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SEMI-RATIONALISTES — SENAULT (JEAN-FRANÇOIS

membres de cette secte. Sur ce point, voir Winter, op. cil., p. 249 sq. Bien qu'il n’ait jamais publié d'œuvre strictement théologique, le prêtre Jacques Frohschammer (1821-1893) peut être considéré comme semirationaliste. Comme Günther, Frohschammer était un adversaire de la scolastique; comme Günther, il enseignait que l’âme est engendrée par les parents. Dans une publication intitulée Ueber die Freiheil der Wissenschaft qui parut en 1861, il aflirma que la philosophie était indépendante du dogme et qu'usant des facultés naturelles de l’homme elle pouvait démontrer des vérités révélées. Ces conceptions furent condamnées par Pie IX, le 11 décembre 1862, dans le bref Gravissimas inter adressé à l'archevêque de Munich. Denz.-Pannw, n. 1666 sq. Frohschammer ne se soumit pas et fut de ce chef déclaré suspens. Après le concile du Vatican il sympathisa avec le vieux-catholicisme sans toutefois adhérer à la secte.

La constitution dogmatique Dei Filius du concile du Vatican, laquelle établit les rapports de la raison et de la foi, a définitivement éliminé le semi-rationalisme.

Buchberger, Lexikon für Theologie und Kirche, ait. Hermès, Günther, Frohschammer, t. ἀν, col. 991 sq.; 748 sq.; 209 sq., et ici HERMÈS, t. vi, col. 2291 sq.; GUENTHER, ibid., col. 1992; A. Vacant, Études théologiques sur les constitulions du concile du Vatican, t. 1, Paris, 1895, $ 5, art. 20 sq., p. 119 sq.; Eschweiler, Die zwei Wege der neueren Theologie, Hermes und Scheeben, Ratisbonne, 1926; Schrôrs, Geschichte der katholischen theologischen Fakultätzu Bonn, Cologne, 1922.

G. FRrirz.

SENAULT Jean-François, quatrième supérieur général de l’Oratoire, naquit en 1601, à Anvers, où son père Pierre Senault, secrétaire du roi et commis au greffe civil du parlement de Paris, mais grand ligueur et un des plus fameux entre les Seize, s’était retiré après la défaite de la Ligue.

I. JUSQU'AU GÉNÉRALAT. — Il commença ses études à Douai et les acheva à Paris après la mort de son père; il entra à l’Oratoire en 1618, professa la quatrième à Vendôme en 1623, puis, par un trait de jeunesse, quitta la congrégation en 1627 pour y rentrer bientôt comme aumônier du cardinal de Bérulle, fut prêtre cette année-là et reprit son titre de Père en 1628.

Il est pendant vingt-cinq ans successivement supérieur à Orléans, à Saint-Magloire, à la rue Saint-Honoré. Le plus fameux prédicateur de son temps, il prêche pendant plus de quarante ans, d’abord dans les plus célèbres stations de province : Dijon, Aix, Bordeaux, Rennes, etc., et pendant trente ans dans les meilleures églises de Paris et à la cour, sans parler d’un grand nombre de panégyriques et d’oraisons funèbres. « Quand il commença de prêcher, écrit Batterel, trois défauts régnaient dans la chaire : nulle méthode dans le discours, un vain étalage de science profane et un mauvais goût de plaisanterie, qu’on y croyait nécessaire pour attacher l’auditeur. » Mémoires domesl., t. 1, p. 3. Senault l’en purgea et contribua ainsi, plus que personne, à restaurer chez nous l’éloquence de la chaire; ce n’est pas qu’il ne soignait pas son style, car il faisait corriger ses phrases par Conrart. On voyait quelquefois une vingtaine de copistes au pied de sa chaire, occupés à prendre ses sermons qui se vendaient manuscrits. Loin de favoriser la morale relâchée, il s’élevait contre l’Apologie des casuisles; même devant les deux reines à qui cela arrivait, il critiqua la conduite de ceux qui, après avoir communié le matin, allaient le soir au bal ou à la comédie. Très éloigné cependant du jansénisme, il signa et fit signer par les Pères de sa maison le formulaire, dressé en 1657 par l’assemblée du clergé, écartant la distinction du droit et du fait et présenté par le P. Bourgoing, supérieur général.

Malgré ses nombreuses occupations, il trouva encore le moyen, en raison de sa facilité exceptionnelle, de composer des ouvrages très importants.

1° Œuvres théologiques. — 1. La première en date est une Paraphrase sur Job, Paris, 1637, in-8°, qui eut 18 éditions et fut traduite en anglais en 1648. Elle est dédiée à Richelieu. Dans la préface non paginée, le P. Senault écrit : «Les Pères de l’Église tombent d'accord que ce discours est le premier que le Saint- Esprit ἃ dicté, qu'il avait bien auparavant parlé par la bouche des hommes, mais qu'il n'avait pas écrit par leurs mains... Ils ne conviennent pas si absolument de l’auteur de cet ouvrage : la plus commune opinion pourtant et la plus raisonnable, ce me semble, est que Job, se voyant rétabli dans sa première grandeur et s’entretenant de ses misères passées, en avait luimême écrit l’histoire. »

2. De l'usage des passions, Paris, 1644, in-4°. L'ouvrage se compose de deux parties : les passions en général, les passions en particulier. Dans la première, l’auteur se croit obligé sans doute de payer son tribut à l’exagération habituelle au xvire siècle sur le péché originel et ses suites « Comme notre nature est corrompue, il faut par nécessité que toutes les inclinations soient déréglées et que les ruisseaux soient troubles qui coulent d’une source qui n’est pas nette, » P. 57. Mais il suffit de lire le titre des chapitres pour voir qu'il admet très bien que, si la nature est affaiblie, elle peut se perfectionner par la grâce « Afin qu'on ne nous accuse pas d’être ennemis de la grandeur de l’homme et de faire son désastre plus grand qu'il n’est, nous confessons que la nature est bonne dans son fond. » P. 59. Les hommes dans l’état du péché ont encore de bonnes inclinations, mais ils ne les sauraient suivre : « Plus malheureux que les oiseaux, ils aiment leur prison... ils ont besoin de la grâce qui les soulage et leur donne des forces. » P. 60. Dans la deuxième partie, il adopte la division en onze passions donnée plus tard par Bossuet : l'amour et la haine, le désir et la crainte, etc. Il termine par ces paroles très belles et très sages : « Il n’y ἃ point de passion en notre âme qui ne puisse être utilement ménagée par la raison et par la grâce... l'amour se peut changer en une sainte amitié et la haine peut devenir une sainte indignation... La crainte sert à la prudence et la hardiesse à la valeur... la joie innocente est un avant-goût de la félicité. »

3. L'homme criminel, ou la corruplion de la nalure par le péché, selon les sentiments de saint Augustin, Paris, 1644, in-4° de 844 p., 7 éd. Six traités : a) Il y a en nous un péché originel, la foi et la raison le démontrent. b) Il est la source de la corruption de notre nature, des ténèbres de l’entendement, de la dépravation du cœur humain. ec) Ce qui porte le nom

de vertus morales n’en a que l'ombre et, sans la grâce, n’est que vanité et raflinement d’amour-

propre. d) Excellences et misères du corps humain. e) Corruption des biens extérieurs et particulièrement de Ja fortune. f) Quelles que soient la beauté, la grandeur et la durée du monde, toutes les créatures ont perdu quelqu'une de leurs perfections. Senault n'est ni janséniste, ni pélagien et reste augustinien dans le vrai sens du mot; il commence par constater que, si saint Augustin a triomphé de l'hérésie de Pélage, celle-ci n’a pas laissé de survivre à sa défaite et de trouver des partisans après sa mort Nous nous engageons dans ses erreurs sans y penser, nous parlons le langage des pélagiens sans avoir lu leurs écrits, parce que, donnant plus à la liberté qu'à la grâce, nous voulons nous rendre les auteurs de notre salut, » Batterel, Mémoires dom., t. 111, p. 9. Il n'est pas étonnant que, prenant cette position, il ait, plus encore que dans L'usage des passions, insisté sur ce

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