‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 257 sur 423 · THOMAS A KEMPIS (1379-1471). — I · texte numérisé non relu

THOMAS A KEMPIS (1379-1471). — I

Vie. II. Écrits. III. L' Imitation de Jésus-Christ.

I. Vie. — Thomas Hemerken est né à Kempen, en Rhénanie, en 1379 ou 1380, exactement, d'après Pohl, Kirchenlexikon, t. xi, au mot Thomas von Kempen, entre le 29 septembre 1379 et le 24 juillet 1380. Sa famille était de condition très modeste et dans l'impossibilité d'assurer son instruction. Son frère, Jean a Kempis (comme lui, Thomas portera le nom de son village natal), de quatorze ou quinze ans son aîné, avait été admis parmi les frères de la vie commune, fondés par Gérard Groote à Deventer. Thomas voulut suivre cet exemple; en 1393, il se rendit à Deventer. Gérard Groote était mort en 1384; ce fut son successeur Florent Radewijns, le véritable fondateur de Windesheim, qui accueillit le jeune Hemerken. Le premier soin de Radewijns fut d'envoyer l'enfant suivre les cours de grammaire à la maîtrise de Deventer; il y resta cinq ou six ans. En 1398, Thomas fut enfin jugé digne d'être admis dans la communauté, mais il ne bénéficia pas longtemps des leçons de Radewijns. L'année 1399, en cfïet, Jean a Kempis devenait premier prieur de la fondation du Mont-Sainte- Agnès, près de Zwolle; son frère ne tarda a l'y rejoindre. Sans que l'on en sache exactement la raison, la probation de Thomas se prolongea huit années durant : il fit profession eii 1407. Ordonné prêtre en 1413 ou 1414 (entre le 26 juillet 1413 et le 24 juillet 1414), Thomas devint sous-prieur une première fois en 1425, une autre fois en 1448. Il exerça aussi probablement la charge de maître des novices. On sait peu fie choses de son activité : " La vie que l'on menait dans lis monastères de la congrégation de Windesheim ressemblait beaucoup a la vie que l'on mène dans les communautés bénédictines; c'était l'uniformité labo- I rieuse et nullement monotone d'une maison religieuse vouée à la prière, a l'étude et au travail. » Dom Asscmaine, Le soliloque de l'âme, Paris, 1936. p. 7. La ; transcription des manuscrits et la composition de ses écrits spirituels occupèrent sans doute tout le temps de la longue carrière religieuse 'le Thorûa* a Kempis, jusqu'à sa mort survenue le 1er mai 1171.

II. l'.( eiTS. — L'Imitation mise à part, l'oeuvre de Thomas a Kempis est considérable, mais malheureusement trop peu connue. Nous donnons ici la lisl. <l

• rlts • n suivant l'ordre adopté par l'obi dans son 'dit ion critique des Opéra omnin, Iribourg, 1902 sq., 7 vol. in -12. On trouvera l'indication des mss et des

éditions dans Pohl et les bibliographies de Thomas a Kempis.

1. De tribus tabernaculis, considérations sur la pauvreté, l'humilité et la patience. — 2. De vera compunctione cordis. — 3. Sermones novem ad fratres, sur le renoncement, la chasteté et la solitude. — 4. De fldeli dispensatore, conseils à un contemplatif chargé des intérêts matériels de son monastère; plusieurs passages de ce. petit traité font penser à quelque commentaire du chapitre xxxi de la règle de Saint-Benoît.

— 5. Soliloquium animée. Ce traité, un des écrits les plus importants de Thomas, compte parmi les œuvres les plus caractéristiques de l'école spirituelle de Windesheim. Dans son prologue, Thomas a Kempis nous dit son dessein : « J'ai rassemblé dans ce petit livre, pour ma consolation, quelques pensées pieuses, que j'avais à cœur de conserver. J'en ai disposé comme une agréable prairie, plantée d'arbres variés et ornée de jolies fleurs, où je pourrais entrer quand j'en sentirais le besoin, afin d'y trouver ce qui peut soulager les âmes déprimées par la tristesse ou l'ennui », traduction Assemaine, p. 13. On y trouve de nombreux conseils pratiques dont l'observance doit permettre a l'âme de recevoir la grâce avec efficacité et de la suivre avec fidélité. Le Soliloque de l'âme est sans nul doute l'œuvre de Thomas a Kempis qui s'apparente le plus à /' Imitation. — 6. De disciplina claustralium, excellent petit traité sur les vertus claustrales. — 7. Epistula devota ad quemdam regularem. — 8. Libellus spiritualis exercitii. — 9. De recognitione propriœ fragilitatis. — 10. Recommendatio humilitalis quse est fundamentum omnis sanctitatis. — 11. De mortificala vita pro Christo. — 12. De bona pacifica vita cum resignatione propria. — 13. De elevatione mentis ad inquirendum summum bonum. — 14. Brevis admonitio spiritualis exercitii. — 15. Meditatio de incarnatione Chrisli.

— 16. Sermones de vita et passione Christi. — 17. Alphabetum monachi. — 18. Van goeden woerden to horen ende die to spreken. — 19. Orationes de passione Domini et beata virgine et aliis sanctis. — 20. Horlulas rosarum, petit traité mystique souvent imprimé, ainsi que le suivant, à la suite de V Imitation. — 21. Vallis liliorum.

— 22. Consolatio pauperum. — 23. Epitaphium monachorum. — 24. Vita boni monachi, courte pièce rythmée et rimée. — 25. Manuale parvulorum. — 26. Doctrinale juvenum. — 27. Hospitale pauperum. — 28.Ca/itica. — 29. De soliludine et silentio. — 30 Epistulm (de excitatione ad spiritualem profectum; de. custodia sui ipsius habenda; de conversionc et perseverantia in bono proposito; de pia defunctorum memoria). — 31. Orationes et meditationes de vita Christi. Sous ce titre général sont groupés les traités suivants : de vita et beneficiis Salvaloris Jesu Christi devotissim:r meditationes cum gratinrum actionr: de passione Christi secundum scripta quatuor evange.lislartim: de resurrrrtione Christi et apparittotiiblB ejus; de ascensione, pentecoste et aliis quibusdam. — 32. Sermones ad novicios. Ces sermones destinés aux novices du Mont- Sainte-Agnès sont au nombre de trente, groupés en trois parties; ceux de la première partie traitent de. la Vie Commune et de la garde des sens; la deuxième partie est consacrée au « combat spirituel ■ que l'âme religieuse doit soutenir; la troisième traite plus spécia l' ninit de la dévotion à Marie. — 33. Vita l.idcwigis virginis, en deux parties, la première consacrée à la biographie et aux vertus de la sainte de Schicdam, la seconde à ses miracles. — 34. Dialogus noviciorum.

'.". VUa (ierardi Mar/ni. Thomas a Kempis donne le surnom de Grand à Gérard Groote, fondateur des de la \ ie commune. -- 36. Vita t'torrntiiJ '* tte vie de l-'loreut Kadewijm a été écrite, ainsi que les suivantes, à l'intention des nOVioai du Mont Sainte- Agnès. — 37. vurp disclpulorum Flormtlt, Ayant

THOMAS A KEMPIS

toujours en vue de proposer des exemples à ses novices, Thomas a retracé la vie de neuf disciples de Radewijns qu'il avait connus. Ces notices sont précédées d'une note sur la communauté de Deventer. — 38. Chronica Monlis Sanctœ Agnetis, une des sources de la vie de Thomas.

III. L' Imitation. — Tout a été dit déjà, et par des voix très autorisées, sur cette œuvre admirable qui reflète l'esprit le plus pur du christianisme. Nous avons seulement ici à étudier la doctrine de i Imitation. La controverse engagée au début du xvne siècle entre mauristes et chanoines réguliers au sujet de l'auteur a provoqué une abondante littérature, dont on trouvera la bibliographie dans Puyol, L'auteur du livre De Imitatione Christi, t. n, Bibliographie de la contestation, Paris, 1900; elle n'est pas encore close, encore que les remarquables travaux de dom Jacques Huyben, Les premiers documents historiques concernant V Imitation, dans la Vie spirituelle, t. xn, 1925, p. 213- 228, t. xiii, 1925, p. 1-17, 96-116, 202-222, etc., et ceux, encore inédits, de dom Assemaine aient porté un rude coup aux candidatures de Gersen (abbé de Verceil, vers 1230) et de Gerson et ramené à Thomas a Kempis une gloire qu'on a mauvaise grâce à lui disputer. Au demeurant, peu importe la question de l'auteur; ne lit-on pas dans l'Imitation même, 1. 1, c. v : Non quseras quis hos dixerit, sed quid dicatur attende.

L'Imitation se compose de quatre livres juxtaposés sans lien logique, de sorte que l'ordre entre ces livres varie suivant les manuscrits et les éditions. Le premier livre porte le titre Admonitiones ad spiritualem vitam utilem, le second Admonitiones ad interna trahentes, le Liber internas consolationis forme le troisième, le quatrième est intitulé Devota exhortatio ad sacram communionem. Il est possible, sinon probable, que ces quatre parties étaient primitivement indépendantes et qu'elles ont été réunies après coup; les premiers manuscrits ne contiennent en effet que le premier livre. C'est pourquoi certains ont cru résoudre la controverse au sujet de l'auteur en estimant, comme M. Mourret, Histoire générale de l'Église, t. v, p. 130, que « les quatre livres de l'Imitation ne seraient que le rapiarium d'un homme de génie ».

Quoi qu'il en soit, ces quatre livres procèdent du même esprit et cet esprit appartient, sans aucun doute possible, à l'école de Windesheim. Lorsque Gérard Groote et Florent Radewijns fondèrent les frères de la vie commune, la spiritualité allemande était fort en honneur. Mais Tauler, Suso, Eckart étaient bien abstraits, et leur spiritualité trop spéculative décourageait les âmes simples. Une réaction était inévitable. Elle se produisit à la fin du xive siècle et fut dirigée en grande partie par l'école de Windesheim, c'est-àdire par les disciples de Groote et de Radewijns. On revint donc à une spiritualité affective, accessible à tous, dégagée de tout esprit de système et de méthode. Les auteurs spirituels windésémiens exposent leur doctrine sous forme de maximes, de prières, d'élévations; quelquefois ils recourent au soliloque ou au moyen facile du dialogue. Tel est bien la « marque » de V Imitation. « C'est un livre qui tient tout à la fois des Élévations de Rossuet, des Maximes de La Rochefoucauld, des Soliloques de saint Augustin. On y trouve des vues et des élans, mais rien de didactique. L'auteur se préoccupe plus d'inspirer à l'âme le désir de monter vers le souverain amour, que de satisfaire la curiosité de l'intelligence et de lui faire apercevoir l'harmonie de la vérité. » Puyol, La doctrine du livre De imitatione Christi, Paris, 1898, p. 30.

L'étude de la spiritualité de l'Imitation est du domaine d'un dictionnaire de spiritualité. Nous avons à dégager ici les principes de ce que l'on pourrait appeler la théologie de l' Imitation. A dire vrai, l'auteur ne

se préoccupe point des questions d'école et répudie tout système, surtout l'enseignement scolastique tel qu'il était donné à la fin du xive et au début du xve siècle. Les passages sont nombreux où l'auteur réagit contre les abus et les excès de la scolastique. Ainsi au commencement de son œuvre, 1. I, c. i : Quid prodest tibi alta de Trinitate disputare; si careas humilitate unde displiceas Trinitati? Vere alta verba non faciunt sanclum et justum : Sed oirtuosa vila efficit Deo carum. Opto magis sentire compunctionem, quam scire ejus definitionem, etc. L'auteur de L' Imitation veut remplacer la méthode des systèmes par celle des faits. « Notre-Seigneur n'a pas eu d'autre méthode d'enseignement que d'annoncer les faits de la révélation. Sa prédication se résume en des affirmations : il loue saint Pierre d'avoir reconnu la divinité du Messie sur la révélation du Père céleste : ce n'est ni la chair, ni le sang, mais le Père céleste qui lui a révélé cette vérité. » Puyol, op. cit., p. 75. L'auteur de l'Imitation fait de même. La méthode des faits l'amène ainsi à proposer à l'âme l'imitation de Jésus-Christ. Cette imitation du Christ exige une connaissance profonde de Dieu et la connaissance de soi-même. Plus nous avancerons dans la connaissance de Dieu, plus nous avancerons aussi dans son amour. La connaissance de Dieu doit ramener l'homme à sa juste « dimension » qui est bien infime. Chaque homme a sa place dans l'édifice élevé par Dieu, sa fin précise et distincte. Il faut donc que l'homme obéisse à sa vocation particulière et tente de toutes ses forces de répondre le plus parfaitement possible à l'appel divin. Le meilleur moyen de répondre à cet appel est de suivre l'exemple de Jésus. Mais, pour imiter Jésus, il est nécessaire de le connaître : Summum igitur studium nostrum sit : in vita Jesu meditari, 1. I, c. i. Or, Jésus, pendant son séjour parmi les hommes, a fait toujours et en tout la volonté de son Père, avant tout il s'est « renoncé à lui-même », il a conformé sa vie sans réserve au bon plaisir divin, il s'est fait pauvre, obéissant, il a vécu dans l'humilité, il a embrassé «la voie royale de la croix ». Nous devons le suivre en tout. A ce prix seulement nous pouvons acquérir son amitié, une amitié inestimable et qui nous procure des joies ineffables : Quando Jésus adest, totum bonum est : nec quicquam difficile videtur... Si Jésus unum tantum verbum loquitur : magna consolatio senlitur... Esse sine Jesu gravis est infernus : et esse cum Jesu dulcis paradisus..., etc., 1. I, c. i, passim.

La connaissance de Dieu exige d'abord la connaissance de soi-même. La première constatation de l'homme est sa profonde misère, dont la faute originelle est la cause. Il a beau lutter, il n'arrive pas à vaincre la nature : O quanta fragililas humana : quœ semper prona est ad vitia; confiteris peccata tua : et cras iterum perpétras confessa. L. I, c. i, in fine. Mais si l'âme sent le poids de la nature l'entraîner, elle sent aussi un autre principe déterminant : la grâce. L'auteur de l'Imitation, dont l'augustinisme est manifeste, décrit assez longuement les mouvements de la nature et de la grâce. L. III, c. uv et lv. Sans la grâce, l'âme est réduite à l'impuissance : O quam maxime est mini necessaria Domine tua gratia, ad inchoandum bonum, ad proficiendum, et ad perficiendum; nom sine ea nihil possum facere : omnia autem possum in te confortante me gratia. L. III, c. lv. Par la grâce l'homme se libère de tout ce qui l'attache à la terre et parvient à l'union intime avec Dieu. Il continue à bénéficier de cette union par la prière, les sacrements et surtout par la fréquentation de l'eucharistie. L. IV.

Ainsi donc l'Imitation présente les caractères d'une théologie positive, pas très éloignée d'un certain réalisme. Elle est avant tout « pratique » et répudie formellement les considérations transcendentales et purement spéculatives. L' Imitation n'est pas une œuvre

THOMAS A KEMPIS

THOMAS BRADWARDINE

de science, la production d'un « cerveau », c'est, comme on l'a dit très justement, « l'effusion d'un cœur ». Lenglet du Fresnoy, L'Imitation de Jésus-Christ, 1731, p. v. C'est bien ce qui a fait son immense succès.

La bibliographie de Thomas a Kempis et de l'Imitation est trop considérable pour être donnée ici. On se reportera donc à celles de Chevalier, Bio-bibliographie, t. n, col. 4507 sq. Puyol, op.ci/.;librairieRosenthal,Ca«alogusXXXy//7, Munich; de Backer, Essai bibliographique sur le livre De imitatione Christi, Liège, 1864. — Pour les œuvres, se reporter à l'édition critique de Pohl indiquée plus haut. — On consultera utilement J. Coumoul, Les doctrines de l'Imitation de Jésus-Christ, Lille, 1924, et les ouvrages d'histoire de la spiritualité.

J. Mercier.

3. THOMAS DE BAILLY, théologien du début du xivc siècle. — Il éta't originaire de Bailly, près de Versailles. On le trouve dès 1301 maître en théologie et régent à Paris. Sa carrière est surtout une carrière universitaire encore que, en 1304. il ait été chargé de l'administration spirituelle du diocèse de Paris et soit devenu ensuite pénitencier de Paris. Il prend part aux divers actes de l'Université; ii est proviseur du rollège des Bons-Enfants (1314), doyen de la faculté de théologie. Il succéda en 1316, comme chancelier de l'Université, à François Caracciolo et exerça cette charge pendant douze ans. Il mourut le 9 juin 1328. Oh possède de lui le texte de ses six disputes quodlibétiques tenues de 1301 à 1307, le dernier incomplet; quelques extraits aussi dans une compilation sur les Sentences datant de 1316.

Les rares études faites sur sa doctrine le montrent opposé aux thèses eucharistiques de Jean de Paris, O. P.. dépendant d'Henri de Gand dans la théorie de la volonté et, en matière de privilèges et confessions, hostile aux pouvoirs des religieux.

C.-V. Langlois, Thomas de Bailli, dans Ilist. litt. de la France, t. xxxv (1921), p. 301-310; P. Glorieux, Répertoire tics matlres en théologie de Paris (1933), Notice 214; Th. Graf, De subjeclo psychico gratiœ et uirtutum 1935, p. 186-

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