‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 5)Chapitre 133 sur 457 · SERGE II · texte numérisé non relu

SERGE II

SERGE III 1918 auquel l'archevêque de Rouen, Guntbald, devrait amener un certain nombre de ses suffragants. Jafté, ἢ. 2589, 2590. En fait, les légats du pape ne vinrent pas. Ebbon fit défaut et rien ne put être défini‘ivement réglé dans une affaire qui aurait, par la suite, d'assez graves retentissements. Cf. lettre de Lothaire, dans Mon. Germ. hist, Epistolæ, t. v, p.610. Serge IT ne fut guère plus heureux quand il voulut mettre un terme à la querelle entre Vénérius, patriarche de Grado, et André, patriarche d’Aquilée. Jafté, n. 2592,

D'ailleurs, son administration à Rome même suscita de très vives critiques. Grand bâtisseur — la première partie de sa notice au Liber pontificalis énumère avec complaisance ses travaux dans Rome et la banlieue — il ne pouvait faire face à ses dépenses qu’en se procurant de l’argent par des moyens plus ou moins avouables. On incrimina surtout son frère Benoît, nommé par Lothaire missus pontifical et que la seconde partie de la même notice représente comme un personnage despotique et même taré, vendant de manière courante les évêchés et les autres charges ecclésiastiques. Au dire du chroniqueur, c’est pour punir tous ces crimes que la Providence déchaîna sur Rome une invasion sarrasine dont le souvenir se perpétua longtemps. De fait, en août 846, une flotte arabe vint s’embosser à l’entrée du Tibre. Aisément victorieuse des petites places fortes qui auraient dû défendre l’embouchure, les infidèles marchèrent sur Rome, dévastèrent à qui mieux mieux les alentours, faute de pouvoir forcer l’enceinte d’Aurélien, et exercèrent leur rapacité et leur fureur sur les deux sanctuaires de Saint-Pierre et de Saint-Paul, situés hors des murs. Après quoi le torrent dévastateur s’écoula vers la Campanie, mit à mal les contingents francs qui avaient essayé de le poursuivre. Ils étaient encore aux environs de Gaète quand Serge Je mourut le 27 janvier 847; il ne paraît pas avoir été beaucoup regretté, à en juger par sa notice.

SourCEs. — Liber pontificalis, éd. Duchesne, t. 11, p. 86- 105; la notice se présente assez différemment selon les mss; dans sa forme la plus longue elle est formée de deux parties successives dont la première est tout à fait sympathique pour Serge tandis que la seconde est une critique véhémente de son administration dépensière et despotique, dont la responsabilité est rejetée sur le frère du pape. Pour les événements de 844, il faut comparer deux autres sources indépendantes : les Annales Bertiniani de Prudence de Troyes, ann. 844, P. L.,t. cxv, col. 1396, et le De vitis ponlificum romanorum du pseudo-Liutprand, P. L., t. CXXIX, col. 1244. Pour les événements de 846, le Liber pontificalis s'arrête brusquement au pillage de Saint-Pierre; on le suppléera par les Annales Bertiniani, ann. 846, ibid., col. 1399, le Chronicon S. Benedicti Casinensis, ce. vi, dans Mon. Germ. hist., Script. rer. langob., p. 472, et par les Gesta episcoporum Neapolitanorum de Jean Diacre, ibid., p. 433; la Chronique de Benoît de Saint-André du Mont Soracte est incohérente à son habitude, P. L., τ. cxxxIx, col. 38-40.

TRAVAUX. — Gregorovius, Geschichte der Stadt Rom im M. À., 5° éd., t. 111, p. 81-89; Duchesne, Les premiers lemps de L'État pontifical, 2° éd., p. 208-215 ; É. Amann, L'Église à l’époque carolingienne, dans Fliche-Martin, Histoire de l'Église, t. vi, p. 275-284,

É. AMANN.

3. SERGE ÏIII, pape du 29 janvier 904 au 14 avril 911. — Le synode « cadavérique » qui, en jan-

vier 897, avait condamné la mémoire et les actes de Formose, voir icit. vi, col. 597, avait amenéle partage de Rome en deux camps, les antiformosiens et les formosiens. Le pape Étienne VI, le triste président du concile en question, n’avait pas Lardé à être victime des vengeances de ces derniers, qui poussèrent successivement à la chaire pontificale les deux papes Romain, voir t. x111, col. 2847, et Théodore II. Ceux-ci prirent à l’endroit de la mémoire de Formose et de ses

actes diverses mesures de réparation. L'un et l’autre furent malheureusement éphémères. Romain ne siégea que quatre mois à peine; Théodore quelques semaines seulement. Aux derniers jours de 897, le siège de Pierre était de nouveau vacant. Deux rivaux se le disputèrent, Serge, ex-évêque de Cère, adversaire acharné de la mémoire de Formose, et Jean, un prêtre romain désireux de continuer l’œuvre de pacification commencée aux derniers mois de 897. Serge l’emporta d’abord et s'installa au Latran; mais Jean, vers avril 898, put se faire consacrer et triompher de Serge qui gagna le large, sans renoncer pour autant à ce qu’il appelait ses droits. Sur ces troubles et les résultats, voir l’épitaphe de Serge dans Duchesne, Le Liber pontificalis, t. τι, p.238, et la notice en vers de Flodoard, PAL TE. xxx, col 831: ;

Un des premiers soins de Jean IX (voir ici, t. VIN, col. 614), fut de condamner en un concile romain Serge et les plus chauds de ses partisans, cf. Mansi, Concil., t. ΧΥΤΙ, 60]. 221; en même temps étaient définitivement annulées les mesures contre les ordinations formosiennes. Benoît IV, qui succéda à Jean IX semble avoir gardé la même attitude. Sa mort (août 903) fut le signal de nouveaux troubles. Le prêtre Léon qui le remplaça sous le nom de Léon V, cf. t. 1x, col. 316, continua, semble-t-il, la tradition formosienne. Mais il n’avait pas siégé deux mois qu’un de ses prêtres, nommé Christophe, le renversait, le jetait en prison et prenait sa place (automne de 903). Or, ce coup d’État allait profiter à Serge, qui continuait toujours à se considérer comme le pape légitime et pouvait compter sur les intelligences qu’il avait dans Rome et aussi sur les Spolétains. Un complot renversa Christophe aux premiers jours de 904; Serge, accompagné d’une escorte franque (c’est-à-dire spolétaine), se présenta à Rome, fut acclamé comme pape et consacré le 29 janvier. Voir les indications sommaires dans Auxilius, /n defensionem ordinationis papæ Formosi, 1. I, c. 1, édit. Dümmiler, p. 60. Christophe fut dégradé et rejoignit en prison sa victime, le pape Léon V. Tous deux furent ultérieurement exécutés. Cf. Vulgarius, De causa formosiana, XIV, édit. Dümmiler, p. 185; et Auxilius, 1π defensionem, etc., loc. cit.

Avec Serge III, qui, tenant pour non avenus les pontificats de tous ses prédécesseurs depuis Jean IX, datait ses premiers actes de la huitième année de son pontificat, c'était ce parti antiformosien, évincé à la mort d’Étienne VI, qui revenait au pouvoir. Il abusa de son triomphe. Sans doute le cadavre de Formose fut-il, cette fois, laissé dans son tombeau, maïs les ordinations conférées par lui et dont la validité avait été solennellement reconnue par les conciles de Jean IX furent remises en question. Serge avait à cela un intérêt personnel, tout comme Étienne VI d’ailleurs. C'était de Formose qu’il avait reçu, comme diacre, la consécration qui l’avait fait évêque de Cère. Sitôt après le concile « cadavérique », il s'était considéré comme rétrogradé au diaconat ; les décisions des conciles de Jean IX, qui reconnaissaient les ordinations formosiennes, paraissaient lui rendre son titre d’évêque, mais du même coup lui interdisaient de se faire transférer au siège de Rome. En faisant annuler les ordinations données par Formose, il justifiait sa présence sur la chaire de saint Pierre. Le « diacre » Serge n'avait rien à craindre des prescriptions canoniques — précisément invoquées contre Formose — qui interdisaient à un évêque de changer de siège!

Serge ne recula devant rien pour arriver au résultat désiré. Une vigoureuse pression fut mise en œuvre pour obtenir de l’ensemble du clergé romain qu’il se déjugeât, une fois de plus, dans la question des ordinations formosiennes. Le cachot, les menaces d’exil eurent raison des plus opiniâtres; les réluctants furent

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