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SEMI-PÉLAGIENS. LES DIFFICULTÉS

XVI, P. L., τὸ LXV, col. 442-451. La réponse des Africains fut rédigée, en effet, par l’'évèque de Ruspe. Epist., XVI, ibid., col. 450-493. Les idées développées par les Scythes, dont le porte-parole était le diacre Pierre, se recouvrent très exactement, pour ce qui est des questions de la grâce, avec celles que Maxence avait énoncées dès le début dans son Libellus fidei. En particulier on y fait le procès de la théorie de l’initium fidei, n. 18 et 19 : la foi elle-même est un don de Dieu, qui accorde aux uns de croire, parce qu’il est bon, et abandonne les autres dans son jugement mystérieux, mais toujours juste. Et de railler ceux qui, voulant expliquer la volonté salvifique universelle, aboutissent à vider le christianisme de tout mystère. La lettre des Scythes se terminait par l’anathème prononcé contre Pélage, Célestius, Julien et ceux qui pensent comme eux; elle réprouvait en particulier les livres de Fauste, expressément dirigés contre la doctrine de la prédestination, et dans lesquels kumano labori subjungit gratiæ adjutorium, atque. Christi evacuans gratiam, antiquos sanclos non ea gratia qua εἰ nos. sed naluræ possibilitate salvatos impie profitetur. Les Africains ne pouvaient que faire écho à ces doctrines et à ces condamnations qui répondaient à leur augustinisme foncier. Sans nommer Fauste, leur lettre abondaïit, au moins sur ce point, dans le sens des moines scythes.

Soit que les Scythes lui eussent envoyé le livre de Fauste avec leur lettre, soit qu'il l’eût tenu d’une autre source, Fulgence prit connaissance de façon plus détaillée de la doctrine de l’évêque de Riez et rédigea une réfutation en sept livres du De gratia Dei. Ce travail est perdu, mais de ses conclusions il est aisé de se rendre compte par deux autres écrits adressés à des personnages dont l'identité n’est pas établie; c’est d’une part l’Epistola ad Joannem et Venerium (souvent appelée, quoique par abus, l’Epistola synodica), texte dans ἢ. L., το LXV, col. 435-442; d'autre part un petit traité en trois livres, De veritate prædeslinationis et gratiæ Dei ad Joannem et Venerium, ibid., col. 603- 672, la lettre n'étant, somme toute, qu'un résumé du traité. On a jadis identifié le Jean dont il est ici ques- Lion avec Jean Maxence, le chef des moines scythes. Cette solution se heurte à d’assez sérieuses difficultés : il semble plus indiqué de faire de Jean et Vénérius les porte-parole d’un groupe distinct de celui des moines scythes et de les chercher ailleurs qu’à Constantinople. Tous deux avaient expliqué aux confesseurs africains que « certains frères, dans la question de la grâce de Dieu et du libre arbitre, ne gardaient pas la voie droite, mais voulaient élever contre Dieu la liberté de l’arbitrium humain ». C’est à leur consultation que répondent nos deux documents dont le second est certainement de la plume de Fulgence, et se date d’après la mort du pape Hormisdas « de bonne mémoire » (7 août 523). Entre autres arguments auxquels se réfère l’Epislola synodica, il est fait état de la lettre de ce pape à l’évêque Possessor et de la recommandation faite par Hormisdas de chercher dans les deux livres d’Augustin à Hilaire et à Prosper la doctrine orthodoxe. N. 18, col. 442, On remarquera d’autre part que, touten se maintenant dans le ton irénique, nos deux pièces mettent vivement en garde Jean, Vénérius et leurs commettants contre la doctrine de Fauste dont les expli- ‘ations sont opposées à la foi catholique.

En résumé, si l’action des moines scythes n'avait pas obtenu tout le résultat escompté par ceux-ci, c’est-à-dire une condamnation en règle de Fauste par le Siège apostolique, du moins avait-elle attiré l'attention de la Curie sur le danger des formules préconisées à Riez et suscité, de la part des Africains, une vigoureuse réfutation. Tout cela préparait le dénouement d’un procès qui, depuis trop d'années, troublait l'Église gauloise.

VIII. LE CONGILE D'ORANGE ET LA DÉROUTE DU SEMI-PÉLAGIANISME.— L® question du concile d'Orange a été traitée avec les détails nécessaires à l'art. ORANGE {Deuxième concile d'), t. XI, col. 1087-1103. Nous indiquerons seulement ici les grandes lignes de son histoire, en faisant ressortir surtout les solutions apportées par cette assemblée au problème si longtemps débattu.

1° Le rôle de saint Césaire d'Arles (pour le détail, voir son art., t. 11, col. 2168-2185). — Bien qu'il ait été formé à Lérins, Césaire ne partageait nullement la doctrine qu'y avaient fait fleurir Vincent et Fauste. La lecture des œuvres de saint Augustin, commencée dans l’abbaye méditerranéenne, continuée à Arles, dont il devenait évêque en 503, l’avait fortement ancré dans l’augustinisme intégral. P. Lejay l’a démontré, avec preuves à l'appui, dans son article sur Le rôle 1héologique de Césaire d'Arles, dans Revue d’hist. et de littér. rel., re série, t. x, 1905, p. 217-266. Malgré le caractère essentiellement pratique de sa prédication, c'est tout l’augustinisme que l’on peut retrouver dans l'œuvre oratoire de Césaire, pour laquelle il faut recourir maintenant à l'édition de dom Morin. Deux documents en particulier éclairent, sur le point qui nous occupe, la pensée de l’évêque d'Arles : le sermon sur l’endurcissement de Pharaon (Morin, serm. ct, t. 1, p. 399 sq.: ef. P.L..t. xxxIx, col. 1786), et un opuscule publié pour la première fois par U. Baltus et G. Morin dans Revue bénédicline, τ. xurr, 1896, p. 433-443. La signification de ce dernier est très claire: c’est une réponse aux critiques des antiaugustiniens : « Si les mérites humains, demandent ceux-ci, ne précèdent pas la grâce, pourquoi celleci est-elle donnée aux uns et pas aux autres? » Or, repart Césaire, l’Apôtre leur ἃ déjà répondu : «Ὁ homme, qui es-tu pour poser des questions à Dieu? » Voyez, continue-t-il, en quel péril se mettent ceux qui veulent faire précéder la grâce divine par les mérites humains. Et d’accumuler les exemples de l’histoire sainte où l’on voit les préférences divines s'exercer en faveur de tels ou tels, tandis que d’autres sont laissés dans leur misère. Que si l’on insiste et qu’on lui parle de la volonté salvifique universelle : « Si Dieu fait tout ce qu'il veut, déclare-t-il, ce qu’il n’a pas fait, c’est qu'il ne l’a pas voulu, et cela par suite d’un jugement mystérieux, mais souverainement juste. » L’opuscule de Césaire est, en définitive, « une réfutation tout augustinienne du semi-pélagianisme; on ne saurait trop insister sur l’accord complet entre la pensée intime de Césaire et les propositions en apparence les plus audacieuses d’Augustin. » Art. cilé, p. 439.

Quant au sermon sur l’endurcissement de Pharaon, où l’état d'âme de celui-ci est expliqué par la soustraction de la grâce, il est d’autant plus remarquable qu'il est, selon toute vraisemblance, une réponse aux théories développées sur le même sujet par Fauste. De gratia Dei, 1. 11, c. τ. En d’autres termes, dès qu’il se sent un peu sûr de lui-même, l’évêque d'Arles mène campagne contre les tendances « pélagianisantes » que l'opposition antiaugustinienne a fini par développer dans le sud-est de la Gaule.

Il est évidemment impossible de faire une statistique comparée des partisans que pouvaient avoir en ces régions, où d’autres soins plus pratiques s’imposaient aux évêques, les doctrines cultivées à Saint- Victor de Marseille et à Lérins et de ceux qui se rattachaient toujours à l’augustinisme. Un curieux opuscule, qui n’a malheureusement pas été suffisamment étudié, pourrait donner peut-être une indication. C’est l’'Hypomnesticum ou Hypognostlicon qui figure parmi les œuvres inauthentiques de saint Augustin, P. L., t. xLv, col. 1611-1664. En six livres, relativement brefs, sauf le 1. III, l’auteur réfute cinq propositions essentielles du pélagianisme et défend pour terminer le

DICT. DE THÉOL. CATHOL

CONCIPE ΘΕ ΑΝ ΘΕΈ 1842 dogme de la prédestination. Mais il est bien curieux que les doctrines qu'il qualifie de pélagiennes et d’hérétiques ressemblent étrangement à telle ou telle proposition de Fauste ou de Cassien : ainsi la persévérance en l’homme déchu de la possibilitas boni, 1. IIT, τ. 4, <ol. 1623; la théorie de l’initium fidei, 1. 111, n. 15, col. 1630; l’idée que la doctrine augustinienne serait génératrice d’indifférentisme moral, 1. III, n. 19, col. 1631 ; l'hypothèse selon laquelle les justes de l’Ancien Testament auraient été sauvés autrement que par la grâce, 1. III, n. 21-28, col. 1633 sq. Il nous paraît difficile de croire, que, dans ces passages, Fauste ne soit pas visé, tandis que le 1. IV s’attaquerait plutôt à l'espèce d’apologie de la concupiscence sexuelle qui s'étale dans le Prædeslinatus. Tout cela aurait besoin d'être étudié de près, tout aussi bien que la doctrine de la prédestination proposée au 1. VI, qui cherche à édulcorer tant soit peu la doctrine augustinienne. De toutes manières il nous semble qu’il faut voir dans ce traité une protestation des augustiniens — oserionsnous dire simplement des orthodoxes? — contre le rationalisme envahisseur dont Fauste avait été le plus ferme interprète. Si l’on pouvait montrer de sureroît que l'ouvrage a vu le jour en terre gauloise, on aurait un confirmatur de l’idée que nous exprimions tout à l'heure, à savoir que le silence des évêques du Sud-Est n’impliquait pas une adhésion sans réserve aux doctrines de Fauste de Riez. Mais laissons les hypothèses; une chose demeure : Césaire s’est fait, en pleine connaissance de cause, le champion des idées augustiniennes et il a su intéresser À leur défense le Siège apostolique lui-même.

20 La préparation du concile d'Orange. — Quel que soit l’ordre chronologique dans lequel il faille respectivement placer les conciles de Valence et d'Orange, quelles que soient les raisons politiques ou doctrinales qui aient déterminé la tenue de ces assemblées, une chose demeure certaine, c’est que Césaire a préparé soigneusement, d'accord avec le Siège apostolique, la réunion d'Orange pour y mettre en échec le pélagianisme renaissant. C’est de Rome même que l’évêque d’Arles a reçu l’ensemble des condamnations d’une part, des affirmations positives de l’autre, qu’il soumit à l'adhésion des évêques réunis à Orange en 529 pour la dédicace d’une basilique. L'intérêt du concile d'Orange n’est donc pas dans le fait qu’une poignée d’évêques gaulois sont revenus à un augustinisme de bon aloi, mais dans le fait que leur démarche s’est faite d’après une directive émanée de Rome. Sur ce point la préface aux actes conciliaires, certainement rédigée par Césaire, ne peut laisser aucun doute. On y explique comment, « plusieurs personnes ayant développé en toute bonne foi (per simplicilalem), sur le sujet de la grâce et du libre arbitre, des idées imprudentes et peu conformes à la foi catholique, on ἃ trouvé le remède suivant : présenter, en conformité avec les avertissements et les suggestions du Siège apostolique, à la souscription des membres de l’assemblée un certain nombre de textes dogmatiques, transmis par ledit Siège et recueillis par les anciens Pères dans les saintes Écritures sur le sujet en litige. » Mansi, Concil., t. vrrx, col. 711.

Toute la question est de savoir en quoi consistait cet ensemble de textes dogmatiques venus de Rome et proposés à la signature des évêques. On sait en effet que les 25 canons d'Orange se répartissent en deux séries : en tête 8 anathématismes, puis 17 capilulasentences. En dépit d’hypothèses contradictoires, il paraît bien qu’il n’y ἃ aucune raison de faire une discrimination entre les deux séries au point de vue de l’origine. Le texte de l'introduction historique et celui de la profession de foi terminale ne font aucune distinction entre les anathématismes et sentences ; tout

1843 SEMI-PÉLAGIENS. LI le bloc vient de Kome. Comment Césaire aurait-il ultérieurement demandé au Siège apostolique l’approbation d’un texte auquel il aurait fait d'importantes retouches? Nous admettrons donc que c’est tout l’ensemble des canons d'Orange qui a été envoyé par la Curie. Cf. M. Cappuyns, Les capilula d'Orange, dans Rech. de théol. anc. οἱ médiév., t. νι, 1934,p. 121-142.

Mais comment s’est constitué à Rome ce bloc de capitula? Il ne l’a certainement pas été molu proprio, ce ne peut être que sur une requête de Césaire, qui, selon toute vraisemblance, a préparé le travail de la Curie. Sa part ἃ pu consister dans la transmission à Rome de 19 capilula-anathématismes, ceux-là mêmes qui, édités pour la première fois par Labbe d’après un ms. de Trèves (d’où leur nom de capilula trévirois), sont réimprimés dans Mansi, Concil., τ. vint, col. 721 : Incipiunt capitula 5. Augustini in urbe(m) Roma(m) transmissa. La comparaison entre cette série et les 8 premiers canons d'Orange est très instructive, surtout à cause des suppressions qui, dans l'hypothèse, auraient été faites à Rome. Dans ces capitula trévirois deux groupes se discernent : 1-14; 15-19. Le premier groupe, restitué en positif, donne un exposé complet du système augustinien :

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