‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 242 sur 423 · THOMAS I/AHUIN , CRITIQUE TEXTUELLE · texte numérisé non relu

THOMAS I/AHUIN , CRITIQUE TEXTUELLE

supra, x, 10... Quandoque autem tenetur consécutive, et significat eventum futurum, et sic accipilur hic. Ibid., c. xii, lect. 7, y. 38, p. 341.

C'est également dans la Glose et les glossaires que saint Thomas a puisé les elementa gneca dont il se sert et notamment ses notations sur la portée de l'article dont il fait le plus grand cas; mais on devine qu'il s'y est spécialement intéressé en tant que commentateur d'Aristote et de Denys. Comme Albert le Grand, il en relève l'emploi dès le premier verset de saint Jean : Grœci, quando volunl significare aliquid segregatum et elevatum ab omnibus aliis, consueverunt apponere articulum nomini, per quod illud significalur, sicut Platonici volentes significare substantias separatas, puta bonum separatum, vel hominem separatum, vocabunt illud lv per se bonum, vel ly per se hominem. Ibid., c. i, lect. 1, y. 1, p. 12. Dès lors, lorsqu'on demande à Jean-Baptiste s'il est le prophète, la présence de l'article donne une nuance propre. Ibid., lect. 12, y. 21, p. 55. Ces considérations ne sont pas sans importance doctrinale, car Origène s'est honteusement trompé dans l'exégèse de Joa., i, 1 : « Le Verbe était Dieu », en se basant sur l'emp'oi de l'article devant Verbum et son absence devant « Dieu ». D'où il concluait que le Christ n'était pas Dieu par nature, mais seulement par participation, consuetudo enim est apud grœcos, quod cuilibet nomini apponunt articulum ad designandum discretionem quamdam. Ibid., lect. 1, y. 1, p. 17. L'attention des contemporains était attirée sur cette valeur de l'article défini. Lorsque l'évangéliste déclare que Jean-Baptiste n'était pas la vraie lumière, l'exégèse est obvie : Quidam dicunt quod Joannes non erat lux cum articulo, quia hoc est solius Dei proprium, sed si lux ponatur sine articulo, erant Joannes et omnes sancti facti lux. Ibid., lect. 4, f. 8, p. 31.

Sur Joa., m, 3, saint Thomas observe excellemment que, si le latin a denuo, le grec porte « anothen, id est desuper ». Ibid., p. 95. Il fait souvent des remarques sur le genre et la déclinaison des noms, qui peuvent orienter l'interprétation : Principium in latino est neulri generis, unde dubium est ulrum sit hic nominativi vel accusativi casus, in grœco autem est feminini generis, et in hoc loco est accusativi casus. Ibid., c. vm, lect. 3, y. 25, p. 241. Les génitifs accusantium aut etiam defendentium, de Rom., n, 15 doivent être compris comme des ablatifs, id est accusantibus vel defendentibus, more grœcorum, qui genitivis loco ablativorum utuntur. Ad Rom., p. 40. Cette remarque se trouve déjà dans Gilbert de la Porrée; cf. A. Landgraf, Zur Méthode der biblischen Textkritik im 12. Jahrhundert, dans Biblica, 1929, p. 456.

Comme pour l'hébreu, les étymologies grecques sont nombreuses et le plus souvent fort risquées. Si Nicodème veut dire vainqueur ou victoire du peuple, In Joa., c. m, lect. 1, y. 1, p. 93, et si archilriclinus vient de clinen qui signifie « lit », ibid., c. h, lect. 1, f. 8, p. 80, Cédron est interprété comme un génitif pluriel, ibid., c. xvm, lect. 1, y. 1, p. 457, et sobrietas est ainsi compris : idem est quod commensuratio, bria in grœco idem est quod mensura. In II Cor., c. v, lect. 3, y. 13, p. 453; In TU., c. n, lect. 3, p. 273.

Ces notations sont pauvres, elles ont le mérite de vouloir expliquer le texte biblique selon les nuances de l'original; mais elles sont révélatrices, comme on aura à le souligner, de l'orientation théologique de l'exégèse au xme siècle, qui accorde moins d'attention aux mots qu'aux idées, et ne s'attache à la lettre que pour en dégager une doctrine. Dès lors c'est à la grammaire de se plier aux exigences de celle-ci. Suggestif est le principe émis dans le commentaire du pluriel ex sanguinibus de Joa., i, 13 : Licet hoc nomen sanguis in latino non habet plurale, quia tamen in grœco habet,

ideo translator regulam grammaticœ servare non curavit, ut veritatem perfecte doceret. Unde non dixit : ex sanguine, secundum latinos, sed ex sanguinibus, per quod intelligitur quidquid ex sanguine generalur, concurrens ut materia ad carnalem generationem. In Joa., c. i, lect. 6, y. 13, p. 38.

Puisque saint Thomas ne dispose que du seul texte de la Vulgate, il en analyse soigneusement la langue, pesant les mots comme s'ils étaient inspirés ; ainsi le temps des verbes, erat dans Deus erat Verbum, ibid., lect. 1, f. 1, p. 13, sum dans volo ut ubi sum. Ibid., c. xvn, lect. 6, f. 24, p. 454; cf. lect. 1, f . 5, p. 443. Dans Joa., xm, 12, scitis n'est pas à prendre comme un impératif (Origène), mais comme un interrogatif (p. 338), ce qui est excellent. Il importe particulièrement de déterminer 1 a valeur des prépositions , de, a, ex, cf. ibid., c. i, lect. 6, y. 13, p. 38; lect. 10, y. 16, p. 48; c. m, lect. 1, >\ 5, p. 97; c. xvi, lect. 4, y. 14, p. 428; la valeur A'apud, ibid., c. i, lect. 1, y. 1, p. 14, 15; de per, qui désigne l'activité créatrice du Verbe, ibid., c. i, lect. 2, y. 3, p. 20, 21; cf. / Tim., c. h, lect. 3, p. 198; des pronoms : nihil : In Joa., c. I, lect. 2, f . 3, p. 22; des adverbes : Ly sicut quandoque dénotât œqualitatem naturœ, ibid., c. xv, lect. 2, y. 9, p. 406; c. xvn, lect. 5, y. 21, p. 451; des conjonctions : Ly sed accipiatur adversative; ut indique la cause ou la succession, ibid., c. ix, lect. 1, t. 3, p. 264; c. xm, lect. 1, f . 1, p. 351, etc.. La syntaxe, par contre, est assez négligée, bien qu'elle soit de grande importance pour le sens. Toutefois l'anacoluthe de Rom., ix, 23 est soulignée : Est autem construclio defectiva et suspensiva usque hue, p. 140; cf. Ad Rom., c. xvr, lect. 2, f. 27, p. 219; // Tim., c. n, lect. 4, y. 23, p. 244; In Joa., c. xvi, lect. 5, y. 16, p. 430.

Ces exemples montrent déjà le souci de saint Thomas de pratiquer une exégèse littérale, attentive aux données de la lettre, grâce aux ressources d'une grammaire précise. Si celle-ci est trop souvent inopérante parce qu'elle n'atteint l'original qu'à travers une version ou une érudition de seconde main et souvent fautive, la méthode elle-même est excellente, et son emploi prouve que notre docteur a eu le sens du document, donc la première qualité de l'esprit critique.

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