THÉODORE LE LECTEUR - THÉODORE MÉTOCHITÈS
et qui racontait les événements depuis la 20e année de Constantin jusqu'en 439. Cette tripartite n'a pas encore trouvé d'éditeur. H. Valois a utilisé, pour l'édition des trois historiens en question, les variantes de Théodore que lui avait communiquées Léon Allatius, lequel avait en sa possession un ms. passé aujourd'hui à la qibliothèque Saint-Marc de Venise (= 344). Cet ouvrage de Théodore a été à son tour abrégé et l'Épitomè de la Tripartite a été utilisé par plusieurs historiens byzantins. — 2° Un récit personnel des événements depuis la mort de Théodose II (450) jusqu'à l'accession de Justinien (527), qui ne s'est pas intégralement conservé, mais seulement en des extraits de provenance diverse. Un certain nombre de ceux-ci ont été recueillis pour eux-mêmes dans des collections indépendantes, par exemple dans le Baroccianus 142; d'autres figurent dans des historiens ultérieurs, tel Nicéphore Calliste au xme siècle, ou même dans des théologiens. Lors de l'iconoclasme, l'attention des défenseurs des saintes images s'est arrêtée sur divers faits merveilleux racontés par Théodore et justifiant le culte des icônes. Saint Jean Damascène en a recueilli plusieurs au 1. III du De imaginibus; l'on en trouve aussi quelques-uns dans les actes du IIe concile de Nicée, sess. i et sess. v. Les érudits modernes ont aussi enrichi de quelques fragments ce bagage assez mince que H. Valois avait rassemblé au xvir3 siècle. Tout cela ne permet guère de porter un jugement sur la valeur littéraire et historique de l'œuvre. Le reproche que l'on entend faire à Théodore d'avoir trop de confiance aux récils merveilleux repose sur les anecdotes relevées par Jean Damascène; les autres fragments conservés ne le justifient pas de tout point.
L'édition de P. G., t. i.xxxvi a, col. 165-228, reproduit celle de Valois, 1073 (à la suite de Philostorge), ou plutôt celle de Valois-Reading, Cambridge, 1720. Plus récemment des Fragments nouveaux ont été recueillis par H. Miller, dans Mélanges de philologie el d'épigraphie, Ve partie, Paris, 1870 (reproduit de Revue urchéolog . , nouv. sér., t. xxvi, 1873); par A. Papadopoulos-Kérameus, dans le Journal du Ministère de l'instruct. publique (russe), janvier 1901; pal li. Diekamp, Histor. Juhrbuch, t. xxiv, 1903, p. 553-
Sur la Tripartite, voir J, Bidez, La tradition manuscrite de Sozomène et la Tripartite de Théodore le Lecteur, dans Texte and l'ntirs., t. xxxii, fasc. 2 b, 1908, qui touche aussi à l'activité générale de Théodore; on continue à citer une dissertation de ' ■. Dangers, De fontibus... Theodori lectoris et Eoagrii, el une de J.-V. Sarrazin, De Theodoro Lectore Theophanls fonte preecipuo, dans Commenlationes i>hilologee Jenenses, t. i, Leipzig, 1881, p. 163-238; un article de Nolte dans Theolog. Quartalschrift,t. xliii, 1801, p. 509 gq. Voir surtoul l'auly Wissova, liealencyclopaedie fur Allertumskunde, T éd., t. x, 1934, p. 1869-1881.
É. Amann.
10. THÉODORE MÉTOCHITÈS, érudit et polygraphe byzantin (t I332). - Fils de Georges Métochitès, lequel avait, comme archidiacre de Jean l'ai, n , énergiquement travaillé à l'œuvre de l'union, Théodore n'hérita poinl des tendances unionistes de son peu . Tout au contraire, on le voit dans l'intimité d'Andronic II l'aléologue, qui fit échouer définitivement la politique de réconciliât ion avec Rome. Ami nsiillci très écouté du basileus, il exerça, à partir de 1 31 4, la charge très importante de grand logothète. Quand, en 1328. Andronic fut détrôné par son petit- Bis Andronic III, Théodore partagea les disgrâces du • souverain. D'abord exilé a Didymotique, il eul finalement la permission de rentier dans la capital' el •'ira au monastère de Chora (r7(ç ytôpaç), qu'il restauré au temps de sa fortune; c'est la qu'il mourut le 13 mars 1332, après avoir pris au dernier moment l'habit monastique, suivant de très près sou C dans la tombe. Son éloge funèbre fut prononcé •n disciple île prédilection, Nicéphore Grégoras,
qui en a conservé le texte. Hisf. byzant., 1. X, c. u, P. G., t. cxLVin, col. 672 sq. C'est à Grégoras également que nous devons le meilleur de nos renseignements sur la vie de Théodore. Voir 1. VII, c. xi, 2; 1. VIII, c. v; 1. IX, c. v et vu; 1. IX, c. vu. vin, xin, etc. L'empereur Jean Cantacuzène, dans son Histoire, 1. I, c. xi, P. G., t. cliii, col. 116, témoigne aussi de l'ampleur des connaissances et de la vivacité d'esprit de Théodore. Même note en d'autres contemporains, en particulier dans Thomas Magislros.
Encore que l'œuvre de Théodore Métochitès ne soit que très imparfaitement publiée, les divers témoignages en question ne laissent aucun doute sur la place considérable qu'a tenue notre auteur dans le grand mouvement de résurrection de l'hellénisme qui prend naissance dans l'empire byzantin après la reconquête sur les Latins et dont le règne d'Andronic Ier marque l'épanouissement. On a souligné, non sans raison, qu'il s'agit là d'une véritable renaissance et que c'est à ce moment que se prépare, en milieu grec, le grand retour à l'antiquité classique qui, après la chute de Constantinople, ira toucher également les Occidentaux. Or, Métochitès est l'un des personnages les plus représentatifs de cette première renaissance. Il l'est par l'ampleur et la variété de ses connaissances : Nicéphore Grégoras l'appelle une bibliothèque vivante; il l'est par son ardeur au travail : bien qu'investi de fonctions administratives très absorbantes, il trouve le moyen de consacrer un temps considérable aux choses de l'esprit.
Sa production littéraire, qui fut considérable, n'est malheureusement pas très accessible. Son œuvre principale : 'TTCO|Avr;(xaTi.au.<'jl xai ar^xv.îoaziç, yvcou.i,xa[, ( Miseellanca philosophica et historien) a seule été éditée au complet, par Chr.-G. Millier cl Th. Kiessling, Leipzig, 1821 ; il n'y en a dans la P. G. (pie des bribes, | t. cxliv, col. 936-954; du moins la table des mon eaux permet-elle de se faire une idée de l'œuvre. C'esl une série d'essais, de longueur fort diverse, sur les théines les plus variés : philosophie profane et religieuse, histoire, littérature. Parmi les sujets qui intéressent la morale chrétienne, signalons au moins les nM 66, sur la Providence; 73 et 7 1, sur la possibilité de concilier la vie chrétienne et le soin des affaires; 76, sur le célibat. Mais on ferait erreur en voyant dans celle œuvre un écrit religieux; l'ensemble est d'inspiration très laïque el témoigne d'un commerce assidu surtoul avec les philosophes et les historiens de l'antiquité classique. Si Théodore s'inspire parfois d'écrivains chrétiens, c'est Synésius qui est son garant principal et l'on sait que celui-ci a été tout formé par l'hellénisme. Voir son article. — Traitent de thèmes ana logues, à la façon non plus des essayistes, mais a celle des rhéteurs, dix huit discours, dont deux seulement ont été publiés par K. Salhas dans la Me<Tauovtx.T) [3i6XioGy)xy), t. i. — Beaucoup plus Importantes sont des paraphrases d'Aristide qui ont eu une influence
considérable dans la résurrection de l'ai istotelisme. Théodore a ainsi expliqué les huit li\ res de la Physique, le De anima, le De crin, le Dr ijrnrralumr ri corruptions
et l'ensemble des Pana naturalia, le Dr memoria, le De BOmno, le Dr motibui animaliiim, les quatre livres des Météores, Cette paraphrase n'a pas été publiée en grec; Gontran Hervel en a donne une traduction latine, Baie, 1559, rééditée en 1562, puisa Ravenne en 161 I. A côté de ces travaux philosophiques, il faut placer une Introduction an système astronomique <!<■ Ptolémée; elle témoigne d'une connaissance approfondie de l'astronomie, que Théodore sciait parfal
lenienl assimilée, encore qu'il \ mêlai trop de spéculations astrologiques; cf. Grégoras, Hist, byz., I VIII, c v. La production poétique de Métochitès esl non moins considérable : une vingtaine de poèmes, dont
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l'ensemble ferait bien dix mille vers, sur les événements et les personnages de l'époque. Plusieurs sont d'inspiration religieuse, célébrant Dieu, la Vierge; deux poèmes sont consacrés aux Pères de l'Église : Athanase, Basile, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome. — Théodore a-t-il fait œuvre d'historien proprement dit? Quelques-uns l'ont cru et J. Meursius a donné à Leyde en 1618 : Theodori Mctochilae historiée romanœ a J. Cœsare ad Constanlinum liber singularis, texte grec et traduction latine. En fait Meursius s'est laissé tromper par le titre du ms. qu'il a publié. L'ouvrage en question est simplement une partie de la Chronique de Michel Glykas. Dans la préface de son édition, Meursius promettait de donner aussi une Histoire sacrée en deux livres et une Histoire de Constantinople, BuÇocvtîç, du même Métochitès. Rien de cela n'a jamais paru et ici encore il pourrait y avoir confusion avec d'autres œuvres, soit de notre Théodore, soit d'écrivains différents. — Parmi les lettres de Théodore qui attendent encore un éditeur, H. Omont a signalé une lettre latine adressée au roi de France Charles IV le Bel, datée du 13 mai 1327; elle est relative à la mission à Constantinople du dominicain Benoît de Côme, venu pour traiter, au nom de Jean XXII, de l'union des Églises. Cette mission n'eut aucun succès. Cf. H. Omont, Projet de réunion des Églises grecque et latine sous Charles le Bel, dans Biblioth. de l'École des Chartes, t. lui, 1892, p. 254-257.
Fabricius-Harles, Biblioth. grveca, t. x, p. 412-426, reproduit dans P. G., t. cxliv, col. 929-954; K.Sathas.McO'auovExr, fitoÀioOr;/.r|, t. i, p. 19-135; K. Krumbacher, Gesch. der byzant. Literatur, 2e éd., 1897, p. 550 sq.
É. Amann.
11. THÉODORE DE MOPSUESTE, ainsi nommé de la ville de Cilicie dont il fut évêque; nommé aussi Théodore d'Antioche, cette ville étant son lieu de naissance; le personnage le plus représentatif, tant en exégèse qu'en théologie, de l'École d'Antioche (350-428). I. Vie. II. Œuvres (col. 237). III. L'exégète (col. 244). IV. Le théologien (col. 255).
I. Vie. — Théodore naquit à Antioche vers 350, d'une famille riche et dont plusieurs membres occupèrent des situations importantes. Comme Jean Chrysostome, sinon en même temps que lui, il a été, dans sa ville natale, l'élève du fameux rhéteur païen, Libanius. Converti par Jean à la vie ascétique, en même temps qu'un de leurs amis communs, Maxime, qui deviendra évêque de Séleucie d'Isaurie, il se fait baptiser et se retire dans un ascétérion dirigé par Cartérius et par Diodore, le futur évêque de Tarse. A ce moment, Théodore pouvait avoir vingt ans. Après quelque temps d'une vie exemplaire, il est tenté de rentrer dans le monde et de se marier, ne se sentant pas fait pour la vie monastique. C'est alors que Jean lui adresse les deux petits traités Ad Theodorum lapsum, P. G., t. xlvii, col. 277-316, dont le second avait été spécialement composé à son intention. Cf. l'édit. française de Legrand. Théodore ne resta pas sourd aux prières de son ami; il renonça à l'idée du mariage et revint à la vie monastique. Sozomène, H. E., VIII, n; cf. Socrate, H. E., VI, m; mais la Responsio Theodori lapsi, P. G., t. xlviii, col. 1063, est, à n'en pas douter, inauthentique. Sur les dix années qui suivirent cette crise nous avons peu de renseignements. Ce furent sans doute, des années de travail intellectuel intense sous la direction de Diodore, qui devait quitter l'école en 378 pour monter sur le siège de Tarse. Cette période fut décisive dans la vie de Théodore ; c'est alors qu'il se pénétra des principes exégétiques et théologiques que son maître avait hérités de la première génération des Antiochiens.
En 383 il est ordonné prêtre, selon toute vraisemblance par Flavien, qui depuis 381 gouvernait le parti mélétien de l'Église d'Antioche. Voir art. Mélèce,
t. x, col. 520. Mais il ne paraît pas s'être beaucoup mêlé aux pénibles discussions qui déchiraient les catholiques antiochiens en deux factions rivales. Dans toute son œuvre littéraire on ne trouve rien qui y fasse allusion. Bien plutôt avait-il la préoccupation de réfuter les hérétiques et de commenter, à l'usage des personnes savantes, les divers livres de la Sainte Écriture. Dès ce moment, en effet, il entreprend son travail d'exégète qu'il poursuivra jusqu'à ses derniers jours. Prédicateur de quelque renom, cf. Facundus d'Hermiane, Pro defensione trium capitul., VIII, 4 : agebal fréquenter... sermonibus in populum contra Synusiastas, P. L., t. lxvii, col. 722, il vit sa gloire pâlir quand, en 386, Jean Chrysostome inaugura sa carrière oratoire. Diodore, son ancien maître, l'attirait auprès de lui; c'est à Tarse qu'on le trouve entre 386 et 392; c'est là qu'on vient le chercher pour en faire l'évêque de Mopsueste, pas très loin de Tarse, dans la Cilicie seconde. Un siècle plus tard, Léonce de Byzance, qui ne lui voulait pas de bien, racontera qu'à la mort de Diodore l'évêque de Mopsueste aurait intrigué pour monter sur le siège de Tarse et que Théophile d'Alexandrie aurait mis bon ordre à cette tentative. Contra nestorian. et eulychian., P. G., t. lxxxvi, col. 1364. C'est un méchant propos d'une méchante langue.
L'épiscopat de Théodore devait durer vingt-six ans, mais l'on sait peu de chose de son activité durant cette période. On ne saurait douter de son zèle à procurer le bien des âmes; la fameuse lettre d'Ibas atteste que Théodore convertit de l'erreur à la vérité sa ville de Mopsueste. Sa renommée de science dépassait de beaucoup les limites de son diocèse. C'est ainsi qu'il aurait assisté à la conférence d'Anazarbe, entre catholiques et macédoniens. Cf. P. O., t. ix, p. 506. Il est à Constantinople en 394, au concile qui jugea le dissentiment entre Agapius et Bagadius au sujet de la possession du siège de Bostra; c'est sans doute à cette occasion qu'il prêcha devant Théodose le Grand, lequel admira la fermeté de sa théologie et la profondeur de son éloquence. Facundus, op. cit., II, 2, col. 563. Le drame de 404, dont fut victime Jean Chrysostome, ne le laissa point indifférent. Voir la lettre cxn de Jean, qui lui est adressée, P. G., t. lu, col. 668; cf. lettre cciv, col. 725. En 418, Théodore vit arriver à Mopsueste Julien et les évêques pélagiens d'Italie qui avaient été déposés par le pape Zosime et pensaient trouver en lui un défenseur. Voir Marius Mercator, Commonilorium, 15, dans la Collectio palatina, Acta concil. oecum. (A. C. O.), t. i, vol. v, p. 23. Julien resta auprès de lui jusqu'en 422, date à laquelle il retourna en Italie. S'il faut en croire Mercator, ibid., sitôt Julien parti, Théodore l'aurait condamné dans un synode provincial. Peutêtre l'évêque de Mopsueste prit-il prétexte, en effet, d'une assemblée réunie à d'autres fins pour préciser sa propre doctrine au sujet du péché originel. Il mourut six ou sept ans après, vers la fin de 428. Théodoret, H. E., V, xxxix, 40. C'était le moment où Nestorius d'Antioche venait d'être désigné pour le siège de Constantinople. Un des historiens de celui-ci, Barhadbesabba, fait passer Nestorius par Mopsueste, alors qu'il se rendait dans la capitale; Théodore aurait donné à l'archevêque nommé des conseils de modération. Texte dans P. O., t. ix, p. 517. C'est possible, ce n'est pas certain. Voir art. Nestorius, t. xi, col. 91. On rapprochera de ce récit un texte fort tendancieux d'Évagre le Scolastique, H. E., I, il, P. G., t. lxxxvi, col. 2425, suivant qui c'est à cette entrevue que Nestorius aurait reçu les semences de l'hérésie qu'il ne devait pas tarder à répandre. Pour s'affermir en ses idées, Nestorius n'avait pas besoin des derniers avis du vieil évêque de Mopsueste.
En dépit de certaines attaques auxquelles il avait été en butte à diverses reprises, Théodore mourut dans
THÉODORE DE MOPSUESTE. ŒUVRES
la paix de l'Église. Plus tard, pour dégager sa mémoire, ses défenseurs feront état des relations qu'il put avoir avec les docteurs les plus réputés de l'Orient. Facundus parle de ses bons rapports avec Théophile d'Alexandrie, op. cit., VIII, 5, col. 725 D; avec Grégoire de Nazianze, ibid., VII, 7, col. 709 A. Qu'il ait connu ce dernier, c'est chose assurée, mais la lettre signalée comme lui ayant été adressée par le Théologien était, en fait, destinée à un autre Théodore, évêque de Tyane. Cf. Ve concile, act. v, dans Mansi, Concil.,t. ix, col. 255. En tout état de cause il est certain que Théodore eut de bonnes relations avec saint Cyrille, qui en 412 avait remplacé Théophile sur le siège d'Alexandrie; il lui dédia, en effet, son commentaire sur Job. Il n'empêche que, sitôt déclenchée l'affaire nestorienne, le nom de Théodore de Mopsueste fut jeté dans la mêlée théologique. Dès 431, à Éphèse, on avait condamné, mais sans prononcer son nom, une formule de foi que certains disaient provenir de lui. Mansi, Concil.,t. iv, col. 1341 ; cf. Aclio Charisii, dans A . C. O., t. i, vol. 1. Peu après l'acte d'union de 433, qui aurait dû amener l'apaisement, Théodore est dénoncé comme l'un des pères du nestorianisme. Cf. art. Nestorius, col. 130. Le concile de Chalcédoine évita de le mettre en cause et entendit sans aucune manifestation d'hostilité les éloges qui étaient décernés à son action et à sa doctrine par la célèbre lettre d'Ibas. Mais, à partir de la fin du ve siècle, on discuta bruyamment sa personne et son œuvre littéraire. Les attaques vinrent d'abord du camp monophysite qui inscrivit parmi ses griefs contre Chalcédoine le fait que le « concile maudit » avait écouté sans sourciller les éloges donnés à Théodore par Ibas. Bientôt, pour retirer cette arme aux antichalcédoniens, les orthodoxes feront chorus avec les monophysites. Dans l'affaire des Trois-Chapitres, c'est surtout l'évêque de Mopsueste qui est compromis. C'est lui qui fournit à Justinien d'abord, au pape Vigile ensuite, la plus ample matière à condamnation. Ses écrits sont condamnés; finalement, en dépit des efforts du pape Vigile, sa personne même est vouée à l'anathème. Sur tout ceci, voir l'art. Trois-Chapitres. C'est en Afrique seulement que son œuvre et sa mémoire trouvaient des défenseurs et ceci n'a pas été sans influence sur la conservation d'une partie de ses travaux. Il est juste d'ajouter que, dans le temps même où Théodore devenait la bête noire de l'Église d'empire, il commençait dans l'Église orientale, c'est-à-dire dans l'Église de l'Empire perse (si improprement appelée l'Église nestorienne), sa prodigieuse carrière. Bien vite il était promu au titre d'Interprète par excellence de l'Écriture (meja&kenat) et, faut-il ajouter, de théologien irréfragable, de la doctrine duquel il était interdit de s'écarter. Voir Nestorienne (Église), t. xi, col. 290. Et ceci encore explique que c'est dans cette Église que se retrouvent les renseignements les plus abondants sur l'activité littéraire du grand évèque de Mopsueste, que se découvrent peu à peu les textes les plus importants et les plus caractéristiques de son œuvre théologique.
II. ÉCRITS. - A la suite des condamnations qui l'ont frappée, l'œuvre littéraire de Théodore a partiellement disparu dans son texte original. A l'exception de quelques ouvrais conservés au complet, il n'en subsiste guère que des fragments sur l'authenticité desquels on n'est pas toujours au clair. Quelques traductions latines ou syriaques en restituent des parties Importantes, il convient donc d'abord de dresser le catalogue exact de l'œuvre entière que l'on fera suivre
d'un essai de datation ; de préciser ensuite ce qui nous île cette >UCCesslon, et sous quelle forme cela
nous est parvenu.
i" Recensement ri datation des œuvres de i héodore. —