‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 276 sur 423 · THOMISME. LE DE DEO UNO · texte numérisé non relu

THOMISME. LE DE DEO UNO

p. 252-285. il importe de reconnaître l'importance des synthèses universelles qui ont, pour idée mère, l'idée même de Dieu, auteur de la nature et de la grâce ou du salut, et non pas une idée particulière, manifestement subordonnée à la précédente, comme l'est celle du libre arbitre de l'homme. Un système particulier dominé ainsi par une idée particulière, ne peut pas être une synthèse universelle, laquelle doit être dominée par l'idée de Dieu, objet propre de la théologie; cette idée suprême doit être comme le soleil spirituel qui éclaire toutes les parties de la doctrine.

IV. La structure du traité de deo vno. — Pour montrer la structure et le style du traité De Deo uno, tel qu'il se trouve dans la Somme théologique de saint Thomas et tel que l'a compris l'école thomiste, nous parlerons d'abord de la valeur des preuves de l'existence de Dieu qui y sont exposées, et de leur terme, qui est en même temps le point de départ de la déduction des attributs divins. Nous insisterons ensuite sur l'éminence de la Déité ou nature divine, sur la connaissance qu'on en peut avoir naturellement et surnaturellcment. Nous traiterons enfin, de la sagesse de Dieu, de sa volonté et de son amour, de la providence et de la prédestination, en renvoyant aux articles de ce Dictionnaire où ces questions sont étudiées en détail.

1° La valeur des preuves thomistes de l'existence de Dieu. — Saint Thomas, dans la Somme théologique, reprend d'un point de vue supérieur les preuves philosophiques de l'existence de Dieu données par Aristote, Platon, les néoplatoniciens et les philosophes chrétiens.

1. Exposé synthétique. — En considérant ces cinq voies ascendantes du point de vue éminent de la sagesse théologique, saint Thomas détermine les conditions de leur valeur et montre quel est le point culminant vers lequel elles convergent . Ce sont pour lui les cinq preuves types, auxquelles les autres peuvent se ramener. Nous avons longuement exposé ce problème ailleurs : Dieu son existence et sa nature, 6e éd., 1933, lr» partie, et De Deo uno, 1™ éd., 1938.

Saint Thomas n'admet pas qu'on puisse prouver a priori l'existence de Dieu, I», q. il, a. 1, bien que la proposition Deus est soit per se nota quoad se, ou évidente par elle-même en soi et pour celui qui saurait ce qu'est Dieu : l'Être même subsistant dont l'essence implique l'existence actuelle ou de fait : exislentiam non solum signalam aut conceptam, sed exercitam in re extra animam. Mais, dit-il, nous ne savons pas a priori ce qu'est Dieu, nescimus de Deo quid est; nous n'avons d'abord qu'une définition nominale de Dieu, conçu confusément comme cause première du monde, de tout ce qu'il y a de réel et de bon en celui-ci. De cette notion abstraite de Dieu, fort différente de l'intuition immédiate de l'essence divine, nous ne pouvons pas déduire a priori son existence concrète ou de fait.

Nous voyons sans doute a priori que Dieu existe par soi, s'il existe de fait. Mais pour affirmer qu'il existe rie fait fexistentia exercita), il faut partir de l'existence de fait des réalités contingentes que notre expérience constate, et voir si elles exigent nécessairement une cause première qui corresponde réellement en dehors de noire esprit à notre nui ion abstraite ou définition nominale de Dieu. Cf. 1*, q. m, a. 1, ad 2am; et a. 2, arl 2«».

Cette position es! «elle du réalisme modéré, intermédiaire entre le nominalisnic. qui conduit :i l'agnostietstne (on le verra chez Hume), et le réalisme excessif de l'Intelligence) qui m trouve à des degrés divers «liez Parménide, Platon, les néoplatoniciens, qui reparaît

Sa un sens dSUIS l'argument <lc saint Anselme, plus tard sons une forme 1res accentuée elle/ Spinoza, el aussi chez Malebranehc et les ontologistcs, lesquels

croient avoir une intuition immédiate confuse, et non pas seulement une idée abstraite, de la nature de Dieu.

Toutes les preuves classiques de l'existence de Dieu admises par saint Thomas, I", q. n, a. 2, reposent sur le principe de causalité, dont les formules de plus en plus profondes sont les suivantes : tout ce qui arrive a une cause, tout être contingent (même s'il existait de fait ab œterno) demande une cause; tout ce qui est sans être par soi dépend d'une cause qui est par soi. Plus clairement encore : ce qui participe à l'existence (ce qui a part à l'existence et a une existence limitée) dépend en dernière analyse d'une cause qui doit être l'Existence même, l'Être par essence, d'une cause qui est à l'existence comme A est A, d'un être qui seul peut dire : Ego sum qui sum. Partout où il n'y a pas cette identité, mais composition, union de l'essence et de l'existence, il faudra remonter plus haut, car l'union est postérieure à l'Unité et la suppose.

En d'autres termes et plus simplement : le plus ne sort pas du moins, le plus parfait ne peut être produit par le moins parfait. S'il y a dans le monde des êtres qui arrivent à l'existence et qui disparaissent ensuite, s'il y a en lui des êtres qui n'ont qu'une vie temporaire et périssable, des hommes d'une sagesse fort limitée, d'une bonté bien restreinte, d'une sainteté qui a toujours ses imperfections, il faut qu'il y ait, au sommet de tout, Celui qui est de toute éternité l'Être même, la vie même, la sagesse même, la bonté même, la sainteté même. Autrement le plus sortirait du moins; l'intelligence des hommes de génie et la bonté des saints proviendraient d'une fatalité, matérielle et aveugle; le plus parfait viendrait du moins parfait, contrairement au principe de causalité. Cette preuve générale contient virtuellement toutes les autres preuves a posteriori, qui sont toutes fondées sur le principe de causalité.

Pour voir la valeur de ces preuves, il faut noter que la cause qui est nécessairement requise par les faits el les réalités existantes que nous constatons, ne se trouve pas dans la série des causes passées; le fils dépend sans doute du père et de l'aïeul; mais le père et l'aïeul, qui souvent n'existent plus lorsque leur descendant existe encore, étaient aussi contingents que lui et autant que lui demandaient une cause; ils avaient reçu l'existence, la vie, l'intelligence; nul d'entre eux et aucun de leurs ascendants ne pouvait dire : je suis la vie.

De même, dans la série passée des générations animales, il n'y a aucun bœuf par exemple qui puisse rendre raison ou expliquer toute la race bovine; il serait cause de lui-même. I», q. civ, a. 1. Bien plus, il ne répugne pas a priori, selon saint Thomas, I», q. xlvi, a. 2, ad 7um. que cette série des causes contingentes passées n'ait pas eu de commencement, qu'il n'y ait pas eu un premier animal, un premier lion, un premier boeuf, etc. Même si cette série de causes contingentes n'avait pas commencé, elle dépendrait ab œterno d'une cause supérieure qui n'aurait pas reçu l'existence el la vie et qui pourrait la donner indéfiniment à toutes les autres. Sans doute, dit saint Thomas, l'empreinte du pied dans le sable suppose le pied qui l'a produite, mais si celui-ci était ab œterno posé sur le sable, l'empreinte y serait aussi de toute cl ci nité, et par rapport à elle le pied aurait une priorité non pas de temps, mais seulement de causalité: il en serait de. même de la cause première par rapport au monde si celui-ci existait ab œterno, il aurait une exls lence dépendante dès toujours de la cause u|>ièmc. qtol domine le mouvement et le temps. Cf. ('.ont. Genl.,

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