‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 4)Chapitre 85 sur 423 · rs cataloguée. — Deux historiens nestoriens ont · texte numérisé non relu

rs cataloguée. — Deux historiens nestoriens ont

essayé de dresser le catalogue des écrits de Théodore : l'auteur anonyme de la Chronique de Séert, publiée en arabe avec traduction française par Mgr Dib, dans P. O., t. v, p. 289-291 (cette chronique est difficile à dater, ixe-xme s.); et Ébedjésu, métropolite de Tsoba (Nisibe), en 1318, texte dans J.-S. Assemani, Bibliotheca orientalis, t. ni a, p. 30 sq. Ces deux catalogues se recouvrent à peu près, celui de la Chronique de Séert étant plus embrouillé que l'autre; pour plus de clarté nous distinguerons œuvres exégétiques et œuvres proprement théologiques. Nous donnons les numéros successifs d'Ébedjésu, en faisant suivre entre parenthèses et précédés d'une S les indications de la Chronique de Séert.

a) Œuvres exégétiques. — Ébedjésu signale des commentaires : sur la Genèse (S : Pentateuque); sur les Psaumes (S : David); sur les douze petits prophètes (S : idem); sur les livres de Samuel (S : Samuel et Cédron?); sur Job (S : idem, mais à une autre place); sur l'Ecclésiaste (S : idem); sur Isaïe (omis par S); sur Ézéchiel, Jérémie et Daniel (S : idem et dans le même ordre); sur saint Matthieu (S : idem, mais ajoute saint Marc); sur Luc et Jean (S : idem); sur les Actes (S : idem); sur les épîtres paulines, dans l'ordre suivant : Rom., I et II Cor., Gai., Eph., Philipp., Col., I et IIThess., I et II Tim.,Tit., PhD., Hebr. (S donne le même ordre, sauf pour la fin, où, par un lapsus évident, il écrit, après les deux aux Thessaloniciens : deux à Philémon et Hébreux, une à Timothée). — Les commentaires sur la Genèse (Commentum de creatura?), les Psaumes, Job, Matthieu, Luc, Jean, les Actes et l'épître aux Hébreux sont signalés dans les actes du Ve concile, sess. iv. Mansi, Concil., t. ix, col. 202 sq.

b ) Œuvres théologiques. — Ici il est plus difficile de faire converger les deux listes d'Ébedjésu et de la Chronique, les titres grecs ayant pu être rendus différemment de part et d'autre. Voici la liste d'Ebedjésu avec les titres qui nous paraissent y correspondre dans S : De sacramentis ou De mysteriis (S : explication de la messe); De fide (S : explication du symbole de Nicée); De sacerdolio (S : Du sacerdoce); De Spiritu sanclo (S : De l'Esprit saint); De incarnationc advenus apollinarislas et anomœos (S : sur l'humanité de Notre-Seigneur); Adversus Eunomium (S : réfutation d'Eunome); Adversus asserentes peccatum in natura inststere (S : réfutation de ceux qui prétendent que le péché est inné dans la nature); Adversus magiam (S : réfutation des mages); Ad monachos (pas dans S); De obscura locutionc (pas dans .S'); De perfeclione operum (S : sur la parfaite direction'?); Adversus nllcgoricos libri quinque (S : contre ceux qui ne voient dans la lecture des Livres que le côté parabolique); Pro Basilio (pas dans S); De assumente et assumpto (S : réfutation d'Apollinaire); Liber margaritarum (S : des lettres appelées « perles »; un livre dans lequel il réfutait tout innovateur, qu'il remplit d'excellentes choses, il l'appela le « livre des perles); De legislatione (rien dans .S qui puisse correspondre). S signale de plus une Explication de la doctrine d'Arius et une Lettre adressée à un renégat; s'agirait-il de VEpistola <id Theodorum lapsum, ci-dessus col. 2 ■(■">, mise par erreur au compte de Théodore au lieu de l'être à celui de Chrysostome, ou de la Responsio Theodon lapai? — De ces divers ouvrages le \° concile signale ; Ylntrr-

pretatio symboli niceent ad baptlzandos, qui correspond certainement air Dr ftde; le De incarnattone; on Contra Apolltnarem et eynuetatlas, qu'il y a toul lieu d'iden

lifici avec le Dr rissunirnlc ri MSUmptO. Si le Coinmm-

liiin de erraluru rr'cst pas rur commentaire exégétique sur la Genèse, ne pourrait-on l'identifier à ['Adversus magiam?

2. Identification des ouvrage» signalée. Pour les commentaires de l'Écriture, il ne saurait y avoir de

THÉODORE DE MOPSUESTE. ŒUVRES

difficulté. Mais il y a intérêt à remarquer dès l'abord que certains d'entre eux sont également signalés par d'autres écrivains et que la plupart ont fourni des fragments, plus ou moins nombreux, plus ou moins considérables, aux auteurs de chaînes scripturaires.

a) Œuvres exégétiques. — Le commentaire sur la Genèse signalé par Ébedjésu pourrait être identique à l"Ep[i.ï)v£la TTJç xtîctscoç, mentionné par Photius, Biblioth., n. 38, P. G., t. cm, col. 69. L'existence d'un fragment sur l'Exode (dans P. G., t. lxvi, col. 66) et de fragments encore inédits sur le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome pose la question de l'exactitude de la donnée de S qui parle d'un commentaire sur le Pentateuque. — Les autres commentaires signalés par Ébedjésu et la Chronique de Séert ont tous laissé au moins quelques traces dans les chaînes exégétiques. On aura remarqué que nul des deux catalogues ne mentionne de commentaires sur Josué, les Juges, Ruth, les Rois, ni, pour ce qui est du Nouveau Testament, sur Marc, les Épîtres catholiques et l'Apocalypse. Des fragments encore inédits subsistent en des chaînes sur les quatre premiers de ces livres, mais leur origine théodorienne reste bien douteuse. On ne saurait donc être certain que l'évêque de Mopsueste a commenté ces livres. Par ailleurs les fragments sur le Cantique rassemblés dans P. G., t. cit., col. 699-700 et qui viennent du Ve concile, n. 69-71, ne semblent pas provenir d'un commentaire, mais d'une lettre. Encore qu'il subsiste quelques fragments sur Marc, P. G., ibid., col. 713, il n'est pas vraisemblable que Théodore ait commenté cet évangile. Il n'a pas commenté non plus les épîtres catholiques, Léonce de Byzance le déclare expressément, Cont. nestor. et eutych., 1. III, 14, P. G., t. lxxxvi, col. 1365; le témoignage des chaînes serait donc à rejeter. Somme toute on peut donc considérer comme complète la liste des commentaires fournie par Ébedjésu, en remarquant néanmoins qu'il n'est pas impossible que Théodore ait commenté l'ensemble du Pentateuque et non pas seulement la Genèse.

b) Œuvres théologiques (nous suivons la liste d'Ébedjésu). — Le De sacramentis (De mysteriis) et le De fide sont identifiés depuis la découverte de Mingana, voir ci-dessous. C'est une double série de catéchèses préparatoires au baptême et parallèles à celles de saint Cyrille de Jérusalem. On y retrouve les extraits qu'a relevés le Ve concile, comme provenant du Liber ad baptizandos, n. 35-39, 41 et 42. ■ — Le De sacerdotio, sauf une allusion fugitive dans un traité spirituel nestorien (dans Woodbroke Studies, t. vu), n'a pas laissé de trace. — Le De Spiritu sancto, auquel le pseudo- Léonce de Byzance fait allusion, De sectis, IV, 3, P. G., t. lxxxvi, col. 1221 A, doit vraisemblablement s'identifier avec le procès-verbal de la conférence d'Anazarbe, où Théodore, peu avant ou peu après son élévation à l'épiscopat, défendit, contre les macédoniens,^ divinité du Saint-Esprit. — Le De incarnatione est attesté par Cyrille d'Alexandrie, Epist., lxx et lxxiv; par Gennade, De vir. UL, n. 12; par Facundus, op. cit., 1. IX, 3, col. 747; par Léonce de Byzance, Cont. nestor. et eutych., dans les pièces justificatives qui terminent le 1. III, P. G., t. lxxxvi, col. 1384 sq. (avec renvoi à t. lxvi, col. 972 sq.); par Justinien (cf. P. G., t. lxxxvi, col. 1073 A); parle Ve concile en une douzaine de passages; par le pape Pelage II, Epist. in ad episcopos Histriœ. C'était un ouvrage considérable, de près de quinze mille stiques, divisé en quinze livres, dont chacun est attesté, à l'exception des 1. III et IV. — Il faut bloquer ensemble les deux titres Adversus Eunomium et, beaucoup plus bas dans la liste d'Ébedjésu, Pro Basilio et lire, comme faisait Photius, cod. 4, cf. cod. 177 : 'Yjrèp BaaiXeîou xaxà Eùvo(xîou, P. G., t. cm, col. 52, 517. L'ouvrage est attesté aussi par le pseudo-Léonce, toc. cit., et par Facundus, op. cit.,

IX, 3, col. 754 C ; il était fort étendu, en vingt-cinq livres, dit Photius. Autant que l'on en peut juger, c'était une défense de saint Basile contre Éunomius, analogue à l'écrit de même inspiration composé par Grégoire de Nysse. — Le traité Adversus asserentes peccalum in nalura insistere, connu de la Colleclio palatina (voir l'art. Marius Mercatoh, t. ix, col. 2482), l'a été aussi de Photius, cod. 177, qui en traduit le titre IIpôç to'jç Xéyovraç cpûaei xal où yvojfif) Tr-aleiv -roùç àvOpo'nrouç; réfutation d'une doctrine, plus ou moins bien comprise, du péché originel, P. G., t. cm, col. 513 sq. — h'Adversus magiam est caractérisé par Photius, cod. 81 : izzçiï. ttjç èv HspcrtSi [xty.yi.XYic xal tîç r\ tt,ç eùaePelaç Sioccpopâ, èv Xoyoïç y'» il ne s'agit pas de la magie, mais de la doctrine des mages persans, adorateurs du feu, à laquelle Théodore opposait les vues de l'Église sur l'origine du inonde. Ibid., col. 281. — Nous n'avons aucun renseignement sur les trois termes suivants du catalogue d'Ébedjésu : Ad monachos, De obscura locutione, De perfectione operum. — L' Adversus allegoricos en cinq livres est vraisemblablement identique avec le De allegoria et historia contra Origenem, dont Facundus, op. cit., III, 6, col. 602 sq., a donné quelques extraits. — Le De assumente et assumpto était évidemment un livre sur l'incarnation. Dans S il correspond au titre : Réfutation d'Apollinaire, ce qui corrobore la supposition que nous avons affaire ici avec le De Apollinare et ejus hœresi dont Facundus a conservé un assez long fragment, op. cit., X, 1, col. 769 B, et qu'il cite encore III, 2, col. 585 B; IX, 4, col. 755. C'est à un Contra Apollinarem que sont empruntées les douze premières citations du Ve concile et trois textes de Justinien. — Le Liber margaritarum est un recueil de lettres. — Nous ne saurions dire à quoi correspond le De legislatione; œuvre exégétique? œuvre de théologie? il est impossible de trancher la question.

3. Datation des ouvrages de Théodore. — Quelques points de repère permettent de donner une chronologie au moins relative, de l'œuvre littéraire de Théodore. Voir, à ce sujet, Vosté, dans Revue biblique, 1925, p. 54 sq., dont nous adoptons les conclusions.

La première œuvre en date est le Commentaire du Psautier, comme Théodore le reconnaît lui-même dans la préface du livre Adversus allegoricos, citée par Facundus, III, (>. Encore qu'il ne faille pas prêter aux propos de Léonce de Byzance une importance exagérée, il convient de remarquer que cet auteur attribue à la prime jeunesse de l'exégète — il aurait eu à peine dix-huit ans — ses premiers essais scripturaires. Le Commentaire sur les petits prophètes a dû suivre d'assez près, c'est la même ardeur juvénile qui s'y remarque et aussi les mêmes audaces. Tout cela a dû amener quelques réserves de la part de l'opinion et peut-être de l'autorité ecclésiastique. Pour quelque temps Théodore va abandonner l'exégèse et se consacrer, sans doute pour donner des gages de son orthodoxie, à la lutte contre l'hérésie. C'est le temps de sa prêtrise (382-393). D'une part il prêche contre les synousiastes, c'est-à-dire contre les apollinaristes, partisans de la confusion des natures dans le Christ. D'autre part il les combat par la plume; le De incarnatione est de cette période, composé, au dire même de la préface du Contra Apollinarem, trente ans avant ce dernier ouvrage qui est de la fin de l'épiscopat. Facundus, X, 1, col. 769 B. Selon toute vraisemblance c'est encore de l'époque de la prêtrise que date le traité Pour Basile contre Eunomius, où sont pris à partie les survivants de l'arianisme.

C'est à la période de l'épiscopat qu'il faut évidemment reporter la double série de catéchèses De fide et De mysteriis, sans que l'on puisse préciser le moment. Le De Spiritu sancto est soit antérieur de peu à l'épiscopat, soit des débuts de celui-ci, ayant été rédigé

THÉODORE DE MOPSUESTE. ŒUVRES

à l'occasion de la conférence d'Anazarbe où l'on chercha à rallier les derniers macédoniens. Mais c'est surtout le travail exégétique qui a rempli la majeure partie du séjour à Mopsueste. Peut-être le De obscura locutione, qui faisait la théorie des sens de l'Écriture, a-t-il été composé au début. Les commentaires sur l'Ancien Testament ont paru d'abord et, en premier lieu les petit', prophètes, puis les autres livres selon l'ordre même du canon, à l'exception du commentaire sur Job, composé plus tardivement et dédié à Cyrille d'Alexandrie en 417, date à laquelle celui-ci rétablit dans les diptyques le nom de Jean Chrysostome. Les commentaires sur le Nouveau Testament vinrent après ceux de l'Ancien et dans cet ordre : Matthieu, Luc, Jean, les épîtres paulines. Peut-être l'Ecclésiaste ne fut-il expliqué que postérieurement, un peu avant Job. Les dernières années de l'épiscopat furent occupées à des travaux d'ordre plus théologique. Le traité Adversus assercntes peccatum in natura insistere doit être l'écho des polémiques entre Pelage et ses adversaires en Palestine qui eurent leur dénouement au concile de Diospolis (415), à moins qu'il ne faille le retarder jusqu'après l'arrivée à Mopsueste de Julien d'Éclane, à la fin de 418. De cette même période, sans qu'il soit possible de préciser davantage, serait le traité Adversus allegoricos et certainement aussi le Contra Apollinarem (De assumente et assumpto), postérieur de trente ans au De incamatione ; de ce temps aussi les ouvrages d'ascétique que nous connaissons si mal : Ad monachos, De perfectione operum, De sacerdotio, peut-être De legislalione. Nous ne savons trop où placer le Traité contre la religion des mages, qui a laissé fort peu de traces.

2° Les Reliqui/E de l'œuvre de Théodore. — Que subsiste-t-il aujourd'hui de cette œuvre immense, qui, si elle était intégralement conservée, classerait l'évoque de Mopsueste parmi les écrivains les plus féconds de l'ancienne littérature chrétienne? Relativement peu de chose : quelques traités ou commentaires au complet, mais, pour la plus grande part, des fragments plus ou moins nombreux, plus ou moins authentiques, plus ou moins loyalement cites.

1. Ouvrages intégralement conservés. — a) Commentaires de l'Écriture. — Sur les douze petits prophètes, conservé en grec, publié à deux reprises par A. Mal, d'abord sans traduction dans Scriptorum veterum nova collectio, t. vi a, puis avec traduction latine et quelques notes dniis Noua l'atrum bibliothrra, t. vu. Le tout reproduil dans P. G., t. lxvi, col. 123-062. — Sur saint Jean, eonservé intégralement en syriaque, publié en 1897 par I. B. Lhabot, qui en promettait alors une traduction latine. On annonce comme prochaine une nouvelle édition avec traduction par le H. P. Yosté. — Sur 1rs petites épttre» de saint l'uni (c'est-à-dire toutes les (pitres paulines moins Rom., I et II Cor., Hebr.), commentaire qui s'est conservé en une vieille traduction latine du vr" siècle en provenance (le l'Afrique. Publié d'abord par Pitra, Spictlegium Solesmense, t. i, 1852, p. 49-159, puis par .1. I.. .lac obi. < Zommentaria in Eptstolas Pauli minons, publication échelonnée entre 1855 et 1872; beaucoup mieux par II. -li. Sweete, Theodori M. m Epistolat li. Pauli eonunentaria, 2 vol.,

Londres, 1880 1882. Sur les l'sumnrs. On peut COU sidérer, jusqu'à un certain point, comme une uuvre

complète, le Commentaire de Théodore de M. sur 1rs Psaumes i i,.\.\,\, que vient de publier il Devreeste,

dans les Studi r Testi, n. 93, (.il là del Valirano. I

,\ la vérité cette édition ne donne l'exégèse continue

que des psaumes \l.m a xi.ix. mais les fragments soit soil latins des autres psaumes sonl si solidement

drés que l'on a la sensation de lire le texte Inti (i< l'exégète R. Devreesse, en ce qui concerne la tra duction latine, a largement profité de l'édition fournie

par G.-I. Ascoli en 1878, // codice irlandese delT Ambrosiana edito e illustrato.

b) Œuvres théologiques. — Les Catéchèses ont été conservées dans une traduction syriaque et publiées, avec traduction anglaise, par A. Mingana, dans Woodbroke Studies, Christian documents edited and translated, t. v, Cambridge, 1932 (explication du symbole de Nicée), t. vi, 1933 (explication du Pater et des sacrements de l'initiation chrétienne). Cette publication est d'un intérêt considérable, puisqu'elle permet de lire, dans un texte continu et qui a toutes chances d'être authentique, un exposé doctrinal complet de l'évêque de Mopsueste. — Les critiques ont failli avoir le même bonheur avec le De incamatione, dont Mgr Addaï Scher, archevêque chaldéen de Séert (Kurdistan) avait annoncé en 1920 la découverte en une traduction syriaque et la publication incessante. Le précieux ms. a malheureusement disparu, en 1922, lors du massacre du prélat et du pillage de sa bibliothèque. Y a-t-il quelque espoir de retrouver cet exemplaire ou un autre? — ■ On peut considérer comme complet le traité De Spiritu sanclo qui représente l'intervention de Théodore dans la conférence contradictoire d'Anazarbe. Texte dans P. O., t. ix, p. 635 sq.

2. Fragments. — Du reste de la production littéraire de Théodore, il ne subsiste que des fragments.

a) Comment ont-ils été transmis? — Il faut distinguer entre commentaires d'une part et œuvres théologiques de l'autre. — a. Fragments exégétiques. — C'est le plus ordinairement, mais pas toujours, par les « chaînes » qu'ont été transmis les fragments de l'œuvre exégétique de l'Interprète. Cf. R. Devreesse, Par quelles voies nous sonl parvenus les commentaires de Théodore? dans Revue biblique, 1930, p. 362 sq. Il ne saurait être question d'entrer ici dans le détail. Seules quelques remarques générales sont à faire; pour les précisions voir IL Devreesse, art. Chaînes exégétiques dans le Supplément au Dictionn. de la Bible, t. i, 1928, col. 1084- 1233, en se reportant à chacune des sections. Le premier travail qui s'impose est de vérifier l'exactitude du lemme qui, dans une chaîne donnée, introduit tel ou tel fragment. Tandis qu'en elïet certains caténistes inspirent pleine confiance, d'autres ont des attribut ions plus ou moins fantaisistes. Parfois aussi intervient l'inattention d'un scribe. Il n'est pas rare qu'on lise le lemme MeoScôpoo alors qu'il faudrait lire OeoScoprjTOU ; on n'est pas toujours certain que le Théodore annoncé soit celui de Mopsueste ou au contraire un des Innombrables Théodore de l'histoire littéraire byzantine. F. l'ritzsche a rassemblé ainsi, parmi les fragments incontestablement théodoriens, un certain nombre d'autres qui n'appartiennent pas à l'Exégète. On ne saurait donc utiliser sans précaution les textes (lue. à la suite de Fritzschc, Migne a rassembles dans /'. (,., t. LXVI, Mais l'authenticité d'un texte I héodorien étanl démontrée, il esl loisible, s'il s'agit d'un fragment exégétique, de s'j fier sans arrière pensée. L'exégèse de Théodore a été moins suspectée «pie sa théologie cl, dans l'ensemble, les caténistes oui respecté la pensée el les expressions de celui qu'Us conside raient comme une autorité exégétique de toul premier ordre.

b. Fragments d' œuvres théologiques. - Il faut en

Juger toul autrement quand il s'agit des extraits fournis par une deuxième catégorie de témoins, (eux qui font servir a des huis polémiques les lexles qu'ils

tirent soit des oeuvres théologiques de l héodore, soit de ses commentaires. Le procès de la mémoire de Théodore a Commencé des le deuxième tiers du \' siècle.

est allé s'exacerbent au w* siècle, pour aboutir à la condamnation de 553. Toute celle effervescence r

amené les polémistes a fouiller, soil pour l'attaquer, soil aussi pour la défendre, la production littéraire

THÉODORE DE MOPSUESTE. EXÉGÈSE

de l'évêque de Mopsueste. Il va de soi que l'impartialité n'a pas toujours été la règle de ces enquêtes. Détachés de leur contexte, coupés parfois de manière tendancieuse, bien des fragments, d'ailleurs authentiques, peuvent rendre un son qu'ils n'avaient pas dans l'œuvre primitive.

Marius Mercator ouvre la liste. A la suite de son Commonitorium adversum hœresim Pelagii et Cselestii, où il a pris Théodore à partie dès le début, et avant de donner les pièces de la controverse nestorienne, il insère une Exposilio pravse fidei Theodori, un symbole de foi qu'il prétend être de l'évêque de Mopsueste et qu'il fait suivre d'une réfutation. Texte dans A. C. O., t. i, vol. v, p. 23-28; cf. P. L., t. xlviii, col. 1041-1046.

— Au début du vie siècle, quand déjà est dans l'air la controverse des Trois-Chapitres, Léonce de Byzance, pour faire le procès de Théodore, rassemble tout un dossier dont les pièces sont extraites surtout du Contra Apollinarem et du De incarnatione. Voir Léonce, Contra nestor. et eutych., fin du 1. III, P. G., t. lxxxvi a, col. 1383-1390 en tenant compte de la note de la col. 1385 qui renvoie à t. lxvi, col. 972 (sic) et sq. — C'est à Léonce surtout que Justinien empruntera ses documents dans un petit traité rédigé sous forme de lettre et qui tend à justifier la condamnation déjà prononcée par lui d'ibas, de Théodoret et de Théodore. Justinien cite de ce dernier huit textes, dont quelquesuns assez longs, sept en provenance du Contra Apollinarem, un venant du De incarnatione. Voir P. G., t. lxxxvi a, col. 1049 C, 1051 C, 1053 A, 1057B, 1060 A, 1061 D, 1071 D, 1073 A (De incarn.). Presque toutes ces citations sont déjà dans Léonce. — Mais, un peu avant la réunion du concile prévu, une enquête plus approfondie est faite dans l'œuvre de Théodore. On finit par en extraire 71 propositions, qui seront soumises au concile à la ive session. Elles sont empruntées, sans qu'il soit possible de voir dans quel ordre, au De incarnatione (12 extraits), au Contra Apollinarem (12 extraits), aux Catéchèses (7 extraits), au Commentum de creatura (5 extraits), à divers commentaires exégétiques; chaque proposition est munie de sa référence. Texte dans Mansi, t. ix, col. 202 sq., en latin seulement, car il n'y a pas d'original grec du Ve concile. Beaucoup des citations du concile doublent celles de Léonce, dont il y a intérêt à comparer le texte grec avec la version latine, souvent difficile à comprendre.

— Le Constitutum publié par le pape Vigile en mai 553 (date d'ouverture du concile), reproduit les 61 premières propositions du concile (les numéros d'ordre ne se correspondent pas toujours); mais ne donne pas les références. C'est donc au texte conciliaire qu'il vaut mieux se rapporter; beaucoup plus étendu que les dossiers de Léonce et de Justinien, il est la source essentielle pour beaucoup d'ouvrages de Théodore. L'édition du Constitutum de la Collectio Avellana, dans le Corpus de Vienne, t. xxxv a, p. 230 sq. , a l'avantage de mettre sous les yeux le texte grec de Léonce correspondant au latin de Vigile et du concile. — Sensiblement à la même date l'excerpteur de la Collectio palatina (qu'il ne faut plus identifier avec Marius Mercator) donne de Théodore un certain nombre de textes relatifs au péché originel, empruntés à YAdversus asserenies peccatum in natura insistere. Dans A. C. O., t. i, vol. v, p. 173-176, et un fragment de la vin0 catéchèse, ibid., p. 176-177; cf. P. L., t. xlviii, col. 1051-1056. — Postérieurement au schisme d'Aquilée, Pelage II pour convaincre les schismatiques de la culpabilité de Théodore, reproduit, dans sa 3e lettre aux évêques d'Istrie, sans y rien ajouter, une partie des textes déjà mentionnés par Vigile. P. L., t. lxxii, col. 715 sq. ; mieux dans A. C. O., t. iv, vol. n, p. 112-

Lors de la controverse des Trois-Chapitres, les dé-

fenseurs de Théodore ne sont pas restés inactifs. Si l'on peut négliger au point de vue qui nous occupe les œuvres des deux diacres Busticus et Libératus, de Vérécundus, évêque de Junca, il faut accorder une grande attention au traité du diacre Pelage (le futur pape Pelage Ier) contre le Judicalum du pape Vigile, éd. B. Devreesse, Pelagii diaconi in defensione Trium Capitulorum, Borne, 1933, Sludi e Testi, n. 57, et surtout au volumineux ouvrage de Facundus d'Hermiane, Pro defensione Trium Capitulorum, P. L., t. lxvii, col. 527-852, qui donne de Théodore un nombre important de textes inconnus par ailleurs : un du Cont. Eunomium : IX, 3, col. 754; sept du De incarn. : III, 2, col. 587; IX, 3, col. 748, 750, 751, 752, 753, 762; deux des Catéchèses : III, 2, col. 585; IX, 3, col. 747; trois du Cont. Apollinarem : III, 2, col. 585; IX, 4, col. 755; X, 1, col. 769; un du De allegoria : III, 6, col. 602; un du Commentaire surRom.: III, 6, col. 601 ; un sur Matth. : IX, 2, col. 742; un sur Joa. : ibid., col. 746; un sur le Ps. xliv : col. 739; enfin un fragment d'une lettre à Artémius, importante pour l'enseignement trinitaire : III, 5, col. 599. Encore que le point de vue de Facundus soit faux — il voudrait désolidariser complètement Théodore et Nestorius — cet auteur ne laisse pas de fournir des fragments théodoriens qui rendent un son bien différent de ce que l'on entend ailleurs.

C'est dans la littérature théologique de langue syriaque que l'on aurait le plus de chance de retrouver des textes non encore remarqués de Théodore. Ce travail a été à peine commencé par P. de Lagarde, qui dans ses Analecta syriaca, Leipzig, 1853, donne sans traduction, p. 100-102, des fragments syriaques de Théodore, empruntés à un florilège de toute apparence jacobite, et par Ed. Sachau, Theodori M. fragmenta syriaca e codicibus Musœi Britannici nitriacis, Leipzig, 1869, qui reproduit les textes de P. de Lagarde, avec traduction latine, et fournit des textes nouveaux.

b) Où trouver ces fragments rassemblés? — Le t. lxvi de P. G. est, à l'heure présente, le seul recueil tant soit peu complet. L'éditeur a surtout utilisé les travaux du professeur zurichois O.-F. Fritzsche (1812-1896) et il donne, outre la dissertation de celui-ci De Theodori M. vita et scriptis : le commentaire sur les petits prophètes (de Mai); les fragments sur l'Ancien Testament (à compléter, pour ce qui est des Psaumes, par l'édition Devreesse); les fragments sur le Nouveau Testament (d'après Fritzsche, Zurich, 1847), à compléter par l'édition du Commentaire sur Jean; les fragments dogmatiques, d'après Fritzsche. De ces fragments dogmatiques on trouvera un bien meilleur texte dans l'édition fournie par H.-B. Sweete, Theodori M. in epistolas B. Pauli commentaria, à la suite du commentaire (en latin) des petites épîtres pauliniennes, t. n, toute la fin : les fragments sont disposés dans l'ordre suivant : De incarnatione, Contra Apollinarem, Contra Eunomium, les Catéchèses (y substituer l'éd. fournie par Mingana), le Traité sur le péché originel, enfin les Épitres.

Malgré les enrichissements récents, la conservation de l'œuvre de Théodore demeure donc tout à fait médiocre. C'est dire avec quelle prudence les critiques devront s'exprimer sur sa doctrine.

III. L'exégète. — Presque dès les débuts de son activité littéraire, Théodore a été un « signe de contradiction ». L'Église orientale a vu de bonne heure en lui l'exégète par excellence, de qui nul n'avait loisir de s'écarter; mais, au même moment, l'Église d'État de l'Empire byzantin lui vouait une haine qui le poursuivra jusqu'à sa condamnation en 553. Et ce n'est pas seulement le théologien de l'incarnation qu'elle a condamné en lui; son exégèse, qui constituait somme toute le gros de sa production littéraire, n'a pas été attaquée avec moins de violence que ses spéculations

THÉODORE DE MOPSUESTE. LE CANON

christologiques. On s'en fera une idée en lisant dans Léonce de Byzance le réquisitoire prononcé contre l'évêque de Mopsueste, Contra nestor. et eutijch., 1. III, 7-43, P. G., t. lxxxvi a, col. 1364 sq. Théodore y est représenté commençant, à peine âgé de dix-huit ans, à déblatérer contre les saintes Écritures, rejetant ce qu'avaient dit avant lui les docteurs autorisés, retranchant arbitrairement du canon les livres qui ne lui convenaient pas, Job, l'épître de Jacques, Esdras et les Paralipomènes, s'escrimant contre le psautier, dans lequel il supprimait les titres mis en tête de chaque psaume, interprétant tous les cantiques sacrés d'une manière judaïque, en les rapportant à Zorobabel ou à Ézéchias, n'en accordant que trois, et de quelle manière dédaigneuse, à Jésus-Christ.

L'accusation est chargée. Que faut-il en retenir? Que pensait Théodore du canon biblique? Quelle était sa doctrine de l'inspiration? Quels étaient les principes généraux dont il faisait la règle de son interprétation? A-t-il vraiment été trop sévère dans la discrimination des prophéties messianiques? Ces questions ont d'autant plus d'intérêt que, sur ces divers points, l'évêque de Mopsueste est loin d'être un novateur. Il ne fait que reproduire, en somme, l'enseignement qu'il tenait de Diodore de Tarse, lequel était, à son tour, l'héritier d'une tradition exégétique remontant jusqu'au martyr Lucien. Et ses doctrines générales sont aussi les mêmes que professèrent saint Jean Chrysoslome et Théodoret. Mais « Diodore a laissé trop peu pour être représentatif de son école, Chrysostome fut un prédicateur bien plus qu'un exégète de cabinet; Théodoret n'est guère qu'un compilateur judicieux de Chrysostome et de Théodore. Théodore, lui, est un écrivain indépendant et néanmoins plus profondément pénétré que Chrysostome ou Théodoret des traditions de l'école antiochienne. Il n'avait pas d'auditoire à flatter, pas de concile à craindre. Il allait devant lui avec la fermeté d'un homme conscient de représenter un grand principe et pleinement convaincu de la vérité de celui-ci. » Sweete, dans Diction, of Christian biography, t. iv, p. 947 b.

1° Le canon scripturaire de Théodore. — Au dire de Léonce, Théodore aurait donc rejeté du canon : Job, le Cantique, les litres des psaumes, les deux livres des Paralipomènes et Esdras (c'est-à-dire Esdras et Néhémie), l'épître de Jacques et les épîtres catholiques des autres apôtres. Par les Actes du Ve concile nous apprenons aussi que Théodore avait exprimé sur Job et le Cantique des appréciations sévères, semblant indiquer qu'il ne recevait pas ces livres comme canoniques. Dans la iv srss.. n. 65-67, 68-71. Est-il possible de préciser ces accusations demeurées vagues? L. Pirot s'y est efforcé dans sa thèse sur L'œuvre exégétique de Ion et Mopsueste. Rome, 1913, p. 121-153. De son élude il ressort que l'Exégète dans son appréciation s'est le plus ordinairement laissé guider par eignemenl de l'Église d'Antiocbe sur le canon script maire. ( .elle < i, pendant longtemps, ne considéra point comme canoniques l'ensemble formé par I et II Parai, cl I et II Esdr. ; fidèle, par ailleurs, au canon pii' . i in i en , elle n'acceptait point les deutérocanoniques de l'Ancien Testament encore que l'Ecclésiastique servit a Antioche a l'instruction des catéchumènes. Dans le Nouveau Testament elle ne faisait pal

de place aux petiies epîires catholiques, c'est-à-dire

Il Pet., Il cl III .loa.. el .Inde; cl elle reslait hesi

tante sur la question de l'Apocalypse.

On ne saurait faire reproche a Théodore d'avoir suivi en ceci les directives générales de son Église. on remarquera d'ailleurs que Léonce de Byzance, qui,

pour son compte personnel, a la suite de nombreux

de l'Église grecque, n'acceptai! pas les deutérocanonlquesde l'Ancien Testament, était bien mal venu

à reprocher à l'évêque de Mopsueste des lacunes dans son canon scripturaire. Reste à examiner les points sur lesquels Théodore aurait rompu en visière avec la doctrine de son Église : il s'agit pour le Nouveau Testament de l'épître de Jacques, et, pour l'Ancien, de Job et du Cantique à quoi l'on peut ajouter la question des titres des psaumes.

Pour ce qui est de l'épître de Jacques, nous n'avons que l'affirmation de Léonce; encore manque-t-elle de précision. Le théologien byzantin semble mettre le rejet par Théodore de ladite épître en relation avec les critiques adressées par celui-ci au livre de Job : « C'est sans doute pour ce motif, à mon avis du moins, qu'il n'accepta pas l'Épître de Jacques et rejeta ensuite les épîtres catholiques écrites par les autres apôtres. » Dans sa généralité cette dernière phrase est inexacte, car il est certain que Théodore acceptait la I» Pétri et la I» Joannis. Il y a tout lieu de penser que l'afïirmation de Léonce sur l'épître de Jacques a la même valeur.

Les critiques faites par Théodore du livre de Job, critiques qui ont été relevées par le Ve concile, sess. iv, n. 64-67, ne doivent pas faire oublier que l'Exégète avait consacré à cet écrit de l'Ancien Testament un commentaire qu'il dédia à saint Cyrille d'Alexandrie. Ce fait doit rendre circonspect dans l'explication des phrases de Théodore qu'a conservées le Ve concile. A prendre celles-ci pour des affirmations sans appel du commentateur, on serait amené à conclure que notre exégète ne croyait pas à l'inspiration du livre. Mais ne pourrait -on supposer qu'il s'agit là d'objections, d'ailleurs assez pertinentes, qui auraient été faites contre l'inspiration du texte sacré, objections qui auraient servi de point de départ aux exégèses rectificatives de Théodore? Le Ve concile a purement et simplement entériné sur le sujet les conclusions des théologiens de Justinien. Ceux-ci, nous aurons encore l'occasion de le constater, n'étaient pas tellement scrupuleux quand ils maniaient les ciseaux! On remarquera, d'ailleurs, que le pape Vigile, dans son Constitutum, a laissé tomber ces propositions censées extraites du commentaire sur Job. Ci-dessus, col. 243.

On serait tenté d'appliquer le même traitement aux propositions retenues aussi par le concile et relatives au Cantique. Remarquons d'abord qu'il ne s'agit pas ici de phrases extraites d'un commentaire: les critiques faites par Théodore proviennent d'une lettre adressée par lui à un ami, qui, sans doute, lui avait demandé son sentiment sur l'explication du Cantique. L'Exégète avoue qu'il n'a pu se faire encore une religion sur le genre littéraire auquel appartenait le livre en question. Finalement il jette sur le papier une tentative d'explication et, s'en tenant aux premières apparences, il voit dans le Cantique un épilhalame, composé par Salomon pour célébrer ses noces avec la fille du roi d'Egypte, (allé circonstance historique exclut elle une signification plus profonde? Théodore paraît le dire. Pourtant, flans sa jeunesse, il avait donné du psaume xi.iv, Eructavii cor meum. qui est un épithalame lui aussi, une interprétation d'ordre plus relevé. II appliquait à l'union du Christ avec l'Eglise son épouse, les louanges adressées par le psalmisle au couple royal. Il interprétait au sens spirituel ce qui était dit dans le psaume des charmes de la reine, de la splendeur de ses vêlements, de la richesse de sa corbeille de mariage, du virginal cortège qui l'accompagnait Jusqu'au palais de son époux. El il concluait :

« Toute la suite des développements montre bien qu'il n'est pas possible d'appliquer le psaume a d'autres qu'au Seigneur el a son Église, i Voir R. Ocvrecsse.

Le commentaire <!<• Théodore sur 1rs psaumes, p. 274 299

(le texte es| conserve dans son Intégrité). L'1 I

a-t-il complètement renié a L'Age mûr les vues qui

THÉODORE DE MOPSUESTE. HERMÉNEUTIQUE

avaient séduit sa jeunesse? On peut tout au moins poser la question, et se demander s'il faut prendre comme expression dernière de la pensée de Théodore les boutades de sa lettre sur le Cantique. Il reste que notre auteur ne raie pas du canon le poème en question. Il le fait rentrer dans le genre historique, ce qui est une tout autre chose.

La question des titres des psaumes se résout d'une manière beaucoup plus simple encore. Il est très certain que Théodore n'attache pas une importance majeure à ceux qu'il lit dans le texte grec. « Nulle part, écrit-il, nous ne voulons être esclave des titres et nous avons dit, dans notre préface (elle n'est pas conservée), que nous recevons ceux-là seuls dont nous pouvons vérifier l'exactitude. » Dans Devreesse, op. cit., p. 334. Selon toute vraisemblance, c'est la comparaison de ces titres dans les différentes versions qui a mis en garde Théodore contre la tentation de leur accorder valeur normative. Entre les Septante et la Peshita en particulier il y a sur ce point des écarts considérables. Cette dernière pousse au maximum l'arbitraire dans la détermination du sujet de chaque psaume. Pourquoi Théodore n'aurait-il pu y aller lui aussi de ses conjectures personnelles?

On voit combien s'amenuisent, à les considérer de près, les griefs que Léonce a faits à Théodore en matière de canon biblique. Tout bien pesé, il ne semble pas qu'il se soit jeté dans l'aventure. Sa règle est bien celle de l'Église d'Antioche et il n'y a pas à lui tenir rigueur d'une attitude qui était celle de ses contemporains.

2° Doctrine de Théodore sur l'inspiration. — Que tous les auteurs sacrés de l'Ancien et du Nouveau Testament aient écrit sous l'influence d'un seul et même Esprit, c'est ce que Théodore tient pour tout à fait assuré, et c'est plus spécialement à la troisième personne de la sainte Trinité qu'il rapporte cette action. Voir les textes dans Pirot, op. cit., p. 157-158. Sur ce point l'Exégète ne diffère en rien de ses prédécesseurs. S'il paraît avoir une opinion particulière, c'est quand il distingue comme deux modes ou deux degrés de l'inspiration : ce qu'il appelle la grâce de prudence ou de sagesse, degré inférieur, et d'autre part l'inspiration prophétique. Cette distinction est nettement exprimée par la 63e proposition du Ve concile, qui ne donne pas de référence précise.

On a voulu trouver quelque saveur hétérodoxe à cette distinction. L. Pirot écrit : « Théodore a gravement erré en distinguant deux degrés dans la grâce d'inspiration; son opinion n'a aucune attache avec la tradition catholique. » Op. cit., p. 175. A bien prendre les choses, il ne nous semble pas que l'opinion de l'Exégète soit tellement blâmable. Elle revient à dire que l'Esprit-Saint ne donne pas à tous les écrivains inspirés des secours et une assistance comparables. Aux uns il donne la connaissance des événements, soit passés, soit futurs, sous une illumination telle, que ces inspirés, qui sont au plein sens du mot des prophètes, perçoivent en ces faits une signification qui échappe à ceux que n'anime point à ce degré l'Esprit de Dieu. Pour d'autres — et c'est le cas de l'auteur des Proverbes et de l'Ecclésiaste, dans la citation faite par le Ve concile — l'Esprit divin se contente d'une assistance qui les préserve de toute erreur et leur fait dire, sans leur communiquer de lumière spéciale sur le passé ou l'avenir, les choses que Dieu lui-même leur veut faire exprimer. C'est dire, en d'autres termes, que l'action du Saint-Esprit s'exerce diversement suivant le genre même des ouvrages qu'elle inspire. Elle n'est pas la même sur un Moïse, sur un David, sur un Isaïe, sur un Daniel, à qui elle ouvre, sur le passé, dans le cas de Moïse, sur l'avenir, dans le cas des prophètes suivants, des aperçus auxquels ne seraient jamais par-

venues des intelligences humaines, et, d'autre part, sur un Salomon, à qui elle fait énoncer des préceptes de conduite parfois un peu terre à terre et des maximes morales auxquelles la prudence humaine pourrait ellemême atteindre. En définitive chaque livre saint est inspiré pour être ce qu'il doit être d'après les intentions divines, les livres historiques proprement dits, pour nous enseigner l'histoire du passé, sous un angle religieux, les livres prophétiques pour préparer l'avenir, les sapientiaux pour donner au temps présent sa ligne de conduite. Il ne nous reste aucune des préfaces aux livres historiques; nous sommes donc privés d'indications sur la manière dont Théodore concevait l'inspiration divine poussant à la composition de tels ouvrages. La conservation complète du commentaire sur les petits prophètes permet au contraire de voir clair dans sa doctrine de l'inspiration prophétique, qu'il considère toujours comme se produisant dans l'extase. A ce point de vue d'ailleurs, il assimile David aux prophètes proprement dits. La brève indication fournie par le Ve concile sur l'inspiration des Proverbes et de l'Ecclésiaste n'est pas suffisante, elle non plus, pour permettre une étude complète de ce que l'on pourrait appeler le mécanisme de l'inspiration dans le cas des livres sapientiaux. Nul doute que, si l'œuvre de Théodore nous était mieux conservée, nous ne trouvions chez lui de quoi calmer les scrupules des modernes exégètes.

3° Principes généraux d'herméneutique. — L'École d'Antioche avait mis, si l'on peut dire, sa coquetterie à exorciser l'allégorisme dont l'École d'Alexandrie, trop fidèle à l'exégèse philonienne, avait fait l'usage le plus intempestif. Plus que personne Théodore a travaillé dans ce sens. Un de ses ouvrages, ï'Adversus allegoricos, était consacré ex professo à la critique de l'allégorisme. Un autre, le De obscura locutione. énonçait vraisemblablement les principes de l'exégèse qu'il entendait substituer à l'exégèse allégorique. L'un et l'autre ont disparu sans laisser d'autres traces que la citation de Facundus, III, 6, col. 602, qui ne touche pas la question, mais il n'est pas impossible en utilisant les commentaires de l'Exégète de reconstituer l'essentiel de ses idées sur la matière.

1. La critique de l'allégorisme. — «"AXXo àyopeûsiv, dire autre chose que ce qu'il y a dans le texte à commenter », c'est bien l'essentiel de l'allégorisme. La Genèse parle de la création du monde, de l'agencement de ses diverses parties, de la formation de l'homme et de la femme, du paradis où les place la bonté du Créateur, de l'épreuve qu'il leur impose, de la tentation, de la chute, des sanctions qu'amène celle-ci. Histoire bien terre à terre que tout cela, pour une exégèse allégorisante, et qui ne peut avoir été racontée pour elle-même dans un récit sacré I Toute cette aventure doit être interprétée au sens figuré et l'on sait en quel drame philosophico-mystique l'avait transformé Philon, trop aveuglément suivi par les maîtres chrétiens d'Alexandrie et par Augustin lui même. Et à côté de cette exégèse continue, la manie encore de détacher de son contexte tel épisode, telle phrase, tel mot et, sous prétexte d'un vague rapport avec des situations du Nouveau Testament, d'en faire une prédiction se rapportant au Christ. Que l'on se rappelle les exégèses d'un Justin, celles plus cocasses encore de Pseudo-Barnabe. Tout cela se retrouvait largement étalé dans l'œuvre de Clément, dans celle d'Origène; et ces deux maîtres avaient formé des disciples. A tout ce monde Théodore est sévère. « Il lui reproche de voir à tout instant le Christ dans les Écritures et d'exposer ainsi les Livres saints aux moqueries des Juifs et des païens. Dans son commentaire sur l'épître aux Galates, à propos du texte de saint Paul sur Agar et Sara et de la fameuse sentence : quœ sunt

THÉODORE DE MOPSUESTE. HERMÉNEUTIQUE

per allegoriam dicta, dont s'autorisaient les allégoristes pour substituer à l'histoire de vaines fables et de dangereuses et ineptes rêveries, il dresse contre les disciples d'Origène un réquisitoire en règle. » Pirot, op. cit., p. 182. Entre la manière de Paul et la leur, dit-il, il y a un abîme. Paul part du fait historique et en tire un enseignement moral et doctrinal. Sous la plume des allégoristes, au contraire, les faits historiques se volatilisent en vues philosophiques qui ne sont pas sans péril, quand ce n'est pas en rêveries et en insanités.

2. La recherche du sens littéral. — Ainsi le premier devoir de l'exégète est-il de préciser le sens littéral du texte. La grammaire, le dictionnaire, sont évidemment les premiers instruments à mettre en œuvre. Sweete a noté avec beaucoup de finesse qu'à cet égard l'exégèse du Nouveau Testament est plus facile à Théodore, élevé dans un milieu profondément hellénisé. Quand il s'agit de l'Ancien Testament, notre auteur se trouve moins à son aise, car sa connaissance de la langue originale est fort déficiente. Il ne laisse pas d'ailleurs de faire appel à l'hébreu. Dans le commentaire des Psaumes il fait ainsi justice de certains contre-sens commis par les Septante. Telle explication, dit-il, doit être rejetée comme contraire à l'hébreu, « qui est le premier guide en herméneutique ». Devreesse, op. cit., p. 195. De même a-t-il remarqué qu'en de multiples endroits le futur du grec doit se rendre par un imparfait ou un parfait et que ce simple redressement des temps rend clairs des passages qui demeurent sans cela inintelligibles. Faute de pouvoir recourir au texte original, Théodore a d'ailleurs la ressource de comparer entre elles les diverses versions. Dans le même commentaire il recourt très fréquemment à celle de Symmaque, qu'il déclare plus claire que le texte des Septante; plus réduit est l'usage qu'il fait de Théodotion, qu'il ne laisse pas cependant d'utiliser. Il n'est pas jusqu'à la Peshita qu'il n'ait étudiée. Si plus tard, à la suite sans doute d'objections qui lui ont été faites, il devait se montrer sévère à l'endroit de cette version « sans autorité », il n'en était pas là au début de sa carrière; à tel endroit il déclare que le texte fourni par elle est plus clair que les autres. Devreesse, op. cit., p. 93, 1. 16 sq.; p. 395, 1. 15 et 25.

Mais la simple philologie ne permet pas de saisir complètement le sens littéral d'un texte. Bien plus importante se révèle la connaissance des conditions diverses dans lesquelles le texte a été composé. La question d'auteur est primordiale. Théodore ne s'y attarde guère, n'ayant point de raison pour contester les indications qu'il trouve en tète des divers livres ou que lui fournit la tradition. Pour le psautier il n'a pas une minute d'hésitation : il est tout entier de David, quoi qu'il en soit des litres qui se lisent, dans les Septante, en tête d'un certain nombre de psaumes. Quanl au contexte historique de charpie livre, il a été étudié par lui avec beaucoup de soin; Théodore s'est fait de la chronologie et de l'histoire du peuple d'Israël nnv représentation qui, pour l'époque, est très

exacte. Chacune des préfaces aux commentaires des douze petits prophètes est à ce point de vue digne d'étude. Voir surtout l'introduction à Aggée, /'. G.,

t. I.xvi, COl. 173 sq.. qui es! un bon résumé de la chronologie générale el aussi du sens (pic prend, dans ce

contexte, chacun des petits prophètes. Dès le commentaire des psaumes, d'ailleurs, il s'était fait sut ce point une doctrine. David n'est il pas le chef rie (ile de la

longue série de prophètes qui, reprenant en sou^ m

vre le travail de Moïse, doivent prépara le peuple de Dieu à son rôle historique el religieux? Voir par

exemple l'argument du pi. i.xxi, dont, malgré l'indication du titre. Théodore tait une oeuvre de David. Devreesse, op. cit., p. 170. Et notre auteui s'efforce de distinguer les plans successifs que dis* erne dans l'ave-

nir le voyant éclairé par Dieu. On trouvera peut-être qu'il y a une large part d'arbitraire dans la discrimination de ces plans.

Les préfaces à chacun des petits prophètes s'efforcent de préciser ceux-ci. Étudions ceux que Théodore imagine quand il s'agit des visions prophétiques de David. Parmi les oracles — ne faisons pas de ce mot le synonyme exact de prophétie — émis par le psalmiste, il en est bien qui visent directement l'époque du roi. Exprimant les sentiments de David en telle circonstance de sa vie, ils sont un avertissement pour les contemporains qui les entendent . Ils pourront eus ui te inspirer des pensées et des sentiments analogues à ceux qui, dans la succession des âges, connaîtront de semblables situations. D'autres oracles visent directement des périodes ultérieures de l'histoire d'Israël. Pénétré de l'importance religieuse du règne d'Ézéchias, Théodore rapporte à cette époque quatorze psaumes au moins, les uns exprimant, trois siècles à l'avance, les sentiments de crainte qui agitèrent le cœur du pieux roi, quand il se vit menacé par toutes les forces d'Assour, IV Reg., xvm, la confiance en Dieu qu'il ne cessa de garder dans sa pire détresse, les actions de grâces enfin qu'il fit éclater quand un coup miraculeux de la Providence l'arracha au danger. Ibid., xix, 20. Voir dans Devreesse, op. cit., la table alphabétique au mot Ézéchias. Une autre époque non moins importante dans la vie d'Israël, c'est la captivité de Babylone; David l'a prévue. Il a prévu la carrière de Jérémie dont le ministère consista surtout à annoncer l'imminence du châtiment. Voir Devreesse, op. cit., p. 169. Il a mis sur les lèvres des déportés le psaume xxxix : Exspeclans exspectavi Dominum; le ps. xli : Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum, d'autres encore (nous ne possédons pas le commentaire du ps. cxxxvi, Super flumina liabylanis, mais il n'est pas douteux que Théodore l'ait expliqué dans ce sens). La restauration du peuple juif sous l'action de Zorobobel est encore une époque capitale dans la vie d'Israël. David l'a vue en esprit et a mis sur les lèvres du prince et de ses contemporains un certain nombre de psaumes. Enfin la période machabéenne fut, elle aussi, présente aux yeux du roi-prophète; la belle résistance du grand-prêtre Onias el des fils, de Mathatias aux séductions de l'hellénisme est annoncée aux ps. liv, LV, lvi, lvii, i.xi, Lxvm (ce dernier en dépit du t. 10 : Zelus domus tuiv comedit me, et du j . 22 : Drderunt in escam memn fel, etc., qui invitaient à en faire au Christ l'application directe). Sur ces psaumes « machabéens », voir I-'r. Baethgen, Sicbenzehn malikabàischc Psalmen nach Thcodor von M., dans Zeitsrhr. jùr die altlestam. Wissensch.,t. vr. IN<SC>, p. 261-288; t. vu, 1887, p. 1-60. Qu'il y ait une part considérable d'arbitraire dans semblables déterminations du sens « littéral » des textes prophétiques, il serait vain de le nier. A bien des te prises les conjectures faites par Théodore pour déterminer les situations que vise l'écrivain inspiré égalent en fantaisie les plus belles trouvailles des allégoristes I

Nous n'avons pas le moyen de préciser les critères positifs qui orientaient Théodore vers telle ou telle

explication. Tout au plus les textes conservés per mettent-ils de relever la règle suivante. Pour saisir à quel événement, à quel personnage s'applique au sens littéral une prophétie, il faul avant tout en considérer l'ensemble. Il ne s'agit pas d'en arracher de ci. de la des lambeaux, qui paraissent clairs quand ils sont isoles de leur contexte, mais qui, remis a leur place, perdent beaucoup de leur évidence. Soil le psaume xxi; à ne

considérer (pie les ï. 17 ci 18 : Foderunt monta meus.

i I' .. il semblerait bien se rapporter, au sens littéral, a la passion du Sauveur. Mais, si Ton observe (pie. dès le début, celui dans la I che de qui le psalntiste met

cette prière parle de ses péchés: Longe « sainte mea

THÉODORE DE MOPSUESTE. HERMÉNEUTIQUE

verba delictorum meorum, on est forcé de reconnaître que ce ne peut être le Christ qui parle en cet endroit. A quel moment la prière cesse-t-elle d'être la supplication d'un pécheur pour devenir celle de la toute pureté? Bien habile qui le dirait! Ce « changement de personnes » est inconcevable : èvaXXayr) Se 7rpoaa>7ra>v êa-ri. jjisv xaxà t6 àCktfikç, èv toïç <j;ocX(i.oTç oùSefxîa. Devreesse, p. 280, I. 9 (toute la suite est à lire); cf. aussi l'argument du ps. lxxi : Deus judicium tuum régi da, ibid., p. 469 sq. Comment interpréter, dans ce dernier, « telle partie de Salomon, telle autre du Christ, comment passer de celui-ci à celui-là et inversement, expliquer le psaume comme s'il y était question de deux frères plus ou moins également partagés? La cause de cet abus, c'est le fait, pour les exégètes, de s'appliquer servilement aux mots et de ne point saisir l'ensemble. » Il suffît de généraliser ces mots de Théodore pour comprendre son attitude à l'égard des divers textes prophétiques qu'il a expliqués. Les « arguments » mis en tête de chacun des petits prophètes confirmeraient à coup sûr cette règle. Appliquée à des textes de médiocre longueur, elle est certainement sage, quoi qu'il en soit de telles ou telles applications qui en ont été faites. Elle revient à dire : la première chose quand il s'agit d'expliquer un morceau scripturaire, c'est d'en saisir l'idée directrice et d'ordonner tous les détails de l'exégèse en fonction de celle-ci.

Il va sans dire que l'exégèse des textes proprement historiques ou d'ordre didactique ne se heurte à aucune difficulté sérieuse. En l'absence de commentaires complets, il est malaisé de dire comment a procédé Théodore en semblable occurrence.

3. Le sens typique. — Mais, si l'essentiel pour un commentateur est de s'assurer avant tout de l'intention de l'écrivain sacré, de se refuser à accepter une signification secondaire et plus subtile quand les mots peuvent porter un sens littéral, l'interprète de l'Écriture ne laisse pas d'avoir, quand il s'agit de l'Ancien Testament, une autre obligation. Aussi bien doit-il se convaincre que le recueil sacré n'a pas en lui-même sa fin ; il ne prend toute sa signification qu'en fonction de la Nouvelle Alliance qu'il est destiné à préparer. Théodore est plus convaincu que personne de cette vérité. Le principe que l'histoire juive — et donc aussi les livres qui la racontent — est ordonnée à la préparation du Christ est pour lui au-dessus de toute contestation. Il a écrit son commentaire des petits prophètes pour s'élever contre la méthode allégorique et c'est pourtant dans les « arguments » de chacun des prophètes qu'on trouve le plus clairement indiquée l'existence d'un sens typique. Voir en particulier l'argument de Jonas, P. G., t. lxvi, col. 317 sq. : Dieu, auteur de l'Ancien et du Nouveau Testament, fait servir l'un et l'autre à l'édification du genre humain; ainsi les faits de l'Ancienne Alliance se trouvent-ils être les types, les représentations anticipées des réalités de la Nouvelle, s/ovTa fzév riva \ii[ir)<7\.M 7rpôç Taùxa. Sans doute les livres sacrés apportent-ils quelque utilité aux contemporains, mais leur signification prophétique est bien supérieure à leur utilité présente. Les événements qui accompagnaient la sortie d'Egypte, par exemple, et qui sont rapportés dans l'Exode n'étaient pas sans quelque utilité pour les Hébreux, mais surtout ils figuraient à l'avance, wç èv tutoiç, la délivrance de la mort et du péché que le Christ est venu nous apporter. C'est bien ce qu'enseigne Paul : « Tout cela, dit-il, arrivait aux Hébreux en figure. » Et c'est non moins vrai des institutions qui leur furent données : sans doute elles n'étaient pas sans apporter quelque avantage à ceux qui en usaient, mais surtout elles signifiaient les très grands biens que nous avons reçus par Jésus-Christ. Tout cela est dit pour introduire le commentaire de Jonas, ce prophète dont l'histoire même préfigurait

celle de notre Sauveur. Voir encore In Joël., n, 28-32, ibid., col. 232-233. Dès le commentaire sur le Psautier, Théodore avait donné un premier crayon de cette doctrine. Voir par exemple ce qui est dit du psaume xv, Conserva me Domine et de son application à Notre- Seigneur. Devreesse, op. cit., p. 99 sq.

Ainsi donc l'ensemble de l'histoire d'Israël se trouve être une préfiguration de l'économie nouvelle; nombre de ses détails — mais non pas tous — expriment à l'avance, selon la préordioation divine, des événements qui se sont accomplis lors de la manifestation de Dieu parmi les hommes. Ne disons pas, pour autant, qu'il s'agisse là de prophéties au sens propre. Dans la prophétie l'événement futur est annoncé par les mots eux-mêmes, par le texte en provenance de l'écrivain inspiré. Dans le type l'événement est annoncé par les faits, par les personnes que racontent ou que décrivent les textes. Soit, par exemple, le f. 3 du psaume vin : Ex ore infantium et lactentium perfecisti laudem. Nous avons ici une prophétie au sens propre du mot. David entend, un millénaire à l'avance, l'Hosannah des enfants acclamant le Christ à son entrée au temple; cf. Matth., xxi, 16. Au contraire, l'aventure de Jonas et du poisson est une figure, une anticipation dans les événements de ce qui devait arriver à Notre-Seigneur enseveli et ressuscité; cf. Matth., xn, 38-42.

Mais de ce fait qu'il existe dans l'Ancien Testament des « types » d'événements du Nouveau, il découle une conséquence importante : les expressions employées pour décrire les premiers pourront être appliquées par les écrivains du Nouveau Testament à décrire les seconds. Joël prédit, par exemple, n, 28-32, une effusion, sur Israël restauré, de la vertu divine; il s'agit là de ce qui doit arriver après le retour de la captivité, c'est l'annonce prophétique de réalités qui se sont accomplies dans l'histoire juive. Mais cette effusion de grâces est le « type », la figure anticipée, d'une autre effusion qui se passera au jour de la Pentecôte. Pierre, dès lors, parlant aux Juifs ce jour-là, avait bien le droit de se servir des paroles de Joël pour parler de la descente du Saint-Esprit, qui réalisait, bien mieux que n'avait pu le prévoir le prophète, l'abondante effusion des dons divins. Act., n, 16-21. En d'autres termes, Joël n'a pas prédit la Pentecôte mais un événement beaucoup plus rapproché de lui; Pierre, de son côté, faisait au miracle de l'effusion de l'Esprit une application exacte des paroles de Joël. Dans leur magnificence, celles-ci dépassaient de beaucoup le fait entrevu et signalé par le prophète, elles n'avaient que dans le miracle de la Pentecôte leur signification complète. Voir tout ce développement qui est capital dans P. G., t. lxvi, col. 229 sq. Cf. dans Michée, l'explication de v, 1 sq. : Et tu Bethléem., ibid., col. 372 : la prophétie de Michée s'applique directement à Zorobabel, mais, comme celui-ci est une figure du Christ, elle trouve sa pleine réalisation dans la naissance de Jésus à Bethléem. Dans le commentaire des petits prophètes cette théorie est clairement exprimée, mais elle figure déjà dans l'explication du psautier, voir par exemple l'exégèse du ps. xv, Conserva me, et du ps. xxi, Deus, Deus meus, respice in me.

Il fallait insister sur ce point, car on a parlé, à propos de cette utilisation par les auteurs du Nouveau Testament de textes empruntés à l'Ancien, de « sens accomodatice ». Il est bien vrai que Théodore signale à maintes reprises l'utilisation par des personnages du Nouveau Testament de textes empruntés à l'Ancien, parce que ces textes s'adaptent, plus ou moins exactement, à leur situation; voir Devreesse, op. cit., table au mot accommodatus sensus. Mais, dans l'application à la Pentecôte de la prophétie de Joël et dans tous les exemples analogues, la pensée de l'Exégète est tout à fait claire : le fait arrivé dans l'économie nouvelle jus-

THÉODORE DE MOPSUESTE. HERMÉNEUTIQUE

tifie plus qu'amplement l'utilisation du texte de l'Ancien Testament. Ce dernier visait un fait qui s'était réalisé quelque temps après l'annonce qui en avait été donnée, mais ce fait était de trop mince importance pour autoriser les hyperboles du prophète. En appliquant les expressions de celui-ci à l'événement de la Nouvelle Alliance, l'apôtre, l'écrivain inspiré leur donnait leur pleine et complète signification. On ne saurait parler ici de sens « accomodatice » tel que le comprennent les exégètes modernes.

4. Le sens prophétique. — Tout ceci pose la question de savoir jusqu'à quel point Théodore a reconnu dans le Vieux Testament des prophéties au sens propre du mot et tout particulièrement des prophéties messianiques.

Que les écrivains sacrés aient été, en maintes circonstances, favorisés par Dieu de clartés sur l'avenir et aient annoncé des événements qui se sont ultérieurement réalisés, il est trop clair, par ce que nous avons vu, que Théodore l'admet. Nous avons également signalé la tendance qu'il a à situer dans un avenir qui n'est pas trop éloigné du prophète les événements prédits. Il n'est pas favorable à cette confusion des perspectives prophétiques dont certains exégètes anciens et modernes ont fait si grand état. A l'en croire, les voyants d'Israël distinguaient assez nettement dans l'avenir les plans successifs où se situaient les choses qu'ils annonçaient. Ceci posé, il est trop clair que Théodore devait accepter qu'un certain nombre des oracles de l'Ancien Testament se rapportaient, directement et au sens littéral, à la personne même du Christ, à des circonstances déterminées de sa vie, à son œuvre rédemptrice et à la continuation de celle-ci. En cela il ne se sépare point des exégètes qui l'ont précédé, accompagné ou suivi.

Où il en diffère, c'est par le caractère quelque peu pointilleux de ses remarques sur des textes à peu près universellement considérés comme messianiques, par les précautions qu'il accumule avant de prononcer que tel passage scripturaire est, dans son sens littéral, une prédiction relative au Sauveur, par les exclusives qu'il a prononcées contre des oracles que la tradition interprétait unanimement du Christ. Il faut voir en ces tendances l'effet de sa réaction vigoureuse contre les excès de l'école allégorisante. Instruit dès sa prime jeunesse à se mettre en garde contre ceux qui voyaient dans chaque ligne de la Bible d'Israël une allusion à l'économie chrétienne, une prophétie plus ou moins obscure du Christ et de son œuvre, peut-être a-t-il exagéré la sévérité des conditions nécessaires pour reconnaître dans tel oracle une prophétie messianique au sens littéral. Exagération d'une qualitél La méthode allégorisante était beaucoup plus nocive à une vraie compréhension de. la Bible que ces exigences critiques di' Théodore.

L. Pirot a relevé et classé avec beaucoup d'acribie les divers textes que Théodore considère comme se rapportant au Messie. Parmi les psaumes- — et les conclusions de I.. Pirol Boni renforcées par la publication de I'.. Devreesse Théodore recevait comme messianiques au sens littéral le l's. il, Quart fremuerunt Génies, le Ps. vin, Domine Domina» noslcr, pour des raisons

que nous avons signalées plus haut, le l's. xliv,

l-.rin lai'il cor me u m l'crhum honum. célébrant à l'avance l'union du Christ avec l'Église son épouse, enfin le Ps. cix, Dixtt Dominas, annonçant la royauté et le

triomphe définitif de l'Homme-Dieu. Étaient considé rées comme l'appliquant directement a des types »

du Messie et des lors indirect etnent au Messie luimême les l's. x\. Conserva me, i.iv, Exaudi Dais orationem meam (mais dont il faut restituer le commentaire a Théodoret), ucxxvm, Mtsericordiat Domini suivant ce que dit Théodore dans son commentaire

sur Michée, v, 1-2. Enfin plusieurs psaumes étaient regardés par lui comme messianiques au simple sens « accommodatice » : le Ps. xxi, Dens, Deus meus respice in me, le Ps. lxvii, Exsurgat Deus, le Ps. lxviii, Salvum me fac Deus, le Ps. lxxi, Deus judicium tuum régi da. Il n'y a guère que sur le premier des psaumes de cette série que Théodore se mette en contradiction avec l'enseignement unanime des exégètes, mais nous en avons dit ci-dessus la raison. Voir col. 250-251 .

Dans les autres livres de l'Ancien Testament dont il nous est resté des commentaires intégraux ou seulement fragmentaires, il faudrait retenir les oracles suivants : messianique au sens littéral serait Gen., xlix, 10-12, cf. P. G., t. lxvi, col. 645; messianiques au sens typique, Joël, n, 28-29 (cf. ci-dessus, col. 252); Amos, ix, 11; Zacharie, ix, 9; Malachie, m, 1. Par contre il ne faudrait pas voir d'allusion au Messie dans les textes suivants, cités comme messianiques par d'autres commentateurs : Os., xi, 1; Mich., iv, 1-3; v, 1-2; Agg., ii, 10; Zach., xi, 12-14; xn, 10; Mal., i, 11 ; iv, 5-6. On n'oubliera pas que nous n'avons presque rien des commentaires de Théodore sur les grands prophètes et que, dès lors, les listes précédentes sont très loin d'épuiser la somme des prophéties reconnues par lui comme messianiques.

5. L'exégèse du Nouveau Testament. — A l'heure présente il n'est guère possible de se faire une idée de la méthode de Théodore que par le commentaire sur les petites épîtres de saint Paul et sur l'épître aux Romains dont une partie notable est conservée; le commentaire sur saint Jean reste encore pratiquement inutilisable.

Dans ce qui reste des explications sur les évangiles, on remarquera, avec Sweete, la précision avec laquelle Théodore s'attache à la lettre de l'auteur qu'il commente (cf. Matth., xxv, 24), l'habileté à mettre au service de l'interprétation ces petits mots d'un texte que les exégètes sont souvent tentés d'oublier (cf. Joa., xm, 33, réflexion sur la particule apn), l'attention aux finesses de la grammaire, de la ponctuation, la discussion attentive des sens possibles (cf. Joa., i, 3, sur la coupure à faire dans la phrase : sine ipso factum est nihil quod factum est), le tact à faire ressortir tel point d'une parabole, d'un discours. Ce n'est pas à dire que tout y soit parfait. On aimerait à trouver parfois plus de pénétration mystique (cf. Joa., xi, 21) ou de sentiment (ibid., 30). A l'occasion les préjugés théologiques de l'auteur ont déteint sur son exégèse; c'est le cas tout spécialement pour Joa., xx, 22 et 28.

« I.e commentaire sur saint Paul, continue Sweete, est digne de la réputation de Théodore; on y trouve beaucoup de soin et de précision, un effort soutenu pour suivre la pensée de l'Apôtre. Ceci est d'ailleurs un peu gâté par les questions théologiques qui interfèrent souvent avec l'explication du texte; encore ces digressions ont-elles leur valeur comme exposition de la théologie antiochienne; elles nous permettent aussi de surprendre le processus par lequel l'esprit subtil et pénétrant de Théodore pouvait faire sortir des épîtres pauliniennes sa propre théologie ou même concilier deux sysl emes de pensée qui semblaient d'abord diverger sans espoir «le Conciliation. » Sweete. dans Dut. oj

christ, biography, toc. ni., p. 9 17 <i.

Conclusion. — Que restc-t-il en définitive dis véh<

mentes Critiques adressées par Léonce de lîv/ancc a

de Théodore? Il reste que l'ancien moine

origéniste les aurait épargnées a l'Exégèl» . si. au lieu de

se mettre au service «les vues intéressées de Justinien, il

avait pris la peine d'étudier a\ec impartialité la puis

saute création de Théodore, s'il s'était mieux renseigné sur l'étal exart de la tradition exégétlque a Antioche,

s'il s'était rendu compte qu'en face de l'exégèse Origé

nienne il y avait place pour une autre Interprétation

li :. r,

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