RAINIER DE PISE
RAINOLDS (GUILLAUME
val gardait sa valeur, et que, si l'on voulait faire, non pas un dictionnaire de théologie générale, mais un dictionnaire thomiste, comme on en a parfois émis la prétention, le mieux serait encore de reprendre la vénérable Pantheologia déjà complétée par Nicolaï. Cependant le principal intérêt de la Pantheologia (qui a peut-être été commencée dès 1301), n'est pas là. Il est dû a ce (pie ce livre représente une interprétation pour ainsi dire authentique de la théologie tratitionnelle, avant qu'on ait essayé de l'utiliser, de l'accentuer contre des théologies modernes. On s'aperçoit alors (pie la probabilité morale est au Moyen Age presque une certitude morale, ce qui n'est pas sans intérêt pour les thèses du probabiliorisme. On s'aperçoit aussi que la théorie thomiste de la liberté humaine n'a rien à voir avec la théorie des jansénistes sur ce sujet, tout en sauvegardant l'active présence de Dieu partout, dans les destinées comme dans les consciences. Nicolaï jouait un tour aux jansénistes en rééditant Rainier. Le thomisme de Rainier est d'ailleurs accueillant, en particulier pour saint Bonaventure et pour la Somme dite d'Alexandre de Halès.
Quétif-Écliard,.S'en'p/orcs orrf. prxd.,t. i, 1710, p. 633-036.
M. -M. GORCE.
RAINIER DE PLAISANCE ou RAINIER SACCHONI (1190-1258), ancien évèque /autistes) cathare, devenu inquisiteur dominicain à Plaisance, après avoir été dix-sept ans non seulement hérétique, mais ■ hérésiarque ». Il procéda avec une telle rigueur contre ses anciens coreligionnaires qu'il fut chassé de la ville par le tyran l'berto l'alavicini et par ses alliés 1rs Turriani de Milan qui s'appuyaient sur les hérétiques. Rainier de Plaisance a laissé deux ouvrages : 1° Une Summa de catharis et leonistis seu pauperibus de Lugduno, éditée à Paris, 1548; rééditée dans Martène et Durand, Thésaurus noiuis anerdolorum. t. v, 1719, col. 1559-1775; 2° Un Liber aduersus waldenses, édité par Gretser en 1613, puis dans la Bibliotheca Patrum, Lyon, t. xxv. Les livres de Rainier de Plaisance, en particulier pour ce qui concerne les cathares, sont d'une grande exactitude et d'une grande netteté dans l'exposé des doctrines hérétiques. On a pu s'en rendre compte là où il était corroboré par d'autres ouvrages, par exemple dans l'exposé de la doctrine docète contraire à la maternité de Marie. Nous connaissons par Rainier les idées précises d'un doctrinaire cathare, Jean de Lugio. L'ancien évêque cathare Rainier avait lu le livre de Jean de Lugio, et il était sur ce point mieux renseigné (pie les autres cathares, car on n'avait pas osé publier parmi eux cette théologie plus approfondie de leur doctrine, de crainte que des controverses opposassent davantage encore ceux qui étaient plus manichéens et ceux qui l'étaient moins. A la différence de Monéta de Crémone, (voir art. Moneta) qui expose longuement les doctrines cathares et les réfute plus longuement encore, Rainier ne réfute pas du tout et se borne à exposer brièvement ces diverses thèses cathares, pour que les inquisiteurs puissent les reconnaître. Mais il est néanmoins assez analytique pour distinguer les diverses écoles cl opinions des hérétiques. C'est en cela surtout qu'il nous est précieux et qu'il a été utilisé pertinemment par E. Broeckx. Il mé rite bien l'intérêt que lui porte Ch. Mobilier dans ses études sur l'Inquisition. Encore faut-il le compléter par Monéta. surtout si l'on veut se faire une idée des polémiques entre cathares et orthodoxes.
Il est un point sur lequel la Summa de Rainier laisse dans un grand embarras ; c'est en ce qui concerne le nombre total des hérétiques cathares dans la chrétienté : In toto mundo non sunt calhari utriusque seras numéro quatuor millia et diela eompulatio pluries nlini
fada es/ inler eos. C. vu, On ne peul se résoudre
à admettre que les croyances cathares au nom desquelles des villes entières se sont soulevées contre la chrétienté n'aient jamais entraîné en tout que quatre mille personnes. Cependant, il ne faudrait pas faire état de cette anomalie apparente dans le texte de Rainier pour discréditer d'une manière ou d'une autre son témoignage sur la théologie cathare. En réalité cathare, du grec xaôocpoç signifie pur. Les cathares proprement dits étaient ceux qui avaient reçu le consolamentum, c'est-à-dire, les clercs, les ascètes, les théologiens du système. Comme dans toutes les formes de manichéisme, la différence était grande entre les personnages régulièrement religieux et l'ensemble du peuple qui méritait moins le nom de fidèle que le nom de sympathisant. Et voilà comment une apparente anomalie d'un texte de Rainier peut permettre de résoudre vraiment un problème parfois agité par les historiens, celui du nombre des cathares. Il n'y a jamais eu plus de quatre mille clercs à connaître la théologie compliquée et à pratiquer la morale inhumaine des albigeois. Mais au peuple on demandait moins une affiliation qu'une sympathie. Une bonne partie des populations du Nord de l'Italie et du Midi de la France flottaient ainsi entre des restes d'affiliation au catholicisme et des poussées de sympathies en faveur des clercs cathares. C'est ce qui explique à la fois le danger de l'hérésie subtilement proposée, la vigueur de la répression, la complète disparition non seulement de l'hérésie mais de ses traces, par exemple de ses livres qui étaient peu répandus et que l'Inquisition put facilement faire brûler.
Ch. Mobilier, Un traité inédit du XIII' siècle contre les albigeois, dans Annales de lu faculté des lettres de Bordecux, 1RS?,, p. 15; E. Brœckv, l.e catharisme, Hoogstraten, 1916; .1. Guiraud, Histoire de l' Inquisition au Moyen Age, t. i, Paris, 1035, p. xxm-xxiv; Fabricius, Bibliotheca lalina média- et in futur latinitatis, t. v, p. 350-351 ; Quétif-Échard, Scriptnres ord. pned., t. i, 1717, p. 154-155; Touron, Histoire des hommes illustres de l'ordre de Saint-Dominique, t. i, 1743, p. 313-310.
M.-M. Gorce.
RAINOLDS Guillaume, né vers 1544 aux environs d'Exeter, fit ses études à Oxford, à Winchester School et à New-Collège, où il devint fellow en 1560, bachelier es arts en 1563, et maître es arts en 1567. Il reçut vers ce moment les ordres dans l'Église anglicane et exerça pendant quelque temps le ministère pastoral. Sous l'influence d'Allen, le futur cardinal, il se convertit au catholicisme, passa sur le continent à Louvain, puis à Douai; c'est à Rome qu'en 1575 il fut reçu dans l'Église. Rentré à Douai, il s'inscrivit au collège anglais, en 1 577, puis au même collège, à Reims. Ordonné prêtre à Douai en 1580, il ne tarde pas à devenir professeur de théologie au collège anglais de Reims. Les dernières années de sa vie se passèrent à Anvers, où il administrait l'église du béguinage. C'est là qu'il mourut le 24 août 1594.
Il a laissé : 1. .1 réfutation of sundry reprehensions, awils and false sleighles by which M. Whilaker tabouret h In de/ ace Ihe laie english translation and catholic annotations of the New Testament, and Ihe Book of discoverg of heretical corruptions, Paris, 1583, in-8°; c'est une défense de la traduction anglaise du Nouveau Testament, qu'avait entreprise Gr. Martin, et à laquelle il avait lui-même travaillé; cette traduction avait paru à Reims en 1582. — ■ 2° De jusla Reipublicce <hris/ian:c in reges impies et lucreticos aulhoritale, Anvers, 1592. in-8°, sous le pseudonyme de Gulielmus Rossœus. 3. Treatise contegning Ihe truc calholike and apostolike faith of Ihe Holg Sacrifice and Sacramcni ordegned loi Christ al lus last Suppcr, with a decla ration of Ihe Berengarian hérésie renewed in our age, Anvers, 1593. ln-8°. I" Caloino-Turcismus, /. e. cal-
RAINOLDS (GUILLAUMK
RAISON
vinislicas pcrfidiœ cum mahumelana collatio et ulriusque seclœ confutatio, Anvers, 1597, Cologne, 1603, in-8°.
Pits, De illustribus Anglia- scriptoribus, an. 1594; source où ont puisé Feller, Richard et Giraud, Glaire; notice plus complète dans Dictionary o/ national biography, t. XXVII,
É. Amann.
RAISON. — Cet article veut être simplement une sorte de répertoire des points de doctrine touchés par le magistère de l'Église relativement à la raison humaine. Nous rappellerons donc l'enseignement de l'Église touchant : 1° La valeur et l'usage de la raison en matière religieuse. 2° Les rapports mutuels de la raison et de la foi.
I. Valeur et usage de la raison humaine en matière religieuse. — La valeur de la raison humaine en vue d'une connaissance certaine des vérités religieuses étant une question primordiale dans l'économie du salut, l'Église a défendu contre les sceptiques, les idéalistes et les fidéistes la valeur de la raison, précisant même quelles vérités religieuses d'ordre naturel notre raison était capable d'atteindre sans le secours de la grâce et sans la lumière de la foi, tout en rappelant les limites dans lesquelles doit se maintenir la raison, qui, étant faillible, peut errer et doit savoir s'imposer ces limites.
1° Possibilité d'une connaissance certaine de vérités naturelles par la seule raison. — Il y a d'autres certitudes pour l'homme que celles de la foi. Prop. 1 1 de Nicolas d'Autrecourt, condamnée par Clément VI, Denzinger-Bannwart, n. 558. Sur la doctrine de Nicolas d'Autrecourt, voir ici t. xi, col. 561 sq. — Sans la révélation et la grâce, la raison, même non éclairée par la foi, peut connaître certaines vérités religieuses. Prop. 22 de Baïus, condamnée par saint Pie V, Denz.- Bannw., n. 1022. Voir t. n, col. 70; prop. 41 de Quesnel, condamnée par Clément XI, Denz.-Bannw., n. 1391. Les thèses que Bautain dut souscrire sont une manifestation nouvelle et plus explicite de cet enseignement. Denz.-Bannw., n. 1622-1627. On notera tout particulièrement la promesse que la S. C. des Évêques et Béguliers lui fit souscrire, le 26 avril 1844, de ne jamais enseigner « qu'avec la raison seule on ne puisse avoir la science des principes ou de la métaphysique, ainsi que des vérités qui en dépendent, comme science tout à fait distincte de la théologie surnaturelle qui se fonde sur la révélation divine ». Denz.- Bannw., n. 1627, note. Voir ici, t. n, col. 482, 483. Bonnetty dut pareillement reconnaître que « l'usage de la raison précède la foi ». Denz.-Bannw., n. 1651. Voir ici, t. n, col. 1024, et Foi, col. 189-190. — Même enseignement relatif à la part que la philosophie, par l'usage de la seule raison, peut avoir normalement dans l'acquisition de la vérité, dans l'encyclique Grauissimas inler de Pie IX contre Frohschammer. Denz.- Bannw., n. 1670. — Le concile du Vatican ne fait que confirmer ces enseignements antérieurs en déclarant dans la session in, c. iv, De fide et ratione : « L'Église catholique s'est toujours accordée à admettre et elle tient qu'il y a deux ordres de connaissance distincts, non seulement par leur principe, mais encore par leur objet : par leur principe, parce que nous connaissons dans l'un, au moyen de la raison naturelle, dans l'autre au moyen de la foi divine; par leur objet, parce que, outre les vérités auxquelles la raison naturelle peut atteindre, l'Église propose à notre foi des mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus que par la révélation divine... » Denz.-Bannw., n. 1795.
2° Précisions fournies par le magistère relativement aux vérités déterminées, dont la connaissance certaine est du domaine de la raison. — L'Église ne signale expressément que les vérités qui ont un rapport avec la foi et la vie religieuse. Sans doute, la connaissance
de ces vérités présuppose la valeur objective des grands principes directeurs de la connaissance : principe d'identité, principe de raison suffisante et de causalité, principe de finalité. La valeur de ces principes pour la raison humaine est suffisamment marquée dans les assertions générales rappelées au paragraphe précédent et dans les déterminations plus précises qui suivent.
1. La première et la plus importante des vérités signalées par l'Église comme pouvant être connue avec certitude par la raison humaine est l'existence de Dieu. Thèses de Bautain, n. 1, Denz.-Bannw., n. 1622; prop. 2, contre Bonnetty, Denz.-Bannw., n. 1650; encyclique Gravissimas inler, Denz.-Eannw., n. 1670. Le concile du Vatican a même fait de cette assertion un dogme de la foi. Sess. m, c. n et can. 2, Denz.- Bannw., n. 1785, 1806. Voir ici Dieu, t. iv, col. 824 sq. Le serment antimoderniste de Pie X a précisé que cette connaissance de l'existence de Dieu par la lumière naturelle de la raison était réalisée par une véritable démonstration : cerlo cognosci, adeoque demonstrari etiam posse pro/ileor. Denz.-Bannw., n. 2145. La thèse 1 souscrite par Bautain portait d'ailleurs que « le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu ». 11 avait également promis « de ne pas enseigner que, avec les seules lumières de la droite raison..., on ne pût donner une véritable démonstration de l'existence de Dieu ». Denz.-Bannw., n. 1622, 1627, note 2. Même formule dans la deuxième assertion contre Bonnetty, n. 1650, et dans l'encyclique contre Frohschammer, n. 1670. Tant de concordance dans l'explication philosophique du cerlo cognosci posse font incliner certains auteurs à proposer la possibilité de la démonstration de l'existence de Dieu également comme un dogme de foi, alors que la majorité des théologiens la considèrent simplement comme une vérité proche de la foi. Pie XI se contente d'affirmer que « le dogme solennellement promulgué au concile du Vatican a été interprété parfaitement (prœclare) par Pie X ». Encycl. Studiorum ducem, 29 juin 1923, Acta sanclœ Sedis, 1923, p. 317.
2. L'infinité des perfections divines (contre Bautain, thèse 1, Denz.-I5annw., n. 1622); la nature et les attributs divins (encycl. Gravissimas inler., n. 1670); Dieu principe et fin de toutes choses (Conc. du Vatican, sess. m, c. n, n. 1785) vraisemblablement aussi l'attribut de créateur (id., can. 1, n. 1806), telles sont les autres vérités se rapportant à Dieu et que le magistère considère comme accessibles à la raison laissée à ses seules lumières.
3. Parmi les vérités anthropologiques, le magistère a indiqué comme accessibles à la raison humaine, la spiritualité, l'immortalité de l'âme (troisième proposition souscrite par Bautain, sur l'ordre de la S. C. des Évêques et Béguliers, Denz.-Bannw., n. 1627, note 2). La deuxième proposition contre Bonnetty rappelle que la raison peut « prouver la spiritualité et la liberté de l'âme raisonnable ». Denz.-Bannw., n. 1650.
4. L'Église a surtout insisté sur la possibilité pour la raison humaine d'arriver par ses seules lumières à la connaissance certaine des motifs de crédibilité, ou préambules de la foi. Voir prop. 21 janséniste, condamnée par Innocent XI, Denz.-Bannw., n. 1171 (cf. ici l'art. Foi, col. 192), dont il faut rapprocher la prop. 25 du décret Lamentabili, Denz.-Bannw., n. 2025 (cf. Foi, col. 194). Certains documents énumèrent divers motifs de crédibilité : la divinité de la révélation mosaïque. prouvée avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme (thèse 2 souscrite par Bautain, Denz.-Bannw., n. 1623) ; la vérité de la révélation chrétienne, prouvée par les miracles de Jésus-Christ, et dont la réalité nous est attestée avec certitude par des témoins oculaires,
RAISON
eurs affirmations nous étant rapportées dans le Nouveau Testament et la tradition orale et écrite de tous les chrétiens (thèse 3, n. 1624; cf., th. G, n. 1627). Préludant aux déclarations du concile du Vatican, Pie IX, dans l'encyclique Qui plnribus, contre les hermésiens, 9 novembre 1846, rappelle que le rôle de la raison est de « chercher avec soin le fait de la révélation, de sorte qu'il lui apparaisse avec certitude que Dieu a parlé », ou encore qu' « elle connaisse clairement et ouvertement, par des arguments très solides, que Dieu lui-même est l'auteur de la foi », c'est-à-dire de la vérité révélée. Denz.-Bannw., n. 1G37, 1639. En tin, le concile du Vatican expose et canonise la doctrine du magistère sur ce point, et ici encore, le texte conciliaire a été rappelé par Pie X dans le serment antimoderniste. Voir les textes à Miracle, t. x, col. 1799, et Denz.-Bannvv., n. 1707, 1790, 21 15. On peut ajouter aussi le paragraphe concernant le motif de crédibilité constitué par l'Église elle-même. Denz.-Bannvv., n. 1794. Voir Propagation admirable du christianisme, t. xiii, col. 693.
Léon XIII a bien mis en relief le rôle de la raison dans la connaissance des préambules de la foi. Encycl. .Elerni Palris. Voir Foi, col. 190.
3° Limites dans lesquelles doit se maintenir la raison. — C'est le troisième point touché par le magistère. Contre le rationalisme de toute sorte, l'Église rappelle que la raison n'est pas le seul moyen de connaître la vérité religieuse. Elle doit donc cantonner son activité dans le domaine qui lui est proportionné, et ne pas vouloir pénétrer, prétendant les expliquer parfaitement, dans le domaine des vérités surnaturelles. Encycl. Mirari vos, 15 août 1832, Denz.-Bannw., u. 1G16; bref Dum acerbissimas, 26 septembre 1835, n. 1618; encycl. Qui pluribus, n. 1636; allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854, n. 1642; bref Eximiam luam, 15 juin 1857, n. 1655; epist, Gravissimas inter, n. 1669, 1671, 1673; epist. Tuas libenler, 21 décembre 1863, n. 1682; Syllabus, prop. 9, n. 1709; prop. 25 de Bosmini, n. 1915. La vérité qui se trouve rappelée dans ces différents documents est authentiquement proposée par le concile du Vatican, sess. in, c. iv : « Jamais la (raison humaine) n'est rendue capable de pénétrer (les mystères) comme des vérités qui constituent son objet propre », et can. 1, Denz.-Bannw., n. 1796, 1806. Voir Mystère, t. x, col. 2587-2588.
Puisque la vérité révélée relève d'un autre domaine que de celui de la raison, il s'ensuit donc que la raison n'est pas absolument autonome : elle doit être, comme le déclare le concile du Vatican, entièrement soumise à la Vérité incréée et donc aux vérités que celte Vérité se plaît à nous faire connaître. Sess. m, c. m, De fide, n. 1789, de telle sorte que l'anathôme est prononcé contre « quiconque affirme une telle indépendance de la raison humaine, que la foi ne lui puisse pas être commandée par Dieu », n. 1810. Impossible donc de confondre la raison et la religion. Allocution Singulari quadam, n. 1642; cf. Syllabus, prop. 8, n. 1708.
Aussi Grégoire XVI et Pie IX ont-ils à plusieurs reprises mis en garde contre une trop grande confiance en la raison, laquelle, étant humaine, est faillible. Cf. bref Dum acerbissirnas, n. 1618; encycl. Qui pluribus, n. 1634. C'est même sur cette constatation que le concile du Vatican fondera sa doctrine de la nécessité morale de la révélation pour les vérités religieuses d'ordre naturel. Voir plus loin.
De cette dépendance de la raison par rapport à la vérité révélée découlent aussi les considérations pontificales sur la limite à imposer à la liberté d'opiner, de dire, d'écrire. Cf. encycl. Mirari uns, n. 161 1; epist. Gravissimas inter, n. 1666, 1674; epist. Tuas
libenler, n. 1679; encycl. Quanta cura, n. 1690; Syllabus, prop. 79, n. 1779; encycl. Immorlale Dei, n. 1877; encycl. Liberlas, prœstantissimum, n. 1932. II. Bapports mutuels de la raison et de la foi.
— L'enseignement du magistère sur ce point peut se résumer en quelques assertions :
1° La raison et la révélation (la foi), provenant toutes deux de la même Vérité incréée, ne peuvent se contredire. — Déclaration du Ve concile du Latran, Denz.- Bannw., n. 738; et surtout du concile du Vatican : « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne saurait pourtant y avoir jamais de véritable désaccord entre la foi et la raison, attendu que le Dieu qui révèle les mystères et répand la foi en nous est le même qui a mis la raison dans l'esprit de l'homme, et qu'il est impossible que Dieu se renie lui-même, ou qu'une vérité soit jamais contraire à une autre vérité. » Sess. m, c. iv, n. 1797; can. 2, n. 1817.
2° La raison prêle son concours à la foi. — 1. Pour défendre les vérités de foi du reproche de contradiction. C est en ce sens qu'on peut dire que la raison protège et justifie en quelque sorte la foi. Cette idée est sousjacente dans l'encyclique de Pie IX Qu; pluribus sur les rapports de la foi et de la raison, Denz.-Bannw., n. 1634; et elle est rappelée d'un mot par le concile du Vatican, sess. ni, c. iv, n. 1799. Saint Thomas l'a exprimée d'une heureuse façon dès le début de la Somme théologique : « La science sacrée n'ayant pas de supérieure, devra elle aussi disputer contre celui qui nie ses principes. Elle le fera au moyen de preuves proprement dites si l'adversaire concède quelque chose de la révélation; c'est ainsi que par des appels à la doctrine sacrée, nous formons des arguments d'autorité contre les hérétiques et, au moyen d'un dogme, combattons ceux qui en nient un autre. Que si l'adversaire ne croit rien des choses révélées, il ne reste plus de moyen de lui prouver par la raison les articles de foi; mais on peut réfuter, s'il y a lieu, les raisons qu'il y oppose. Comme en effet la foi s'appuie sur l'infaillible vérité et comme, évidemment, le contraire du vrai n'a jamais de bonne preuve, il est manifeste que les preuves prétendues qu'on apporte ne sont pas de vraies démonstrations, mais des arguments solubles. » la, q. r, a. 8.