corps historique du Christ est peu indiquée : ce « réalisme spirituel » laisse en suspens plusieurs problèmes. D'autre part, la messe est le mémorial efficace du sacrifice rédempteur, mais il est évident que le Christ n'y souffre plus. Saint Ambroise apporte cette précision que la présence du corps et du sang du Christ dans l'eucharistie s'opère par une mutation, naturam convertere, mulare, mais il n'insiste pas. Il s'en faut donc de beaucoup que la question eucharistique ait été résolue par les maîtres et il y avait place après eux pour un important travail d'explicitation. S'appliquant à ce travail, nos théologiens du ixe siècle s'engageront sur deux lignes divergentes : Radbert, disciple d'Augustin, mais aussi d'Ambroise et d'Hilaire, poussant le réalisme dans le sens que nous allons étudier fera un peu étrangement figure de novateur; ses adversaires, soucieux de sauvegarder le " spiritualisme » d'Augustin, auront de la peine à rester réalistes, et ils s'engageront plus ou moins consciemment dans une thèse dynamiste, d'après laquelle, ce n'est pas précisément le corps même du Christ que nous avons, mais bien plutôt une vertu qui en serait comme une émanation ou un prolongement.
La théologie de Radbert peut se rassembler sous ces trois titres : Qui est présent dans l'eucharistie? Le Christ historique, en personne. — Comment cst-il présent? Par mutation substantielle, il se rend présent d'une manière immatérielle. — Pourquoi cette pré-
sence? Pour nourrir les âmes des justes et expier poulies pécheurs, sans toutefois souffrir de nouveau. — Cette dernière question ayant été étudiée à l'art. Messe (col. 1009-1022), nous n'y reviendrons pas. Mais il faut s'y reporter si l'on veut comprendre la connexion entre le réalisme de la <« présence » et le réalisme du « sacrifice ».
1° Qui est présent dans l'eucharistie ? — « Ce qu'il faut croire, dit Radbert, c'est que, après la consécration, il n'y a dans le sacrement rien d'autre que la chair du Christ et son sang. » Affirmation fondamentale maintes fois répétée; mais en voici une autre, aussitôt après, » ...pour parler d'une façon qui étonnera davantage, cette chair n'est autre que la chair née de Marie, qui a souffert sur la croix, et qui est ressuscitée... » Col. 1269 R. Sur le premier point Radbert ne pense pas qu'il puisse y avoir de difficulté, mais il n'avance la seconde affirmation qu'en la faisant précéder d'un ut mirabilius loquar, montrant la conscience qu'il a d'exprimer une vérité moins accessible ou moins universellement reconnue. De fait, c'est là-dessus que portera la controverse : aux objections des adversaires est toujours sous-jacente cette pensée que Radbert innove en posant si nettement l'identité du corps eucharistique avec le corps historique.
L'argumentation se déroule ainsi. 11 est bien vrai que l'eucharistie est une figure et un symbole, mais non pas figure et symbole vides : elle est à la fois figure et réalité. Qu'est-ce, en effet, qu'un sacrement? Sacramentum... est quidquid in aliqua eclebratione divina, nobis quasi pignus salutis traditur, cum res gesln visibilis longe aliud invisibilc intus operatur, quod sancte accipiendum sil : unde cl sacramenla dicuntur a secreto, eo quod in re visibili divinitas intus aliquid ultra seerctius jccil per speciem corporalem. Col. 1275 A. Un sacrement est donc toute action sanctificatrice de Dieu, cachée sous des apparences sensibles, un secret voilé sous un symbole. Ainsi, le baptême, la confirmation sont des sacrements; l'Écriture sainte est un sacrement, parce que, sous la lettre des Écritures, l'Esprit-Saint agit efficacement; l'incarnation aussi est un sacrement... Constatons en passant que la théologie sacramentaire est loin d'être achevée : tout ceci d'ailleurs dérive directement d'Isidore de Séville. Parmi tous ces sacrements ou gestes mystérieux de Dieu (sacramentum vel myslerium), il en est deux qui ont entre eux une étroite connexion : le baptême et l'eucharistie : Simili modo, et in baplisir.o per aquum r.c illo (Chrislo) omnes regenerainur, deinde virlulc ipsius Christi corpore quotidie pascimur, et potamur sanguine. Col. 1277 A. Nous renaissons par le baptême, nous sommes nourris dans cette vie nouvelle par le corps et le sang du Christ lui-même, qui nous sont donnés dans l'eucharistie. Il ne faudrait cependant pas trop pousser la comparaison entre les i\vu\ sacrements, sous peine de minimiser l'eucharistie. Radbert n'est pas tenté de ce côté.
Nous sommes nourris de l'eucharistie, mais il est évident que nous ne pouvons dévorer la chair du Christ avec les dents : Christian vorari fas dentibus non est. Col. 1277 C. 11 est donc nécessaire que cette chair et ce sang nous soient donnés d'une manière figurative, sous un symbole qui ne répugne pas. Ainsi, l'eucharistie est une figure, un symbole, mais elle est aussi une réalité : quamvis myslerium hujusmodi res appellari debeat... figurant videlur esse... dum in specie visibili aliud intelligitur quant quod visu carnis et guslu sentilur. Ce mystère est une réalité qui s'exprime dans un symbole, mais qu'il soit une réalité on ne peut pas en douter : illud fidei sacramentum jure veritas uppellalur : veritas vero, dum corpus Christi cl s/m guis virlulc Spiritus in verbo ipsius ex punis vinique substantia efjlcilur. Col. 1278 R.
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Cette réalité frcs, verilas) cachée sous les apparences du pain et du vin, c'est le Christ en personne, ce corps toujours vivant qui est né de la vierge Marie, qui a été crucifié et qui est ressuscité. Radbert apporte ici pour appuyer son affirmation un texte de saint Ambroise : « Vera ulique Chrisli caro, quœ cruci/ixa est et sepulla, vere illius carnis sacranientum : Vraie était la chair du Christ qui fut crucifiée et ensevelie, vraiment de cette chair-là nous avons ici le sacrement. » C'est la même; le Christ n'a-t-il pas dit : « ceci est mon corps »? Il n'y a pas lieu d'en être surpris : Si carnem Main vere credis de Maria virgine in utero, sine semine, poteslate Spiritus Sancli creatam, ut Verbum caro fieret, vere crede et hoc quod conpcilur in verbo Christi per Spiritum Sanclam corpus ipsius esse ex virgine. Col. 1279 B. Si l'on croit que cette chair du Christ crucifiée et ensevelie fut créée miraculeusement par l'Esprit-Saint dans le sein de la Vierge, on peut croire aussi en toute vérité que ce qui est produit sur l'autel par le même Esprit-Saint, d'après la parole du Christ, est le corps même du Christ né de la Vierge. Ratramne contestera l'interprétation que Radbert donne de la pensée de saint Ambroise, mais ce qui nous intéresse ici, c'est l'opinion de Radbert, laquelle n'est pas douteuse; au surplus il semble bien que son interprétation soit la bonne.
Au c. vu, Radbert répond à la question suivante : Qui bus modis dicitur corpus Christi? L'expression « corps du Christ », répond-il, désigne dans le langage des fidèles trois choses fort différentes : d'abord, il signifie l'Église : Corpus Chrisli, sponsa videlicet Dei Ecclesia jure dicitur, conformément à la théologie de saint Paul. Ensuite, le mot désigne « le corps eucharistique » et Radbert constate qu'il n'est pas permis à celui qui n'appartient pas au corps du Christ qu'est ['Église de manger cet autre corps mystérieux du Christ qu'est l'eucharistie. Col. 1284 D; 1285 A. Enfin le mot désigne le corps du Christ historique, né de Marie par l'opération de l'Esprit-Saint. C'est le corps sacré qui fut cloué sur la croix, qui fut mis au tombeau et qui ressuscita le troisième jour. Actuellement il est au ciel, devenu prêtre pour toujours et intercédant pour nous chaque jour. C'est à lui que se rattache, que s'unit ce » corps » qui est l'Église, in quod islud transferlur. C'est vers lui que nous dirigeons notre pensée, que nous tournons notre àme, de telle sorte que, de lui, par lui, nous qui sommes son « corps », nous recevions en nourriture sa propre chair, sans qu'il en soit, lui, modifié : ...ut ex ipso et ab ipso, nos corpus ejus, carnem ipsius, Mo manenle integro, sumamus. Col. 1285 R. Reprenant l'antique figure de l'arbre de vie, on peut dire que le Christ est à la fois l'arbre et le fruit : quaz nimirum caro ipse (plutôt que ipsa) est et fruclus ipsius carnis, ut idem semper maneat et universos qui sunt in eorpore posait... Arbor quidem ligni vitse Christus mine in Ecclesia est. Le Christ uni à l'Église s'incorpore véritablement tous ces membres de l'Église qu'il nourrit de sa propre chair. Et rrunl duo in corne una : le Christ et l'Église, chacun des membres de l'Église et le Christ. C'est donc la personne même du Christ toujours vivant que nous atteignons directement, à qui nous nous unissons dans l'eucharistie et non pas quelque chose du Christ : une vertu, une puissance émanée du Christ.
Mais une question se pose à présent que Radbert ne. pouvait passer sous silence : comment le Christ peut-il être présent, en personne, avec sa vraie chair et son vrai sang, dans le sacrement?
2° Comment le Christ est-il présent ? - Par sa divinité, par son àme humaine elle-même, le Christ peut être présent « spirituellement » en tout lieu à la fois : il esl dans l'Église el l'Église est son » corps »; mais ce qu'il faut expliquer, c'est la présence réelle de sa chair el de
son sang dans l'eucharistie, de telle façon que le corps eucharistique soit vraiment sa personne humaine, selon les mots qu'il a employés : « ceci est mon corps, ceci est mon sang ». Lumineuses sont à ce propos, constate Radbert, les « multiplications » racontées dans les Livres saints : si enim hydria farinse vel lecylus olei seu panes secundo (ou mieux edendo, ou encore eundo) crescunl, el non minuuntur dum satianl, quid pulas facit caro Chrisli? Col. 1285 R. La difficulté existe donc seulement pour la « chair » du Christ, mais si nous savons que Dieu peut, par miracle, multiplier les substances matérielles, pourquoi ne ferait-il pas ce miracle pour la chair du Christ, de telle façon qu'elle soit présente partout où l'appelle la prière de l'Église, se servant de ses propres paroles ?
Présence réelle, présence personnelle du Christ historique, donc présence corporelle, puisque — et Radbert ne cesse de le répéter — c'est son vrai corps et son vrai sang que nous donne l'eucharistie; mais ce corps et ce sang sont l'objet d'un double miracle : ils sont « multipliés » comme autrefois Jésus multiplia les pains, et, surtout, ils sont « spiritualisés ».
Radbert qui a le souci de ne pas atténuer la portée des paroles de Jésus, en tombant dans le symbolisme, a aussi celui d'éviter un réalisme grossier. Au c. vm, nous rencontrons des textes importants. Les paroles du prêtre à la messe : jubé hsec perferri per manus sancli angeli lui in sublime allure tuum, in conspeclu divinie majestatis luœ lui fournissent l'occasion de s'expliquer. Radbert souligne avec soin que la « translation » est seulement métaphorique : il n'y a pas translation réelle pour cette raison que, dans tout ce mystère eucharistique, il n'y a rien de matériel : Disce quia Deus spiritus illocaliter u bique esl. Intellige quia spiritalia hsec, sicul nec localiler, sic ulique nec carnaliter ante conspeelum divinœ majestatis, in sublime /eruntur. Col. 1287 C. La chair et le sang du Christ sont donc présents mais d'une manière spirituelle : spiritalia hxc. Ailleurs il dit : ce que nous recevons est tout entier spirituel : lalum spiritale esl el divinum in eo quod percipit homo. Col. 1280 C. Et un peu plus loin : Dibimus... spirilaliler ac comedimus spirilalem (ou : spiritualiter) Christi carnem. Col. 1281 C. Au c. xx, le. « stercoranistes » sont attaqués directement. Radbert pose la question : pourquoi faut-il être à jeun pour communier? Les hérétiques disent que c'est afin que le corps et le sang de Christ ne subissent pas avec les autres aliments le cours ordinaire de la digestion. Or, ceci n'est pas à craindre, en effet, la chair et le sang du Christ ne nourrissent en nous que ce qui est né de Dieu et non de la chair : hoc sane nutriunt in nobis, quod ex Deo natum est et non quod ex carne et sanguine... hxc mysteria non carnalia, licet caro el sanguis sint, sed spiritalia jure intelligunlur. Col. 1330 C.
Mais commenl celle spiril ualisation » se réalise-telle? Il ne semble pas que sur ce point la pensée de Radbert se soit précisée, à mesure qu'il avançait en âge et réfléchissait sur le problème. Au contraire, la dernière édition de sou traité, qu'il donna vers la fin de sa vie, si elle témoigne de la vigueur de sa foi en la présence personnelle du Chrisl dans l'eucharistie, montre aussi une confusion plus grande dans l'essai d'explication qu'il tente. Pour illustrer sa thèse, il multiplie exemples et anecdotes, or ces exemples,;! vrai dire, ne sont pas très heureux.
Le Christ, dil Radbert, parfois a voulu se montrer lui même dans l'eucharistie pour fortifier la foi des fidèles. (Voir c. vi, 3, col. 1283; rx, 7-12, col. 1298 sq.j xiv, 1-5. col. 1316 sq.). I'orl bien, mais, telles quelles, ces anecdotes présentent le liés grave inconvénient de laisser croire à une présence matérielle : le vrai corps el le vrai sang du Christ étanl là, comme eu miniature, réduits aux dimensions de l'hostie, les membres pou-
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vant être coupés, le sang pouvant couler, etc.. Est-ce vraiment la pensée de Radbert? Ce serait le cas de rappeler le proverbe « comparaison n'est pas raison »; il ne faut jamais trop presser une image ou une historiette destinée à illustrer une thèse difficile; aux textes dogmatiques de Radbert, il n'y a rien à redire : spirilalia jure inlelliguntur. 11 eût été préférable qu'il s'en tînt là : les « additions » qui, d'ailleurs, se séparent bien du texte auquel les rattache une quelconque formule de transition, laissent une impression assez trouble.
Sous l'action des paroles divines un changement se produit dans le pain et dans le vin, en vertu de la consécration. Quelle est la nature de ce changement? Ce pain et ce vin restent-ils du vrai pain et du vrai vin, puisque les apparences demeurent? Le changement est-il « transsubstantiation » suivant la formule du concile de Trente? Peut-être, sous diverses influences, a-t-on eu tendance, même chez les catholiques, à exagérer l'importance de Radbert dans l'élaboration de la doctrine de la «transsubstantiation». On trouve en effet chez lui une belle formule, toute proche de la « transsubstantiation », mais cette formule est une citation, Radbert lui-même note sa référence, il s'agit d'un texte emprunté à Fauste de Riez. (Radbert dit : Eusèbe d'Émèse; il se trompe sur l'attribution, mais peu importe ici). Cette citation se trouve dans la lettre à Frudegard : (Christus) invisibilis sacerdos, visi biles creaturas in substantiam corporis et sanguinis sui, verbo suo, sécréta poteslate, convertit. Col. 1354 R. A la vieille idée de « mutation », de « conversion » s'est ajoutée cette précision extrêmement intéressante, qu'il s'agit d'une mutation substantielle. A cette thèse, qu'il n'a pas inventée, Radhert adhère pleinement, comme nous pouvons le constater par les textes suivants.
Licet figura (plutôt que in figura) panis et vtni maneat, hœc sic esse omnino, nihilque aliud quam caro Christi et sanguis, post consecralionem credenda sunl. Col. 12G9 R. Après la consécration, il n'y a donc plus ni pain ni vin, mais seulement la figure, l'apparence du pain et du vin. Sans chercher là une théorie, à laquelle Radbert ne songe certainement pas, il est permis cependant de constater que les termes employés excluent « l'impanatinn » et la <• consubslantiation » : nihil aliud quam caro Christi. Comme saint Ambroise et d'autres l'avaient dit, une mutation s'est produite. Radbert, qui a emprunté sa formule à Fauste de Riez, s'exprime ainsi pour son compte personnel : Substantiel panis et vini in Christi carnem et sanguinem effleaeiter (effectivement, en réalité) intérim eommiilutur. Col. 1287 C. Le changement porte sur la substance du pain et du vin, il est réel, mais sous le voile des apparences qui, elles, ne changent pas. Nous avons noté plus haut, à propos d'un texte qui précède immédiatement celui-ci, comment cette chair et ce sang du Christ sont mis dans un mode d'être spirituel : spiritalia hœc: toute cette réalité qui est spirituelle n'a vraiment pas besoin d'être transportée in sublime, devant le trône de Dieu, n'a-t-elle pas été « sublimisée » de la manière la plus merveilleuse qui soit, puisque un être corporel a été changé en la chair et au sang du Christ. Cogita igilur si quippiam corporeum potest esse sublimius, cum substantia panis et vini in Christi carnem et sanguinem efficaciler interius commulalur. Col. 1287 C.
Mais comment une réalité corporelle peut-elle avoir un mode d'être spirituel? N'y a-t-il pas contradiction? D'autre part que sont ces apparences qui demeurent? Si l'intérieur est « substance », ne seraient-elles pas des « accidents »? C'est beaucoup trop demander à Radbert. A la première question, il ne répond que par ce qui a été dit avant lui : hsec spiritalia sunt, et l'on peut croire qu'il n'hésite pas là-dessus malgré l'étrangeté de quelques-unes des histoires qu'il rapporte. L'élé-
ment corporel est spiritualisé, sublimisé, mais nous ne savons pas comment. Il ignore le mot « accident »; dans l'expression : speciem et colorem non mulavil, col. 1306 A, speciem signifie aspect extérieur, et, rapproché de colorem, il désigne plus spécialement la forme. Si nous cherchons ensuite le mot désignant cette action qui rend présents le corps et le sang du Christ, nous trouvons plusieurs fois celui de « création »: Quia Christian vorari fas denlibus non est, voluil in myslerio hune panem et vinum vere carnem suam et sanguinem consecratione Spirilus Sancti potentialiter creari, creando vero quolidie pro mundi vita myslice immolari. Col. 1277 CD. Ailleurs il écrit : Neque ab alio caro ejus creatur cl sanguis, nisi a quo creala est in utero virginis. Col. 1311 A. L'Esprit-Saint opère-t-il donc une nouvelle création à chaque consécration? Il ne s'agirait donc plus de mutation ni de transsubstantiation, mais, à chaque fois, d'annihilation de la substance du pain et du vin et de création du corps du Christ? Non, le fond de la doctrine de Radbert est la « mutation substantielle », mais il s'exprime mal. t Créer » ne signifie pas chez lui : faire quelque chose de rien, ex nihilo; il emploie souvent l'expression : creare ex aliquo; il suffit d'ailleurs de se rappeler que la formation du corps de Jésus dans le sein de Marie ne fut pas une « création », et l'on verra qu'il n'y a pas lieu de presser l'analogie.
3° Conclusion. — Si, en achevant cet exposé, nous cherchons la raison qui a pu engager Radbert dans ce réalisme eucharistique, si fortement marqué — presque trop marqué — nous constaterons que ce n'est pas une pensée spéculative, une nécessité purement logique. Radbert n'est pas un philosophe et sa contribution à l'explication philosophique du mystère eucharistique est fort mince. Mais il a été très frappé par la grande idée du corps mystique du Christ, qu'il lion vait magnifiquement développée dans saint Augustin et, mieux encore peut-être à son point de vue, dans saint Hilaire. L'incorporation au Christ de chaque fidèle régénéré par le baptême, nourri par l'eucharistie, telle est son idée dominante, explicative. l'A cnuil duo in carne una, dit-il en un sens accommodai ice mais très expressif. Saint Hilaire trouvait insuffisante la pensée d'une union simplement morale du Adèle avec le Christ; pour lui « l'incorporation » suppose une union » physique » (cf. Mersch, Le corps mystique du Christ, Louvain, 1933, t. i, p. a.")1.)), un rattachement. une adhérence, non pas charnelle, certes, mais réelle, de chaque fidèle à la personne même du Christ Jésus, fils de Marie, toujours vivant et le même. Ainsi, pour Radbert, il apparaît tout à fait insuffisant que l'eu charistie nous donne « quelque chose » du Christ, une vertu, une puissance. Elle le donne lui-même : luimême nourrit notre vie par communication directe de sa propre vie, en multipliant spirituellement sa propre chair et son propre sang, comme il a multiplié les pains : Pullulât ergo illa uberlas carnis Christi, et manet inleger Christus. Col. 1311 H. Et, parce que nous sommes faibles, cette nourriture doit nous être fréquemment donnée; c'est ce qui explique le renouvellement, à la discrétion de l'Église, de l'acte de Jésus à la Cène. L'effet extraordinaire de cette nourriture est de nous assimiler à elle-même : de même que la substance du pain et du vin a été merveilleusement « sublimisée . « spiritualisée », en devenant réellement la chair et le sang non plus charnels mais spiritualisés du Christ, ainsi, pauvres êtres charnels, nous nous acheminons vers une spiritualisation, qui d'ailleurs ne se réalisera parfaitement qu'après la vie présente. Constat igitur quia, etsi tria (panis, l'inum et aqua) prius poniinlur. non nisi caro et sanguis poslea recte creditur, dans indicium quod animalis homo totus de beat Iransire in spirilum et spirilalis fleri. Col. 1309 C.
HADBERT (PASCHASE) — RADINUS
I. Histoire littéraire. — • 1" Éditions des textes. — Le rassemblement des textes a été commencé par Sirmond, qui public, en 1619, les Commentaires sur saint Matthieu; sur le Ps. XL/ V; sur les Lamentations; la Passio SS. liufmi et Valerii. cl 1 i lettre à Lrudcgard; Mabillon dans les Acta sanct. ord. S. Ben., t. v, donne la Vita Adalhardi et VEpitaphium Arsenii; Martène et Durand, Ampliss. collecl., t. ix, donnent le De eorpore et sanguine Christi et le Ile fide, spe el carilate; L. d'Achery, au t. i.du Spicileginm, donne le De partit Virginis.
Comme éditions critiques récentes il faut signaler : 1 . Celle des pièces poétiques par Traube, dans Mon. (ierm. hist., Poetœ lat., t. m, p. .'{8 sq.; 2. celle des diverses lettres-préfaces Cmais pas la lettre a Frudegard), y compris les prologues aux diverses sections du Commentaire sur Matthieu, par E. Dtimmler, dans la même collection, Episl.. t. vi, p. 132-149; 3. celle de VEpitaphium Arsenii, par K. Dùmmler, dans les Abhandlnngen de l'Académie dcBerlin (philos, et hist.), 1900, t. n p. 18-98.
2° Travaux. — -Outre les histoires littéraires pi us anciennes (Histoire littéraire de la France, t. v; dom Ceillier, Histoire des auteurs écriés.. 2* éd., t. XII), voir A. Ebert, Allqem. Gesch. der I. itérai, des M. A., t. Il, p. 230; M. .Maintins, Gesch. der lutein. [.itérai, des M. A., t. i, 1911 ; Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, t. m; dom Grenier, Histoire de la mile et du comté de Corble, Amiens, 1910.
TI. Doctrine eucharistique. — Parmi les travaux anciens voir suitout la Perpétuité de la foi de l'Église catholique, éd. Migne; Eli. du Pin, Histoire des controverses et des matières ecclésiastiques traitées dans le IXe siècle; dom Chardon, Histoire des sacrements, éd. Migne; Corblet, Histoire du sacrement de l'eucharistie.
Les travaux récents sont nombreux; voir surtout : 1'. Batiffol, Études d'histoire et de théologie positive, 2e série, dans les diverses éditions; Pourrai, La théologie sacramenlaire, Paris, 1907; lleurtcvent, Durand de Troarn el les origines de l'hérésie bérengarienne, Paris, 1912; Jacquin, (). P., /.c i Ile eorpore el sanguine Domini » de Paschase Kadbert, dans Hev. des sciences phil, el théol., janvier 1914; l'n professeur de séminaire, Le corps (le ./.-(.. présent dans l'eucharistie, dans La prière et la vie liturgiques, Avignon, 1926; Ceiselmann, Die Eucharisticlchre der Vorscholaslik, Paderborn. 1926; J. Lecordier, La doctrine de l'eucharistie chez saint Augustin (thèse), Paris, 1930; Macdonald, Berengar and Ihc rejorm oj the sacramental doctrine, Londres, 1930; IL Lang, S. Augustini textus eucharistie! selecli, dans J'Iorilegium pairislicum, Bonn, 1933; Laistner, Thought and letters in Wcsfern Europe, A. D. 500-000, Londres, 1931; Lepin, L'idée du sacrifice île la messe, Paris, 1926; H. P. de la Taille. « Mgsterium fidei », 3e éd., Paris, 1931; dom Cappuyns, Jean Seat Érigène, Louvain, 1933; Mersch, Le corps mystique du Christ, Louvain, 1933; Geiselmann, Isidor von Sevilla und das Sacramenl der Eucharistie, Munich, 1933.
H. Pei.tier.
RADCLIFFE Nicolas, bénédictin du xive siècle. .Moine de Saint-Alban, il fréquenta l'université d'Oxford, où il prit le doctorat en théologie, fut nommé le 5 février 1368 prieur de Wymondham (Norfolk), qui dépendait de son abbaye. Il rentra dans celle-ci en 1380, et y fit fonction d'archidiacre. Deux ans plus tard, il était au nombre des docteurs qui, au printemps de 1382, examinèrent et condamnèrent 24 propositions de Wiclcf (réunion dite des Blackfriars). Nicolas était encore en vie en 1396, où il prit part en qualité d'archidiacre à l'élection d'un nouvel abbé de Saint-Alban. Peut-être mourut-il avant 1401; à l'élection de Guillaume Heywortb. qui eut lieu cette année, on signale un autre archidiacre.
Nicolas fut par la parole et la plume un adversaire acharné de Wiclcf, qui l'appelait le « chien noir », lundis que le carme Pierre Stokes était le « chien blanc ». Dans une série de dialogues censés tenus entre lui-même et ce dernier, Nicolas prit en cflet la défense des principales thèses catholiques attaquées par le novateur. Dans un ms. qui figurait à Westminster sous la cote 6 D, x se lisaient des dialogues, i . De primo (tontine; 2. De dominio nalurali; 3. De obedienliali dominio; 4. De dominio regalt ci judiciali; 5. De poteslaie Pelri aposloli el successorum; (>. De eodem argumenlo contra
Wiclcvum. A la suite venait : 7. De vialico animée (c'est selon toute vraisemblance le même ouvrage qui est signalé ailleurs comme Vialicum salubre animœ immortalis sive De sacramento eucharisties) ; 8. De volis monachorum: 9. De imaginum cullu; 10. De schismate papali. On trouvera les incipits de ces traités dans Tanner. Le ms. Ilarl. 635, fol. 205, cite aussi de lui des Invectiones contra Wiclevi opinioncs.
Les données historiques sont fournies par les Gesla Abbalum monasl. S. Albani (Bolls séries), t. m, p. 123,425, 480, •186; par les Fasciculi zizaniorum M. J. Wyclif (môme collection), p. 289, 332. ■ Les données littéraires par Leland, Collectanea, t. m. p. 18. — Voir Tanner. Biblioth. britann. hiherniea, Londres. 1748, p. 612-613; Dictionarg of national biography, t. xi.vii, 1896, p. 133.
É. Amann.
RADER Mathieu, jésuite. Né en 1561, à Innichen au Tyrol, admis dans la Compagnie de Jésus en 1581, il enseigna dans divers collèges les humanités, le grec et la rhétorique. Son érudition, surtout en philologie et en littérature classique et patristique, lui valut l'admiration des plus célèbres savants de son temps. Il mourut à Munich, le 22 décembre 1634.
On lui doit plusieurs importantes publications hagiographiques et une série d'éditions de textes classiques et surtout patristiques dont on trouvera la liste dans Sommervogel. Voici les principales : Bavaria sancta, 3 vol. in-fol., .Munich, 1615-1627; Bavaria pia, in-fol., Munich, 1628. Ces deux ouvrages très estimés (réédités ensemble a Dillingen en 1704) contiennent plus de deux cents vies de saints et bienheureux ou de personnes mortes en odeur de sainteté. Un autre recueil hagiographique a pour titre Viridarium sanclonim ex menœis Grœcorum, Munich, 1604, in-8°; Pars altéra : De simplici obedienlia el contemlu stti... ex tnlinis, ilalicis, grsecis delibala, Augsbourg, 1610; Pars tertia : Illustria sanclorum exernpla ex grœcis el lalinis scriploribus deprompta, Dillingen, 1614. (Réédition à Munich, en 1614, avec plusieurs traités patristiques, sous le titre général Opuscula sacra). Parmi les éditions de textes mentionnons : Pelri Siculi hisloria Manichœorum, texte grec et traduction latine, Ingolstadt, 1604; Acta sacros. el œcum. concilii VIII, Conslanlinopolitani IV, édités pour la première fois, avec traduction latine et annotations, Ingolstadt 1604 (édition reproduite dans les Concilia de Labbe et Cossart); sur cette édition, voir ici art. Piiotius, t. xn, col. 1552. C.hronicon Alcxandriiuun fvulgo Siculum seu Fasli siculi), texte grec et traduction latine, Munich, 1615; Opéra omnia de saint Jean Climaque, texte grec et traduction latine, Paris, 1633, réimprimé dans P. G., t. i.xxxvm.
Sommervogel, liihl. de la Comp. de Jésus, t. VI, col. 1371- 1382; Hurter, Komenclalor, 3« éd., t. ni, col. 850-851.
J.-P. Grausem.
RADINUS, dominicain lombard né à Plaisance, mort en 1527. Humaniste, poète, orateur, théologien, il était ami et collaborateur du maître du sacrépalais. Silvestre Priérias. Celui-ci fut le premier, peutêtre, à signaler que Luther ne manquait pas seulement à la discipline, mais que son système était entièrement hérétique. Radinus seconda Priérias dans sa lutte antiluthérienne. Il écrivit contre le novateur, en style cicéronien, une lettre : Ad illustrissimos et invictissimos principes et populos Germanise in Martinum Lulherum Vittembcrgcnsem, ordinis eremilarum, nalionis gloriam violantem... Selon Cochléus (Philippica VII ad Carn- Inm V. p. 553) à une réponse dilatoire de Mélanchton, Radinus aurait si vertement répliqué que la dispute en resta la.
Quétif-Échard, Scriptores ord. preed., t. n. 1721. p. 7:; 7.">.
M. -M. GORCE .
RAGGI (JACQUES)
KAINIER DE PISE
RAGGI Jacques, frère mineur capucin de la province de Gènes, frère du cardinal Octavien Raggi cl oncle du cardinal Laurent Raggi. Né à Gênes le 7 août 1593, il étudia la philosophie chez son frère le cardinal, jusqu'à ce qu'à l'exemple d'un autre de ses frères, le P. Marcel, il fut reçu dans l'ordre des capucins par le général Clément de Noto, qui l'envoya au noviciat de Saint-Barnabe à Gênes, où il prit l'habit le 17 avril 1617. Il fut à plusieurs reprises supérieur de différents couvents et, en 1653, il fit partie du définitoire provincial. Il publia De regimine reyularium, Lyon, 1647; Gênes, 1653, in-4°, 638 p. Cet ouvrage est divisé en deux centuries, dont la première (363 p.) comprend trois parties : in prima incommoda, quœ in regularium eleclionibus oriri possunt, nec usque in liane diem prœlo subjecla, enucleaniur; in secunda remédia assignantur; in terlia nonnulla selecla elucidanliir ; la deuxième centurie a 13 traités (275 p.). La première édition porte le pseudonyme « Giragi ». Quand en 1657 la peste sévit à Gênes, le P.' Jacques s'offrit aussitôt pour soigner les malades, les assister et leur distribuer les secours de la religion. Dans l'exercice de cette œuvre de charité il contracta lui-même la maladie et mourut cette même année au couvent de la SS. Concezione. Pendant l'épidémie, il composa pour les confesseurs qui assistaient les pestiférés un ouvrage, dans lequel il leur donne des conseils pour se prémunir contre l'infection de la maladie : Monila necessaria con/essariis lempore pestis ad sacramentel ministranda, ne morbo afficiantur, in summum animarum bonum, Cènes, 1657. Il aurait rédigé encore plusieurs autres traités théologiques, principalement de morale, qui sont demeurés inachevés. Notons en tin que c'est à tort que L. Wadding et J.-H. Sbaralea affirment qu'il s'appelait François de son nom de religion et Jacques de son nom de baptême. C'est le contraire qui correspond à la vérité, puisque dans le siècle il s'appelait François et en religion Jacques.
L. Wadding, Scriptores ord. minorum, Rome, 1900, p. 92; .1. H. Sbaralea, Suppl. ad scriptores ord. minorum, t. l, Rome, 1908, p. 297-298; Bernard de Bologne, Bibl. scriplorum ord. min. eapuccinorum, Venise, 1747, p. 130; II. Hurter, Nomenclator, 3e éd., t. in, col. 1206; Fr. Z. Molfino, I cappuccini Genovesi. Noie biograflche, Gênes, 1912, p. 50- 51, 239.
A. Teetaert.
RAGUSA Joseph, né à Giuliano (Sicile) en 1560, entra dans la Compagnie de Jésus en septembre 1575, enseigna les humanités et la philosophie à Paris, puis, pendant quatorze ans, la théologie scolastique à l'adoue, Messine et Païenne; il mourut dans ce dernier collège le 25 septembre 1624, après y avoir rempli pendant huit ans la charge de préfet des études. Auprès de ses contemporains il jouit d'une haute réputation de science, de prudence et de piété.
Il publia un commentaire estimé et rare des questions de la Somme de saint Thomas concernant l'incarnation : Commentariorum ac dispulationum in terliam partem D. Thomœ tomus unus, sacra incarnali Yerbi myslcria perlractans, in-fol., Lyon, 1619; Commentariorum... traclatio poslerior, qum est de Christo Domino per se, hoc est de ejus unilate, of]icio, in-fol., Lyon, 1620. Il laissa en outre divers traités restés inédits : De juslificatione, De pœnilentia, De baptismo, De eucharislia, Commentaria in primam secundse, De natura et gratia, De sacramenlis.
Sotwell, Bibl. scriptorum Soc. Jesu, 1676, p. 525; Mongitore, Bibl. Sicula, t. i, 1708, p. 400-401 ; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. vi, 1398 (1573 comme date de naissance est une faute d'impression) ; Hurter, Nomenclator, 3" éd., t. ni, col. 646.
J.-P. Grausem.
RAISCANI Jean, jésuite hongrois. Né en 1670, il entra dans la Compagnie de Jésus en 1688 (un an après son frère Georges, auteur de plusieurs traités de vulgarisation philosophique et de spiritualité, 1669- 1734); il enseigna la grammaire, les mathématiques, la philosophie et la théologie morale, fut recteur à Klausenbourg et à Kaschau et mourut à Tvrnau, le 12 mars 1733.
Nous avons de lui divers ouvrages d'apologétique et de controverse, en particulier : Ilinerarium athei ad verilatis viam deducti, Vienne, 1704; Opusculum de vera et falsa fidei régula, in quo ostendilur nihil posse fide divina credi... nisi ad Ecclesix sensum et traditionem recurratur, Kaschau, 1723, plusieurs fois réédité; Peregrinus catholicus de peregrina unitaria religione discurrens. Kaschau, 1726; Signa Ecclesix seu via facilis in notiliam Ecclesix cathoUcœ perveniendi, Kaschau. 1728: Fides salutaris soli religioni romanocàtholiçsç propria, Tvrnau, 1731.
Stôger, Scriptores prov. Auslriacœ soc. Jesu, 1856, p. 291 ; Sommervogel, Bibl. de la Comp. de Jésus, t. VI, col. 1402- 1404; Hurter. Nomenclator, 3e éd., t. rv, col. 1051-1052.
J.-P. Grausem.
RAIIMIER DE LOMBARDIE, dominicain, évêque de Maguelone qui mourut en 1249 pour avoir communié à sa messe avec une hostie qu'on avait empoisonnée à cette intention. Il ne faut pas le confondre avec deux autres « Rainier de Lombardie », tous deux dominicains comme lui : Rainier de Plaisance et Rainier de Pise, qui suivent.
Touron, llist. des hommes illustres de l'ordre de Saint- Dominique, t. i, 1743, p. 310-313; Gallia christ., t. VI, col. 7(17.
M. -M. GORCE.
RAINIER DE PISE, très probablement dominicain qui vécut dans la première moitié du xive siècle. Il a laissé un ouvrage extrêmement important, sa Panthcologia. C'est un dictionnaire de théologie où les matières sont disposées par ordre alphabétique, traitées succinctement, mais assez à fond néanmoins, pour qu'apparaisse clairement la doctrine personnelle de l'auteur. Il ne suffit pas d'alléguer, comme on le fait habituellement, (pie Rainier s'est borné « au choix des auteurs les plus estimés et les plus recommandables par leur orthodoxie et la solidité de leur doctrine pour composer un seul ouvrage qui renfermât en abrégé tout ce qui se trouve répandu en une infinité d'autres ». Ce jugement superficiel est dû, sans doute, à une interprétation erronée du prologue du livre. En vérité, ce n'est pas seulement un dictionnaire de théologie, c'est un dictionnaire d'inspiration thomiste. Par la disposition des matières, il se trouve même que le dominicain Hainier de Pise est un témoin facile à consulter (plus facile à consulter par exemple que Capréolus, d'ailleurs plus tardif) sur l'état du thomisme, ou du moins d'une théologie traditionnelle, moins d'un siècle après saint Thomas, à une époque où le grand théologien était déjà canonisé par Jean XXII et, avant le succès de Scot parmi les franciscains, était considéré comme le premier des maîtres en théologie le doclor communis. Répandu peu à peu en copies manuscrites, la Panthéologie devint célèbre au xve siècle. Elle a été éditée plusieurs fois en incunables (1474, Nuremberg; 1477 et 1486, Cologne). Le xvie siècle lui maintint sa faveur (rééditions en 1519, 1529, 1583). Au xvne siècle, elle n'était décidément plus au courant des nouveaux travaux des théologiens. Aussi Jean Nicolai qui la réédita, 3 in-fol., en 1655 (voir Nicolaï Jean) dut-il ajouter des développements sur diverses matières controversées depuis l'entrée dans la lice théologique des' jésuites et des jansénistes. Il n'en reste pas moins qu'en dehors de ces points spéciaux l'ouvrage médié-