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THOMAS D'AQUIN : L'ILLUMINATION INTELLECTUELLE

« s'approprie » aucune de ses parties. Elle ne peut donc lui être unie sine medio. Ce rôle de médium revient à la partie sensitive en relation aux parties organiques du corps, à la partie végétative revient d'unir la sensitive aux parties homogènes. Gérard conclut : Sicul alia est forma mixtionis, alia vero forma addila mixtioni, sic alia est forma carnis et ossis, alia est forma naluree rationalis et per mulla média unitur carni et ossi. Sur la littérature du sujet après la mort de saint Thomas, voir un essai de chronologie dans E. Hocedez, Richard de Middleton, p. 478-479. Il est établi que le traité De unitale formée de Gilles de Lessines (éd. De "Wulf, Philosophes belges, t. i, 1901) est une réponse à la lettre fameuse de Robert Kilwardby à Pierre de Confians, éditée par Ehrle, dans Arch. fur Lit. u. Kirchengesch., t. v, 1889, p. 614-632; la fin par Birkenmayer, Vermischle Untersuchungen..., dans Beitràge, t. xx, fasc. 5, p. 60-64. L'un et l'autre sont donc postérieurs aux condamnations de 1277, au sujet desquelles Kilwardby s'efforce de justifier son attitude. A cette date Henri de Gand était déjà intervenu dans son premier Quodlibet. Sur la position de ce maître dans le présent débat, cf. Hocedez, op. cit., p. 469-473. Sur Gilles de Rome, voir Hocedez, op. cit., p. 460-464, 473-477. Gilles se serait d'abord montré hésitant (Theoremata de corpore Christi). C'est seulement dans son De gradu formarum, qu'il prend position en faveur de l'unité de forme substantielle. Ce traité serait, selon le P. Hocedez, antérieur à celui de Gilles de Lessines sur le même sujet. Plus tardive est l'intervention de Bernard de Trilia dans son premier Quodlibet (1281), texte édité par G.-S. André Les Quodlibets de Bernard de Trilia, dans Gregorianum, t. il, 1921, p. 254-260. Le Correctoire « Quare » s'attache à réfuter les objections des pluralistes. Glorieux, Le correctorium..., p. 127-143. Plus loin, il s'attache à prouver la thèse de l'unité. Ibid., p. 197-208. Peut-être faut-il restituer à Jean Quidort le traité Omnes homines natura scire desiderant..., imprimé parmi les œuvres de Hervé Nédellec (Glorieux, Répertoire, t. i, p. 192, cf. Mûller, Der Tractatus « de formis » des Johannes Quidort v. Paris, dans Div. Thomas, Fribourg, 1941, p. 195-210). On connaît enfin le De pluralitate formarum de Thomas de Sutton, qui a eu les honneurs de l'impression parmi les opuscules de saint Thomas. Mandonnet, t. v, p. 308-346. A Pâques 1286, Godefroid de Fontaines entre en scène dans son Quodl. n, q. vu, De Wulf- Pelzer, p. 114-123, où il critique le pluralisme et la thèse hybride d'Henri de Gand (dualisme des formes dans le seul composé humain). Per modum saltem probabilis opinionis, conclut Godefroid, et ut mihi videtur eis quee fide certa teneri oportet non repugnantis, potest teneri quod in homine non sit nisi una forma, aliam tamen positionem non reprobando nec impossibilem vel erroneam reputando. Loc. cit., p. 125. Dans son Quodl. m, q. v (Noël, 1286), on trouve une longue critique des condamnations portées par Pecham, le 30 avril 1286 contre Richard Klapwell : Graviter videtur excedisse, qui dixit illos articulos esse hœreses. De Wulf- Pelzer, p. 207. Signalons encore les Impugnationes de Bernard de Gannat contre Henri de Gand, Quodl. iv, a. 13, ms. Ottob. lat. 471, f° 48 r° 6-50 v° b; Quodl. x, a. 5, f° 103 v° a-105 r° a; et celles de Robert de Colletorto, Vat. lat. 0H7, f» 3 V b-4 r° b; 11 v° a-12 v° b; 29 v° 6-32 v° b; 90 v° a-92 v° a. Sur Henri de Gand et ses adversaires, cf. P. Bayerschmidt, Die Seins und Formmelaphysik des Heinrich v. G., dans Beitràge, t. xxxvi, fasc. 3-4, Munster-en-W., 1941, p. 196-254; 287-330.

Dans ces divers écrits, la discussion des conséquences théologiques de la thèse thomiste ne se limite pas à l'identité du corps du Christ, question déjà traitée avec toute l'ampleur désirable par saint Thomas lui-

même. L'unité de forme substantielle est de plus déclarée inconciliable avec le culte des reliques : scquitur nullum corpus sancli totaliler vel partialiter in toto orbe existere, écrit Pecham dans sa lettre aux cardinaux du 1er janvier 1285, Denifle-Chatelain, t. i, p. 626. Cf. les réponses de Godefroid de Fontaines, Quodl. ii, q. 7 (De Wulf-Pelzer, p. 131-132), de Thomas de Sutton, De pluralitate... (Mandonnet, p. 341). De plus la thèse de l'unité rend inintelligible la conversion eucharistique. S'il n'existe dans le Christ d'autre forme substantielle que l'âme raisonnable, la substance du pain sera donc convertie en l'âme raisonnable. Or, celle-ci n'est présente dans le sacrement que par concomitance. L'objection avait déjà été résolue par saint Thomas, III», q. lxxv, a. 6, ad 2um. L'âme, disait-il, est forme du corps ; c'est elle qui lui donne son être corporel. La substance du pain est donc convertie en la forme du corps du Christ, en tant qu'elle confère l'être corporel, non en tant que vivante et animée. Cf. les réponses de Gilles de Lessines, De unitale formée, éd. De Wulf, p. [87] ; Godefroid de Fontaines, Quodl. u, 7, De Wulf-Pelzer, p. 132-133. Sur les vues assez personnelles de Gilles de Rome en cette question, cf. les remarques de Hocedez, Richard de Middleton, p. 460. — Enfin la thèse thomiste ne peut expliquer la transmission du péché originel. La matière première est incapable d'action. Si l'âme raisonnable est unie immédiatement à la matière, comment expliquer son infection par le péché? Cf. Guillaume de la Mare, dans Glorieux, Le correctorium..., p. 130; les réponses de Gilles de Lessines, De unitate formée, De Wulf, p. [89], du Correctorium « Quare », p. 136-137; de Thomas de Sutton, De pluralitate..., Mandonnet, p. 339. Un demisiècle plus tôt, l'auteur des questions anonymes, contenues dans le ms. Douai 434, s'inspirant des doctrines anselmiennes, avait déjà reconnu que la corruption charnelle n'agit point dans l'âme à la manière d'une cause efficiente, mais comme une cause prohibitive. Cf. O. Lottin, Le traité du péché originel chez les premiers maîtres franciscains de Paris, dans Ephem. theol. Lov., t. xvin, 1941, p. 30. De même, explique saint Thomas, que la justice originelle aurait été transmise avec la nature, de même l'inordination qui constitue le péché originel est transmise avec elle. Ia-IIB, q. lxxxi, a. 2. Or, l'âme est la forme de cette nature humaine et contracte le péché de nature par son union avec le corps.

5. L'illumination intellectuelle. — Le problème de l'illumination intellectuelle, a écrit M. Gilson, n'est qu'un cas particulier de celui de l'efficace des causes secondes. El. Gilson, De quelques difficultés de l'illumination augustinienne, dans Rev. néo-scol., t. xxxvi, 1934, p. 321. On sait par les travaux du même historien comment l'influence d'Avicenne s'est ici combinée avec celle de saint Augustin. Pourquoi saint Thomas a critiqué saint Augustin, dans Archives d'histoire doct. et litt. du M. A., t. i, 1926, p. 7. Selon Avicenne, la genèse d'une forme requiert trois éléments, une matière, un agent qui dispose celle-ci, une intelligence, dator formarum. Il en est de même dans l'ordre du connaître. L'âme humaine, n'atteint point l'intelligible par la consideratio des choses sensibles, mais par l'action de la dernière intelligence des sphères. Cf. Gilson, Les sources gréco-arabes de l'augustinisme avicennisant, dans Archives d'histoire doct. et litt. du M. A., t. iv, 1929, p. 64-74. Pas de place dans un tel système pour un intellect agent individuel, puisque l'intelligence agente du globe terrestre en tient lieu pour tous les êtres humains. On retrouve les mêmes idées chez Gondissalinus, cf. Gilson, Les sources gréco-arabes..., p. 83-92, dans l'apocryphe De intelligentiis, éd. R. De Vaux, Notes et textes sur l'avicennisme latin, 1934, p. 80-140. Guillaume d'Au-

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