‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 408 sur 423 · TRENTE. LE CONCILE DE JULES III · texte numérisé non relu

TRENTE. LE CONCILE DE JULES III

lendemain et le surlendemain, la congrégation générale discuta le dernier projet des Pères théologiens : les erreurs sur l'ordre et sur l'exlrême-onction. Ils n'étaient plus que vingt-six Pères et pourtant, le 29, Massarelli leur transmettait encore huit erreurs sur la messe; leur examen, par les théologiens mineurs, au nombre de plus de soixante-dix, se prolongea du 2 au 22 août. Entre temps, les prélats revenaient sur l'ordre et l'extrême-onction, et Massarelli préparait les préliminaires pour le mariage et ses abus. Le 12 août, del Monte reprenait avec les canonistes les abus sur les sacrements en général. Plus tard encore (5 octobre), l'assemblée entreprit la question des vœux; le 12, théologiens et canonistes s'entendaient pour insérer la question des mariages clandestins dans les chapitres de réforme. En même temps, le débat sur le mariage se poursuivait et, du 7 au 22, les Pères revinrent à la dernière rédaction sur les abus des sacrements en général. A partir du 21 novembre, trois congrégations générales travaillèrent à arrêter des conclusions définitives pour les travaux des dix derniers mois. Le 24, del Monte chargeait quatre prélats de fixer les abus sur la pénitence; les théologiens inférieurs discutaient des points secondaires se rattachant plus ou moins à la discipline des sacrements, à la messe, aux indulgences, au purgatoire, aux vœux. Le 28, l'enquête sur les abus de l'ordre était terminée et une commission commença à s'occuper de la réforme des réguliers. Ces détails dans le Diaire de Massarelli, Conc. Trid., t. i, p. 674-724.

Ce travail n'a pas été stérile. Sans doute, aucune décision n'a été prise à Bologne. Mais le concile y a préparé une abondante provision de matériaux de théologie et de discipline sur les sacrements qui n'avaient pas encore été touchés par ses déclarations et définitions antérieures. Des spécialistes les avaient patiemment élaborés; le secrétaire en fit un recueil qu'il conserva pour la suite du concile et dont les congrégations postérieures surent tirer profit.

4. Paul III congédie le concile. — La prorogation sine die du concile (13 septembre) invoquait, entre autres motifs, la venue de douze évêques français, promis par Henri II, successeur de François Ier. Deux seulement étaient arrivés le 9 avec l'ambassadeur de France, Claude d'Urfé. Les autres n'arrivèrent que du 19 au 29. Des complications surgissaient en Haute-Italie à propos des duchés de Parme et Plaisance. De son côté, Charles-Quint exigeait le retour du concile à Trente; des ecclésiastiques allemands adressaient au pape une supplique en ce sens. La diète d'Augsbourg préoccupait la curie romaine. Voir Paul III, t. xn, col. 16-17. Et, tandis que le roi de France manifestait sa bienveillance en envoyant ses évêques dont plusieurs cardinaux, l'empereur envoyait son ambassadeur Mendoza sommer le pape de renvoyer promptement le concile à Trente (14 décembre). Ce retour fut accepté, mais subordonné à cinq conditions : 1. Les Pères de Trente devaient d'abord rejoindre Bologne; 2. Il n'y aurait aucune innovation au règlement; 3. Ce qui avait été décidé ne serait pas remis en question ; 4. L'assemblée resterait maîtresse de son ordre du jour. 5. Enfin elle resterait toujours libre de décider sa suppression, sa conclusion ou son transfert. Diaire de Massarelli, Conc. Trid., t. i, p. 727-728.

Charles-Quint crut intimider le pape en envoyant son fiscal de Castille, Juan de Vargas, flanqué de deux notaires et de cinq témoins, déclarer que, si les Pères ne voulaient encourir la colère de son maître, ils devaient retourner immédiatement à Trente (15 janvier 1548). Mendoza renouvela sa démonstration théâtrale au consistoire du 23 janvier. Paul III et del Monte gardèrent leur calme. Malgré la protestation de certains Pères de Bologne, Paul III voulut arbitrer

le « conflit », qu'avaient fait naître les Pères demeurés à Trente; il demanda aux prélats de l'une et l'autre ville une délégation de trois membres pour justifier ou non la translation. Charles-Quint entendit alors se passer du pape et régler provisoirement lui-même le statut religieux de l'Allemagne par l'Intérim d'Augsbourg, voir Paul III, t. xn, col. 17. Tout en protestant contre l'Intérim, Paul III chercha à en atténuer les effets et délégua Pighini pour en surveiller l'application. Tout cela dissuadait le pape de rendre sa sentence d'arbitrage. Il prit finalement la décision de décréter la disparition du concile : ce qui fut fait le 13 septembre 1549.

III. Le concile de Jules III. — 1° Reprise du concile. — 1. Bulle de convocation. — A la mort de Paal III. le conclave dura plus de deux mois (30 novembre 1549-8 février 1550), pour aboutir à l'élection du cardinal del Monte sous le nom ae Jules III. Aux clauses générales de la capitulation que devaient jurer les cardinaux pour être candidats : réformer l'Église, maintenir la paix générale, extirper l'erreur, le conclave en ajouta une plus précise : reprendre et continuer le concile commencé.

Les premiers actes du nouveau pape furent de détendre la situation entre le Saint-Siège et l'Empire. Voir Jules III, t. vm, col. 1920. Puis il s'appliqua à reprendre le concile : dès le 10 mars il fit part au consistoire de son intention. Jules III commença par envoyer à cet effet un nonce en Allemagne et en France : Pighini fut désigné pour l'Allemagne; pour la France, le pape fit choix de l'évêque de Corne, Trivulzio, très attaché à la cause des Valois. Henri II commençait à se montrer mécontent de la volte-face du Saint-Siège à l'égard de son adversaire. Les deux nonciatures n'aboutirent à aucun résultat sérieux. L'empereur voulait bien que l'on continuât le concile de Trente à Trente : Pighini acceptait qu'il fût repris de Bologne à Trente. C'était toute la légitimité du transfert à Bologne qui se posait à nouveau.

Jules III lança néanmoins la bulle de convocation Cum ad tollenda, datée du 1er décembre 1550. Elle admettait, selon la formule chère à l'empereur, que le concile « continuât » à Trente; mais les matériaux accumulés à Bologne par les soins de Massarelli devaient servir au nouveau concile. L'empereur renouvela son opposition a un transfert possible à Bologne, et, par le recès qui congédiait la diète d'Augsbourg, invita, le 13 février 1551, les États de l'Empire à prendre part au concile. Il promit sa protection, pour que l'assemblée pût rapidement mener son œuvre à bonne fin. Le pape aurait voulu lui-même, pour éviter aux évêques les rigueurs de l'hiver, que tout fût terminé dans l'année.

2. Préliminaires du concile. — La voix publique désignait comme légat au concile le cardinal Cervini qui, sous Paul III, avait fait ses preuves. Mais il se récusa sur sa mauvaise santé. Jules III, dès le début de son pontificat, avait donné toute sa confiance au canoniste Crescenzi, de la congrégation de la réforme. Cette congrégation, présidée par Cervini, Pôle et Morone, travaillait depuis le 18 février pour préparer les matériaux du concile. Jules III ne cessait lui-même d'y travailler avec le cardinal Crescenzi, qu'il préparait ainsi à devenir légat-président du concile, et il lui avait si bien inculqué le programme de Paul III que le futur légat était tout à fait en état de le poursuivre. D'ailleurs, tant pour simplifier la situation et les dépenses que pour mieux assurer le succès du concile, Jules III le désignait comme seul président, lui donnant simplement deux assesseurs, Pighini, archevêque de Siponto, qui connaissait bien les affaires d'Allemagne et Lippomani, coadjuteur de Vérone, formé dans l'intimité de Contarini. Les brefs de nomination furent

TRENTE. LE CONCILE DE JULES III, Xie-XIII* SESSIONS

expédiés le 4 mars. Un retour du conflit entre l'Empire et le Saint-Siège au sujet des duchés de Parme et de Plaisance, aggravé des intrigues d'Henri II, faillit tout remettre en question. Cf. Pallavicino, 1. XI, c. xu, éd. Migne, t. n, col. 549 sq. Néanmoins le concile s'ouvrit, à la date fixée, 1er mai 1551. Massarelli était arrivé à Trente le 23 avril et, avec le concours de Madruzzi, avait fait les préparatifs nécessaires. Pighini se présenta le 28 ; Lippomani et le légat Crescenzi le 29. Ils firent leur entrée solennelle le 30, escortés du cardinal Madruzzi et de treize évêques, la plupart espagnols ou napolitains.

2° Les sessions vides. — Avec si peu d'évêques et pas de consulteurs, que faire? Les seuls actes de la xie session (1er mai) furent la lecture de la bulle de reprise, Cum ad tollenda, de la bulle de légation Ad prudenlis patrisfamilias du 4 mars et du décret De resumendo concilio, avec l 'indiction de la session suivante pour le 1er septembre, afin de permettre aux Pères d'arriver et aux luthériens de se présenter. Peu d'évêques et un très petit nombre de théologiens parurent dans les semaines qui suivirent. Au mois de juin, les Allemands donnèrent quelques signes de vie : un certain nombre arrivèrent à Trente dans le courant d'août. Les Français faisaient totalement défaut. Le 31 août, la congrégation préparatoire ne put que constater le néant des résultats après trois mois de travail.

La xne session (1er septembre) fut donc des plus simples. Le secrétaire lut une exhortation du légat aux Pères sur la manière de vivre et de travailler. Il fit adopter un décret prévoyant pour la session suivante, fixée au 11 octobre, des décisions se rapportant à l'eucharistie et d'autres concernant les impedimenta circa commodiorem residentiam. Les deux ambassadeurs des Habsbourg, récemment arrivés, furent admis. L'agent du cardinal de Tournon, Jacques Amyot, apporta des lettres du roi de France, avertissant le concile qu'il ne pouvait envoyer les évêques en raison de l'état de guerre qui bouleversait l'Italie du Nord. Il se réservait de prendre lui-même les mesures nécessaires à la réforme du elergé, mais aussi de défendre celui-ci contre tout empiétement. L'incident ne fit pas d'ailleurs grand bruit et, rassurés par la protection des Impériaux, 1rs l'éns se remirent au travail.

3° Autour de ta xm* session (11 octobre 1551). — 1. Préparation des décrets. — La discussion sur l'eucharistie, commencée à Trente et continuée à Bologne en 1547, fut reprise à Trente le 3 septembre 1551, comme si rien n'avait été fait auparavant. Sur la marche de ces discussions, voir Eucharistie, t. v, col. 1320-1337. Un texte de réforme fut également préparé en huit chapitres. Tout fut présenté à la congrégation du 10 octobre, avec, pour les agents des princes luthériens, un projet de sauf-conduit que le nonce Bertano avait réclamé le 25 septembre au nom de l'empereur.

2. Congrégation générale préparatoire. — Il fut d'abord décidé que lis luthériens seraient entendus non seulement pour la communion sous les deux espèces, mais pour tous les points par eux contestés et sur lesquels ils avaient été condamnés; mais cela sans droit d'appel. Le légal el ses assesseurs dressèrent donc eux-mêmes un texte de quatre articles, dont la dérision était reportée au 25 janvier 1552. Cf. Eucharistie, col. 1337.

Malgré le petit nombre de Pères prêtent», la congrégation préparatoire fut importante. Elle dit nia d'ajourner les difficultés pratiques de la communion

et de l'usage du caliœ : les présidents avaient le loua- Ue souci de ne rien précipiter, de laisser an\ In, | l.i

liberté entière de s'exprimer. Ceux-ci purent donc, eu toute connaissant e de cause, donnai k ni ptaett aux

diverse! motions et examiner !<• projet de réforme

qu'ils entendaient pour la première fois. Ils voulurent que le sauf-conduit accordé aux protestants fût aussi général et libéral que possible et, en attendant la session projetée pour le 25 janvier, ils en fixèrent une au 25 novembre, afin d'y donner quelques définitions sur le sacrement de pénitence.

3. La XIIIe session. — Elle fut célébrée avec une solennité exceptionnelle : ne s'agissait-il pas de l'eucharistie, que l'Église allait de nouveau définir contre les négations issues de la révolte de Luther? La commission avait encore travaillé la veille tard dans la nuit pour retoucher le texte des deux décrets et leur donner une forme définitive. II y avait cinquantedeux Pères, dont cinq archevêques et cinq généraux d'ordre. A côté des deux cardinaux (Crescenzi et Madruzzi) et des deux nonces, figuraient les trois électeurs ecclésiastiques d'Allemagne. Les théologiens étaient au nombre de quarante-huit; le monde laïc était représenté par onze nobles, trois ambassadeurs impériaux et les ambassadeurs de l'électeur Joachim de Brandebourg.

a) Décret dogmatique. — Le décret sur l'eucharistie comporte huit chapitres et onze canons. On trouvera commentés : c. i, la présence réelle, à Eucharistie, t. v, col. 1343 sq.; c. il, l'eucharistie instituée pour être la nourriture spirituelle de l'âme, à Communion, t. m, col. 483, 507, 510, 553; c. m, excellence de l'eucharistie qui contient, même sous une seule espèce, l'auteur tout entier de la grâce, Eucharistie, col. 1351, 1352; cf. Communion, col. 569; c. iv, transsubstantiation, Eucharistie, col. 1347; c. v, culte dû à l'eucharistie, ibid., col. 1353; c. vi, conservation de l'eucharistie et port aux malades, ibid., col. 1354-1355; cf. Communion, col. 488; c. vu, préparation à la communion, ibid., col. 504; c. vin, communion sacramentelle et spirituelle, ibid., col. 486, 533, 573. (Nota : les passages cités relatifs à la communion ne font souvent qu'indiquer le sens général des textes conciliaires). Parmi les canons, à l'art. Eucharistie ont été cités et commentés : can. 1, col. 1343; can. 2, col. 1347; can. 3, col. 1351; can. 4, col. 1352; can. 6, col. 1353; can. 7, col. 1354-1355; le can. 9 à l'art. Communion, col. 434. N'ont pas été cités : le can. 5 se rapportant au c. ni; les can. 8 et 10, au c. vin ; le can. 1 1 au c. vu. La finale relative au précepte de la confession sacramentelle exigée du pécheur avant la communion, à Confession, t. m, col. 910-911 ; cf. Communion, col. 504. A déiaut du Conc. Trid. non encore paru sur la matière, on trouvera tous ces textes latins dans Denzinger ou Cavallera; le texte, la tr. fr. et le commentaire dans Michel, p. 255-283.

b) Décret de réforme. — Le décret de réforme, en huit chapitres, fut adopté sans opposition : 1. Les évêques devront traiter leurs subordonnés comme des pères traitent leurs fils; cependant, au cas où ils remarqueraient chez eux des manquements graves dans la conduite, ils devront prendre des sanctions, desquelles, en certains cas, il ne pourra être fait appel; 2. Dans les causes criminelles, l'appel interjeté à la sentence de l'évèque, sera confié au métropolitain ou à un évêque voisin; 3. Dans le jugement d'appel, celui qui fait appel fournira les actes du premier procès S ses nouveaux juges; 4. En quelles conditions les clercs pourront-ils être déposés et livrés à la justice séculière pour être jugés sur de graves délits? 5. Les motifs d'un acquittement en appel devront être sommairement soumis a l'évèque, afin qu'il puisse juger de leur valeur; 6. Les évêques ne MI uni cités personnellement

que dans les causes de déposition ou de privation de leur bénéfice; "• Quels témoins peuvent être admis

<oiitre les évoques? B. Les causes graves éplscopales seioni soumises au tribunal pontifical. Texte français

.lins Michel, l>- 283-287.

TRENTE. LE CONCILE DE JULES III, XIV« SESSION

c) Texte de- prorogation de la discussion des quatre articles réservés. "Voir Eucharistie, t. v, col. 1338.

d) Sauf-conduit accordé aux protestants pour venir discuter des quatre articles. Voir Theiner, t. i, p. 528.

e) Réponse A la communication d'Henri II, faite par Amyot. L'assemblée se déclare prête à bien accueillir les évêques français, quand ils se présenteront, à les admettre dans toutes les délibérations, décisions et cérémonies du concile. Elle exhorte le roi de France à poursuivre le bien général de l'Église et de la chrétienté et non des buts particuliers d'intérêt. Personne ne s'étant présenté pour recevoir la réponse, l'acte en reste dans les archives du concile, où le roi Très-Chrétien pourrait le faire prendre à sa guise.

4° Autour de la xive session (25 novembre 1551). — 1. Préparation des décrets. — Après quelques jours de repos, le concile se remit au travail sur les matériaux de Bologne, pour préparer les décrets du 25 novembre. Le 25 octobre, Crescenzi fit distribuer pour les examiner, quinze articles sur la pénitence et quatre sur l'extrême-onction. Pour que la discussion fût plus rapide, le légat modifia l'ordre dans lequel les théologiens parleraient : après ceux du pape et de l'empereur, ceux de la reine de Hongrie et de Louvain, ceux des électeurs, puis les séculiers et réguliers attachés aux évêques, selon l'ancienneté de promotion du protecteur, enfin les simples docteurs sans mandat spécial. L'examen et la discussion des articles furent faits simultanément. Voir, pour la pénitence, t. xn, col. 1069-1086; pour l'extrême-onction, t. v, col. 1997-

Le 21 novembre, une commission de réforme avait présenté quinze chapitres sur la vie et le ministère des clercs. Aux articles de réforme générale était joint un projet concernant les moines et clercs vagabonds échappant à la juridiction de l'Ordinaire au moyen d'exemptions plus ou moins valables et émanant du Saint-Siège. On proposait un moyen de conserver à la fois les droits du pape et le pouvoir de coercition des évêques. Certains Pères contestèrent l'utilité de ce décret qui ne faisait que rappeler le droit existant. Le 24 novembre, veille de la session, le légat les blâma. Mais finalement les quinze chapitres furent réduits à treize, avec adjonction d'un quatorzième fixant la suite des travaux. Le légat rappela enfin que les luthériens étaient convoqués pour le 25 janvier et que le concile ferait bien, pour leur assurer la facilité de se défendre, d'ajourner à cette date les décisions importantes.

2. La XIVe session. — Y assistèrent cinquante-trois Pères, six procureurs, cinquante et un théologiens, trente-huit nobles et les ambassadeurs de l'Empire et du Brandebourg. Les luthériens, se réservant, avaient cependant dans la coulisse, quelques comparses qui se livraient à des attaques sournoises et mesquines : les présidents fermèrent Ips yeux. Cf. Pallavicino, op. cit., 1. XII, c. xv, col. 676 sq.

a ) Décrets dogmatiques. — Ces décrets concernent le sacrement de la pénitence : un préambule, neuf chapitres et quinze canons; le sacrement de l'extrêmeonction : un préambule, trois chapitres, quatre canons. Textes et commentaires à Pénitence, t. xn, col. 1086- 1111 ; cf. Satisfaction, t. xiv, col. 1131 ; Confession, t. m (c. v, col. 904, 906, 918, 924; can. 7, col. 919; can. 6, col. 924); Contrition, t. m (c. iv, col. 1672, 1678, 1685, 1691); à Extrême-Onction, t. v, col.2005- 2006 (simplement les canons); le texte des chapitres dans Denzinger ou Cavallera. Texte latin, tr. fr. et commentaire dans Michel, p. 311-384.

b) Décret de réforme. — Ce décret contient un préambule et quatorze chapitres. Préambule : il appartient aux évêques de rappeler leurs subordonnés aux devoirs de leur fonction, surtout si ces subordonnés ont charge

d'âmes : 1. Interdiction de recevoir les ordres à ceux à qui il est déjà défendu d'y accéder; peines qui frappent les délinquants; 2. Si un évêque in partibus ordonne un clerc, sans le consentement exprès de son propre prélat, l'un et l'autre sont frappés de pénalités; 3. L'évêque peut lui-même frapper de suspense des clercs ordonnés frauduleusement par un autre, s'il les trouve incapables; 4. Aucun clerc n'échappe au pouvoir coercitif de l'évêque, même en dehors de la visite épiscopale; 5. Limites imposées à ceux qui disposent de lettres conservatoires à l'égard de la juridiction épiscopale; 6. Peines frappant les clercs qui ne portent pas un vêtement décent conforme à leur ordre; 7. Législation à l'égard de l'homicide qui voudrait accéder aux ordres; 8. Aucun prélat ne peut par privilège punir un clerc qui ne lui est pas soumis; 9. Les bénéfices d'un diocèse ne doivent, sous aucun prétexte, être unis aux bénéfices d'un autre diocèse; 10. Les bénéfices réguliers doivent être confiés aux réguliers; 11. Un régulier, transféré d'un ordre à un autre, doit demeurer dans le cloître sous l'obédience du nouveau supérieur et ne peut avoir accès aux bénéfices séculiers; 12. Aucun droit de patronat ne peut être acquis sinon par fondation ou donation ; 13. Toute présentation de sujet à celui qui jouit du droit de patronat, doit, sous peine de nullité, être faite par l'évêque. Le c. xiv indiquait la matière de la session suivante, fixée au 25 janvier; le sacrifice de la messe, le sacrement de l'ordre et la réforme à poursuivre. Tr. fr. dans Michel, p. 384-390.

5° Prorogation et suspension du concile. — 1. Travaux sur la messe et sur l'ordre. — Cette première délibération sur le sacrifice de la messe a été résumée à Messe, t. x, col. 1113-1118. Voici les grandes lignes de celle sur l'ordre, omise à l'article Ordre, t. xi, col. 1349. Les discussions amorcées en 1551 en même temps que celles relatives à la messe comportaient l'examen de six articles extraits des œuvres des novateurs. Le premier article devait être dédoublé en 1562, ce qui porta à sept le nombre des articles. Dès 1551, quelques théologiens apportèrent leur sentiment sur le sacrement de l'ordre. Le dominicain Valter essaie de prouver que l'imposition des mains ne confère que le pouvoir de prêcher, le sacerdoce véritable étant conféré par les instruments selon la doctrine de saint Thomas. L'augustin Juvenis défend la hiérarchie et l'indélébilité du caractère sacerdotal. Le carme Alexandre Candide veut prouver la nécessité de l'onction, comme institution du Christ lui-même. Un autre carme, Evrard Billick, insiste sur le fait que la tradition enseigne bien des vérités relatives à l'ordre dont ne parlent pas les Écritures. Le dominicain prouve à l'aide de l'Écriture que tous les chrétiens ne sont pas également prêtres. D'autres insistent sur la différence du simple sacerdoce et de l'épiscopat. Le conventuel Jean de Corrigio rappelle que le pouvoir sacerdotal ne vient pas du consentement du peuple. En somme, doctrine ordinaire, traditionnelle, sans remarques de grande envergure. L'aspect historique des questions est tout à fait négligé et cependant, dans le résumé des censures des théologiens, on fait justement observer que l'article 2 (celui qui deviendra le 3e de 1562) n'appelle pas une décision ferme, en raison des divergences des auteurs sur la nature sacramentelle des ordres inférieurs. Parmi les Pères, l'évêque de Cagliari, précisément à propos de ce même article, fait remarquer que les ordres doivent être dits un sacrement essentialiter, mais plusieurs ordres materialiter. Peu d'observations de la part des autres Pères, absorbés dans la discussion des articles relatifs à la messe. Voir Theiner, t. i, p. 613-638.

Comme pour le sacrifice de la messe, la commission compétente avait rédigé à la fois huit canons sur le

sacrement de l'ordre, dont Theiner (p. 646) donne le texte, et l'exposé doctrinal, que Le Plat insère à la suite des chapitres relatifs au sacrifice eucharistique. Op. cit., p. 397-404. Les canons répondaient exactement au texte des articles : à l'art. 4 répondaient cependant deux canons, les can. 3 et 4, ce dernier empruntant la finale du dernier article, ordinationes fadas sine plebis consensu irritas esse. Les can. 6 et 7 répondaient à l'art. 5 de 1551 et enfin, dans le can. 8, on proclamait l'institution de droit divin de l'épiscopat, le pouvoir d'ordonner et la supériorité des évêques sur les simples prêtres. Ces projets malheureusement ne devaient pas aboutir, les événements politiques prenant une tournure inquiétante.

2. Deux sessions vides (XVe et xvie). — Le 23 janvier, des ambassadeurs du prince protestant Maurice de Saxe étaient annoncés. Sous le bénéfice d'un plus large sauf-conduit, ils promettaient d'envoyer au concile une députation de leurs théologiens. L'assemblée décida donc de surseoir à la publication des projets préparés, afin de fournir aux adversaires l'occasion de se faire entendre. Ces décisions furent publiées à la xve session (25 janvier 1552), où l'on fixa la session suivante au 19 mars. La date de cette xvie session dut même être prorogée. Mais devant la tournure inquiétante des événements, Jules III décida la suspension du concile. La xvie session (28 avril 1552) n'eut donc qu'à entériner purement et simplement le décret pontifical. Theiner, t. i, p. 647-659.

IV. Concile de Pie IV. — Le cardinal Cervini succéda à Jules III, mort le 13 mars 1555, mais ne régna que quelques jours sous le nom de Marcel II (10 avril-1" mai 1555). Le rigide et intransigeant Carafîa fut élu le 23 mai et prit le nom de Paul IV (1555-1559). Sa volonté de réaliser la réforme par luimême et en dehors du concile eut du moins ce résultat de montrer la nécessité d'y revenir. Ce fut l'œuvre de Jean-Ange de Medici, l'oncle de saint Charles Borromée, élu après trois mois de conclave, le 26 décembre 1559, sous le nom de Pie IV.

1° Les préliminaires du concile. — Dès les premiers jours de son pontificat, Pie IV fit signifier son intention de reprendre le concile aux trois premiers souverains de la chrétienté : le nouvel empereur Ferdinand, le roi de France François II et le roi d'Espagne Philippe IL C'est bien à lui que revient l'initiative de cette reprise; voir Pie IV, t. xn, col. 1635-1637. Cf. Mgr Elises, Die letzle Berufung des Trienter Konzils diirch Pius IV., 29 november lôflO, Kcmptcn, 1913.

Le nouveau pontife commença par réaliser, à Rome même, des réformes qui, dans son esprit, devaient préparer la reprise du concile. Dès septembre 1560, il publiait une bulle qui imposait la résidence et en réglait les modalités. Il attira l'attention du consistoire sur la nécessité d'un examen très approfondi des candidatures à l'épiscopat. Il s'attacha à régler pacifiquement les gros embarras créés par les mesures excessives prises par Paul IV et s'efforça de pourvoir à l'amiable à la situation canonique des moines vagabonds. Une sérieuse difficulté s'opposait à la convocation du concile : l'empereur insistait pour que le concile fût une assemblée toute nouvelle, les princes protestants et la France n'ayant pas pris part aux délibérations précédentes. Et pourtant il était impossible d'annuler le travail déjà accompli. De son enté le roi de France, après avoir demandé que le concile se réunît à Vereeil, accepta Trente, mais à la condition défi exprimée par l'empereur, que ce fut un concile qui commençât et non la continuation d'un concile antérieur. I.e pape ne s'émut pas et, le 19 novembre, il publiait la bulll d'indulgence pour la reprise do COU

cilc : tndlcere et continuait, el la bulle mentionnaJI les sessions tenues sous les pontificats antérieurs. C'était

couper court à toutes les tergiversations. Ce fut également le sens de la bulle Ad Ecclesiœ regimen, communiquée au consistoire du 29 novembre et promulguée le lundi 2 décembre, convoquant le concile à nouveau et pour les mêmes objets. La bulle invitait l'empereur et « tous les princes chrétiens ». C'en fut assez pour que le conseil de régence en France se montrât offensé de l'omission du nom du roi de France. De plus, elle portait simplement que la suspension du concile était levée, mais sans parler explicitement de « continuation ». C'en fut assez pour choquer les cardinaux espagnols, qui entendaient « continuer » le concile, pendant que les Impériaux s'agitaient pour réclamer un « concile nouveau ». L'empereur affirmait cependant sa bonne volonté. Le pape nomma nonce Commendone qui rejoignit à Vienne Delfino qui s'y trouvait déjà en cette qualité. Tous deux se rendirent à Naumbourg pour inviter les princes et les luthériens au concile. Leur mission aboutit à un total échec. Richard, p. 563-566. Voir aussi la délibération des luthériens sur la participation au concile, Conc. Trid., t.vm.p. 144 sq.,et la réponse aux nonces, p. 147. En France, les esprits étaient aussi peu disposés que possible, bien que la reine-mère eût fait adopter au conseil la bulle de convocation, tout en continuant sa politique d'intrigues contre le concile et de faveurs aux protestants et tout en invitant les évêques français à Paris, le 30 juillet suivant, pour un synode national I

La grande promotion de cardinaux du 26 février, si elle ne contenta absolument aucun des gouvernements (sauf peut-être celui de Philippe II) eut du moins l'avantage de faire entrer dans le Sacré-Collège quelques hommes éminents qui devaient être fort utiles au concile futur, l'ambassadeur français, Baboy de La Bourdaisière, le coadjuleur de Trente, Ludovic Madruzzi, neveu de Christophe, le théologien polonais Hosius, le général des augustins, Seripando, qui avait tenu un rôle de premier plan dans les conciles de Paul III et de Jules III, le canoniste Simonetta et Bernard Navagero. C'est parmi ces derniers que Pie IV choisit plusieurs des légats du concile (17 mars 1561) à défaut de Morone, qui se récusa en raison de son procès d'inquisition sous Paul IV. Le légat-président devait être le cardinal-évêque Puteo. Mais Puteo ne fut jamais en état de rejoindre son poste. La première place échut donc au cardinal Hercule Gonzague, de Mantoue, avec, comme légats auxiliaires Seripando, Hosius et Simonetta. Voir ici Pie IV, t. xn, col. 1638.

La bulle avait convoqué le concile pour le 6 avril 1561. Le 6 avril, il n'y avait encore que quatre prélats à Trente. Les premiers légats n'arrivèrent que le 16 et furent reçus par Madruzzi junior et neuf évêques. Le fidèle Massarelli était là depuis le 26 mars. On ne pouvait songer à commencer le concile avec si peu de monde et les arrangements matériels occupèrent les loisirs des légats et des prélats. Philippe II avait donné son adhésion à la « continuation » du concile, mais ce ne fut qu'en juin qu'une circulaire royale avertit les évêques d'Espagne d'avoir à se tenir prêts pour les premiers jours de septembre. En France, le synode national, projeté pour le 30 juillet, renvoyait aux calendes grecques la participation des évêques au concile. En Allemagne, Ferdinand tergiversait, attendant quelque réponse favorable à transmettre aux luthériens de Naumbourg. Mais Pic IV le pria d'envoyer ses évêques quand les Espagnols se mettraient en route et, par son éloquence persuasive, I Insuis parvint à le décider à prendre une attitude moins lu si tante : Ferdinand désigna des ambassadeur*. Sur les

négociations de Pie IV avec les trois grandes nations

catholiques, voir Pastor, t. xv, p. 155-185.

II fallait néanmoins encore temporiser. Le papa en profits pour ( iiiivnqucr les notabilités d'Orient, le t. i

TRENTE. LE CONCILE DE PIE IV, XVII* SESSION

de Pologne, les princes de Transylvanie, de Moldavie, de Valachie; le 1er août il demandait aux princes italiens de favoriser le voyage de leurs évêques. Sauf chez les Italiens, ces démarches eurent peu de succès. En Suisse toutefois et au Portugal, l'appel fut entendu. Une tournée de Commendone dans l'Allemagne du Nord, une de Delfino dans l'Allemagne du Sud n'aboutirent pas à. un grand résultat. Sauf près de Marguerite d'Autriche à Bruxelles et du duc de Bavière, Delfino ne reçut guère d'encouragement. Après quinze mois de courses, Commendone écrivait aux légats en son nom et au nom de son collègue : qu'il n'y avait pas à compter sur un concours sérieux des Allemands. D'ailleurs les Allemands ne croyaient qu'à demi à un concile; ils se réservaient. Sur la mission des deux nonces, voir Pastor, t. xv, p. 185-206. Les lettres de Commendone dans Ehses, Ein pâpstlicher Nunlius am Rhein vor 350 Jahren, extrait de Gôrresgesselschajt, Cologne, 1917.

En France, le colloque de Poissy retenait les évêques. Le pape avait désigné un légat, Hippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare, pour y paraître accompagné d'un brillant état-major de théologiens. Ouvert le 9 octobre seulement, le fameux colloque devait échouer le 26, grâce surtout à la solide argumentation du jésuite Laynez. La reine mère favorisant ouvertement les huguenots, la légation était vouée à l'insuccès. N'importe! Pie IV se passerait de la France : il se bornera à ne pas mécontenter Catherine de Médicis et fera, avant tout, travailler le concile.

2° Premiers travaux et sessions vides. — 1. Les débats. — Au mois de juillet 1561, le concile ne comptait guère que des Italiens et, sur les quatre légats, deux seulement Gonzague et Seripando étaient présents. Hosius arriva le 20 août. Simonetta n'était pas encore parti le 20 septembre. Peu à peu, sous la pression du pape, les Italiens vinrent au nombre de plus de trente et, les unités s'ajoutant aux unités, l'assemblée, fin novembre, comptait plus de cent déflniteurs, chiffre qui n'avait jamais été atteint. Pour remplacer Puteo, Pie IV nomma légat le cardinal Altaemps (Marc Sittich von Hohenems), évêque de Constance, son neveu. Ce prélat n'était guère à la hauteur de sa fonction; mais, appartenant à la nation allemande par son évêché et sa famille, il pouvait servir d'heureux trait d'union. C'est alors que furent désignés, voir ci-dessus, les ambassadeurs impériaux : l'évêque de Vienne, l'archevêque de Prague, Brus von Muglitz, et le laïc Sigismond de Thun, d'une vieille famille tyrolienne allemande, auxquels Ferdinand adjoignit, en tant que roi de Hongrie, George Draskoviè, évêque de Fûnfkirchen.

Simonetta arriva le 9 décembre apportant les documents pontificaux à l'adresse du concile : la bulle réservant au Sacré-Collège l'élection du pape en cas de vacance durant les travaux du concile; la bulle autorisant les légats à transférer le concile en cas de nécessité; la bulle et la copie d'un bref antérieur promettant au roi d'Espagne de déclarer ultérieurement la « continuation » du concile; enfin la copie des bulles interdisant aux évêques non allemands de se faire représenter par des procureurs. Simonetta apportait en outre des instructions détaillées sur la marche à suivre : achever la doctrine des sacrements et les décrets de réforme générale. Le bureau devait se montrer impitoyable contre toute proposition tendant à affirmer la supériorité du concile sur le pape. Enfin Pie IV insistait sur la nécessité de reprendre immédiatement les travaux. Dans un post-scriptum de sa main, le souverain pontife affirmait son intention de terminer promptement l'entreprise et ajoutait : « Nous désirons, comme homme d'honneur, comme bon chrétien, et comme pape soucieux de son devoir, que toute l'attention de l'assemblée s'attache au service de Dieu, de la foi, de

la religion, au bien général de la chrétienté comme à l'honneur du Saint-Siège. Nous nous sommes donné pour tâcher de rétablir l'unité entre les chrétiens, de façon que, suivant tous ensemble le vrai Dieu, nous nous opposions de toutes nos forces aux incroyants et aux ennemis du nom chrétien. » Pastor, t. xv, p. 220. Enfin, le cardinal de Mantoue, Hercule Gonzague, était définitivement nommé premier légat; Simonetta en raison de sa situation de dataire et de sa science de canoniste, était chargé de lui servir à l'occasion de guide et au besoin de surveillant. De plus Simonetta devait renseigner la Secrétairerie d'État par une correspondance à part pour les questions plus délicates que le pape traitait avec certaines fractions ou certains membres de l'assemblée.

Gonzague, grand seigneur, et Seripando, bon théologien, mais religieux raidi et trop correct, se complétaient et, de fait, s'entendaient bien. Le rôle de Simonetta était trop délicat pour que, même avec tout le doigté possible (qu'il n'eut pas toujours), le cardinal « surveillant » pût être bien accueilli des autres. Le rôle d'Hosius fut assez effacé et celui d'Altaemps, à part quelques rares circonstances, nul.

Il fallut régler les questions de préséances. Le 31 décembre, un bref de Pie IV apporta une solution à cette épineuse difficulté; puis la bulle Ad universalis Ecclesim déclara que seuls les prélats présents et non les procureurs des absents avaient voix de définition; enfin la session d'ouverture fut fixée au 18 janvier 1562, fête de la Chaire de saint Pierre à Borne.

2. La XVIIe session (18 janvier 1562). — Une dizaine de prélats espagnols étaient arrivés depuis quelque temps et leur chef, l'archevêque de Grenade, Pedro Guerrero, se révéla, dès la première heure, comme un théologien intransigeant « plus dur que le marbre ». Il voulait tout d'abord une déclaration officielle, proclamant que le concile « continuait », menaçant les légats, en cas de refus, d'une protestation publique. Cf. J. SuSta, Die romische Kurie und das Konzil von Trient unter PiusIV., 1. 1, p. 112-113. Finalement il fut réglé qu'on éviterait simplement de faire la moindre assertion qui pourrait mettre en doute la continuation. Le 15 janvier se tint la congrégation générale pour l'examen du décret à rendre dans la xvne (lre sous Pie IV) session, fixant les règles que les Pères devraient observer et faire observer autour d'eux, en public et dans leur vie privée. La congrégation préparatoire compta plus de cent Pères. On y donna lecture des actes pontificaux qui devaient être promulgués dans la session du 18, y compris les deux documents datés du 31 décembre, et pour lesquels Pie IV demandait l'approbation du concile. L'archevêque de Grenade protesta contre la formule proponentibus legatis qui semblait apporter une limitation à la liberté et aux droits d'un concile général. Cf. Pallavicino, 1. XV. c. xvi, col. 1027. On fixa ensuite la future xvme session (2e sous Pie IV) au 26 février, afin de donner le temps d'arriver aux ambassadeurs de France et d'Espagne et aux évêques français. Les présidents proposèrent une ébauche de programme à préciser dans les réunions ultérieures en prenant pour base l'Index de Paul IV. Enfin l'assemblée décida d'accorder aux protestants un sauf-conduit le plus large possible, leur permettant de se présenter en toute sécurité et de soutenir pacifiquement leurs opinions devant le concile.

La reprise du concile, si péniblement préparée depuis deux ans, eut lieu officiellement le 18 janvier devant cent-quatorze déflniteurs et cinquante-trois théologiens. Une seule notabilité laïque dans l'assistance : le duc de Mantoue, Guillaume de Gonzague, venu pour honorer de sa présence la haute dignité de son oncle, le cardinal premier président. On y lut la bulle Ad Ecclesiœ regimen du 30 novembre, le bref des

1453 TRENTE. LE CONCILE DE PIE IV, XVIIlc ET XIX« SESSIONS 1454

légats, du 10 mars 1561, que les Pères approuvèrent. Cf. Conc. Trid., t. vin, p. 104, 176; cf. p. 291-292.

3. Remise en marche du concile. — - La venue des ambassadeurs impériaux laissait espérer celle d'au moins quelques évêques allemands. L'incertitude de la date de leur arrivée n'empêcha pas le concile de commencer ses travaux. A la première congrégation générale (27 janvier), le cardinal de Mantoue soumit aux Pères un programme en trois points : 1. Dresser un catalogue des livres condamnés et des censures, sur la base de l'Index de Paul IV; les Pères étaient invités à le compléter et à le corriger; 2. Fallait-il inviter les auteurs à venir se disculper devant le concile? 3. Au cas où ils seraient disposés à venir à résipiscence, un large sauf-conduit leur serait accordé. D'autres travaux suivraient. Conc. Trid., t. vm, p. 304-305. Il avait été convenu qu'en attendant l'arrivée des luthériens, le concile se consacrerait à des débats touchant la réforme, sur les points difficiles.

L'empereur désirait que la Confession d'Augsbourg ne fût pas mentionnée dans les livres condamnés. Cette exigence, ainsi qu'une demande d'ajournement de la session suivante à quatre mois, n'obtinrent aucun succès. Mantoue présenta une solution conciliatrice : « Le concile n'avait pas songé à faire figurer la Confession d'Augsbourg dans l'Index; il dresserait celui-ci aussi général que possible, à l'usage exclusif des Pères; un autre plus complet serait préparé ultérieurement, adaptant celui de Paul IV aux nécessités présentes, et publié seulement à la fin des travaux. Le sauf-conduit serait rédigé de la manière la plus large et la plus généreuse pour permettre aux protestants d'affronter les Alpes à la belle saison. » Conc. Trid., t. vm,p. 326- 328. On verra plus loin que le concile lui donna une extension plus grande encore.

L'Index s'imposait « aussi général que possible », vu les divergences d'opinion à son sujet. Une commission fut nommée, sous la présidence de l'archevêque de Prague (c'est assez dire en quel sens elle devait travailler). Elle rechercha les censures antérieurement portées, avec les livres et les passages auxquels elles pouvaient se référer. Le tableau en devait être approuvé par le concile et communiqué aux intéressés. Le travail était, terminé le 20 février, travail important qui permettait surtout de déblayer les questions dogmatiques. Mais il était difficile d'accorder le nouvel Index avec celui de Paul IV et, comme le temps manquait pour arrêter un règlement pratique et définitif, les légats présentèrent le 24 le décret De delectu librorum, le concile y faisait simplement appel aux accusés, les invitant à rentrer dans le giron de l'Église, leur promettant toute garantie s'ils désiraient discuter avec ses théologiens les points que la congrégation de l'Index avait reconnus répréhensibles. Quant au sauf-conduit, dont le texte n'était pas encore suffisamment au point, il serait public dans une congrégation générale et aurait la même valeur que s'il avait été arrêté en session.

4. La xviii' session (26 février 1562). — La congrégation préparatoire à la session du 26 eut beaucoup de peine à fixer la date de la xix" session. L'évêque de FQnfklrchen, au nom de l'empereur, avait demandé un délai de trois mois. Les légats obtinrent un compromit, avec la date du 14 mai. jeudi après l'Ascension.

La XVIII" session se tint le jeudi 20 février avec cent trente-cinq déftniteurs, plus de cinquante théologiens cl deux ambassadeurs laies. Il y eu) d'abord l'inévitable conflit de préséance entre l'ambassadeur du Portugal et celui de Hongrie el l'on dut pal len ter deux

heures avant de eonmiem ir la messe. Suivirent les

discours et la promulgation du décret itr deltclu libro-

rum el omnibus ad roncilitim publiait fldt inni lundis :

Le concile a l'intention de renouveler les oen ores

déjà portées, de compléter ces condamnations et il invite tous ceux qui se croiraient en cause à venir se défendre en toute sécurité. » Conc. Trid., t. vin, p. 355-359.

Après la session, le texte du sauf -conduit fut discuté en plusieurs séances entre canonistes, en prenant pour base le sauf-conduit accordé par le concile de Jules III (session xve), étendu à la généralité des dissidents. Pour ne pas froisser les dissidents, on y évitait l'appellation d' « hérétiques ». Enfin, pour réserver les droits des inquisitions nationales, on n'y parlait ni de procès, ni de sentence. Le décret faisait simplement appel « à tous ceux qui ne sont pas d'accord avec le concile en matière de foi, qui croient autrement que ce qu'enseigne l'Église romaine ». Conc. Trid.,i. vin, p. 373-374. Adopté en congrégation générale du 4 mars, le décret fut affiché au grand portail de la cathédrale de Trente le 8 mars. Il mentionnait en particulier « ceux de la Confession d'Augsbourg » et leur garantissait « toute sécurité d'aller et venir entre le concile et le territoire où ils se croiraient à l'abri de tout danger ». Une cédule annexe étendait ces garanties à toutes les nations chrétiennes. Id., ibid., p. 374-375.

5. Travaux sur la résidence el la réforme el XIXe session. — A partir de la xvme session, sans parler des complications venues de l'extérieur, le concile se débat dans d'inextricables difficultés : intrigues, mésententes, procédés dilatoires, désunion entre évêques et même parmi les légats, difficultés qui obligent à des recours constants à Rome. Deux grandes questions de réforme dominent ces débats, la résidence et la réforme générale, et ces questions reviendront sur le tapis jusqu'à la fin du concile.

a ) La résidence. — Soutenus par Seripando et même parle cardinal de Mantoue, les Espagnols demandaient que le concile voulût bien définir le principe du droit divin de la résidence. Cf. SuJta, op. cil., p. 38-39. Depuis le 7 avril 1562, les Pères discutent sur ce point. Le 14, le groupe des intransigeants est renforcé par l'arrivée de l'évêque de Paris, Euslachc Du Bellay. Dans le collège des légats, Simonetta sera bientôt seul à défendre les prérogatives du Saint-Siège. Ce débat sur le principe de l'obligation avait son importance. Si la résidence est de droit divin, l'évêque relève directement de Dieu et ne doit au pape que la subordination que Jésus-Christ lui impose et qui dérive de l'institution canonique. L'Église enseignante est un seul corps, composé de tous les évêques, et cet ensemble réuni en un tout — au concile général, par exemple — est supérieur au pape qui en reste toutefois la tête dirigeante.

Le pape ne pouvait accepter tout cela et, à l'exemple de Jules III, Pie IV mit tout en œuvre pour écarter ce débat dangereux, sans vouloir intervenir lui-même. Dès le 18 mars, il recommandait cette mesure dilatoire. Mais Seripando, appuyé par Mantoue, voulait la discussion immédiate. Le 21 mars, le cardinal Borromée avait accepté que, si l'assemblée ne pouvait esquiver la discussion, on l'affrontât sans hésitation. A la réception de cette lettre (6 avril), la discussion commença, confuse « et manquant de tenue et de discipline ». Conc. Trid., t. vm, p. 465, note 3. Le 27 avril. Guerrero, avec sa fougue habituelle, entreprit de prouver le droit divin. Le Pascc oves meas aurait été dit non seulement a saint Pierre, mais à tout le collège des apôtres. La discussion se prolongea passionnée, orageuse, du 7 au 17 avril en onze assemblées, mettant aux prises deux écoles qui s'acharnèrent à se condamner mutuellement. Pendant une Indisposition du cardinal (lonzaguc, Seripando avait propose de nommer une commission pour rechercher el rassembler en un sommaire les empêchements à la résidence, afin d'abréger et de simplifier Les débats. Certains esprits chagrina accusèrent le légal de vouloir étouffai La dis

cussion et se plaignirent de son « intolérance ». Seripando ayant protesté de ses intentions droites, l'assemblée s'inclina et accepta de nommer des commissaires : trois Italiens, un Espagnol, un Portugais. Devant ce désarroi, Mantoue, qui avait repris la présidence, demanda le 20 avril un vote par oui ou par non sur le principe de la résidence. Le résultat aboutit à une sorte de ballottage : sur 141 opinants, 67 étaient pour le droit divin, 33 contre et 38 pour le renvoi au pape. Le premier légat, comptant comme acquis au « droit divin » quelques votes conditionnels, voulut renvoyer à Rome la question en comptant 80 voix contre 61. Cf. Pallavicino, 1. XVI, c. iv, p. 1085 sq. Hosius et Simonetta protestèrent avec énergie. On se contenta d'en référer au pape, ce qui fut fait le jour même par l'intermédiaire du théologien Frédéric Pendazio, conseiller intime de Mantoue. SuSta, op. cit., p. 88.

b) La réforme générale. — Ce chapitre avait été entamé, avec aussi peu d'entente et aussi peu de succès. Les légats avaient averti les évêques des différentes nations de réfléchir sur les réformes qu'ils croiraient nécessaires pour leur diocèse ou leur pays et d'en présenter un mémoire. Seripando tira de là des matériaux pour les discussions à venir et condensa ces résultats en 93 articles, cf. Suëta, p. 38-39, qu'il réduisit à 18 puis à 12. A plusieurs reprises, Pie IV avait déclaré qu'il laissait au concile toute liberté de réformer sa cour et sa personne, du moins en ce qui concernait le bien général de l'Église. Les légats se demandaient s'il fallait commencer par cette réforme de Rome ou par une réforme plus générale. Seripando penchait pour le premier parti, estimant que la réforme de l'Église romaine donnerait confiance aux dissidents et aux chrétiens partisans de la réforme. Ses articles, d'ailleurs, embrassaient les deux faces du problème.

Le premier article de Seripando concernait la résidence. Simonetta demanda qu'on le mît à pari. Les Impériaux s'y opposèrent : l'affaire resta en suspens. Les art. 10 et 11 concernaient les mariages clandestins ; ils furent soumis aux théologiens mineurs. Les autres furent retenus pour le décret de réforme générale. Mais les défmiteurs continuaient à rechercher les abus répandus dans leurs diocèses pour compléter et préciser l'ébauche de Seripando. Après Pâques, les prélats espagnols remirent aux légats un certain nombre d'articles de réforme ayant trait à leur pays, en les faisant entrer dans le plan de la réforme générale. Ce premier travail accentua entre Seripando et Simonetta les divergences que nous voyions poindre tout à l'heure. Simonetta, en effet, soucieux de mettre la cour romaine hors de cause, s'efforçait en surchargeant le projet d'amendements locaux, de retarder cette réforme, afin d'en réserver le règlement à une assemblée plus nombreuse et plus capable de déterminer les besoins de la chrétienté; Seripando voulait, en débarrassant le projet de cet entassement de motions disparates, hâter l'heure de la réforme tant romaine que générale. Et, puisque le concile faisait appel au pape pour dirimer la question du principe de la résidence, il attendrait aussi de lui le mot d'ordre sur la question de la réforme générale qui primait tout. Il était temps d'en sortir : en discutant sur la réforme, les Pères s'étaient convaincus qu'il y avait trop de liaison entre les abus de Rome et ceux des diocèses. Les plaintes formulées obligeaient les légats à s'adresser au souverain pontife. En partant pour Rome, le 10 avril, Pendazio fut chargé de porter à Rome, avec la question de la résidence, celle de la réforme. Susta, p. 78-81.

Pie IV fit transmettre à ses théologiens les desiderata exprimés par les Pères, pour leur faire rédiger un cadre général de réformes, applicables aussi bien à la

cour romaine qu'à la chrétienté. Du tout, ils tirèrent 95 articles, qui sont à peu près la reproduction des 93 articles primitifs de Seripando. Une commission de sept cardinaux les avait soigneusement étudiés et Pie IV lui-même y avait ajouté ses observations, réservant les onze derniers qui se rapportaient à la cour romaine. Il laissait aux légats toute liberté en ce qui concernait les autres, avec la seule recommandation de lui soumettre ce qui touchait à sa personne. Le texte dans SuSta, p. 112. Quant au principe de la résidence, Pie IV crut devoir n'intervenir en aucune façon ; montrant toutefois son mécontentement à propos de la tentative de définition du droit divin. Ibid., p. 126.

Pendazio rapporta au concile la nouvelle esquisse sur la réforme générale : elle devait servir de thème aux discussions et tout était à recommencer. Cette esquisse touchait à la plupart des problèmes que soulevait la réforme des abus : la discipline, les sacrements, les indulgences, l'Inquisition, même les jeux publics, comme les courses et les combats de taureaux. Finalement, après entente avec l'ambassadeur de Philippe II, la xixe session eut lieu le 14 mai : on se contenta d'y renvoyer à plus tard les décidions sur les points de dogme et de discipline, qu'on se proposait d'approfondir davantage, avant de les promulguer. Plusieurs ambassades nouvelles, Florence et Venise notamment, s'étant présentées, il y eut huit ambassadeurs, dix nobles, soixante et un théologiens et cent soixante-trois Pères. La session suivante fût fixée, selon le désir des Impériaux, au 4 juin.

6. Crise au concile et XXe session (4 juin 1562). — D'après le programme tracé par les légats le 11 mai, la session suivante avait pour unique objet le décret de réforme qui était sur le métier. Dès le 12 était distribué un texte nouveau, refondu par la commission au moyen des matériaux que Pendazio avait rapportés de Rome. Il n'était plus question de définition du droit divin de la résidence. Par ses actes à Rome, le pape avait montré le chemin qu'il s'agissait de suivre. Ses réformes profondes : port de l'habit ecclésiastique, réformes des services curiaux, daterie et pénitencerie, préparaient l'œuvre du concile. Mais les résistances que ces actes rencontraient jusque chez les cardinaux frustrés de leurs revenus — Farnèse perdait 5 000 ducats par an! — encourageaient les divisions, les coteries jusqu'au sein du concile, dont la crise s'aggrava au point que Pie IV dut intervenir à nouveau pour empêcher l'échec de l'assemblée, sa rupture ou l'aveu de son impuissance.

La discorde était envenimée surtout par les indiscrétions de langage et de correspondance auxquelles certains prélats se laissaient aller et Simonetta luimême n'était pas sans reproche de ce chef. Sa fonction était si délicetel II allait jusqu'à réclamer la nomination de nouveaux légats 1 Mantoue, en acceptant le débat sur le droit divin, n'ouvrait-il pas en effet la porte à l'erreur de la supériorité du concile sur le pape? Sur les craintes de Rome à ce propos, voir Susta, p. 126. Il insistait aussi sur la nécessité d'envoyer au concile un renfort d 'évêques italiens disposés à soutenir la cause du pape, afin d'y avoir la majorité.

Il fut donc vraiment question à Rome du rappel de Mantoue ou tout au moins de l'envoi à Trente du cardinal-évêque Cicada, qui aurait eu la préséance sur Gonzague. Celui-ci envoya (16 mai) une lettre justificative à Borromée et le prévint qu'il s'en irait dès l'arrivée de Cicada, ne pouvant passer au second rang après avoir présidé le concile. Rectifiant les exagérations de Simonetta et de ses adversaires, il présenta une franche apologie. Sans doute, il avait accepté de discuter le droit divin de la résidence, mais c'était comme moyen d'assurer efficacement la résidence et pour compléter le décret adopté sous Paul III. Il ré-

TRENTE. LE CONCILE DE PIE IV, XXIe SESSION

duisait ses divergences avec Simonetta à de simples détails. Le collège des légats se justifia pareillement. Cf. SuSla, p. 150-153. Si quelque diversité d'opinions existait entre eux, il y avait parfaite entente et bonne volonté de servir Sa Sainteté. Seripando s'était déjà justifié personnellement.

Mais l'intervention de Pie IV avait souverainement déplu aux partisans du droit divin et, plus que jamais, les Espagnols s'entêtèrent à en demander la définition. Certains évêques étaient indignés des rapports défavorables portés à Rome contre eux : ce fut à grand' peine qu'on empêcha Guerrero, archevêque de Grenade, et la majorité des évêques d'Espagne d'élever une protestation solennelle à ce sujet. Les affaires s'embrouillèrent davantage encore quand, le 18 mai, se présenta l'ambassadeur français de Lansac, qui ne faisait pas de mystère qu'il venait défendre le droit divin des évêques et s'opposer à la continuation des travaux du concile. En ceci, il rejoignait les Impériaux et, avec eux, les agents français exigeaient, par égard pour les calvinistes, en pleine guerre civile, qu'on recommençât tout et qu'on remît les débats au jour où le concile serait vraiment général. SuSta, p. 157-158; 162-163; 176-177. A leur avis, il fallait convoquer la reine d'Angleterre; le 26 mai, ils avertirent qu'au cas où le concile continuerait, ils partiraient immédiatement. Le nonce Delfino confirmait cette décision et, surenchérissant, le cardinal de Trente ajoutait qu'en ce cas il ne répondait plus de la sécurité du concile. Ibid., p. 164-165, 166. Devant ces difficultés, les légats songèrent à gagner du temps et décidèrent de proroger la session avec une simple déclaration ajournant tout décret à la xxie session qui se tiendrait en juillet. Les Espagnols acceptèrent et Lansac ne s'opposa plus à la continuation des travaux, pourvu qu'on retardât le plus possible les définitions. Le pape se rendit compte qu'il valait mieux laisser le concile courir sa fortune au milieu de ces complications. Ayant obtenu du marquis de Pescara de reporter à plus tard la déclaration sur la « continuation » du concile, les légats n'avaient plus d'obstacle à la tenue de la xxe session. Le 4 juin, sous la présidence de Seripando, Mantoue étant malade, en présence de cent-soixante-sept Pères, vingt-huit théologiens et onze ambassadeurs, fut lu le décret de prorogation qui, à lui seul, faisait toute la matière de la session. La session suivante, fixée au 16 juillet, aborderait tant le dogme que la réforme. Des réserves furent faites, demandant encore la définition du droit divin de la résidence et une déclaration immédiate de la « continuation » du concile. Une voix de majorité contre ces réserves sauva la situation.

3° Autour de la xxie session (16 juillet 1562). — 1. Continuation et apaisement des difficultés. — Dès la congrégation générale du 6 juin, le cardinal de Mantoue, qui avait repris la présidence, tenta de remettre en marche les travaux prévus pour la xxie session : les article! laissés sur l'eucharistie et les chapitres de réforme. Mais déjà les oppositions et les divisions reparaissaient ; la défini! ion du principe de la résidence était rem ko en question par l'arohevéque d (ir. 1 1 celui de Braga, snut< nus p;ir la majorité H. s Espagnols et même par l'archevêque de Prague. L'archevêque de Raguse précisa la position des défenseurs du droit divin : « La définit ion sollicitée ne préjadlcle en rien à l'autorité du pape; personne ne révoque en doute le pouvoir qu'il a de disposer des é\ celles et des bénéfices : le concile devrait même lancer un ana- Lbème <ontre ceux qui le limiteraient. Une telle, définition, jointe ail sacrement de l'ordre, ferait, avec les arlii les de réforme, une matière suffisante pour la

mi- mte ». Cône Trtd. t. vin, p. 536-537. Trenti et un évêques, partisan* du droit divin, soutenus p:ir • i. i an . adn èr< ni au Salnl Pars an mémoln i n

vue d'établir la légitimité de ce droit, tout en se défendant de vouloir amoindrir les prérogatives du Saint- Siège. Ils réclamaient de plus liberté pleine et entière de présenter et de discuter des motions. Au même moment, l'empereur faisait remettre aux légats, par l'intermédiaire de l'archevêque de Prague, un mémoire sur la réforme in capite et in membris (dont Pie IV avait déjà eu connaissance avant l'arrivée à Rome de Pendazio, voir ci-dessus) avec de nouvelles instances pour faire reprendre en leur entier les discussions dogmatiques, par égard pour les luthériens; en attendant, le concile s'occuperait uniquement de réforme. Les légats obtinrent que le mémoire de l'empereur ne fût pas présenté au concile et prièrent l'archevêque qui se rendait a Prague d'intervenir auprès de Ferdinand pour qu'il atténuât ses exigences. Susta, p. 190-191. De toutes ces difficultés, il fallait que le pape fût informé. Les légats choisirent, pour être leur interprète auprès de Pie IV, Léonard Marini, archevêque do Lanciano, qui devait également attirer l'attention du pape sur les troubles que causait au concile le problème de la résidence et sur les inquiétudes qu'y semaient les bruits persistants de dissolution. A ces préoccupations s'ajoutaient des difficultés d'ordre matériel que provoquait la venue prochaine des prélats français et allemands. Le transfert du concile semblait désastreux; sa séparation, avant d'avoir fait quelque chose, plus regrettable encore. Il fallait qu'avant sa dissolution le concile eût réalisé les deux points de son programme : condamnation des hérésies, réforme sérieuse. En ce qui concerne la résidence, les légats proposaient d'en faire discuter le principe par les théologiens mineurs, puis de la décider à la majorité des suffrages; ou bien, la supposant acquise, d'en régler l'application par un décret. Enfin, l'archevêque devrait justifier près du Saint-Père les légats et le concile sur tous les reproches que la cour de Rome leur faisait et le cardinal de Mantoue affirmait solennellement que tous les membres du concile étaient prêts à faire front, si les Français se permettaient de soulever le doute de Gerson : An concilium sit supra papam. SuSta, p. 185-190.

Le 15 juin, l'archevêque de Lanciano arrivait à Rome. Mais Pie IV avait pris les devante. Dès la deuxième quinzaine de mai, il avait envoyé à Tiente l'évêque de Vintimille, Carlo Visconti, chargé d'instructions qui devaient être tenues secrètes en raison des négociations délicates à poursuivre dans l'Italie du Nord en faveur du gouvernement des Valois : ce qui, indirectement, favoriserait le succès du concile. Visconti devait tout d'abord arrêter le débat sur la résidence, puis ramener la paix et la concorde entre les légats; il avait de multiples recommandations adaptées aux personnes, aux situations, aux circonstances. Quand il arriva, le 14 juin, la situation était tellement embrouillée qu'il dut aller de l'un à l'autre pour morigéner, discuter, expliquer, servir d'intermédiaire. Les trois légats principaux ne se rencontraient même pas en privé et ne se parlaient que par nécessité de service I

I.e 19 juin, Visconti joignit Mantoue : une explication franche eut lieu. Tout en montrant au cardinal que le pape pouvait se plaindre que, depuis des mois, son concile, convoqué au prix de tant de peines, n'eût encore rien fait, l'évêque de Vintimille sut apaiser le légal. Le 23 juin, tout était remis en question : le jeune cardinal François Gonzaguc informait son oncle que le pape, Influencé par Simonetta, aurait déclaré qu'il remplacerait le premier légat I Sans attendre

confirmation de cea racontars, Mantoue dépêcha à Rome son confldenl Antvabcne pour renouveler su démission. Il n'y avait d'autre fondement à ce brull qu'un procès entre les Rovère, apparentés sus Gonsa-

glie, et les Farnese; el reu\ (i voulaient éloignai de

Rome le cardinal Clcada, pi Indpal juge du procès. La

procès d'Arrivabene et sa mission achevèrent de jeter le désarroi dans les esprits : on entrevoyait déjà la dissolution du concile.

Heureusement l'archevêque Marini était encore à Rome. Au reçu des communications d'Arrivabene, Pie IV fit partir pour Trente l'archevêque de Laneiano, muni d'une lettre autographe dans laquelle, sans faire allusion aux événements récents, le pape invitait aimablement le premier légat à continuer son service comme par le passé, selon le même programme, lui promettant son concours et ses bons offices. Dès son arrivée (11 juillet), l'archevêque faisait des promesses analogues et donnait les mêmes encouragements au collège des légats, leur demandant seulement d'ajourner le débat sur la résidence et de continuer le concile pour le mieux.

La situation se détendait. Elle s'était d'ailleurs déjà améliorée le 9 juillet au retour de l'archevêque de Prague, porteur d'une lettre où l'empereur atténuait ses exigences. Le 18 juillet, des lettres de Philippe II mettaient en déroute la coalition espagnole, le roi catholique dissuadant les prélats de dresser ure protestation au sujet de la résidence; il n'insistait plus pour que la « continuation » du concile fût déclarée; il lui suffisait que les débats fussents poursuivis.

Ces puissantes interventions, dues sans doute à la diplomatie de Pie IV, simplifièrent la besogne de Visconti; ce fut la réconciliation de Mantoue et de Simonetta et, ce qui valait mieux encore, la reprise des travaux. Quand Arrivabene se présenta le 6 août, l'incident de la démission était clos.

2. Reprise des travaux. — Les chaleurs incitaient les Pères à demander des congés, Pie IV appuya les légats de son autorité pour ne permettre que les absences indispensables. La préparation de la xxr3 session comportait les articles réservés sur l'eucharistie et, partant, l'usage du calice et les chapitres de réforme.

a ) Articles réservés sur l'eucharistie. — Voir le résumé des travaux à Eucharistie, t. v, col. 1337-1340. — Le 27 juin les ambassadeurs impériaux réclamaient la concession du calice à certaines régions de la Bohême et de l'Autriche. Les instances du duc de Bavière se joignaient à celles de l'empereur. Pie IV était d'ailleurs déjà saisi de ces demandes depuis le mois de mars et les avait renvoyées au concile. Une commission de quatre prélats jouissant d'une réputation méritée de science et d'indépendance (les archevêques de Rossano et de Lanciano, les évêques de Modène et de Rieti) fut chargée d'examiner la question. Elle établit les conditions dans lesquelles le concile pourrait, d'entente avec le pape, concéder l'usage du calice. Mais la discussion générale qui s'ouvrit le 30 juin révéla une telle disparité d'avis qu'il parut impossible d'aboutir à une décision pratique. Le concile admettait bien le principe que l'Église peut permettre l'usage du calice, mais les divergences portaient sur les cas concrets. Seripando et Simonetta inclinaient vers une concession large; les autres légats voulaient en restreindre l'application aux seuls Allemands et aux États de la maison d'Autriche. Les évêques indépendants et les Espagnols s'efforçaient d'enterrer l'affaire dans des discussions interminables. Nonobstant les insistances de la dernière heure, les légats maintinrent la date fixée pour la session. Deux évêques, inspirés par Simonetta, avaient suggéré une combinaison selon laquelle, au décret sur la communion, on ajouterait simplement que le concile avait le pouvoir d'accorder le calice et de régler, d'accord avec le pape, les conditions de cette concession. Susta, p. 230. Les légats acceptèrent ce biais : une note compléterait le décret et se bornerait à constater que les deux articles concernant le calice resteraient à la disposition du concile et seraient examinés ultérieurement (8 juillet).

b) Réforme. — En attendant le décret de réforme générale, il convenait de publier le décret préparé par Seripando et réduit à neuf articles. Voir ci-dessus, col. 1455. Le 15 juillet, la discussion fut reprise. Les huit premiers chapitres furent approuvés avec, quelques retouches. Sur le dernier, la bataille fut sérieuse : les quêtes d'indulgences avaient été à l'origine de la révolution protestante et le concile y attachait grande importance. Tout le monde était d'accord pour faire disparaître les abus; mais on différait sur les remèdes à employer. N'était-ce pas atteindre les ordres mendiants que de proscrire les quêtes? Le décret se bornerait donc à charger l'Ordinaire de la publication des indulgence-, et autres grâces spirituelles, ain.fi que de l'emploi des aumônes d'après leur destination. Quant à la simonie qui se cachait sous de multiples procédés employés pour extorquer de l'argent à propos d'ordinations, de sacrements, de pèlerinages, il faudrait distinguer entre véritable simonie et ce qui n'était qu'accommodements par lesquels certaines chrétientés et communautés arrivaient à vivre péniblement.

3. La xxie session. — Après avoir passé outre à un scrupule de Salmeron et de Torrès (Turrianus) sur le sens de Bibite ex eo omnes et de quelques autres textes apportés en faveur de la communion sous les deux esyjèc.es, le concile approuva les deux décrets communion et réforme. Conc. Trid., t. vin, p. 698-700.

a ) Décret sur la communion. — ■ Texte et commentaire des trois premiers chapitres à Communion, t. m, col. 552 sq.; 567-569. Le chapitre iv rappela qu'avant l'âge de raison les petits enfants ne sont tenus par aucune nécessité à communier; ils ont par leur baptême la filiation adoptive et leur âge les met dans l'impossibilité de perdre la grâce des enfants de Dieu. Il ne faut pas pour autant blâmer l'ancien usage contraire, observé dans plusieurs Églises : il suffit d'admettre que cet usage n'a pas été introduit en raison d'une nécessité pour leur salut. Quatre canons se rapportent à ces quatre chapitres. Voir Denzinger, n. 930- 937. Textes latins et tr. fr. avec commentaires dans Michel, p. 411 sq.

Le décret ajoutait que deux autres articles étalent réservés à un autre moment, aussi proche que possible, pour être examinés et définis : 1. Les raisons pour lesquelles la Sainte Église catholique a été amenée à communier les laïques ou même les prêtres non célébrants sous la seule espèce du pain doivent-elles être retenues au point de supprimer l'usage total du calice? 2. Pour des raisons de convenance, conformes à la charité chrétienne, l'usage du calice peut-il être concédé à quelque nation ou royaume, et quelles sont ces raisons? Conc. Trid., t. vm, p. 687.

b) Décret de réforme. — Un vote quasi unanime (7 abstentions) promulgua le décret de réforme en neuf chapitres : 1. Les évêques conféreront les ordres gratuitement; les lettres dimissoriales et testimoniales seront délivrées sans taxe au profit des évêques et de leurs familiers; seuls les notaires pourront recevoir la taxe fixée par la coutume; 2. Devront être écartés des saints ordres ceux qui n'ont pas de quoi vivre; 3. On augmentera les distributions quotidiennes insuffisantes; la coutume de ne rien donner ou de n'accorder que le tiers des fruits à ceux qui ne résident pas est à approuver, la contumace des absents doit être punie; 4. Il faut un nombre suffisant de prêtres pour l'administration des sacrements; raisons d'ériger des paroisses nouvelles; 5. Dans les cas où le droit l'autorise, les évêques peuvent faire des unions perpétuelles de paroisses; 6. Aux recteurs incapables on adjoindra des vicaires idoines, auxquels une partie des revenus sera attribuée ; ceux qui persévéreront à vivre d'une manière scandaleuse seront privés de leur bénéfice; 7. Les évêques transféreront à une autre église

TRENTE. LE CONCILE DE PIE IV, XXII* SESSION

les charges et revenus d'une église ruinée et irréparable; les autres églises endommagées seront réparées; 8. L'évêque visitera chaque année les monastères en commcnde dans lesquels n'est pas en vigueur l'observance régulière ainsi que les bénéfices curiaux et non curiaux, séculiers et réguliers; 9. Les collecteurs d'aumônes seront supprimés quant à la fonction et quant au nom; les Ordinaires sont chargés de publier les indulgences et autres grâces spirituelles et deux membres du chapitre seront désignés pour recevoir les aumônes. Tr. fr. du texte dans Michel, p. 420-424.

4° Autour de la xxne session (17 septembre 1562). — L'opposition étant désarmée par l'attitude de Philippe II et la paix étant scellée entre Mantoue et Simonetta, le concile pouvait travailler rapidement. Mais les trente et un évêques qui avaient envoyé une adresse à Pie IV concernant le principe de la résidence attendaient toujours une réponse qui ne leur fut remise que le 19 juillet. Le pape les louait d'avoir plaidé selon leur conscience le droit divin; mais il ne s'engageait pas et, une fois de plus, Visconti les engagea à laisser tomber cette controverse inutile et dangereuse. Les légats s'employèrent donc à faire avancer les discussions pour préparer le décret de la messe et celui sur la réforme. Au décret De sacrificio missee devait être annexé un décret sur les abus dans la célébration des saints mystères.

1 . Préparation du décret De sacrificio missœ. — Une première délibération avait eu lieu en 1551-1552, voir col. 1445, et Messe, t. x, col. 1113-1118. La discussion reprise en juillet 1562, ne fut close que le 13 septembre, deux jours avant la xxn° session. Voir le développement des délibérations à Messe, col. 1118-1126.

2. Délibérations sur les abus. — Dans l'intervalle des délibérations dogmatiques, la commission de sept prélats nommés pour s'occuper des abus relatifs à la messe poursuivit sa tâche. Du 24 juillet au 17 septembre le décret fut préparé. Voir Messe, col. 1126-1127.

3. La question de l'usage du calice. — Cette question avait été reprise par les Impériaux dès le 19 juillet et le pape désirait que le concile satisfit sur ce point l'empereur. L'évêque de Funfkirchen et l'archevêque de Prague insistèrent également à plusieurs reprises. Le 22 août, Mantoue soumit la proposition à l'assemblée, plaida la cause de l'empereur et fit lire un projet de décret sur lequel les Pères auraient à donner leur avis pour le 28. L'évêque de Funfkirchen sollicitait la concession pour tout l'empire. Mais jusqu'où s'étendait l'empire? Il précisa qu'il s'agissait des pays de langue allemande, en y enclavant les États héréditaires. Aussitôt les Espagnols réclamèrent une exception pour la Germanie inférieure, où régnait leur maître. Le concile était d'autant plus embarrassé que les Impériaux menaçaient de se retirer si l'on ne concluait pas rapidement. La discussion, tiraillée en tous sens, se prolongea du 28 août au 6 septembre. Voir les détails de la controverse dans Conc. Trid.. t. vm, p. 786, 899-906; cf. Pastor, t. xv, p. 247, 252. Laynez, qui parla le 6 septembre, fut le seul qui fit avancer quelque peu la question, sans toutefois fixer la majorité. Conc. Trid., i. v i 1 1 , p. 878-898. En conclusion «le son long exposé, il déclara intangible le décret du concile de Constance, cf. Denz.-Hannw.. n. 626, qui Interdisait l'usage du calice, précisément parce que les Bohémiens l'avaient proclamé de droit divin. Ils avaient abusé de la concession que leur en avait faite le concile de Ilàle, n'avaient pas tenu leurs promesses et rempli les conditions posées à l'octroi du privilège. L'orateur apporta des faits précis qui iinpressionnei eut le concile. Les DOUX des Pères sont i un curieux monument des dispositions et des manières de voir qui divisaient alors l'Église enseignante, depuis un siècle et pins

que ce problème, qui nous semble aujourd'hui de peu

d'importance, passionnait, bouleversait même la chrétienté. Sur cent soixante-cinq Pères qui donnèrent leur avis, un certain nombre, de vingt à trente, pouvaient être considérés comme s'abstenant, soixante seulement se prononcèrent pour la concession et encore trente et un sous la réserve de laisser le pape juge en dernier ressort; vingt-quatre étaient d'avis de retourner les pétitions à leurs auteurs; quatorze, de les ajourner; quarante-huit les repoussaient; enfin dixneuf admettaient celles de Bohême et de Hongrie seulement ». Richard, p. 719.

Ce résultat ne comportait qu'une conclusion : renvoyer l'affaire au pape. Pour consoler Draskoviè et l'ambassadeur de Thun, Mantoue présenta une formule de concession limitée; mais, à la congrégation du 15 septembre, elle fut rejetée par 79 voix contre 69. On rédigea donc un décret de renvoi au pape, décret voté par 97 voix contre 37, 14 abstentions et une vingtaine d'absents.

4. La réforme. — Simonetta avait compulsé les projets de réforme soumis soit au bureau, soit au pape, les mémoires des Espagnols et des Portugais et celui de l'empereur. Cf. SuSta, p. 229. Il en tira un décret en quatorze chapitres qui portaient sur les questions les plus diverses : la vie cléricale, la gestion des diocèses, le service divin, les dispenses, la justice épiscopale, les œuvres pies et leur administration, etc.. Les trois premiers chapitres furent abandonnés. Les onze autres furent examinés en congrégation générale le 1er septembre. L'agitation habituelle pour empêcher la proclamation de la doctrine sous le prétexte de faire avancer la réforme, reprit alors de plus belle. Voir Richard, p. 724-728. Néanmoins la majorité tint bon et le 16 septembre la congrégation préparatoire adoptait rapidement, et par simple placet, le décret de réforme. Il offrait l'avantage d'ajouter quelques points aux règlements antérieurs, de compléter celui de la précédente session et entrait dans beaucoup de détails, ainsi qu'on peut en juger par une analyse même superficielle.

5. La XXTle session. — Elle s'ouvrit le jeudi 17 septembre, à sept heures, avec cent quatre-vingl-troi ; Pères, neuf ambassadeurs et trente-quatre théologiens. Le décret dogmatique souleva quelques réserves au sujet du can. 2 de la part de six évêques seulement. Cinq Pères formulèrent leurs réserves sur les chapitres de réforme. Quant au décret sur le calice, trente-quatre refusèrent leur placet et une dizaine apportèrent des restrictions.

a) Le décret dogmatique. — Il comporte un prologue et huit chapitres, un préambule aux canons et neuf canons. Le sens des chapitres et des canons, sinon toujours le texte complet, avec le commentaire approprié, a été donné à Messe, col. 1128-1139. Texte intégral dans Conc. Trid., t. vm, p. 959-963; avec tr. fr. dans Michel, p. 440-456.

b) Le décret « De observandis et vitandis in celebratione missse ». — Les passages importants et leur commentaire à Messe, col. 1139-11 11. Texte intégral dans Conc. Trid., p. 962-963; avec tr. fr. dans Michel, p. 456 159.

c) Le décret super petitione concessionis calicis », très bref, ne fait que reprendre les deux questions qui avalent été posées, pour en renvoyer la solution au pape. Texte d:ms Conc. Trid., p. 968; avec tr. fr. dans Michel, p. 465 166.

d ) Le décret de réforme. — Il comprenait, avons nous dit, onze chapitres : 1. Le premier. Intitulé " règles

portées sur la vie et l'honnêteté des clercs », leur Lndl

que les vertus ;i pratiquer, les fautes a éviter, les dan «ers i) fuir, ainsi que les sanctions don! les Ordinaucs doivent frapper les délinquant s; 2. Quelles conditions sociales cl < . i n < ■ 1 1 1 • ( 1 1 . .s,, ni requises elle/. 1rs candidat s

aux églises cathédrales (à Fépiscopat)? 3. Établissement des distributions journalières à prendre sur le tiers de tous les revenus; à qui doit revenir la part des absents? Cas d'exceptions prévus; 4. Ceux qui n'ont pas encore un ordre majeur n'ont pas voix au chapitre dans les églises cathédrales ou collégiales. Quel service doivent fournir ceux qui y sont attachés? Qui devra désormais y être attaché? 5. Les dispenses hors de la curie romaine, doivent être confiées à l'évêque et examinées par lui; 6. Les dispositions testamentaires ne peuvent être changées qu'avec circonspection; 7. On confirme les dispositions du c. 3, Romana, in VI"; 8. Les évêques doivent être les exécuteurs des dispositions pieuses de tous et visiter les lieux pieux quels qu'ils soient, sauf s'ils sont sous la protection immédiate des rois; 9. Les administrateurs des lieux de piété quels qu'ils soient doivent rendre compte à l'Ordinaire, à moins que la fondation ne prévoie différemment; 10. Les notaires épiscopaux sont eux-mêmes soumis à l'examen et au jugement des évêques; 11. Peines dont sont frappées les usurpateurs des biens des églises et des lieux pieux. Texte dans Conc. Trid., t. vin, p. 965-968; tr. fr. dans Michel, p. 460-

5° Travaux et tribulations du concile. — Il semblait que le concile dût désormais progresser normalement vers sa conclusion : il n'en était rien. Il va connaître, de septembre 1562 à mars 1563 des tribulations telles que son existence parut derechef mise en cause!

1. Avant l'arrivée du cardinal de Lorraine. — Tandis que les légats soumettaient (18 septembre) aux théologiens sept articles De sacramento ordinis, ils envoyaient à Rome un projet de réforme en 33 articles, dressé par Simonetta et ses conseillers ordinaires, en utilisant les matériaux venus de divers côtés et même le mémoire de l'empereur, dont le pape, après des hésitations, leur avait recommandé d'extraire tout au moins i capi trattabili. Les difficultés surgirent tant à propos de l'ordre que du projet de réforme, sans compter les conflits perpétuels de préséance.

Sur le sacrement de l'ordre, les Espagnols, sauf de rares exceptions, faisaient bloc pour ressusciter la question du droit divin de la résidence sous une forme nouvelle, le droit divin de l'institution des évêques. Cf. Ordre, t. xi, col. 1351 sq. Déjà, le 25 septembre, les archevêques de Grenade, Braga, Messine et l'évêque de Ségovie avaient pris les devants en présentant ce canon : episcopos esse jure divino sacerdotibus superiores. SuSta, p. 359. Ségovie affirmait même que, dans le concile de Jules III, on avait préparé la définition : episcopos esse jure divino institutos et qu'il avait donné son volum en ce sens. Il fallut que Massarelli rétablît la vérité : le canon avait bien été préparé par les commissaires mais n'avait jamais été soumis au placet des prélats. Conc. Trid., t. vm, p. 142- 143. N'importe : un groupe de plus de cinquante Pères soutenait la thèse de Guerrero et le bruit courut que les Espagnols se refuseraient à accepter le décret sur l'ordre si leur point de vue n'était pas adopté. La primauté du pape donna lieu pareillement à des controverses âpres et subtiles. Voir ici Primauté, t. xm, col. 319-321. Cf. H. Grisar, Die Frage des pâpstlichen Primates und des Ursprungs der bischô/lichen Gewalt auj dem Tridentinum, dans Zeitschrift fur kath. TheoL, Inspruck, 1884, p. 453 sq.; 727 sq.

Sur le projet de réforme, les ambassadeurs français et les Impériaux unirent leurs efforts pour retarder la marche du concile. Du côté français, l'ambassadeur de Lansac renouvela sa requête, sous forme d'un long mémoire demandant que le concile suspendît ses travaux en attendant l'arrivée des évêques français annoncés pour fin octobre. Pendant cette suspension, les théologiens pourraient creuser la doctrine et les Pères

préparer la réforme. Au mémoire étaient joints un certain nombre d'articles élaborés au synode de Poissy et proposés à l'examen du concile. Lansac demandait en outre communication des autres articles de réforme reçus d'ailleurs par les Pères, afin qu'il pût les soumettre à son gouvernement, tout en se plaignant qu'on ne permît pas aux ambassadeurs du roi de France de soutenir les amendements que leur inspiraient les nécessités nationales et les droits et privilèges de leur souverain mineur. Au nom des Impériaux, l'évêque de Funfkirchen voulait qu'on soumît à la congrégation plénière le mémoire intégral de l'empereur, demandant à son sujet le vote par nation, en choisissant pour chaque pays le même nombre de prélats délégués, ce qui aurait pour résultat de libérer le concile d'une majorité d'Italiens plus ou moins instruits et indépendants. Lansac appuya ces demandes de l'ambassadeur impérial. Les légats objectèrent qu'ils ne pouvaient faire discuter au concile certains articles impériaux, comme le mariage des prêtres, l'abandon des biens ecclésiastiques aux usurpateurs, l'administration des sacrements par des hérétiques notoires. La requête sur le mariage des prêtres avait déjà été présentée le 1er mars, Conc. Trid., t. vin, p. 619-626, et fait scandale. Le jésuite Couvillon, agent impérial, avait dû, en raison du mauvais effet produit, être relevé de ses fonctions d'ambassadeur. La réponse des légats fut reçue des Français moleste et provoqua chez les Impériaux un vif mécontentement, majorem animi commotionem. Ibid., t. ix, p. 5, note 2. Ainsi l'opposition française et impériale mettait tout en œuvre pour aiguiller les travaux conciliaires vers la réforme, en laissant la doctrine; les Espagnols s'efforçaient d'entraver les efforts de la commission de réforme, craignant de voir reparaître, à l'un ou à l'autre article, la question de l'usage du calice.

Le détail même des articles de réforme amenait des complications nouvelles. Les légats songeaient à y faire figurer en premier lieu un décret imposant le devoir de la résidence, réprimant les infractions auxquelles ce devoir se heurtait de divers côtés et dont la responsabilité incombait partiellement aux princes. Mais il fallait éviter l'écueil d'une discussion sur le principe. Devant les incertitudes de la procédure, il fallut encore recourir au pape. Pie IV indiqua nettement qu'il fallait simplement prescrire la résidence, avec la sanction des peines et récompenses canoniques proportionnées, pour les manquements comme pour l'observation. L'avenir devait montrer que l'entreprise était difficile. Suâta, t. n, p. 32-33. Le canon 7 condamnait l'erreur affirmant la nullité des ordinations faites sans le consentement du peuple ou de l'autorité civile : protestation des Français qui y virent la négation des traditions ou règlements de l'Église gallicane. Dans le décret sur la résidence, l'évêque espagnol de Lérida (qui faisait partie de la commission) avait inséré une clause réclamée par ses compatriotes, attribuant aux seuls Ordinaires la prérogative de pourvoir aux cures et bénéfices inférieurs, contrairement à certaines pratiques de la curie romaine : la clause fut supprimée par Seripando et Simonetta. Volte-face de Lérida qui menaça de revenir au bloc espagnol mené par Guerrero. Pie IV s'inquiéta. Des mesures coercitives furent prises, tout au moins contre un ou deux évêques d'une indépendance trop bruyante. La mauvaise impression produite par ces interventions persuadèrent au pape de ne pas récidiver. Voir les documents dans Richard, p. 753-755.

Si la majorité acquit une voix nouvelle et sérieuse en la personne de l'évêque de F'rzemisl, ambassadeur polonais, arrivé le 14 octobre, elle eut par contre à regretter la perte de plusieurs prélats remarquables, entre autres l'évêque de Csanad (Hongrie), Jean de

Kolosvary (10 novembre), l'évêque de Lettere, Pantusa, l'archevêque de Naxos, Sébastien Lecavalla.

2. Le cardinal de Lorraine et les Français au concile. — Le cardinal Charles de Guise, archevêque de Reims, avait fait annoncer sa venue dès le 19 septembre; mais, avant de faire son entrée à Trente, il avait fait négocier avec le Saint-Père, par François de Belliers, abbé de Manne, le mode et des détails importants de son rôle au concile. SuSta, t. I, p. 352. Rome voulait avant tout empêcher que le puissant prélat ne groupât, autour de lui et des Français, les opposants pour imposer plus ou moins ses décisions au concile.

L'abbé de Manne s'efforça de tranquilliser le pape : son maître, affirmait-il, n'avait d'autre désir que de sauvegarder l'honneur du Saint-Siège et d'accroître son autorité. Mais il s'agissait de faire reculer la date de la xxme session, fixée au 12 novembre, pour permettre au cardinal d'y prendre part. A l'annonce de l'arrivée prochaine de Lorraine, on se remit fébrilement au travail, tant à Rome qu'à Trente, sur la question de la réforme de la curie ou de l'Église, pour enlever l'initiative au cardinal français ou du moins l'empêcher de faire cette réforme à sa façon. Déjà le décret sur la résidence amorçait d'autres décisions; on y avait pris en considération aussi bien les articles du colloque de Poissy que ceux de l'empereur et ceux de l'ambassadeur portugais. Un projet de vingt articles avait déjà pris corps et ce projit était soumis, le 3 novembre, aux agents impériaux. Conc. Trid., t. ix, p. 110, note 5. Gomme tout cela, y compris le décret sur le sacrement de l'ordre, n'était pas au point, il n'y eut, au concile, aucune difficulté à reporter la session. Ibid., p. 147. Le vendredi 13 novembre, le cardinal paraissait aux portes de Trente, à la tête de seize évêques, de trois abbés et de trente théologiens, chiffres qui passèrent, le 16 novembre, à vingt-sept évêques, cinq abbés, généraux et procureurs d'ordre. Cf. Prat, Histoire du concile de Trente, t. n, p. 193-194. Les préparatifs pour la solennité de la réception des Français absorbèrent plusieurs journées, immobilisèrent les discussions : rien ne fût prêt pour la session reportée au 26 novembre. Il fallut encore la reculer.

En attendant, les légats mirent tout en œuvre pour gagner le cardinal de Lorraine à la cause du concile; Seripando se rendit vite compte qu'on n'y arriverait qu'avec beaucoup de tact et de ménagement. L'ancien nonce en France, homme de confiance des Guises, Sébastien Gualtieri mit en garde le cardinal contre les manœuvres des Espagnols et ne lui laissa pas ignorer qu'on attendait de lui qu'il fût l'arbitre des partis, le conseiller des légats, « une sorte de légat surnuméraire, jusqu'à ce que la nomination lui en vînt de Rome ». Richard, p. 765. Le 23 eut lieu la réception solennelle, devant deux crut cinq Pères, avec, force démonstrations d'honneur <1> la part des légats eux-mêmes et en présence de tous les ambassadeurs. Les discours furent ce qu'on devait en attendre en pareille circonstance, pleins de promesses, de protestation de fidélité au Saint-Siège, de complimenta de part et d'autre; mais Lorraine ne manqua pas de faire un tableau sombre des malheurs de la France, en appelant de tous ses vœux une réforme nécessaire. Et il fallait établir cette réforme « en restaurant l'ancienne discipline, basée sur l'Écriture sainte, les décrets des conciles et les ordonnance! des papes ». Conc. Trid., t. ix, p. 168, note 2.

3. Nouvelles difficulté! au cours des travaux. — La multiplication des évêques entraînait la multiplical Ion des embarras. Les travaux, arrêtés pendant trois semaines en raison de l'arrivée des Français, reprenaient avec lenteur. Certains évêques se demandaient pourquoi les létfals laissaient l'assemblée se débattre dans des dis< lissions sans fin; d'autres les soupçon-

naient de faire traîner les choses en longueur pour éviter une décision préjudiciable aux prérogatives pontificales. Les légats, de leur côté, manifestaient leur lassitude et les Espagnols ne cessaient de revenir sur le point qui leur tenait à cœur. Et l'hiver, tout proche, s'annonçait rude.

Le 27 novembre les évêques espagnols de Ciutad Rodrigo et de Guadix, toujours à propos du droit divin des évêques, mirent le feu aux poudres, par des discours où la convenance due aux légats et les droits de la vérité n'étaient guère respectés. Celui de Guadix surtout provoqua dans l'assemblée une scène scandaleuse, où s'entrecroisaient les injures. Conc. Trid., p. 194 et note 3; cf. SuSta, p. 466-467. Le cardinal de Lorraine manifesta hautement son indignation. Les évêques espagnols, même ceux qui n'étaient pas de l'opposiiion antiromaine, prirent le parti de leurs compatriotes. Pie IV, prévenu, dut envoyer à Philippe II un véritable réquisitoire contre les prélats les plus turbulents. SuSta, p. 465. Le 2 décembre, le cardinal de Mantoue admonesta sévèrement les auteurs du tapage, Conc. Trid., t. ix, p. 196-198, les menaçant, en cas de récidive, de lever la séance : « L'assemblée, conclut-il, doit à la chrétienté réparation du scandale qu'elle vient de donner, par une session prochaine bien remplie. » Et il proposa la date du 17 décembre. Le cardinal de Lorraine prit la parole, approuvant en substance Mantoue, protestant derechef contre la séance scandaleuse et demandant, pour l'avenir, des sanctions. Guerrero, de Grenade, excusa son sufîragant de Guadix, et l'archevêque de Prague dissuada les légats de lever les séances tumultueuses; ce serait une nouvelle perte de temps. Conc. Trid., ibid.; cf. SuSta, p. 99.

Les Espagnols n'en avaient pas fini avec leur intransigeance. Le 3 décembre, la discussion reprit encore sur le droit divin des évêques, ce qui provoqua derechef quelques propos fâcheux, même à l'adresse du pape, au point que Simonclta craignait que les hérétiques ne s'armassent de la thèse espagnole pour légitimer les pouvoirs qu'ils confèrent à leurs pasteurs sans s'inquiéter du pape. A Pierre Canisius, il écrivait (février 1563) : « Certains disent du pape des choses que nous aurions plutôt attendues des Saxons (luthériens) que des fils de notre mère (l'Église).» Conc. Trid., t.ix, p. 163, note 1. Le 4 décembre, le cardinal de Lorraine intervint dans le débat et, à sa suile, les évêques français, tous opinant, d'une manière plus ou moins accentuée, dans le sens du droit divin, et même, pour l'un ou l'autre, de l'indépendance des évêques. Le 7 décembre, Laynez terminait les débals par un bon exposé mettant les choses suffisamment au pain;. Voir Ordre, t. xi, col. 1353. Deux cenl-quinze Pères avaient parlé, mais les opinions étaient si complexes, si embrouillées qu'il était difficile de tirer de ce débat un texte qui fut l'expression d'une vraie majorité.

Lei débats sur la ré Meno ne commi ncèrent que le 10, sans espoir qu'on pût les terminer pour le 17. La discussion se poursuivit, avec des à-cfl es Imprévus et des incidents plus ou inoins en marge de la question! En une semaine, une soixantaine de Pères avaient parlé. Les fêtes de Noël allaient suspendre les travaux. Le concile décida d'attendre au 30 décembre pour fixer la date de la xxnr8 session. Dès le Iti. une sclul ion moyenne semblait se dessiner, proposée par l'évêque de Capo d'Istria. Si la résidence n'est pas «le dbroil divin, du moins le pape peut de droit divin l'imposer aux évêques. SuSta, t. n, p. I2.s. Malheureusement l'évêque gâta sa cause p.ir des écarts de paroles et surtout par son irreverem e i l'( ; BXd du cardinal français. Il fallut, que Gualtieri, évêque de Viterbe, aimé des Guises, redoublai d'attention pour calmer la mauvaise humeur de Lorraine; il s'elTorca «le gagMI l.i

confiance des ambassadeurs français et un rapprochement plus sûr encore fut réalisé par le geste habile des légats faisant aboutir à Rome, malgré l'opposition du Saint-Office, la promotion à la métropole de Sens du protégé des Guises, Nicolas de Pellevé, évêque d'Amiens. Susta, t. n, p. 74, 120. Cf. Pallavicino, 1. XIX, c. x, t. m, col. 89-90.

4. Directives pontificales. — Les détails qui précèdent montrent en quelle atmosphère se déroulaient les débats conciliaires. A Rome, des accusations parties de l'assemblée, représentaient les légats comme sans énergie, faibles, condescendants envers l'opposition, impuissants à obtenir du concile un travail sérieux. Pie IV n'était peut-être pas loin d'accepter ces suggestions. Il était indispensable que les légats eussent avec le pape et la secrétairerie d'État une explication franche; ils y députèrent Visconti, réservant à Gualtieri de porter les requêtes du gouvernement français, quand elles arriveraient. Deux points surtout se dégageaient des mémoires envoyés à Rome par les légats : nécessité de ménager le cardinal de Lorraine dont l'influence était indispensable à une conclusion heureuse du concile; directives nettes et précises sur les questions débattues, les motions à présenter (le proponentibus legatis étant toujours mal supporté) et solution des difficultés soulevées à propos du canon 7 (relatif au droit divin des évêques), point de départ de tous les ennuis. De plus il était évident que la session devait, une fois encore, être reportée à une date ultérieure.

Le 3 janvier, les trois ambassadeurs français vinrent présenter, au nom de leur jeune roi, trente-quatre articles de réforme. D'accord avec Lorraine, les articles furent expédiés à Rome, et Gualtieri partit le 6 janvier. Entre temps, ils furent également soumis à l'examen d'une commission à Trente. Ces articles furent jugés bien moins dangereux que ne le supposait le public. Les évêques français acceptèrent d'ailleurs de bonne grâce d'éliminer de ce programme de réforme ce qui se ressentait trop du gallicanisme. Il n'était plus question de la supériorité du concile sur le pape; on avait abandonné l'idée du mariage des prêtres, pour spécifier simplement qu'au moins les évêques soient ordonnés à un âge assez mûr qui leur facilitât la continence. Avec l'instruction suffisante, le projet requérait des bénéficiers ayant charge d'âmes de sérieuses capacités intellectuelles et morales, la dignité et l'honnêteté de vie; ils devaient instruire les peuples, administrer les sacrements d'une manière suivie. Les réformateurs sollicitaient la suppression des provisions, regrès, résignations de bénéfices, une limitation précise des dispenses et, dans les procès ecclésiastiques, la disparition des « possessoires » « pétitoires » et d'autres complications qu'y apportait la curie romaine. Les chanoines devaient résider et remplir convenablement leurs fonctions. Les synodes diocésains devraient se tenir chaque année et les conciles provinciaux tous les trois ans. Richard, p. 794-795; cf. SuSta, t. il, p. 145.

Dès le 13 janvier un exprès de Borromée apportait une première réponse de Rome. Il s'agissait des canons 7 et 8, tels que Lorraine les avait proposés, en attribuant aux évêques, le titre de vicaires de Jésus- Christ et les définissant les successeurs des apôtres. Peu de changements y étaient introduits. Pie IV indiquait simplement ses préférences pour une rédaction présentant les évêques comme appelés par le pape in partem sollicitudinis suse et établis par l'Esprit-Saint pour gouverner l'Église de Dieu (can. 7); et, en ce qui concerne le can. 8, il désirait qu'on y insérât, en même temps que dans le chapitre de doctrine, un passage emprunté au concile de Florence, savoir que le pape a reçu de Jésus-Christ pleixam potestatem regendi, pascendi et gubernandi Ecclesiam universalem. Le cardinal Borromée invitait son collègue à mettre en œuvre sa

grande influence pour faire adopter les nouveaux textes et pour faire aboutir une session bien remplie, dans laquelle avant tout on établirait un règlement pratique sur l'observation de la résidence, sans se préoccuper du principe. Quant au canon 7, il fallait plutôt le supprimer que d'abandonner la session.

Les théologiens romains demandaient la suppression du titre de vicaires du Christ attribué aux évêques : ils faisaient observer que toute une école de théologie enseignait que saint Pierre avait été institué seul évêque par Jésus-Christ et qu'il avait ensuite institué luimême les autres apôtres : l'assemblée devait donc se borner à définir que le Sauveur avait institué l'ordre épiscopal, non les évêques. Ces observations de Rome se heurtaient, chez les évêques français, sinon chez le cardinal de Lorraine lui-même, à une certaine opposition, que d'aucuns poussèrent jusqu'à l'intransigeance. Les théologiens gallicans, dont les évêques dépendaient trop, ne se décidaient pas à reconnaître les deux formules : in partem sollicitudinis suie et plénum potestatem regendi. On a vu à Primauté, t. xni, col. 325, comment de ces conflits de doctrine sont sortis des textes qui, sans rien sacrifier de la vérité catholique, mais en laissant à l'avenir le soin de la mettre en relief, ont pu éviter les formules qui choquaient tant les gallicans. Il était impossible, à Trente, de faire triompher la vérité intégrale en face de l'attitude résolue des ambassadeurs français. Voir Richard, p. 803 sq. ; Pallavicino, 1. XIX, c. xvi, n. 3, 9, col. 134, 138.

En attendant les autres directives pontificales, le débat sur la résidence avait repris. L'évêque d'Orvieto avait vigoureusement et victorieusement combattu le principe du droit divin. Conc. Trid., t. ix, p. 358, note 6. Les légats comptaient sur les deux jésuites Laynez et Salmeron pour porter aux adversaires de la prérogative pontificale les derniers coups; mais ces deux théologiens redoutaient de froisser les évêques espagnols. Laynez s'excusa sur une indisposition (18 janvier). Une commission fut nommée, qui rédigea un nouveau décret, dont le texte soumis à la censure de deux cent trois Pères, donna les résultats suivants : cent quatorze l'acceptaient, quelques-uns sous la réserve des censures à y ajouter contre les infractions; les autres se contentaient du précepte de la résidence promulgué sous Paul III, à la vie session. Ci-dessus, col. 1439. Cent vingt-cinq Pères rejetaient l'obligation de résidence imposée sous peine de péché mortel : comment fixer la durée de non-résidence entraînant une faute grave? Soixante-sept définiteurs réclamaient une déclaration du principe, contre cinquante-trois et quatre-vingt-trois abstentions. Conc. Trid.. t. ix, p. 361 sq.

Le cardinal de Lorraine présenta alors un texte à lui : il définissait que les devoirs des évêques, dont il donnait une longue énumération, leur était imposés par Dieu. C'était une manière détournée de revenir au droit divin. L'archevêque d'Otranle, dans l'examen du projet, montra qu'il allait à rencontre de celui des légats et des intentions de la majorité qui s'était prononcée contre toute déclaration du principe. Ce fut le point de départ d'une nouvelle et grave dissension entre les membres du concile, dissension qui s'aggrava encore de l'intervention officielle des trois ambassadeurs français (24 janvier). A la fin de ce mois de janvier, la situation du concile était plus compliquée que jamais et menaçait, à propos du décret sur la résidence, d'opposer le cardinal de Lorraine aux légats. Lorraine avait d'ailleurs envoyé à Pie IV son rapport sur la question ; mais il était arrivé trop tard : le pape avait pris position.

Les légats de Trente, en effet, depuis le 29 janvier, avaient en mains les décisions attendues que leur avait rapportées Visconti. Il ne s'agissait plus de recom-

mandations instantes de ménager le cardinal de Lorraine, comme récemment encore Pie IV le leur avait fait dire : c'était un programme et une distribution de faveurs. Quant au programme, il fallait « opposer le décret de Florence sur la suprématie pontificale au prétendu droit divin qui garantissait l'indépendance de l'épiscopat. La tradition et la pratique de tous les siècles établissaient que le pape avait toujours exercé sans conteste le pouvoir de gouverner l'Église universelle. Pie IV consentait toutefois à ce que l'assemblée remplaçât, dans le texte à discuter, les termes universalem Ecclesiam par Dei gregem, ou qu'elle y fît des modifications peu importantes, mais sans porter atteinte à cette universalité, car elle devait être sauvegardée avant tout contre les hérétiques. Si ces expédients n'avaient pas l'approbation de la majorité, les légats laisseraient tomber les points en litige : le droit divin des évêques et le principe de la résidence, se bornant à définir ceux qui n'étaient pas contestés : les six premiers canons sur l'ordre et le décret qui obligeait à la résidence, puis attendre que l'apaisement fût revenu au concile. En tout cas, ils devaient veiller à ce que l'autorité pontificale ne fût en rien lésée ». Richard, p. 810; cf. Pallavicino, 1. XIX, c. xv, n. 3-6, col. 128-131. Dans des lettres à part, Pie IV témoignait sa satisfaction de leur conduite et maintenait expressément le proponenlibus legatis. La réponse aux articles français de réforme serait communiquée plus tard par Gualticri. Quant aux faveurs, il y en avait pour chacun des légats et plusieurs membres du concile, pour Gonzaguu de Mantoue et le cardinal de Lorraine en particulier. Au premier, le pape refusait la démission qu'il avait de nouveau offerte et octroyait un chapeau de cardinal pour son neveu Frédéric, jeune homme de dix-sept ans, dont la promotion ne se justifiait que par le souci de plaire à son oncle; au second furent accordés de riches bénéfices, comme Cluny et Marmoutiers, avec une bonne partie des subsides que se. souverains sollicitaient contre les huguenots révoltés. Eiifip, sans s'engager à aller à Pologne, le pape recommandait une mission soit d'Hosius soit de Commendone à Inspruck pour s'entendre avec l'empereur.

5. Nouvelles offensives françaises et impériales. — Les directives et les faveurs du Saint-Père auraient dû produire quelque elîet sur les débats. Il n'en fut rien. Le 2 février, les légats arrêtèrent de proroger la xxmic session au jeudi d'après Quasimodo, 22 avril. La séance du 3 fut consacrée à faire accepter celte date par l'assemblée. Comme le cardinal de Mantoue ne parlait pas de la réforme, le cardinal de Lorraine lui rappela que le décret sur la résidence qu'il avait dressé depuis dix jours n'était pas encore soumis aux Pères. Conc. Trid., t. ix, p. 376-377. C'était une offensive combinée d'avance., car tout aussitôt l'archevêque de Prague et plusieurs autres prélats insistèrent avec une certaine hauteur. Le cardinal Simonetta fut directement attaqué par l'évêquc de liudéa, Antonio Cuirella (11 février). Le désarroi reprenait place au concile. D'autre part, l'empereur Ferdinand était à Inspruck, à 150 kilomètres de Trente. Tiraillé entre les différentes sectes de ses Étals et scs convictions catholiques, il voulait avant tout la réforme du clergé et, pour ramener la paix, la concession de certaines faveurs, comme l'usage du calice et le mariage des prêtres. Pour réaliser plus facilement ses desseins, il avait convoqué l'évêquc du Funfkirchcn |x»ur présider une sorte di p tii coneik a coté {Ntben Konzil, dit l'astor, edit. ail., I. vu, p. 237) ot l'on rédigerait des conclusions .i présenter à l'assemblée trldentine. Il invita même le cardinal de Lorraine, comme s il avait

DeSOin de ses lumières.

Le danger était grand. Pie IV l'avait ummiutl < n

insistant auprès des légats pour l'envoi d'une mission. Pour que cette mission fût discrète, les légats choisirent Commendone, qui partit le 28 janvier. Les délibérations des théologiens impériaux n'avaient pas encore commencé : ils attendaient le retour de Madruzzi et de Lorraine. Commendone se renseigna sur les dispositions de l'empereur et celles de scs conseillers; surtout il laissa à Pierre Canisius ses directives. Mission sans grand résultat et à la suite de laquelle Pie IV (10 février) pria le cardinal de Mantoue de faire lui-même auprès de l'empereur une suprême démarche pour lui demander de prendre avec lui les mesures nécessaires à la prompte conclusion du concile. Aux instantes prières de Pie IV, Charles Borromée joignit les siennes. Le cardinal ne put répondre à leur désir : sa santé l'obligeait à s'aliter et c'était pour ne pics se relever.

Au même moment, les ambassadeurs français revenaient à la charge pour demander l'examen par le concile des trente-quatre articles de réforme proposés au nom de leur souverain. Les légats sollicitèrent un délai de trois jours et obtinrent ce répit, qui leur permit d'attendre les réponses apportées par l'évêquc de Viterbe. Mais les Espagnols provoquèrent un nouveau conflit de préséance, l'ordre dans lequel devaient parler les théologiens! Après plusieurs jours de négociations inutiles et une séance où, pour gagner du temps (!), Salmeron occupa la tribune de façon à ne laisser à aucun autre le temps de parler, il fut réglé que les docteurs parleraient selon leur ancienneté de doctorat. Les articles français ne revenaient pas de Rome, Lorraine partait pour Inspruck, les théologiens gallicans s'en donnaient à cœur joie, les ambassadeurs français insistaient pour la réforme immédiate; bref, une véritable campagne d'intimidation au milieu d'un désarroi quasi général. Les conférences théologiques d' Inspruck n'apportèrent aucun moyen de sortir de l'impasse où l'on paraissait s'être engagé. La Providence pourvut au bien de son Église par un moyen inattendu : la mort du cardinal de Mantoue. 3 mars, et celle de Seripando, 17 mars. Les deux légats qui restaient manquaient d'autorité. Hosius donna sa démission, et Simonetta était peu aimé, parce que trop romain et trop canoniste. Condamné a l'inaction, le concile vit chaque jour des rixes se produire entre gens de la domesticité des évêques. Le concile n'existait plus que pour les Français et les Impériaux qui faisaient publiquement campagne pour (pie le cardinal de Lorraine fût nommé premier président. Pic IV nomma le cardinal Morone assisté du vénitien Bernard Xavagero.

6° Morone au concile. — Morone était l 'homme providentiellement préparé pour sauver la situation. En attendant son arrivée, les deux légats demeurés à Trente avaient fait commencer aux théologien conférences sur le mariage, écartant les questions

('pineuses Jusqu'à ce (pie l'assemblée eût à sa i Ole un homme qui sût et pût prendre une décision. Mais, en attendant, le concile se dissolvait peu à peu ci au 1er avril, on comptai! déjà une centaine d'absents. Pie IV parla énergiquement au cousis: oire du 27 mars : il ne consentirai! pas à arrêter le coin ile. ni même à le

transférer tant que l'assemblée n'aurai' pas constaté elle-même (pie son œuvre était terminée. Susia. t. u. p. 309. On ramena les fuyards; et, le jour de Pâques, Morone pontifia a Trente et prit aussitôt ni main la direction des affaires, recevant successivement ambas sadeurs ci évêques. A. tous, Morone attesta que le pape voulait la réforme <-t il le prouva eu montrant, documents en main, < ■<• qui déjà avait été réalisé à i en ce sens. Puis il part il pour Insprui k, où ,l 'empereur, après avoir reçu le nouvel ambassadeur d'Espagne, le comte de Luna, l'attendait; il laissait :i son colli

TRENTE. LE CONCILE DE PIE IV, XXIII* SESSION

Navagero le soin de recevoir le cardinal de Lorraine qui tardait à revenir à Trente.

A Inspruck (21 avril-12 mai) Morone fit assez bonne besogne dans ses conférences avec Ferdinand et avec les conseillers et théologiens impériaux. Cf. Pli. Hellc, Die Konferenzen Morones mit Kaiser Ferdinand 1. (mai 1563) und ihre Einwirkung auf den Gang des Trienter Konzils, Bonn, 1911. Après dix jours, le légat obtint une satisfaction appréciable : l'empereur se bornait à désirer une réforme générale, entreprise en commun, dirigée par le pape autant que possible et selon les ordonnances des anciens conciles (ce qui laissait la latitude de faire concorder les derniers : Constance et Bâle aussi bien que Florence et le Ve du Latran). Le concile, pour aller plus vite, ne toucherait à aucune des vérités et doctrines que les hérétiques avaient laissées intactes; les ambassadeurs auraient, comme les Pères, la liberté de présenter leurs opinions, en se tenant dans les limites de l'ordre du jour; le pape garantissait ainsi l'indépendance du concile pour toute délibération et décision, et le concile joindrait aux réformes déjà, réalisées des règlements sur le choix des évêques, les privilèges des chapitres, la mise en pratique du devoir de la résidence. On s'efforcerait aussi de tomber d'accord sur le choix d'un secrétaire non italien. L'empereur, de plus, renonçait à ses réserves sur la formule proponentibus legalis et laissait à l'assemblée toute liberté de voter et décider à la majorité. Cf. Richard, p. 864-865. Morone était rentré à Trente le 17 mai, bien résolu à tirer de ces concessions tout le profit possible.

Pendant ce temps, Pie IV traitait avec Philippe II, afin de mettre en échec toute tentative de coalition franco-impériale. Le porte-parole du roi catholique n'était plus Vergas (encore présent à Rome cependant), mais le grand commandeur Louis d'Avila, arrivé à Rome le 14 mars. Mais, dès les premiers pourparlers, il fut évident que Louis d'Avila voulait remettre tout en question jusques et y compris le proponentibus legatis. Cf. Pallavicino, 1. XX, c. x, n. 5 sq., col. 215 sq. Le 24 mars. Pie IV remit toutes choses au point : il est trop tard, dit-il en substance, pour rentrer dans le dédale des vieilles difficultés, il faut en finir avec les exigences compliquées, divergentes et même contraires, que les souverains catholiques ont apportées au concile. Une seule solution est pratique : l'arbitrage et la décision dernière du souverain pontife; primat de toutes les Églises, dirigeant les débats de l'assemblée avec le concours des légats. Pie IV ajoutait qu'il avait commencé la réforme par lui-même, imposé la résidence à ses cardinaux, qu'il voulait continuer avec les évêques de la curie, autant que faire se pourrait. Il espérait étendre ce devoir à l'Église universelle, si le concile et les évêques s'y prêtaient et si les princes n'y mettaient pas obstacle. Il consentait à abandonner le proponentibus legatis, pourvu que ce ne fût pas au préjudice des privilèges de la monarchie espagnole, et aussi de ses prérogatives de chef de l'Église. C'était net ; il n'y avait guère moyen de contester l'excellente position prise par le pape. Le 6 mai Louis d'Avila et Vergas, qui avait été admis aux pourparlers, signèrent, au nom de leur maître, un engagement par lequel le roi catholique promettait au pape son appui et garantissait dans leur intégrité les privilèges du Saint-Siège, y compris le maintien de la formule proponentibus legatis. De son côté, le pape garantissait à l'ambassadeur espagnol au concile, comte de Luna, un siège à part, élevé, à côté du bureau. Ainsi l'épineuse question de préséance se résolvait, sans offenser les Français qui, le 20 mai, occupèrent leur place habituelle tandis que Luna siégea près du secrétaire en face des légats.

A Trente les absents ne rentraient que lentement. Le cardinal de Lorraine n'arriva que le 20 avril. Dès

le 22 les Pères s'étaient réunis pour fixer la date de la prochaine session. D'accord avec Morone absent, les légats avaient retenu la date du 3 juin; le cardinal français proposa de renvoyer au 20 mai la fixation de la date. La proposition des légats fut repoussée par 83 voix contre 78 et 7 abstentions. Navagero arriva quelques jours plus tard (le 28), et les légats distribuaient le lendemain aux Pères et aux ambassadeurs dix-sept articles sur les abus du sacrement de l'ordre, élaborés depuis le 13 mars. On aurait pu croire que les succès diplomatiques de Pie IV et de Morone allaient éclaircir l'ambiance des discussions : il n'en fut rien. Il fallut tout d'abord déblayer trois obstacles : l'irritante question de préséance entre ambassadeurs français et espagnols, réglée saus doute en principe par Pie IV, comme on l'a vu plus haut, mais qui donna lieu à des indiscrétions regrettables touchant l'acte pontifical (Massarelli était devenu presque impotent et était secondé par Paleotto) et à de nouveaux incidents; la concession du calice, que le duc de Bavière réclama derechef et avec insistance et dont on parvint à renvoyer la solution à un accord ultérieur du pape et de l'empereur; enfin le transfert du concile, agité par Catherine d, Médicis loin de Trente et dont, heureusement, les échos seuls vinrent quelque peu troubler l'assemblée. Sur tous ces points, voir les détails dans Constant, La légation du cardinal Morone près l'empereur et le concile de Trente, Paris, 1922. A une communication de la même Catherine, faite au concile par René de Birague, pour justifier la paix d'Amboise, le concile répondit simplement par ses regrets pour les malheurs de la France, ses vœux pour la soumission des rebelles à leur roi et, de la part de la reine-mère, son souhait d'un zèle plus ardent pour la vraie foi.

Morone fit avertir les orateurs, au nom du pape, que la formule proponentibus legatis ne limitait en rien la liberté et l'indépendance du concile. Cette déclaration fut le point de départ de nouvelles digressions sur les points les plus divers. On évoqua l'abus des évêques titulaires, simples administrateurs; les Espagnols revinrent à leur éternelle controverse sur le droit divin des évêques. Morone parvint néanmoins à trouver, pour les canons de l'ordre, certaines formules qui permettaient d'espérer qu'elles ne déplairaient pas aux Espagnols et que les Français s'en contenteraient (16-17 juin). La discussion sur les abus était terminée le 16 juin. On expédia à Rome les projets pour les soumettre au pape. La correspondance avec Rome redevint plus active que jamais et les manœuvres du cardinal de Lorraine s'y exercèrent par divers intermédiaires.

7° Autour de la xxme session. — 1. Les préparatifs immédiats. — Les légats prirent le meilleur parti possible : choisir, dans les matériaux amassés depuis tant de mois, les moins embarrassants. On écarta le chapitre sur les élections épiscopales, sur la suppression des évêques titulaires. La doctrine sur l'ordre fut ramenée à quatre chapitres, le c. v sur les rapports de la papauté et de l'épiscopat étant mis de côté. Les huit canons furent distribués le 3 juillet, puis, le 5, un chapitre sur le devoir de la résidence, sans toucher au principe, et quinze sur la réforme (ii-xvi). Le c. xvn prescrivait la fondation des séminaires. Enfin, un appendice sur les ordres inférieurs à la prêtrise et leur exercice. L'article concernant les séminaires était un de ceux qui ne rencontraient pas d'obstacle. La mesure était désirée unanimement. Comme son application dépendait beaucoup des circonstances, il suffisait d'une exhortation générale, en quelque sorte impérative, atteignant d'abord les Ordinaires plus riches, dont les diocèses avaient besoin de plus de prêtres. Ils entraîneraient les autres par l'exemple. Le concile s'était occupé de la question longuement et

TRENTE. LE CONCILE DE PIE IV, XXIII» SESSION

d'une manière sérieuse. Cf. A. Degert, Histoire des séminaires français depuis leur origine, Paris, 1912, 1. 1, p. 11-27. L'esquisse du décret abordée le 10 juillet fut adoptée le 14 : l'évêque de Verdun, Pseaume, en avait été le rapporteur.

Morone s'appliqua également à déblayer le terrain sur lequel on rédigeait les canons de l'ordre. Le 7, une réunion des cardinaux et de trente-six évêques de toute nation, aidés du théologien jésuite Laynez, admit le décret sur la résidence, tel que l'avait préparé le défunt cardinal de Mantoue. Le cardinal de Lorraine lui-même, acquis à la cause romaine, s'y rallia. Dans le 6e canon qui définissait la hiérarchie ecclésiastique, Laynez, sur l'initiative de l'archevêque d'Otrante, fit adopter une formule qui donnait une sorte de satisfaction aux Espagnols. Voir Ordre, t. xi, col. 1354. Toute opposition toutefois n'était pas réduite; cependant le 9 juillet deux cent-vingt-sept voix approuvèrent globalement les deux décrets, doctrine et réforme, bien que, jusqu'au dernier moment, les Espagnols aient parlé d'exiger l'insertion du droit divin. Morone ne put éviter l'esclandre qu'en remettant à l'ambassadeur espagnol l'engagement écrit que « dans une condamnation générale des hérésies, épilogue nécessaire des décisions du concile, mention serait faite de ceux qui nient que les évoques sont institués de droit divin, aussi bien que de ceux qui contestent le primat et la suprême autorité du pape ». La promesse était conditionnelle, quantum in eis est, et fut réalisée, d'une manière générale, dans un décret final, par lequel le concile constate qu'il a condamné toutes les erreurs de temps, damnavit, analhematizavil et definivit. Les légats ne purent respirer que le 14 juillet, a la congrégation préparatoire. La xxiv» session fut fixée au 16 septembre.

2. La XXIII* session. — Le jeudi 15 juillet, à cinq heures du matin, s'ouvrit la xxme session, avec deux cent trente-cinq Pères, dont six cardinaux, sept généraux d'ordre et six procureurs d'évêques, douze ambassadeurs et cent trente-trois théologiens. L'évêque de Paris, Euslache Du Bellay, chanta la messe du Saint-Esprit. En dépit de quelques légers incidents de préséance, l'adoption des décrets se fit sans grande rumeur. Pour celui de l'ordre, Morone proclama que sept Pères seulement avaient formulé des réserves. Voir la déclaration de l'évêque de Ségovie à Ordre, col. 1354. Au décret de réforme il y eut un peu plus d'opposants : dix-huit sur l'ensemble et onze pour le chapitre de la résidence.

On trouvera à Ordre, après un bref exposé des divers projets, le texte et le commentaire des chapitres doctrinaux, col. 1354-1359, et des canons, col. 1359- 1363, enfin le résumé, des chapitres de réforme, col. 1368-1364. Il est à noter que dans le c. i, sur la résidence, le cardinal de Lorraine avait fait insérer, le 12 juiilc l. la clause que les cardinaux y st raient soumis pour les diocèses qu'ils recevraient du pape, s'ils n'étaient pat retenus par leurs fonctions en Curie. L'ordre définitivement adopté est quelque p. u différenl de l'ordre du projet : l'appendice du projet devient le e. xvn du décret et l'ordonnance sur !< s séminains pr< nd place à la suite, e. xvn. Les textes Intégraux "I trad. fr. dans Michel, p. 178-505.

8° Autour de la XX iV session (11 novembre 1563). — A cette session devait être promulgué le décret dogmatique et disciplinaire (Tametsi) sur le mariage. I.i préparation en a ét< à Mariaob, t. ix,

col. 2233-2246. Nous n'y reviendrons pas.

Ce qu'il est nécessaire de retracer ici ce sont toutes |M ililtii nl'i . qui, cette fois encore, retardèrent l'élaboration de ce décret et du décret de reforme qui lui es! annexé.

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